Droits LGBT en Afghanistan

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Droits LGBT en Afghanistan
Image illustrative de l'article Droits LGBT en Afghanistan
Localisation de l'Afghanistan.
Dépénalisation de l’homosexualité Non Non
Sanction Peine de mort
Identité de genre Non Non
Service militaire Non Non
Protection contre les discriminations Non Non
Mariage Non Non
Partenariat Non Non
Adoption Non Non

Les personnes faisant partie de la communauté LGBT (lesbienne, gay, bisexuel, transgenre) qui vivent en Afghanistan buttent contre des obstacles juridiques et sociaux. L'homosexualité et le travestissement sont considérés comme des crimes très graves, passibles de la peine de mort[1]. Cette situation est surtout présente dans les campagnes, où la loi est souvent réglée par les habitants eux-mêmes. En 2008, le changement de régime ne semble pas avoir eu beaucoup de conséquences sur le statut juridique des hommes gays, des lesbiennes, et des bisexuels en Afghanistan.

Attitude sociale[modifier | modifier le code]

L'homosexualité et le travestissement sont tabous, largement considérés comme des activités indécentes en raison de la tradition musulmane qui pose un cadre strict aux pratiques sexuelles et à la place des sexes. La plupart des Afghans étant musulmans, ces dispositions d'esprit se reflètent également dans la Constitution du pays et dans les lois en cours.

Quand l'homosexualité est débattue publiquement, elle est amalgamée avec la prostitution et la pédophilie, et la sensibilisation à la diversité des orientations sexuelle ou à l'identité de genre est limitée. Interrogés en 2011 par des journalistes afghans, des hommes qui avaient collés des symboles LGBT sur leurs voitures ont déclaré ignorer la signification du drapeau arc-en-ciel et des autocollants, pensant que ce n'était qu'une mode occidentale, puis se sont empressés de les retirer afin de ne pas être considérés comme des partisans de la cause homosexuelle[2].

Condamnation par les Talibans[modifier | modifier le code]

Toutes les relations sexuelles en dehors du cadre d'un mariage hétérosexuel sont criminelles depuis l'arrivée en pouvoir des Talibans dans les années 1990. Des hommes et des femmes seraient régulièrement exécutés publiquement pour avoir commis la fornication, l'adultère ou des actes de sodomie.

En 1994, le chef des Talibans, Mullah Omar, a empêché un garçon d'être sodomisé par deux seigneurs féodaux de Kandahar. Après la prise de contrôle de la ville, il a décrété que tout acte sexuel consentant impliquant la sodomie serait puni de la peine capitale[3].

Bacha bazi[modifier | modifier le code]

Malgré les attitudes sociales de rejet et les interdictions légales, il existe une forme de bisexualité institutionnalisée dans la culture afghane. Cela se produit lorsque des garçons sont enlevés pour servir d'esclaves sexuels à des hommes adultes, généralement appartenant à une milice, ou quand un homme adulte achète les faveurs sexuelles de jeunes garçons avec de l'argent ou des cadeaux. Ces activités sont tolérées au sein de la culture afghane car elles ne sont pas perçus comme étant l'expression d'une identité LGBT, mais plutôt comme du pouvoir et de la domination masculine, le garçon étant dans ces situations forcé d'assurer le rôle de la femme.

Les membres de milices n'ont souvent pas accès aux femmes et les garçons sont parfois enlevés pour être humiliés et violés par des adultes[4]. Certains garçons en revanche choisissent de se prostituer indépendamment de leur orientation sexuelle.

Les hommes impliqués dans ces pratiques sont quelquefois appelés bacha bazi en Persan et semblent prospérer dans les grandes villes d'Afghanistan, probablement en raison de la pauvreté et des tabous sociaux qui entourent de manière stricte les interactions entre les hommes et les femmes. Une loi a été promulguée interdisant aux soldats afghans de vivre avec leur « ashna »[5].

