Eduardo Pisano

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Eduardo Pisano
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Naissance
Décès
(à 73 ans)
Drapeau : France Paris
Nationalité
Activité
Mouvement

Eduardo Pisano (ou Eduardo López Pisano) est un artiste peintre expressionniste espagnol né le 2 mai 1912 à Torrelavega (Cantabrie)[1] où l'École d'art ainsi qu'une rue portent aujourd'hui son nom. Établi à Montparnasse en 1947, il est une figure reconnue de l'École de Paris[2]. Il est mort à Paris le 18 avril 1986.

Biographie[modifier | modifier le code]

Quatrième et dernier enfant (après Manuela, Felipe et Mercedes) d'Eduardo López et de Joaquina Pisano, modestes horticulteurs à Torrelavega[3], Eduardo Pisano, qui se révèle très vite d'un tempérament certes affectueux mais ombrageux et solitaire, est placé dès l'âge de huit ans par ses parents dans un collège religieux où rigueur et sévérité ne compromettent pas la passion avec laquelle il y découvre les Maîtres de la peinture espagnole classique[2], en premier lieu Diego Vélasquez. En 1926, Eduardo est l'élève d'Hermilio Alcade del Rio[4] à l'École des arts et métiers de Torrelavega (enseignement très classique mais auquel il demeurera toujours profondément reconnaissant), puis, en 1931 (sans doute à la suite de l'immense chagrin que lui cause la mort subite de son père, âgé de 56 ans, le 11 septembre 1930), il gagne Madrid où il fréquente les musées et où, parallèlement à la peinture, il fait l'apprentissage de la gravure en suivant les cours du soir de Manuel Castro Gil[5] à l'École des arts graphiques de Madrid[3].

Eduardo Pisano accomplit son service militaire à León (aviation), puis revient à Madrid où, dans la suite de la Révolution asturienne de 1934, une guerre civile - ce sera la Guerre d'Espagne - sera bientôt pressentie. Il rejoint alors les rangs de l'armée républicaine et participe à l'offensive de Catalogne. Dans la suite de cette défaite, il rejoint Barcelone qui est prise par l'armée franquiste en janvier 1939. Il est, à l'instar de Luis Vidal Molné et d'Antoni Clavé, cité par Francesco Agramont Lacruz dans l'histoire des artistes d'Espagne qui est alors liée à celle de l'exil républicain forcé vers la France[6]: comme Molné et Clavé, Pisano - « l'un de ces milliers de soldats vaincus, éreintés, désemparés »[3] - quitte l'Espagne en 1939 et, après des internements dans le camp de concentration d'Argelès-sur-Mer et dans le camp de Gurs, après aussi qu'il ait participé durant « trois années d'enfer dantesque »[3] aux travaux forcés de la construction du Mur de l'Atlantique, le débarquement allié lui donne enfin l'opportunité de la fuite et d'« être rendu à Bordeaux, après douze ans de dangers, de souffrances et de privations, à la liberté en laquelle il ne croyait plus »[3].

Un modeste emploi de manutentionnaire dans une entreprise de bois à Arcachon offre à Eduardo Pisano les ressources de renouer avec la peinture, dans un style expressionniste qui dit la désespérance et l'âpreté de sa vie. Il va rester deux années en Aquitaine qui est réceptive à son art, participant en 1946, aux côtés de Pablo Picasso et d'Oscar Dominguez, à l'exposition commémorative du deuxième centenaire de Goya au Musée des beaux-arts de Bordeaux. Arrivant très démuni à Paris en 1947, il vend ses tableaux aux terrasses des cafés, et un soutien d'amateurs lui permet de s'installer au 33, rue Vercingétorix[7]. En avril 1947, il participe (son premier accrochage à Paris) à l'exposition Artistes espagnols en exil à la Galerie La Boétie[8],[9].

