Personnes LGBT en Tunisie

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Lois sur l'homosexualité dans le monde :
  •      Pas d'informations
  • Homosexualité légale
  •      Mariage reconnu
  •      Autre type d'engagement reconnu
  •      Mariage à l'étranger reconnu
  •      Pas de reconnaissance des couples homosexuels
  • Homosexualité illégale
  •      Peine minimale
  •      Peine importante
  •      Prison à vie
  •      Peine de mort

Les personnes LGBT en Tunisie doivent faire face à des lois et une société particulièrement transphobe et homophobe. La vie communautaire est limitée à de la protection contre les persécutions légales.

Histoire[modifier | modifier le code]

De la fin du XVIIIe siècle au début du XXe siècle, les hommes homosexuels, malgré la stigmatisation, ont des rôles sociaux en Tunisie comme dans le reste du monde arabo-musulman : ils servent d'intermédiaire entre les mondes masculins et féminins dans les fêtes de mariage, sont invités chez les hommes en présence de leurs épouses, et sont admis dans les espaces privés féminins au même titre que les aveugles[1].

À la suite de la révolution, un webzine, Gayday, est lancé en mars 2011, de même qu'une radio en ligne[2]. Toutefois, à la suite de la victoire du mouvement islamiste Ennahdha aux élections du 23 octobre 2011, le ministre des Droits de l'homme et de la Justice transitoire Samir Dilou déclare son opposition à la publication et considère l'homosexualité comme un trouble médical qu'il faut soigner ; cette position est critiquée par Reporters sans frontières et Amnesty International pour qui « cautionner la discrimination pour des motifs liés à l'orientation sexuelle ou à l'identité de genre revient à donner le feu vert aux violations les plus graves des droits humains »[2].

Droits[modifier | modifier le code]

Code pénal[modifier | modifier le code]

L'article 230 du Code pénal de 1913 prévoit jusqu'à trois ans de prison pour sodomie entre adultes consentants[3]. Si les cas de poursuites restent rares, les vexations restent nombreuses, allant jusqu'aux violences physiques[2].

Positions officielles[modifier | modifier le code]

Le , la cour d'appel de Tunis rejette la requête d'un transsexuel pour changer son statut civil d'homme à femme ; le jugement déclare que son changement de sexe est une « opération volontaire et artificielle » qui ne peut justifier un changement de statut.

En , le gouvernement tunisien s'oppose au statut consultatif de l'ILGA aux Nations unies et, en , le président de l'époque, Zine el-Abidine Ben Ali, assiste à une conférence de presse au cours de laquelle le président George W. Bush condamne les mariages homosexuels organisés à San Francisco[4].

Hamadi Jebali, du parti islamiste Ennahdha, déclare dans un entretien accordé aux lecteurs du Monde que les homosexuels peuvent tout à fait adhérer à son parti « s'ils en respectent le règlement et ses principes [qui seraient] contre leurs agissements ». Il ajoute qu'il n'existe pas, en Tunisie, de sanctions propres aux homosexuels : « il y a des lois pénales que tout le monde doit respecter »[5]. En 2014, une proposition de plusieurs organisations de la société civile visant à annuler l'article 230 dans le cadre de la réforme du Code pénal est refusée par le ministère de la Justice[6].

Tableau des droits[modifier | modifier le code]

Dépénalisation de l’homosexualité  Non
Majorité sexuelle identique à celle des hétérosexuels  Non
Interdiction des discours de haine contre les LGBT  Non
Interdiction de la discrimination liée à l'orientation sexuelle à l'embauche  Non
Interdiction de la discrimination liée à l'identité de genre dans tous les domaines  Non
Mariage civil ou partenariat civil  Non
Adoption conjointe dans les couples de personnes de même sexe  Non
Adoption par les personnes homosexuelles célibataires  Non
Droit pour les gays de servir dans l’armée  Non
Droit de changer légalement de genre (après stérilisation)  Non
Gestation pour autrui pour les gays  Non
Accès aux FIV pour les lesbiennes  Non
Autorisation du don de sang pour les HSH  Non

Violences[modifier | modifier le code]

Entre le et l'année 2013, treize meurtres de personnes homosexuelles sont recensées par les assocations ; les autorités ne reconnaissent que celles visant des personnes étrangères, à savoir un Italien et un Polonais, et suite à la pression de l'opinion internationale[1]. Les personnes affirmant le caractère homophobe de ces actes sont l'objet de violences physiques[1].