En 2007, des rapports ont déclaré que la pratique du « bacha bareesh » (garçons sans barbe) est encore répandue dans certaines parties du nord de l'Afghanistan. Elle implique des adolescents, habillés en femmes pour participer à des compétitions de danse et des actes sexuels.

L'homosexualité est ainsi souvent associée à la fois au viol et à la prostitution, une idée reçue qui se traduit dans les lois du pays.

Code pénal[modifier | modifier le code]

Le Code Pénal de 1976 a été remis en application après l'occupation américaine, et il contient de nombreuses dispositions qui pourraient s'appliquer aux LGBT .

  • Article 398 – Des peines allégées sont prévues pour les crimes d'honneur, qui impliquent qu'une membre d'une famille découvre sa femme ou un parent engagé dans des pratiques d'adultère, de sodomie ou d'homosexualité.
  • Article 427 – Un long emprisonnement est prévu pour une personne qui commet l’adultère ou la pédérastie, cette dernière pouvant être interprétée comme comprenant la sodomie, en tenant compte du fait que ces peines sont encore valables si les personnes concernées sont des adultes. La peine maximum augmente si la victime a moins de 18 ans, si l'accusé est en position d'autorité sur la victime, si l'accusé a répété ce crime à de multiples reprises ou si le crime transmet une maladie.
  • L’article 512 établit que toute personne qui se livre à du « voyeurisme » public d'une façon répugnante doit être emprisonné ou condamné à une amende.

Sharia[modifier | modifier le code]

La Constitution dispose que l'Afghanistan est une république islamique. Il est donc possible pour les personnes LGBT en Afghanistan d'être accusés d'avoir violé la loi islamique. Ces accusations peuvent se substituer ou s'ajouter aux accusations émanant du Code pénal. Les peines basées sur la sharia sont plus susceptibles de se produire dans les communautés rurales isolées, où des citoyens et des groupes contrôlent et punissent ceux qui ne suivent pas les mœurs islamiques strictes.

Dans les villes, les personnes reconnues coupables d'homosexualité sont généralement condamnées à la prison. En 2004, un conseiller américain au gouvernement afghan a été arrêté et condamné à une peine de prison pour activités homosexuelles avec un afghan. D'autres reportages ont également noté de nombreux cas similaires[6]..

Loi sur la famille[modifier | modifier le code]

La loi afghane sur le mariage (1971) dispose qu'un mariage légal engage deux adultes musulmans de sexe opposés, et qu'il doit respecter les règles de la loi islamique. Bien que la loi n'aborde pas explicitement la question de couples de même sexe, l'article 41 de la loi sur le mariage établit que si la loi est muette sur une question particulière, alors c'est la loi islamique qui doit être consultée. Par conséquent la loi sur le mariage ne reconnaît pas les mariages homosexuels, union civile ou partenariats domestiques. De même, la loi afghane sur les unions, mariage et la circoncision (1949) décrit le mariage comme l'engagement entre un homme et une femme musulmane et ajoute que ces mariages doivent suivre la loi islamique.

L'article 430 dispose que « l'incitation à la délinquance » est appliquée si un adulte encourage ou aide à l'acte d'adultère, d'homosexualité ou de prostitution un mineur de 18 ans.

En 2007, le Sydney Morning Herald a signalé qu'un homme pachtoune est tombé amoureux et s'est marié avec un garçon de 16 ans - et que tous deux ont exécutés sommairement au Pakistan à la suite de cette « union impie » qui avait provoqué l'indignation parmi les leaders islamiques. Des informations locales disent que la famille du garçon, extrêmement pauvre, a accepté l'union après que Liaquat, un réfugié afghan, ait payé une dot de 40 000 roupies pakistanaises (885 $) - une somme énorme. Cependant, comme des informations sur ce scandale ont filtré, les anciens de la tribu Afridi ont convoqué une jirga (conseil tribal) pour décider de la réponse à appliquer à cet « acte immoral et honteux »[7]..