Le 28 février 1975, Eduardo épouse Maria Amalia Vieita Arevalo, d'origine cubaine, et le couple s'installe à Enghien-les-Bains. Après la mort de Francisco Franco en novembre 1975, notre artiste revient régulièrement à Torrelavega où une École d'art Eduardo Pisano est inaugurée en 1978[10]. En même temps, sa peinture se rapproche de l'abstraction, Eduardo s'adonnant à la gouache et l'huile sur papier[Note 1] dans un libre tachisme qui, suggérant la représentation et non l'objectivant, n'a d'autre objet que son plaisir ludique du lyrisme et de la couleur[7]: après un expressionnisme énonçant une vision souffrante et tourmentée du monde, peut-être là le signe festif, au soir de la vie d'Eduardo Pisano, d'un grand apaisement, d'une joie de vivre retrouvés en même temps que les racines de Cantabrie.

Eduardo, qui eut toute sa vie pour maxime « Todo por el arte »[11], s'éteint en avril 1986 et repose dans le cimetière sud d'Enghien-les-Bains. Peintre reconnu alors que sa postérité ne le préoccupait guère[2], il est revendiqué aujourd'hui tant par Santander et Torrelavega où sont ses racines (les deux villes commémorèrent le centenaire de sa naissance en 2012 par des expositions-hommages) que par Paris où, en novembre 2014, une exposition où l'Institut Cervantes accrocha ses œuvres (voir Expositions collectives ci-dessous) a rééclairé l'historicité d'un « Montparnasse espagnol »[12].

Œuvre[modifier | modifier le code]

L'œuvre porte la marque d'un lourd vécu de chaos et de tourments : le jeune Eduardo Pisano n'aimait pas l'expressionnisme, or il devint un peintre expressionniste, tandis qu'il se détacha de son émerveillement initial pour Vélasquez afin d'admirer El Greco et Francisco Goya. Ses sujets de prédilection sont les corridas, le cirque, les scènes de flamenco et les nus baudelairiens qui sont des réminiscences de 1931 et de sa vie madrilène, mais aussi des natures mortes portant la sombre gravité d'un Raymond Guerrier, des paysages pastoraux aux évocations tant bibliques que de la Cantabrie, des Christ en croix, des Pietà et même un Chemin de Croix en quatorze tableaux-stations[Note 2] qui énoncent la persistance d'une profonde ferveur religieuse.

Ses années d'« enfer dantesque » demeurent la grande blessure d'Eduardo, elles hantent ses rêves et il l'exprime : son tableau le plus historique, son Guernica à lui, intitulé Le rêve du soldat, mêle le fantasme et le cauchemar (Éros et Thanatos), énonce les grands effrois, les grandes privations et la proximité de la mort dans leur interminable vécu quotidien[11].

À l'instar d'un autre expressionniste, l'Italien Bernard Damiano, Eduardo ne datait pas ses toiles[13]. Une partie substantielle de l'œuvre, renvoyant en cela aux années difficiles de l'après-guerre, a pour support le panneau d'isorel, « ce matériau pauvre utilisé par les peintres en pénurie de toiles »[11]. Ses couleurs sont les bruns, les ocres, les rouges et les jaunes, de larges cernes noires définissant les formes tout en réaffirmant une vision tragique de l'humanité. Ainsi, peut analyser Lydia Harambourg, « progressivement intégré à la société cosmopolite des Montparnos, Eduardo Pisano n'en conserve pas moins son hispanité. Des scènes de tauromachie ou de flamenco sont peintes avec force, comme tous ses thèmes où l'homme se voit l'acteur d'un drame personnel. La misère se cache sous le maquillage et les costumes de lumière du clown; les "masques comiques" de Pisano rappellent d'ailleurs Georges Rouault »[7].

