Duché de Naples
| Statut | Circonscription de l'exarchat de Ravenne, de facto indépendant après 840 |
|---|---|
| Capitale | Naples |
| Langue(s) | Napolitain, Grec |
| 1123-1137 | Serge VII |
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Le duché de Naples (latin : Ducatus Neapolitanus, grec : Δουκάτο τῆς Νεᾱπόλεως) est une province byzantine dirigée par un gouverneur militaire (dux). Comme dans d'autres territoires byzantins d'Italie, la noblesse locale réussit à transformer le duché en un État autonome et à rendre héréditaire la charge de duc. L'État, qui dura plus de cinq siècles tout au long du haut Moyen Âge, est aussi connu sous le nom de Duché napolitain. Il est l'un des quatre duchés Tyrrhéniens avec ses homologues sorrentin, gaètan et amalfitain[1],[2].
Histoire
[modifier | modifier le code]Origines et première dynastie ducale
[modifier | modifier le code]Le duché est créé à la fin du VIe siècle, probablement à l'initiative du pape Grégoire le Grand[3], mais reste un office temporaire et élargi à toute la Campanie sous l'autorité de l'exarque de Ravenne[4] puis à la chute de l'exarchat, sous l'autorité du patrice de Sicile. Ce n'est qu'en 661, sous le règne de Constant II qui tente de chasser les lombards d'Italie du sud au cours d'une campagne militaire[5], que Naples obtient d'être dirigé par dux local afin de contrer au mieux les entreprises lombardes dans la région.
Avec la chute de l'exarchat de Ravenne en 751, l'autorité théorique sur le duché est transféré au patrice de Sicile. Les acquièrent cependant une autonomie de plus en plus importante, conséquence de l'éloignement de l'empire Byzantin qui n'est souvent pas en mesure de fournir d'assistance dans leur lutte contre les lombards. Ainsi, les ducs Étienne II et Grégoire II, qui établissent la première dynastie ducale, sont seuls pour lutter contre le puissant prince Arigis II de Bénévent.
Cette indépendance se manifeste pleinement quand le duc Antimus refuse, en 812, d'envoyer sa flotte participer à la campagne du patrice de Sicile Grégoire contre les pirates sarrasins avec lesquels il entretient des relations commerciales. Les duché de Gaète et Amalfi, jusque là subordonnés à Naples, répondent eux à l'appel, actant ainsi le début de leur indépendance du pouvoir napolitain.
Après un bref intermède (818-821) où Byzance rétabli son contrôle sur la cité, le duché est marqué par une forte instabilité jusqu'en 840. Le prince Sicon de Bénévent inflige plusieurs défaites aux napolitains, dont le duché se retrouve réduit à la ville de Naples et son environnement immédiat, et qui se voient contraints de payer un tribut aux lombards. Cela est fatal au duc Étienne III, dernier scion de la première dynastie ducale. Son assassin et successeur, Bonus de Naples, profite du décès de Sicon et des troubles successoraux qui s'en suivent pour entamer une rapide campagne contre les Bénéventins et reprendre aux lomabrds en une année ce qui avait été perdu sur la décennie précédente. Il meurt brutalement et, son fils rapidement écarté, c'est un patricien nommé André qui reprend le flambeaux de la lutte contre le fils de Sicon, Sicard de Bénévent. C'est au cours de ces luttes qu'André II devient le premier prince chrétien d'Italie du sud à faire appel à des mercenaires musulmans, installés récemment en Sicile. Malgré la signature du Pactum Sicardi qui offre 5 années de trêve, l'armistice ne dure pas, et dès 836, Sicard prend Amalfi. Les Amalfitains se libèrent seuls, en 839, et ne reviendront jamais sous suzeraineté napolitaine, actant l'indépendance de leur république. Malgré la mort de Sicard en 839, et compte tenu de l'impuissance byzantine, André appelle à l'aide l'empereur germanique Lothaire Ier qui envoie un fidèle et qui devient son gendre. Ce dernier se brouille rapidement avec André, le tue, avant d'être massacré par les napolitains en révolte.