VIH/sida[modifier | modifier le code]

Avant 2003, peu ou pas d'éducation et de traitement du VIH/sida existaient. En 2008, le nombre officiel de personnes vivant avec le VIH est de 504, mais on pense que plusieurs milliers de personnes en sont en fait atteintes[8]. Les mœurs sociales traditionnelles profondément enracinées rendent difficile l'introduction d'initiatives publiques globales d'éducation sanitaire. Jusqu'à présent, la majeure partie des ressources disponibles ont mis l'accent sur la lutte contre la toxicomanie et, dans une moindre mesure, l'industrie du sexe[9]. Cependant, le seul message transmis à propos de la sexualité est l'encouragement à l'abstinence[9].

En 2009, le premier centre de traitement du VIH a ouvert à Kaboul, et de nombreux autres sont prévus[10]. Accéder aux traitements anti-rétroviraux est, au mieux, limité, et les initiatives de prévention se heurtent aux tabous profondément ancrés dans la population[11]. Des efforts sont faits pour éduquer les chefs locaux et religieux, dans l'espoir qu'ils puissent légitimer une plus grande sensibilisation du public[11].

Légalement, l'article 373 du code pénal dispose qu'une personne qui propage une maladie dangereuse par accident doit être condamnée à une amende, mais si cette maladie entraîne la mort ou une incapacité permanente, la peine est identique à un homicide involontaire.

Discrimination et politique[modifier | modifier le code]

En 2009, aucune loi n'existe en Afghanistan contre la discrimination ou le harcèlement sur les bases de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre. En réponse à des demandes de l'étranger, le Parti social-démocratique afghan (Afgan Mellat) a déclaré qu'il « favorise un effort international pour lutter contre la pandémie du sida, mais que l'homosexualité et le mariage homosexuel sont défendus par toutes les grandes religions. » Aucun parti politique ou lobby n’a exprimé son soutien aux droits LGBT.

En fait, la loi afghane interdit actuellement à tout parti politique, lobby ou club de défendre une cause opposée à la loi islamique. En l'absence d'un changement de la loi, il est peu probable qu'une organisation politique ou sociale défende les droits des LGBT.

Censure[modifier | modifier le code]

L'article 32 du Décret sur la presse afghane (2002) interdit les publications qui font la promotion d'actes « incitant à la dépravation ». De même l'article 27D de la Loi postale afghane (1973) interdit l'usage du service postal dans le but d'échanger tout ce qui est « contraire à la décence et la moralité publique ». Ces deux dispositions pourraient être utilisées pour censurer la distribution de documents de défense des droits homosexuels ou l'évocation de l'homosexualité en général.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Afghanistan - Gay Travel, Life & Culture. Photo Galleries, Stories, Links, News & Reports », Globalgayz.com (consulté le 20 janvier 2011)
  2. gay accidentelle Afghanistan fierté. Guardian.
  3. http://www.sodomylaws.org/world/afghanistan/afnews007.htm
  4. Washingtonexaminer.com
  5. Sodomylaws.org le 20 janvier 2011
  6. (en) « Sodomylaws.Org », Sodomylaws.Org (consulté le 20 janvier 2011)
  7. (en) « Afghan tribesman faces death for wedding to teenage boy - World », sur smh.com.au, (consulté le 20 janvier 2011)
  8. (en) « UNICEF », UNICEF (consulté le 20 janvier 2011)
  9. a et b (en) Daniel Cooney, « Kabul's Drug Epidemic Requires Unique Approaches in HIV/AIDS Prevention », Adb.org, (consulté le 20 janvier 2011)
  10. (en) « WHO », Who.int (consulté le 20 janvier 2011)
  11. a et b (en) « Ministry Says 2,500 Afghans HIV Positive », Medindia.net, (consulté le 20 janvier 2011)

Liens externes[modifier | modifier le code]