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Droite régionale valencienne

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Drapeau de la Droite régionale valencienne.

La Droite régionale valencienne (en castillan Derecha Regional Valenciana ; en catalan Dreta Regional Valenciana ; en sigle DRV) est un parti politique du Pays valencien fondé à Valence en mars 1930, d'idéologie conservatrice et catholique, actif durant la Seconde République espagnole. Dans les provinces d'Alicante et de Castellón, elle s'appelait Derecha Regional Agraria (« Droite régionale agraire »)[1].

Le parti regroupait des secteurs issus de la petite bourgeoisie agraire valencienne du nord et du centre de la région. Dans les comarques méridionales, plus industrialisées, son influence était moindre. La DRV est remarquable par son appareil administratif et est à l'époque considéré parmi les partis les mieux vertébrés de la droite espagnole[2].

En 1933, le parti intègre la CEDA, la grande coalition de la droite espagnole. La majorité de ses militants, à l'exception notable de son dirigeant Luis Lucia Lucia, adoptent une attitude de duplicité devant la République, défendant en façade l'ordre légal institué et travaillant à ourdir un complot contre lui dans l'ombre[3],[4]. Le parti est au Pays valencien le plus grand soutien du soulèvement militaire qui débouche sur la guerre civile espagnole. À la fin du conflit, certains occupèrent des postes importants au sein du Movimiento[5],[6],[7].

Antécédents: formation du catholicisme politique valencien (1900–1930)

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La DRV est l’aboutissement d’un continuum carliste / catholique, et non une création opportuniste de 1930. L’idée d’un parti catholique de masse à Valence préexiste à Valence largement à la République. Les réseaux militants, associatifs, féminins et juvéniles expliquent la rapidité de l’essor de la DRV. La stratégie d’un « supra-parti » conservateur est éprouvée dès avant 1910[8].

Le cadre politique valencien à la fin du XIXᵉ siècle

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Le système de la Restauration impulsé par Cánovas fonctionne difficilement à Valence en raison du poids d’un conservatisme très à droite, de l’influence durable de José Campo Pérez et de la forte imbrication entre élites politiques et catholicisme antilibéral[9].

Le Parti conservateur valencien, bien qu’officiellement divisé entre « canovistes » et « modérés historiques », est dans son ensemble profondément ultraconservateur, étroitement lié à l’Église et dominé par l’aristocratie et la haute bourgeoisie foncière, commerciale et financière[10].

Cette droite « dynastique » est concurrencée par le libéralisme, incapable d’absorber le radicalisme démocratique, et surtout, par le républicanisme blasquiste, qui devient très tôt un mouvement de masse dans la province de Valence[11]. Cette mobilisation populaire républicaine est perçue par les catholiques comme une menace existentielle[12].

Les racines idéologiques : néo-catholicisme et carlisme

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Il existe une profonde continuité idéologique entre la DRV et le catholicisme politique antérieur.

Deux courants convergent progressivement : le néo-catholicisme, inspiré par des figures comme Antonio Aparisi Guijarro, fondé sur l’idée que la religion est le principal antidote à la révolution, hostile au libéralisme qu’il juge incapable de produire une société juste ou stable, et le carlisme, solidement implanté à Valence, Castellón et dans certaines zones rurales (La Ribera, Los Serranos, Horta), porteur d’un antilibéralisme radical, renforcé par l’acceptation du Syllabus errorum, et disposant d’un dense réseau militant, associatif et journalistique[13].

À partir des années 1870, néo-catholiques et carlistes convergent politiquement par-delà les querelles dynastiques, autour de la défense de l’ordre social et de l’intransigeance religieuse, et de la lutte contre le républicanisme et le socialisme[14]. Cette convergence est un facteur explicatif essentiel de la DRV, qui n’est pas une création idéologique nouvelle mais l’héritière directe de cette synthèse antilibérale[15].

Le réseau associatif catholique

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Le catholicisme politique valencien ne repose pas seulement sur des partis, mais sur un dense réseau associatif. Dès la fin du XIXe siècle, les cercles ouvriers catholiques, les écoles du soir et dominicales, les associations religieuses (Adoración nocturna, Asociaciones del Sagrado Corazón, celles du Centro Eucarístico), les patronages et les œuvres sociales se multiplient sous l’impulsion de l’Église et des jésuites[16],[17]. On recense alors 41 cercles ouvriers catholiques dans l’archevêché de Valence, regroupant plus de 15 000 inscrits, et près de 12 000 étudiants dans les écoles associées[16].

