Échinodermes du Golfe de Californie

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Vue satellite du Golfe de Californie.
Étoiles-coussins rouges (Pentaceraster cumingi) au Mexique.

Les échinodermes forment un embranchement d'animaux marins benthiques présents à toutes les profondeurs océaniques, et dont les premières traces fossiles remontent au Cambrien[1]. Ils comprennent actuellement 5 classes : les étoiles de mer, holothuries, oursins, ophiures et crinoïdes. Ces animaux sont généralement caractérisés par le fait que leur corps est structuré en une symétrie centrale (au lieu de bilatérale chez la plupart des animaux), généralement d'ordre 5 (« pentaradiale »), visible chez les étoiles de mer, les oursins et les ophiures, et plus discrète chez les holothuries et les crinoïdes.

Très originaux, les représentants de ce groupe possèdent un certain nombre de caractéristiques uniques dans le monde animal. Les principales sont leur symétrie générale pentaradiée (bien qu'ils restent fondamentalement bilatériens[2]), l'existence d'un squelette constitué de plaques de calcite arrangées en stéréome, et la présence d'un système aquifère. Ils constituent un groupe proche des chordés au sein des deutérostomiens.

Les échinodermes sont des animaux lents et non agressifs, mais les oursins sont cependant équipés de piquants pouvant infliger des blessures douloureuses. Les holothuries peuvent quant à elles se protéger en éjectant des tubes de Cuvier, pour les espèces qui en sont pourvues.

On compte actuellement 7 000 espèces d'échinodermes vivantes à l'échelle de la planète, dont plus de 2000 ophiures, 1900 étoiles de mer, 1250 holothuries, 950 oursins et 650 crinoïdes.

Le Golfe de Californie est situé entre la côte de Basse-Californie à l'ouest et le Mexique continental à l'est (état de Sonora), et s'ouvre sur l'océan Pacifique au sud. Cette mer est célèbre pour sa grande biodiversité et son fort taux d'endémisme, qui ont été étudiés entre autres par l'écrivain américain John Steinbeck, auteur avec son ami le biologiste marin Ed Ricketts d'un important rapport en 1947[3], fournissant de nombreuses observations d'échinodermes. Une réédition de cette expédition en 2004 a montré des changements majeurs dans ce groupe en mer de Cortez[4].

Quatre des cinq classes d'échinodermes sont représentées dans la Mer de Cortez, de manière relativement homogène. Une étude de 2005[5] a recensé 193 espèces d'échinodermes de 51 familles différentes (soit 2,75 % des échinodermes connus), toutes profondeurs confondues : 44 étoiles de mer, 64 ophiures, 40 oursins et 45 holothuries. Les crinoïdes en sont absents[6].

Étoiles de mer[modifier | modifier le code]

La classe des Asteroidea (les étoiles de mer) comprend environ 1 900 espèces réparties dans tous les océans[7]. On peut en trouver à toutes les profondeurs, de la zone de balancement des marées à −6 000 mètres de fond[8]. Elles peuvent avoir cinq bras ou davantage. Toutes ont un disque central portant en partie supérieure (face « aborale ») l’anus et le madréporite, et sur la face inférieure (face « orale ») une bouche dépourvue de dents mais par laquelle certaines astérides peuvent « dévaginer » leur estomac pour le projeter sur la proie et commencer ainsi à la digérer de façon externe.

On compte entre 44[5] et 58[6] espèces d'étoiles de mer dans le golfe de Californie, réparties dans 17 familles. 29 d'entre elles sont limitées aux grandes profondeurs (>200 m)[6].


Espèces non illustrées : Astropecten brevispinus, Astropecten regalis, Luidia armata, Luidia bellonae, Luidia brevispina, Luidia columbia, Luidia ferruginea, Luidia ludwigi, Luidia phragma, Luidia superba, Luidia tesselata, Tethyaster canaliculatus, Ctenodiscus crispatus, Eremicaster pacificus, Benthopecten pectinifer, Cheiraster agassizii, Leiaster coriaceus, Linckia columbiae, Narcissia gracilis, Echinaster parvispinus, Echinaster echinophorus, Echinaster tenuispinus, Henricia nana, Henricia clarki, Heliaster kubinijii, Heliaster microbrachius, Heliaster polybrachius, Cnemidaster nudus, Myxoderma platyacanthum, Myxoderma longispinus, Astrometis sertulifera, Rathbunaster californicus.