Dynastie des Sergi
[modifier | modifier le code]Les napolitains appellent alors au pouvoir le duc Serge Ier, qui fonde la seconde dynastie ducale qui dirigera le duché jusqu'à sa fin en 1137. Ce dernier doit maintenant faire face à la menace arabe. Ces derniers, conscients de la faiblesse des potentats locaux, ravagent maintenant régulièrement les côtes du Latium et de Campanie. Il les défait une première fois à la pointe Licosa en 846, avant de vaincre l'emir de Palerme devant Sorrente au cours de l'expédition punitive qui suit. Les musulmans sacquent cependant Rome la même année. Une ligue Campanienne se forme alors avec les duchés de Gaète et Amalfi sous le patronage du pape Léon IV, et dirigée par l'amiral Césaire de Naples, les coalisés infligent une cuisante défaite aux arabes en 849, lors de la bataille d'Ostie. La prééminence du duc Serge sur les princes du sud de l'Italie est totale et l'Empereur Louis II le Jeune fait appel à lui pour réconcilier Bénévent et Salerne. Il échoue cependant à prendre Capoue en 859. Après 25 ans de règne, il peut transmettre de manière incontestée le pouvoir à son fils, Grégoire III de Naples. Ce dernier tente de maintenir une politique d'équilibre entre l'empire carolingien, le pape dont il devient le légat et l'empire byzantin. S'il accompagne le roi d'Italie dans ses campagnes contre Capoue, Salerne et Amalfi, en 867 il renouvelle la vassalité de son duché vis-à-vis de l'empereur grec Basile Ier[6]. Son fils continue la même politique, mais s'attire l'hostilité du pape pour ses rapports amicaux avec les Aghlabides, qui l’excommunie en 876 et lance Guaifer de Salerne contre lui. Il est aveuglé et renversé par son frère, l'évêque Athanase II de Naples qui devient duc par la même occasion.
Sous son règne, Naples s'affirme comme une puissance totalement autonome. Bien qu'Athanase II jouisse désormais d'un grand prestige auprès du Pape et que les napolitains jurent solennellement de combattre les arabes, il ne reçoit pas l'aide promise par Jean VIII contre les bandes de musulmans qui infestent la Campanie, qu'il chasse néanmoins de la baie de Naples. Le Pape tente de se concilier l'évêque en vain puis l'excommunie en avril 881, sans conséquences. En 882 après la mort de Jean VIII, l'évêque Athanase II organise à son profit une paix entre les lombards et en 884 puis en 885 il attaque Capoue, sans succès. À la même époque il repousse également les prétentions byzantines à l'hégémonie régionale. Malgré les succès militaires en Campanie du Stratège Nicéphore Phocas l'Aîné, Athanase II maintient son alliance avec les arabes d'Agropolis. Il menace même le nouveau prince de Salerne, Guaimar, qui sollicite la protection du représentant de l'empire byzantin ce qui incite Athanase à faire de même et à recevoir un corps d'auxiliaires byzantins. Il se réconcilie avec le nouveau Pape et réussit à chasser les envahisseurs du Golfe de Naples.[7]
Son neveu Grégoire IV lui succède, et fait la paix avec les princes de Capoue en 911 afin de se partager la Liburia contestée depuis des décennies. Grâce à cette paix, l'ensemble des princes d'Italie du Sud, le pape et nouvellement établi catépanat d'Italie forment une coalition afin de chasser définitivement les arabes du mezzogiorno, en les expulsant d'Agropoli et de Treatto suite à la bataille du Garigliano. Cette alliance sera réaffirmée par Jean III de Naples une vingtaine d'année plus tard. L'empereur considère qu'il s'agit d'une alliance hostile et une force grecque est envoyée des Pouilles contre les vassaux rebelles qui sont contraints de reconnaître l'autorité de l'empereur de Constantinople. Jean III confirme ensuite le traité avec les princes en réservant explicitement sa fidélité à l'empire byzantin salve fidelitate sanctorum imperatorum[8]. En 946, il s'allie avec Landolf II de Bénévent lors d'une invasion de la principauté de Salerne. Ils sont défaits par les armées de Mastalus Ier d'Amalfi et Jean III doit se retirer à Naples. Landolf change alors d'alliance et conjointement avec Gisolf Ier de Salerne ils attaquent Naples auquel ils prennent Nola. En 955, il tente de nouveau d'échapper à la vassalité impériale et une nouvelle armée grecque est envoyée en Italie du sud sous le commandement du stratège Marianos Argyros, obligeant Jean III à se soumettre. Cependant en 962, Jean III transfère sa vassalité au nouvel empereur d'Occident, Othon Ier car en 958, Naples avait été l'objet d'une nouvelle attaque des musulmans sans que Constantinople ne réagisse.