Expositions personnelles[modifier | modifier le code]

  • Bibliothèque populaire de Torrelavega, 1934.
  • Expositions non datées à Arcachon, Biarritz, Bayonne, Toulouse, Marseille, entre 1946 et 1958.
  • Lycée Dumaine-Perez, Paris, 1948.
  • Galerie-atelier Vidal, Paris, 1948, 1964, 1965.
  • Galerie des Arts et des Lettres, Paris, 1948.
  • Beverly Hills, Los Angeles, 1966.
  • Galerie Dintel, Santander, 1959, 1972.
  • Galerie d'art Sur, Santander, 1969, 1971, 1977.
  • Galerie Prima, Paris, 1972.
  • Caisse d'Epargne de Torrelavega, 1973, 1986.
  • Musée-bibliothèque de Saint-Cloud, 1974.
  • Salle Nonell, Barcelone, 1976.
  • Espace d'art Espi, Torrelavega, 1978, 1984, 1985, 1986.
  • Musée des beaux-arts de Santander, 1982.
  • Exposicion antologica homenaje Eduardo Pisano, Musée des beaux-arts de Santander, 1988.
  • École Saint-Eloi, Salamanque, 1988.
  • Galerie d'art Cervantès, Santander, 1996.
  • Hommage à Pisano, Musée du Mas Carbasse, Saint-Estève, 2002.
  • Galerie Carmen Carrion, Santander, 2003.
  • Salle Mauro Muriedas, Torrelavega, 2003, 2012.
  • Fondation Vincent van Gogh, Arles, 2004.
  • Rétrospective Eduardo Pisano, Enclave des Papes (Château de Simiane-la-Rotonde), Valréas, juillet-août 2011.
  • Centenaire de la naissance d'Eduardo Pisano, exposition-hommage, cloître du Parlement de Cantabrie, Santander, 2012.
  • Montparnasse, terre d'asile: Eduardo Pisano, peintre espagnol, Musée du Montparnasse, 21, Avenue du Maine à Paris, février-mars 2013[14],[15].
  • Galerie Mona Lisa, Paris, 2013.
  • Une explosion de couleurs à Montparnasse, Eduardo Pisano, Chapelle des Jésuites, Eu (Seine-Maritime), mai-juin 2015[16].

Expositions collectives[modifier | modifier le code]

  • IIème centenaire de Goya, Musée des beaux-arts, Bordeaux, 1946.
  • Artistes espagnols en exil, Galerie La Boétie, Paris, 1947[9].
  • Foire-exposition de Dijon, 1954.
  • Maison de la pensée française, Paris, 1955.
  • Eduardo Pisano et Orlando Pelayo, Galerie Vidal, Paris, 1967.
  • 1ère Biennale d'art contemporain espagnol, Palais Galliera, Paris, 1967.
  • Galerie Dintel, Santander, 1972.
  • Galerie d'art Sur, Santander, 1972, 1973, 1975.
  • Salle Nonelle, Barcelone, 1973.
  • Hommage aux peintres de Cantabrie, Cabezón de la Sal, de 1974 à 1988.
  • Salon de peinture de Vaucresson, 1975.
  • Banque de Bilbao, 1975.
  • Exposition promotions d'art: trente peintres, Barcelone et Madrid, 1984.
  • Pièces d'identité, exposition organisée par l'Association La chapelle de Romans au Musée international de la chaussure, Romans-sur-Isère, octobre 2013-mars 2014.
  • Le Montparnasse espagnol, Institut Cervantes, Paris, novembre 2014.