Ophiures[modifier | modifier le code]

Les ophiures (du grec ophis, « serpent », et oura, « queue »[9]) ne sont pas des étoiles de mer, mais un groupe proche (toutes deux font partie de la sous-classe des Asterozoa). Parmi les différences on trouve des bras très fins et très souples, indépendants du corps, qui ne se touchent pas à leur base, et l’absence d’anus (les rejets se font par la bouche). Elles sont de surcroît beaucoup plus rapides, et se déplacent en se portant sur leurs longs bras. Le corps discoïdal est aplati sur la face inférieure, et généralement bombé en face supérieure.

Les ophiures sont des charognards et détritivores rapides et abondants, qui passent la journée dissimulés dans des trous ou sous des roches et sortent la nuit pour se nourrir sur le fond. Quand elles sont manipulées, la plupart des espèces peuvent sectionner leurs bras pour échapper à leur prédateur : celui-ci repoussera en quelques semaines ou mois. Il existe un ordre d’ophiures dont la morphologie est totalement différente, les Euryalida ou « gorgonocéphales », dont les nombreux et longs bras très ramifiés se déploient la nuit pour capturer le plancton.

On compte entre 64[5] et 71[6] espèces d'ophiures dans le golfe de Californie, réparties dans 12 ou 14 familles.


Espèces non illustrées : Asteronyx dispar, Astrocaneum spinosum, Astrodictyum panamense, Amphiophiura oligopora, Gymnophiura coerulescens, Ophiolepis crassa, Ophiolepis variegata, Ophiomusium glabrum, Ophiomusium lymani, Ophiernus polyporum, Ophiopsila californica, Ophionereis annulata, Ophionereis dictyota, Ophionereis perplexa, Ophioderma variegatum, Diopederma axiologum, Ophioncus granulosus, Ophiopaepale diplax, Ophiuroconis bispinosa, Ophiacantha diplasia, Ophiacantha phragma, Ophiacantha hirta, Ophiacantha rhachophora, Ophiacantha quadrispina, Ophiophthalmus normani, Amphigyptis perplexa, Hemipholis elongata, Hemipholis gracilis, Amphiura arcystata, Amphiura diomedeae, Amphiura notacantha, Amphiura otteri, Amphiura seminuda, Amphichondrius granulatus, Amphiodia digitata, Amphiodia urtica, Amphiodia platyspina, Amphiodia sculptilis, Amphiodia tabogae, Amphiodia violacea, Amphioplus strongyloplax, Amphipholis elevata, Amphipholis geminata, Amphipholis pugetana, Amphipholis platydisca, Amphipholis puntarenae, Ophiocnida californica, Ophiophragmus marginatus, Ophiophragmus tabogensis, Ophiostigma tenue, Ophiothrix galapagensis.

Oursins[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Oursins du Golfe de Californie.

Le corps des oursins est protégé par une coque calcaire (appelée « test »), recouverte de solides piquants (appelés « radioles »). Chez les oursins dits « réguliers » le test a la forme d’une sphère ou demi-sphère plus ou moins aplatie dorsalement et armée de piquants de taille variable selon des familles. Ceux-ci sont articulés à leur base et servent à la défense et en partie à la locomotion (assistés par de petits pieds à ventouse appelés « podia »). Au centre de la face orale se trouve une bouche dotée d’un appareil masticateur à cinq dents nommé « lanterne d'Aristote ». Il existe aussi des oursins « irréguliers » qui peuvent être oblongs ou plats, et chez lesquels l'anus et parfois la bouche ont migré vers un bord du test ; ce sont des oursins fouisseurs, que l'on trouve généralement enterrés dans le sable. Les oursins bien dissimulés peuvent provoquer des piqûres douloureuses chez les baigneurs imprudents, et ceux de la famille des Diadematidae (comme Diadema mexicanum et Astropyga pulvinata) sont venimeux - mais ne présentent pas un réel danger.
Les oursins de faible profondeur sont pour la plupart des brouteurs d'algues : ainsi, leurs fluctuations de population (suppression de prédateurs, surpêche...) peuvent entraîner des modifications importantes de l'écosystème.
Certaines espèces comme Strongylocentrotus purpuratus et Tripneustes gratilla sont comestibles, et font parfois l'objet d'une exploitation artisanale.