Les futurs cadres de la DRV apparaissent dans les directions de ces organisations dès les années 1890[16].

La Ligue catholique de Valence (1901–1908)

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La Ligue catholique de Valence constitue l’antécédent prototypique de la DRV[18].

Créée sous l’impulsion donnée par les congrès catholiques nationaux, elle est un parti catholique de fait (bien que non assumé en ces termes), soumis aux directives de la hiérarchie ecclésiastique et explicitement engagé dans la lutte électorale pour défendre les intérêts de l’Église[18].

Face au blasquisme, la Ligue adopte une stratégie de mobilisation permanente, une présence constante dans la rue et un populisme religieux assumé, miroir du populisme républicain[19]. Elle se présente comme le grand parti de tous les catholiques, placé au-dessus des divisions dynastiques ou partisanes, et seul véritable défenseur de la religion face aux « faux catholiques » des partis dits « dynastiques » (Parti libéral et Parti conservateur). Cette logique sera reprise presque à l’identique par la DRV dans les années 1930[20].

La Ligue catholique n’est pas un parti de classe unique. On y distingue plusieurs secteurs : un noyau idéologique étroit, lié directement à l’Église (futurs cadres de l’Action catholique et de l’ACNP), des universitaires, juristes et journalistes, très actifs dans la presse catholique, un secteur aristocratique et bourgeois, souvent lié aux jésuites, et des réseaux féminins et juvéniles (y compris non en âge de voter) fortement mobilisés[21]. Les deux derniers y jouent un rôle particulier. C’est dans ces milieux que Luis Lucia commence son apprentissage en politique[22].

Une culture politique déjà stabilisée

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À la veille de la Première Guerre mondiale, le catholicisme politique valencien a déjà forgé une culture de mobilisation de masse, une discipline militante, une confusion assumée entre religion et politique et une stratégie de pression permanente, pas seulement électorale[23].

Ce modèle n’a pas pu s’imposer pleinement sous la Restauration, mais est prêt à se déployer intégralement dès l’effondrement du système politique, soit à la proclamation de la Seconde République[24].

Fondation et ascension de la DRV (1930–1933) : de la recomposition catholique à l’hégémonie conservatrice

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La DRV est le produit d’une modernisation et d’une adaptation des droites régionales plus que d’un renouveau idéologique[25]. Son acceptation de la République s’explique par son pragmatisme et non par conviction démocratique. Elle parvient à marginaliser efficacement les droites conservatrices républicaines en combinant les vieilles pratiques clientélistes et les mobilisations de masses modernes[26]. 1933 marque son accession à l’hégémonie au sein du conservatisme dans la région[27].

Mars 1930 : Fondation

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La DRV est fondée début mars 1930, au début de la dictature de Berenguer, quelques semaines après la chute de la dictature de Primo de Rivera et quelques mois avant la proclamation de la République[28].

Elle ne surgit pas du néant mais s’appuie sur les réseaux carlistes / catholiques préexistants, les structures de l’Action catholique réorganisées à la fin de la dictature de Primo, les syndicats, associations patronales et cercles sociaux catholiques et une génération de cadres déjà formés à l’action politique et discursive[29]. Elle apparaît ainsi comme une structure de coordination et de direction, destinée à unifier un espace conservateur jusque-là fragmenté, dans un contexte de désagrégation accélérée d’un système politique à bout de souffle[30].

Dès 1930, son secteur le plus valencianiste se constitue formellement dans une branche nommée Agrupació Valencianista de la Dreta[31].

Base sociale

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La DRV est un parti moderne de masse mais faiblement interclassiste[32].

Ses fondateurs étaient d'anciens militants du catholicisme traditionaliste, opposés au prétendant carliste Jacques de Bourbon, rejoints par les secteurs agraristes d'Alzira. Le parti était également proche idéologiquement de José María Gil-Robles. Le fait qu'il ne se prononçât pas au sujet du régime politique qui avait sa préférence, monarchie ou république, le rendit suspect aux yeux des partis de gauche.

Sa base sociale dominante est constituée de petits et moyens propriétaires agricoles, de commerçants, de cadres catholiques et de notables locaux[33]. Ses dirigeants sont majoritairement des membres des classes moyennes ou aisées, notamment des grands propriétaires terriens, des commerçants et industriels, des juristes et médecins[34].