Le fils de Jean III Marinus II change de nouveau d'allégeance et se joint aux armées grecques lors de leur conquête de la principauté de Bénévent en 969. En 999, l'empereur Othon III décide de refaire passer sous son autorité la principauté de Capoue et le duché de Naples. Il demande à Adémar de Capoue de s'emparer des deux villes. Il entre dans Capoue et Naples et capture Jean IV qu'il envoie prisonnier à Capoue. Lorsque les habitants de cette cité se révoltent et donnent le pourvoir à Landolf VII de Sainte-Agathe, Jean IV est libéré par les lombards : il retourne à Naples où il retrouve son autorité et n'est plus inquiété par les interventions étrangères[9]. Son fils Serge IV de Naples se soumettra néanmoins en 1024 à Pilgrim de Cologne, alors qu'il n'est pas inquiété, lorsque celui-ci assiège de nouveau Capoue au nom de l'empereur. Le prince Pandolf IV de Capoue lui en conservera une rancune tenace, et suscitera une révolte à Sorrente qu'il annexe, privant Naples de ses dernières possessions sur la péninsule amalfitaine. Pour se protéger, Serge IV inféode à l'ancien mercenaire normand de Pandolf IV Rainulf Drengot le Comté d'Aversa en Liburnie. C'est le premier établissement normand permanent en Italie sud.
Rainulf Ier retourne cependant son alliance rapidement, et malgré le voyage du futur duc Jean V à Constantinople, l'empire byzantin ne peut soutenir son vassal. Ce dernier est donc contraint de se soumettre à Guaimar IV de Salerne afin de résister aux ambitions capouanes. Son fils Serge V s'en libère quand la principauté de Salerne est conquise par son allié Robert Guiscard avant de renverser son alliance et renouer avec la maison d'Aversa devant la puissance grandissante des Hauteville qui se livrent maintenant à la conquête de l'Italie du Sud. En 1129, se sentant menacé par la montée en puissance du comte Roger II de Sicile qui revendique notamment le duché d'Apulie, Serge VII signe un traité d'alliance avec le duc Richard III de Gaète. Mais lorsque Roger II devient roi de Sicile en 1130, Serge n'ose lui résister et se soumet à son autorité. Il soutient en 1134 la révolte de deux opposants à Roger II : le prince Robert II de Capoue et le comte Rainulf d'Alife, ce qui conduit le roi Roger II à assiéger Naples en 1135.. Les Napolitains, préférant mourir de faim plutôt que de se soumettre à un « méchant roi » selon Falcon de Bénévent[10], résistent pendant que Serge parvient à quitter la ville pour se rendre à Pise dans le but d'obtenir des renforts. Naples est ravitaillée par la mer par Robert II de Capoue permettant aux assiégés de poursuivre leur résistance. Devant la menace de voir arriver l'empereur germanique Lothaire III, poussé par le pape Innocent II et par l'empereur byzantin Jean II Comnène à attaquer le roi de Sicile, Roger II lève le siège au début de l'année 1137. Cependant, les troupes impériales, accablées par la chaleur et la maladie, décident d'abandonner le sud de l'Italie. Serge VII décide alors de se soumettre définitivement au roi de Sicile. Il est tué peu après lors de la bataille de Rignano où Roger II est battu par Rainulf d'Alife, devenu duc d'Apulie avec le soutien du pape Innocent II et de l'empereur Lothaire III.
Mort sans héritier, le duché de Naples est annexé par le roi de Sicile qui placera en 1139 son fils Alphonse à sa tête, avant d'être définitivement intégré au domaine royal suite à la mort d'Alphonse.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Ferdinand Chalandon, Histoire de la domination normande en Italie et en Sicile, 2 volumes, Paris, 1907.
- Jean-Marie Martin, « Les aristocraties des duchés tyrrhéniens (Xe-XIIe siècle) : parcours variés de Byzance à l’Occident », dans L’héritage byzantin en Italie (VIIIe-XIIe siècle), Rome, Publications de l’École française de Rome, (lire en ligne), p. 585 à 604.
- Barbara M. Kreutz, Before the Normans: Southern Italy in the Ninth and Tenth Centuries, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, (lire en ligne)
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (it) Camillo Tutini, Dell'origine e fondazione dei Sedili di Napoli, Luciano Editore, , 26-32-34-40-50 (ISBN 8888141952)
- ↑ (it) Gennaro De Crescenzo Antonio Vito Boccia, Il ducato e Napoli medievale, le origini di una grande capitale, ABE (ISBN 9788872973677)
- ↑ Martin 2012, p. 585.
- ↑ Martin 2012, p. 591.
- ↑ Kreutz 1991, p. 1-6.
- ↑ Gay 1904, p. 37.
- ↑ Grumel 1958, Ducs de Naples, p. 424.
- ↑ Jules Gay Op.cit p. 240.
- ↑ Jules Gay L'Italie méridionale et l'Empire byzantin depuis l'avènement de Basile Ier jusqu'à la prise de Bari par les Normands (867-1071) Albert Fontemoing éditeur, Paris 1904 p. 372-373.
- ↑ Sed magister militum et eius fideles, qui libertati invigilabant civitatis quique antiquorum suorum sequebantur honestatem, mori prius famis morte malebant, quam sub nefandi regis potestate colla submittere.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Liste des ducs de Naples (661-1144)