On compte entre 39 et 40 espèces d'oursins dans le golfe (jusqu'à 45 en additionnant toutes les études[10]), réparties dans 13 familles[5] : au moins 12 espèces d'oursins réguliers, 16 oursins-cœur, 12 « dollars des sables » et 4 cidaroïdes. Une espèce est endémique (Mellita grantii), et 12 sont limitées aux grandes profondeurs[6].


Espèces non illustrées : Astropyga pulvinata, Centrostephanus coronatus, Echinometra mathaei var. oblonga, Lytechinus pictus, Lytechinus anamesus, Cassidulus pacificus, Clypeaster europacificus, Clypeaster ochrus, Clypeaster rotundus, Clypeaster speciosus, Encope micropora, Encope perspectiva, Encope wetmorei, Mellita grantii, Mellita kanakoffi, Brissus obesus, Brissopsis columbaris, Brissopsis pacifica, Meoma grandis, Plagiobrissus pacificus, Metalia nobilis, Metalia spatagus, Lovenia cordiformis, Agassizia scrobiculata, Brisaster latifrons, Brisaster townsendi, Moira atropos, Moira clotho, Nacospatangus depressus, Spatangus californicus, Aporocidaris milleri, Hesperocidaris asteriscus, Hesperocidaris perplexa.

Holothuries (« concombres de mer »)[modifier | modifier le code]

La classe des Holothuroidea (du grec « holothoúrion», donné par Aristote à un animal qui n’a pu être déterminé[11]) regroupe des animaux marins au corps généralement cylindrique, plus ou moins mou selon les espèces, qui présentent une symétrie bilatérale apparente tout en conservant organiquement la symétrie pentaradiaire propre aux échinodermes. Autour de la bouche située en position antérieure, on observe une couronne de tentacules mobiles et rétractables chargés de prélever des particules de sédiment et de les porter à la bouche. En partie postérieure se trouve l’orifice cloacal servant à la respiration et à l’évacuation des déjections. C’est aussi par cet orifice que sortent, en situation de stress, de longs filaments blancs et collants appelés tubes de Cuvier chez les espèces qui en possèdent. Les holothuries se meuvent lentement sur les centaines de podias terminés par une ventouse qui couvrent leur trivium. Les holothuries sont les grands nettoyeurs de la mer. Ils se nourrissent principalement de la matière organique en décomposition présente dans le substrat, et permettent ainsi de limiter la prolifération des bactéries et de constituer un sédiment épuré et homogène. Certaines espèces sont cependant immobiles, et vivent attachées à un objet ou enterrées dans le sédiment d'où elles ne laissent dépasser que leurs longs tentacules ramifiés, dont elles se servent pour se nourrir de plancton : ce sont les Dendrochirotida, ou « lèche-doigts ».

Très consommés et braconnés en Asie, les concombres de mer sont encore faiblement exploités au Mexique. L'espèce Isostichopus fuscus est cependant suffisamment exploitée pour être déjà menacée au Mexique, et considérée comme en danger d'extinction à l'échelle mondiale sur la liste rouge de l'IUCN[12].

On compte entre 44[5] et 64[6] espèces d'holothuries dans le golfe de Californie, réparties dans 9 familles. 20 d'entre elles sont limitées aux grandes profondeurs[6].


Espèces non illustrées : Lissothuria nutriens, Psolidium dorsipes, Psolus conchae, Psolus diomedeae, Afrocucumis ovulum, Athyone glasselli, Neothyone gibbosa, Neothyone gibber, Pachythyone lugubris, Pachythyone pseudolugubris, Neopentamera anexigua, Pentamera chierchia, Pentamera chiloensis, Thyone bidentata, Thyone parafusus, Staurocucumis abyssorum, Cucumaria crax, Cucumaria flamma, Neocucumis veleronis, Pseudocnus californicus, Trachythyone peruana, Thyonella mexicana, Parathyonacta bonifaznuñoi, Holothuria inhabilis, Holothuria rigida, Holothuria kefersteini, Holothuria lubrica, Holothuria imitans, Holothuria paraprinceps, Holothuria zacae, Labidodemas americanum, Pannychia moseleyi, Molpadia intermedia, Molpadia musculus, Hedinga californica.