Son organe d'expression était le Diario de Valencia. Parmi ses principaux dirigeants on peut citer Luis Lucia, le sériculteur Josep Duato i Chapa (fondateur du journal susmentionné), Manuel Simó i Marín (ancien chef de Communion traditionaliste) et Ignasi Villalonga i Villalba (président de la Chambre du commerce et de l'industrie de Valence). Lucia menait le secteur réformiste d'inspiration démocrate chrétienne, dont il exposa les principes dans son ouvrage En estas horas de transición publié en 1930. Il faisait face à un secteur conservateur, généralement majoritaire[35].

Là où les droites antérieures avaient échoué, la DRV réussit à mobiliser politiquement les campagnes valenciennes, à concurrencer puis absorber le vote radical-blasquiste et à apparaître comme le seul rempart crédible contre la gauche[36].

Au cours de la période républicaine, un important contingent de militants traditionalistes rejoint la DRV (les mouvements inverses étant exceptionnels)[37].

Le rôle central de Luis Lucia

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Luis Lucia joue un rôle central dans la DRV, dont il est le chef incontesté, architecte de sa stratégie d’unification et l’un des principaux acteurs de la future CEDA[38].

Lucia se distingue par une grande capacité organisationnelle, un sens aigu de la tactique politique et une lecture lucide du nouveau contexte républicain. Il comprend très tôt que la droite ne peut survivre politiquement sans s’adapter formellement à la République[39].

Le programme de la DRV : continuité doctrinale et modernisation formelle

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Le programme de la DRV ne contient que peu de véritables nouveautés idéologiques. Il repose essentiellement sur la doctrine sociale catholique (un moyen pour les classes supérieures de maintenir le statu quo face aux menaces révolutionnaires[37]), la défense de la petite propriété agricole, des formes limitées de participation ouvrière (actionnariat), la défense de l’ordre social, l’anticommunisme et l’antisocialisme[40].

Sa raison d'être était, selon ses propres termes, la défense des « principes fondamentaux de la civilisation chrétienne »[1]. Il considérait la propriété privée comme une « institution fondamentale de la société »[1].

L’élément clef de l’idéologie de la DRV est son possibilisme (dit « accidentalisme »), c’est-à-dire son pragmatisme face aux formes de gouvernement en place (monarchie ou république), conforme à la doctrine officielle des secteurs catholiques : le parti affirme que celles-ci sont secondaires (« en principe, nous sommes indifférents à toutes les formes de gouvernement [...] : nous respectons le Pouvoir constitué ») , à condition que les principes catholiques et l’ordre social soient préservés. Il s’agit là d’une posture strateǵique et non une adhésion de fond à la démocratie républicaine[41].

Stratégie politique : rejet de la droite républicaine conservatrice

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Un point souvent négligé par l’historiographie jusqu’aux années 1990 est l’intransigeance de la DRV, visible dans son refus de toute alliance durable avec les républicains conservateurs de Miguel Maura ou ceux plus modérés de Niceto Alcalá-Zamora[42].

Dès l’installation de la Seconde République, la DRV, en coordination avec l’Acción Popular de Gil Robles, travaille à marginaliser et neutraliser ces droites républicaines jugées trop éloignées de sa propre conception catholique. En conséquence, celles-ci deviennent rapidement marginales au Pays valencien[43].

Aux élections municipales d'avril 1931, la DRV dispute son électorat au Parti d'union républicaine autonomiste (PURA) de Sigfrido Blasco-Ibáñez dans les comarques du centre et du nord du Pays valencien. Cependant, vers 1932, les deux forces politiques convergèrent peu à peu pour aboutir à leur intégration dans la Confédération espagnole des droites autonomes (CEDA), présidée par Gil-Robles[44]. Selon Alfons Cucó, « le PURA et la DRV, bien que divergentes sur les questions suprastructurelles, ne s'éloignaient pas trop l'un de l'autre ni en ce qui concerne leur conservatisme social, ni en ce qui concerne leur tactique politique »[44].

Les trois piliers de l’ascension rapide de la DRV

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Trois facteurs majeurs expliquent l’ascension spectaculaire de la DRV entre 1930 et 1933[45].

L’intégration des anciens caciques de la Restauration

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Une large partie des notables locaux, anciens piliers du système de la Restauration rejoignent la DRV, y apportant leurs réseaux, leurs clientèles et leur influence locale, permettant à la DRV de combiner politique de masse et clientélisme traditionnel (caciquisme)[46],[47].