Migrations[modifier | modifier le code]

De nombreuses personnes LGBT tunisiennes, des centaines par jour d'après les associations, quittent le pays pour fuir les persécutions[1].

Militantisme[modifier | modifier le code]

Les réseaux sociaux permettent également de créer un espace de débat, notamment autour de la question de la dépénalisation de l'homosexualité[6]. En 2014, un projet d'association visant l'abolition de l'article 230 et 226 du Code pénal voit le jour à l'initiative d'un groupe d'une quinzaine de femmes et d'hommes souhaitant « prouver que les homosexuels sont des citoyens et des patriotes qui devraient être égaux en droits avec le reste de la population »[6]. Il se concrétise le avec l'obtention par l'association Shams pour la dépénalisation de l’homosexualité en Tunisie de son visa d’activité[7], suscitant une vive polémique médiatique[8]. En octobre, le ministre de la Justice, Mohamed Salah Ben Aïssa, appelle à l'abrogation de l'article 230 mais se voit rapidement contredit par le président de la République, Béji Caïd Essebsi, qui assure que « cela ne se produira pas »[9].

Le militantisme LGBT en Tunisie est tourné vers la protection concrète et urgente des personnes menacées : elles sont cachées aux autorités, souvent au prix de déplacements fréquents[1]. Il existe aussi une maison effectuant de l'hébergement d'urgence, ainsi qu'une caisse de solidarité[1]. Il existe aussi une stratégie d'occuptation de l'espace public, par des tags en arabe et en anglais, ainsi qu'une journée de visibilité lors de la journée mondiale contre l'homophobie, le 17 mai[1].

Représentations culturelles[modifier | modifier le code]

Plusieurs films tunisiens mettent en scène l'homosexualité ou la bisexualité : L'Homme de cendres, de Nouri Bouzid (1986) ; Bedwin Hacker de Nadia El Fani (2002) ; Fleur d'oubli de Selma Baccar (2005) ; Le Fil de Mehdi Ben Attia (2008) ou Histoires tunisiennes de Nada Mezni Hafaiedh (2012).

Le discours social autour de ces films est l'omerta : Le Fil n'a pas été diffusé en Tunisie et les critiques d'Histoires tunisiennes passent sous silence la partie du film concernant la découverte par une jeune femme de l'homosexualité de son mari[1]. L'homosexualité masculine est représentée comme souffrant de cette clandestinité, non-virile, indigne, tandis que l'homosexualité et la bisexualité féminine est montrée comme profitant de cette clandestinité comme d'un jeu[1]. Les personnages homosexuels servent de prétexte à une critique de l'ordre patriarcal[1].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Crémeaux 2013.
  2. a, b et c Laurent de Saint Périer, « Gayday et le triste sire », sur jeuneafrique.com, (consulté le 29 septembre 2015).
  3. Tunisie. « Code pénal tunisien », art. 230 [sontom/tunisie/codes/cp/cp1200.htm lire en ligne (page consultée le 29 septembre 2015)].
  4. (en) « President Bush Discusses War on Terrorism with Tunisian President », sur georgewbush-whitehouse.archives.gov (consulté le 29 septembre 2015).
  5. « Hamadi Jebali : l'essentiel est de respecter les libertés », sur lemonde.fr, (consulté le 29 septembre 2015).
  6. a, b et c « Une nouvelle initiative vise la dépénalisation de l'homosexualité en Tunisie », sur huffpostmaghreb.com, (consulté le 29 septembre 2015).
  7. Rihab Boukhayatia, « Tunisie : Shams voit le jour, les militants LGBT sortent de l'ombre », sur huffpostmaghreb.com, (consulté le 29 septembre 2015).
  8. « Tunisie : front médiatique contre la naissance de l'association pro-LGBT Shams », sur huffpostmaghreb.com, (consulté le 29 septembre 2015).
  9. Sarah Leduc, « En Tunisie, le président Essebsi s'oppose à la dépénalisation de la sodomie en Tunisie », sur france24.com, (consulté le 13 octobre 2015).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]