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Articles scientifiques[modifier | modifier le code]

  • (en) Agassiz, A., « Reports on an exploration off the west coasts of Mexico, Central and South America, and off the Galapagos Islands, in charge of Alexander Agassiz, by the "Albatross", during 1891 », Memoirs of the Museum of Comparative Zoology at Harvard College, Cambridge, vol. 31,‎ .
  • (en) Francisco A. Solís-Marín, Magali B. I. Honey-Escandón, M. D. Herrero-Perezrul, Francisco Benitez-Villalobos, Julia P. Díaz-Martínez, Blanca E. Buitrón-Sánchez, Julio S. Palleiro-Nayar et Alicia Durán-González, « The Echinoderms of Mexico: Biodiversity, Distribution and Current State of Knowledge », dans Juan José Alvarado & Francisco Alonso Solis-Marin, Echinoderm Research and Diversity in Latin America, Heidelberg, Springer-Verlag, (DOI 10.1007/978-3-642-20051-9_2, lire en ligne).
  • (es) Francisco A. Solís-Marín, Alfredo Laguarda-Figueras, Alicia Durán-González, Cynthia Gust Ahearn & Juan Torres Vega, « Equinodermos (Echinodermata) del Golfo de California, México », Revista de Biologia Tropical, vol. 53, no 3,‎ , p. 16 (lire en ligne).
  • Raphael D. Sagarin et al., « Remembering the Gulf: changes to the marine communities of the Sea of Cortez since the Steinbeck and Ricketts expedition of 1940 », Fronteers in Ecology and the Environment, vol. 6, no 7,‎ , p. 372–379 (DOI 10.1890/070067, lire en ligne).

Sites de référence en identification d'espèces marines[modifier | modifier le code]

Sites spécialisés sur la région[modifier | modifier le code]

Bases de données taxinomiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christopher Taylor, « Echinodermata », sur Palaeos (consulté le 18 décembre 2013). Nous ne retenons pas la classification proposée par ce site, non consensuelle.
  2. http://perso.univ-rennes1.fr/denis.poinsot/OVIV_organisation_du_vivant/cours%203%20OVIV%20deuxi%c3%a8me%20partie.pdf
  3. (en) John Steinbeck et Edward F. Ricketts, Sea of Cortez: A leisurely journal of travel and research, with a scientific appendix comprising materials for a source book on the marine animals of the Panamic faunal province, Paul P Appel Pub, (ISBN 0-911858-08-3).
  4. Raphael D. Sagarin et al., « Remembering the Gulf: changes to the marine communities of the Sea of Cortez since the Steinbeck and Ricketts expedition of 1940 », Fronteers in Ecology and the Environment, vol. 6, no 7,‎ , p. 372–379 (DOI 10.1890/070067, lire en ligne).
  5. a b c d et e (es) Francisco A. Solís-Marín, Alfredo Laguarda-Figueras, Alicia Durán-González, Cynthia Gust Ahearn & Juan Torres Vega, « Equinodermos (Echinodermata) del Golfo de California, México », Revista de Biologia Tropical, vol. 53, no 3,‎ , p. 16 (lire en ligne).
  6. a b c d e f et g (en) Francisco A. Solís-Marín, Magali B. I. Honey-Escandón, M. D. Herrero-Perezrul, Francisco Benitez-Villalobos, Julia P. Díaz-Martínez, Blanca E. Buitrón-Sánchez, Julio S. Palleiro-Nayar and Alicia Durán-González, « The Echinoderms of Mexico: Biodiversity, Distribution and Current State of Knowledge », dans J. J. Alvarado and F. A. Solís-Marín, Echinoderm Research and Diversity in Latin America, Heidelberg, Springer-Verlag, (lire en ligne).
  7. (en) Christopher Mah, « How many starfish species are there ? Where do they Live ? How long have they been around ? Five Points about Sea Star Diversity », sur The Echinoblog, .
  8. (en) Christopher Mah, « Asteroidea », sur MarineSpecies.org.
  9. « Ophiure », sur Dictionnaire de l'cadémie Française, 9e édition.
  10. Et en rajoutant le contenu de la base de données du CSDS (« Center for Sonoran Desert Studies » (consulté le 10 avril 2010)).
  11. (en) Alexander M. Kerr, « A Philology of Òλοθóυριου : From Ancient Times to Linnaeus, including Middle and Far Eastern Sources », University of Guam Marine Laboratory Technical Report, no 151,‎ (lire en ligne).
  12. (en) Mercier, A., Hamel, J.-F., Toral-Granda, T.-G., Alvarado, J.J., Paola Ortiz, E. & Benavides, M., « Isostichopus fuscus », sur The IUCN Red List of Threatened Species 2013.