La création de la CEDA

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Impulsée notamment par Luis Lucia, la Confederación Española de Derechas Autónomas (« Confédération espagnole des droites autonomes », CEDA) offre à la DRV une projection dans le panorama politique espagnol global, renforce sa respectabilité et attire petits et moyens propriétaires, inquiets des réformes mises en place par la gauche[45].

Une organisation moderne et militante

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La DRV s’implante rapidement sur l’ensemble du territoire valencien en développant une propagande permanente, une présence continue dans les campagnes et les villages, un militantisme structuré, notamment chez les jeunes universitaires, et des moyens financiers importants fournis par propriétaires, industriels et exportateurs[48].

Le parti passe ainsi de 28 groupes locaux en 1931 à 360 en 1933 puis à 510 en 1934, couvrant la quasi-totalité des municipalités valenciennes, ainsi que bon nombre de groupes féminins ou de jeunesse[49],[50].

Les élections de 1933 : la consécration

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Les élections générales de novembre 1933 constituent un tournant. La DRV, bénéficiant du reflux du réformisme blasquiste, recueille l’essentiel du vote conservateur valencien et s’impose comme principal parti de cette culture politique[51].

Dans la province de Castellón, la DRV présente une candidature conjointe avec les carlistes, qui obtient une claire majorité de votes au premier tour, bien qu’échouant au second. Cette union ne se reproduira pas par la suite, illustrant la difficile union des droites valenciennes et plus généralement espagnoles, avec une claire domination de la DRV[52].

Hégémonie, radicalisation et rupture (1934–1936) : la DRV au sein de la CEDA et le basculement autoritaire

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La DRV s’aligne totalement sur la CEDA à partir de 1934. Elle participe au démantèlement des réformes républicaines. Son discours évolue vers l’antiparlementarisme, l’autoritarisme et son organisation de jeunesse se rapproche clairement de postures fascisantes. Après février 1936, la DRV est un acteur central de la conspiration militaire au Pays valencien[53].

L’intégration dans la CEDA

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À partir de 1934, la DRV cesse progressivement d’agir comme un parti régional relativement autonome pour s’intégrer de facto dans la CEDA. Cette intégration n’est pas conflictuelle : la DRV est l’un des piliers fondateurs de la coalition, dont elle partage pleinement l’orientation antiréformiste impulsée par Gil Robles, ce qui lui permet de bénéficier en retour d’un accès direct au pouvoir central[54].

La DRV conserve formellement ses structures, mais sa ligne parlementaire, son discours et sa stratégie politique s’alignent progressivement sur ceux de la CEDA. C’est à ce moment que la DRV perd ce qui faisait sa singularité initiale[55].

Accès au pouvoir et responsabilités institutionnelles

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Cette phase correspond au moment de plus grande influence politique de la DRV : Luis Lucia devient ministre, d’autres dirigeants de la DRV occupent des postes élevés dans l’administration et le parti contrôle ou influence fortement députations provinciales, municipalités et différentes organisations économiques et sociales[56].

Cependant, cet accès au pouvoir ne s’accompagne d’aucune politique réformatrice significative. Au contraire, la DRV abandonne son discours réformiste initial pour devenir clairement contre-révolutionnaire, soutenant le démantèlement des réformes de 1931–1933, adoptant une position hostile à toute concession sociale et privilégiant avant tout la restauration de l’ordre et de l’autorité[57].

Évolution du discours : de l’« accidentalisme » à l’antiparlementarisme

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Le parti connaît un glissement idéologique, l’« accidentalisme » officiellement proclamé se trouvant vidé de son contenu démocratique. Dans les discours parlementaires et la presse proche du parti (notamment le Diario de Valencia), la République est de plus en plus présentée comme un obstacle, le parlementarisme comme un facteur de désordre et les réformes comme une menace pour la civilisation chrétienne. La DRV cesse alors d’envisager la République comme un cadre acceptable à long terme[58].

Le rôle de l’organisation de jeunesse : autoritarisme et philofascisme

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L’évolution de l’organisation de jeunesse de la DRV (Juventudes) est révélatrice à partir de 1934. Leur discours se radicalise rapidement, montrant un rejet explicite du parlementarisme, une exaltation de l’autorité et une admiration croissante pour les régimes fascisants en essor en Europe[59]. Elles constituent un vecteur central de la fascisation du discours, même si la DRV ne devient jamais un parti fasciste stricto sensu (en janvier 1936, Lucia en vient à interdire la publication d'un numéro de l’hebdomadaire des Juventudes en raison d’un discours ouvertement philofasciste)[60].