Musées et collections publiques[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antonio Martinez-Cerezo, Pisano, Éditions Arte Montanes (Espagne), 1973.
  • André Licoys (préface d'Armand Lanoux de l'Académie Goncourt), Pisano, Imprimerie Monnier, Saint-Cloud, 1974.
  • Antonio Martinez-Cerezo, Diccionario de pintores españoles, segunda mitad del Siglo XX, Edita revista Epoca de Madrid, 1997.
  • Emmanuel Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Gründ, 1999 (voir tome 11 page 24).
  • Geneviève Dreyfus-Armand, L'exil des républicains espagnols en France, de la guerre civile à la mort de Franco, Albin Michel, 1999.
  • Francesco Agramunt Lacruz, Arte y represion en la guerra civile, Conselleria Valenciana de Cultura, Espagne, 2005.
  • Julie Malaure, Eduardo Pisano ou l'exil heureux à Montparnasse, dans Le Point, 1er février 2013[17].
  • Lydia Harambourg, Montparnasse, terre d'asile: Eduardo Pisano, peintre espagnol, dans La gazette de l'Hôtel Drouot, n°5 du 8 février 2013 (voir page 158)[7].
  • Anne Egger, Pisano, Musée du Montparnasse/Arcadia Éditions, 2013.
  • Juan Manuel Bonet, Le Montparnasse espagnol des années 1920 à 1980, Institut Cervantes, Paris, 2013.
  • Élisée Trenc, Eduardo Pisano, un artiste dionysiaque, Ville d'Eu, 2015.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Eduardo Pisano parlait à propos de ces œuvres sur papier de "monotypes", à tort puisqu'elles n'en étaient pas. Toutefois, par référence au langage de l'artiste, on parle toujours à leur propos de la "période des monotypes".
  2. Le Chemin de Croix de Pisano était intégralement exposé à Eu en 2015.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Eduardo Pisano », Extrait de la notice dans le dictionnaire Bénézit, sur Oxford Index, 2006 (ISBN 9780199773787)
  2. a b et c Dictionnaire Bénézit (Cf. Bibliographie ci-dessus).
  3. a b c d et e André Licoys, Pisano (Cf. Bibliographie ci-dessus).
  4. Sur Hermilio Alcade del Rio, fondateur en 1892 de l'école qu'il dirige depuis, voir biographie écrite en langue espagnole sur Wikipedia, la enciclopedia libre.
  5. Sur Manuel Castro Gil (1801-1963), voir Dictionnaire Bénézit, op. cit., tome 3 page 359.
  6. Francesco Agramunt Lacruz, Arte y represion en la guerra civile (Cf. Bibliographie ci-dessus).
  7. a b c et d Lydia Harambourg, La gazette de l'Hôtel Drouot, 8 février 2013
  8. L'art espagnol en exil - Peintures, Les Nouvelles littéraires, édition du 17 avril 1947.
  9. a et b Eduardo Pisano et la Galerie de la Boétie sont évoqués par Geneviève Dreyfus-Armand, L'exil des républicains espagnols en France, de la guerre civile à la mort de Franco, Albin Michel, 1999.
  10. Article Eduardo Pisano en langue espagnole sur Wikipedia, la enciclopedia libre.
  11. a b et c Julie Malaure, Eduardo Pisano ou l'exil heureux à Montparnasse, dans Le Point, édition du 1er février 2013
  12. Juan Manuel Bonet, Le Montparnasse espagnol des années 1920 à 1980, Institut Cervantes, Paris, 2013.
  13. Anne Egger, Pisano, Musée du Montparnasse/Arcadia Éditions, 2013.
  14. (es) [1] Catherine Dantan, Exposition Montparnasse, terre d'exil: Eduardo Pisano, peintre espagnol, communiqué de presse, 29 novembre 2012.
  15. (es) [2] Film durée 2 min 16 s, Montparnasse, terre d'asile - Eduardo Pisano, peintre espagnol.
  16. Présentation de l'exposition à la chapelle des Jésuites, Office de tourisme, Eu, mai 2015
  17. (es) [3] Julie Malaure, op. cit., texte et illustrations, Le Point, 1er février 2013. Les trois premières photos reproduisent le tableau Le rêve du soldat évoqué dans la rubrique Œuvre ci-dessus (ensemble et détails). Sur la quatrième photo, il nous semble reconnaître Oscar Dominguez (de profil, regardant Salvador Dalí), le photographe Brassaï (au deuxième plan au milieu) et Eduardo Pisano (tout à fait à droite).

Liens externes[modifier | modifier le code]