Le meeting du 30 juin 1935

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Le meeting de la DRV du 30 juin 1935, organisé simultanément au stade de Mestalla, aux arènes et au centre hippique de Valence, constitue probablement le plus grand rassemblement politique jamais organisé en territoire valencien jusqu'à cette date[61].

Il illustre comment le parti, fondé seulement cinq ans auparavant, atteint un haut niveau de mobilisation de masse, de cohésion organisationnelle et de centralité politique au Pays valencien[62].

Une affiche arborée lors du meeting résume la culture politique de la DRV[61] :

« Deux dates : 1930-1935
. Deux hommes : Lucia – Gil Robles.
Deux institutions : DRV – CEDA.
Une même pensée : Dieu.
Un même service : l’Espagne.
Une même succès : sa tactique. »

1936 : de l’échec électoral au putschisme

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Les élections de février 1936 marquent un tournant irréversible. Après sa défaite électorale, la droite perd l’espoir d’imposer un régime autoritaire par les voies légales et sa stratégie évolue[63]. La DRV opte alors, à quelques exceptions personnelles près, notamment celle de son dirigeant Lucia, pour la solution d’un soulèvement militaire[62],[64].

Elle devient le parti valencien le plus engagé dans la préparation civile du coup d’État et un relais essentiel entre notables conservateurs, réseaux catholiques et conspirateurs militaires[65],[66] .

Une contradiction seulement apparente

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Après la tentative de coup d’État de juillet 1936, Lucia se trouve mis à l’écart du parti[67]. La participation de la DRV au coup d’État ne contredit pas son parcours antérieur, elle est au contraire l’aboutissement logique d’un catholicisme politique profondément antisocialiste, antiréformiste et antidémocratique[68].

Le parti se trouve officiellement dissout après le décret d'unification d’avril 1937[69].

Guerre civile et franquisme

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La guerre civile : répression et effondrement organisationnel

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La DRV est pendant la guerre civile le parti conservateur valencien le plus durement touché par la répression républicaine, ce qui s’explique par la visibilité publique acquise par le parti entre 1933 et 1936, son rôle central dans la préparation civile du soulèvement et l’identification claire de ses responsables locaux par les forces du Front populaire[70].

L’après-guerre : intégration massive dans le premier franquisme

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À l’issue de la guerre, les survivants de la DRV jouent un rôle fondamental dans l’implantation du nouveau régime franquiste au Pays valencien.

Un grand nombre d’anciens dirigeants et militants de la DRV occupent des mairies, des postes dans les députations (particulièrement celle de Castellón[71]), des fonctions dans les syndicats verticaux et des responsabilités dans les organismes culturels et économiques du régime[72].

La DRV devient ainsi l’un des viviers essentiels du premier franquisme valencien, un acteur majeur de l'élaboration d'un consensus autour du régime dans les secteurs conservateurs, mais aussi de la répression politique et sociale, et, jusqu’autour de 1943 au moins, ces anciens cadres constituent un pilier du régime local[73].

Par ailleurs, dans de nombreux cas, des conseillers municipaux du premier franquisme étaient à la fois d’anciens affiliés ou dirigeants de la DRV et de la Communion traditionaliste (le parti carliste) ou, plus rarement, de la Falange[74].

Le cas Luis Lucia

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Le sort de Luis Lucia illustre la brutalité et l’arbitraire du nouveau régime. Bien que fondateur et chef incontesté de la DRV, acteur clé de la CEDA, il est condamné à mort par un tribunal franquiste, sa peine étant ensuite commuée puis transformée en exil intérieur à Majorque[75]. La sentence lui reproche explicitement « [el] daño que a la buena causa produjo » (« [le] tort qu'il a causé à la bonne cause »)[72] » — dans ses discours, Lucia s’est toujours montré fidèle à la République, bien qu’il doutât ouvertement de sa viabilité à terme —[76].

Ce sort ne contredit pas l’implication de la DRV dans le franquisme, mais révèle au contraire la logique de purge interne et la volonté du régime d’éliminer toute figure susceptible d’incarner une droite autonome ou antérieure[77].

Continuité entre DRV et franquisme

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Le franquisme s’appuie sur des cultures politiques préexistantes et la DRV en est l’un des vecteurs essentiels au Pays valencien[77]. La DRV n’est ni une simple victime, ni une anomalie, elle est le chaînon fondamental entre la droite catholique de la Restauration et le régime franquiste.

Bilan historique

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Les grands apports de la DRV sont la modernisation de l’organisation des droites valenciennes, la construction d’un véritable parti de masse conservateur à l’échelle du Pays valencien, sa grande capacité de mobilisation et le rôle central qu’elle joue dans la recomposition politique des années 1930[78].

Le parti se caractérise aussi par l’absence de véritable projet démocratique, à travers son refus durable des réformes sociales, son légalisme strictement instrumental et le basculement rapide vers l’autoritarisme dès l’échec électoral de 1936[53]. La DRV est un acteur central de l’instauration du franquisme au Pays valencien. Son rôle dans la guerre civile est double : victime de la violence, mais aussi préparatrice active du coup d’État. La DRV est une formation clé pour comprendre la continuité des élites entre République et dictature[79]. La DRV montre ainsi les limites historiques du catholicisme politique espagnol, incapable d’assumer durablement une démocratie pluraliste[80].

Historiographie

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La DRV est considérée par de nombreux historiens du franquisme tardif comme un parti catholique paradigmatique, en raison de la précocité de sa fondation (1930), de son programme social et politique jugé avancé, de sa position « accidentaliste » sur les formes de gouvernement (acceptation tactique de la République), du recours à au légalisme pour l’accès au pouvoir, de son rôle moteur dans la création de la CEDA et de sa grande capacité de mobilisation[62].

Une certaine historiographie apologétique développée au cours du franquisme tardif cherche à réhabiliter la CEDA et le catholicisme politique antérieur au franquisme comme antécédents légitimes de la démocratie chrétienne espagnole, notamment dans les travaux de Tusell, Alzaga (en) et Seco, ou la publication des mémoires et discours de Gil Robles. Cette historiographie insiste sur le centrisme, le réformisme et la viabilité démocratique de ces droites catholiques[81].

Cependant, la DRV n’a fait l’objet d’aucune étude monographique approfondie jusque dans les années 1990. Dans l’historiographie dominante jusqu’alors, la DRV et son chef Luis Lucia apparaissent ainsi comme la face respectable et modernisée des droites catholiques espagnoles[62]. Le débat historiographique sur la République espagnole s’est centré sur la CEDA, le cas valencien est resté largement sous-étudié hormis quelques articles isolés (Joaquín Tomás Villarroya , Josep Vicent Marqués), des travaux partiels portés sur l’économie (Jordi Palafox) ou sur la Ligue catholique antérieure (Ramir Reig)[82].

Cette image « modérée », de parti légaliste, démocratique et « réformiste », entre en fondamentalement contradiction avec le fait que la DRV fut le parti valencien le plus activement engagé dans la préparation civile du soulèvement militaire de juillet 1936[83].

Cette contradiction est renforcée par le destin de ses dirigeants après la guerre : de nombreux cadres de la DRV occupent dans l’après-guerre civile des postes clés dans d’importantes institutions franquistes (municipalités, députations provinciales, syndicats et organismes culturels). Luis Lucia, chef historique du parti, condamné à mort pour avoir « nui à la bonne cause », sa peine étant commuée puis transformée en exil à Majorque, fait figure d’exception[83].

En contraste, une historiographie critique (Elorza, Preston, Montero (en)), met en évidence le caractère conservateur puis réactionnaire du catholicisme politique, son hostilité structurelle aux réformes sociales et sa responsabilité dans l’échec de la démocratie républicaine[84].

Dans les travaux plus récents, la DRV apparaît ainsi comme l’aboutissement d’un long continuum catholique conservateur. Son légalisme est avant tout tactique, plutôt qu’un engagement démocratique de fond. Le rôle d’un grand nombre de ses membres dans la préparation du coup d’État de 1936 est clair et son image de parti « modéré » est peu à peu déconstruite par l’historiographie à partir des années 1980[83].

Notes et références

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  2. (es) Alfons Cucó, Lucha por el Estatuto 1931-1939 dans Autonomías: un siglo en lucha, Historia 16 Extra V, avril 1978
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  5. (ca) Faust Ripoll Domènech, Valencianistes en la post-guerra : Estratègies de supervivència i de reproducció cultural, Catarroja, Afers, , 316 p. (ISBN 978-84-92542-31-4), p. 37-38
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  9. Valls 1992, p. 19–20.
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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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