Droite (politique)

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En politique, le terme de droite désigne généralement l'ensemble des courants politiques ayant une doctrine, une tradition ou une idéologie plutôt conservatrice, économiquement libérale ou non. La droite manifeste un certain attachement à l'ordre, considéré comme juste ou comme un moindre mal, et réprouve les changements brusques sur les questions de société et les questions éthiques. Elle peut être partagée sur les questions économiques (droite conservatrice, par opposition à droite libérale).

D'après Michel Winock, on ne devrait pas parler de droite au singulier, mais davantage des droites, qui, dès l'origine, ont divergé et se sont opposées[MW 1]. La diversité des droites commence par la diversité des démocraties libérales : la droite espagnole n'est pas la droite française[MW 1]. D'autres distinctions viennent ensuite.

La droite inclut des familles de pensée de type réactionnaire, mais, historiquement, elle n'a cessé depuis son apparition de perdre ses valeurs les plus conservatrices[MW 1] : le phénomène est à relier au sinistrisme.

L'appellation « droite » vient d'un usage en politique qui consiste à diviser les partis politiques en catégories générales qui formalisent une division bipartisane : la droite et la gauche, auxquelles on peut ajouter le centre et les extrêmes (droite et gauche).

Ces appellations correspondent, à l'origine, à l'endroit occupé, en France, par chaque groupe politique, dans l'hémicycle du Parlement, vu de la place du président de l'assemblée, qui fait face à l'hémicycle.

Origine[modifier | modifier le code]

Le traitement du roi français Louis XVI est l'objet de profondes divisions dans le paysage politique français après 1789 : la question du veto royal sur les décisions de l'Assemblée, puis celle de la condamnation à mort du Roi[N 1],[MW 2]. Ce sont les premières controverses qui vont diviser ce qui sera convenu d'appeler la Droite et la Gauche.

L'origine du terme droite remonte à la Révolution française, bien qu'il faille un certain temps avant que cette division devienne caractéristique de la politique française[MW 3]. Lors des débats de l'Assemblée constituante de la monarchie constitutionnelle de 1791 et à la position occupée par les partis politiques dans l’hémicycle. Lors du vote sur la question du véto royal le 27 août 1789, les députés favorables au maintien d'un pouvoir de blocage du Roi, c’est-à-dire d'un contrôle du pouvoir législatif par l'exécutif[N 2], c'est-à-dire les députés favorables au veto, royalistes et conservateurs, se rangèrent à droite du président de séance, les députés hostiles au véto royal se rangèrent à gauche[MW 4]. La pratique est restée et s'est ensuite largement étendue dans le reste de l'Europe.

Il faut distinguer dès sa création deux branches de la droite : la droite contre-révolutionnaire, hostile à tout changements et réformes induits par le processus révolutionnaire, cherchant à préserver l'Ancien Régime[MW 5] ; et la droite libérale, avec à sa tête Jean-Joseph Mounier, qui recherche des réformes profondes de la France d'alors, avec comme modèle la monarchie parlementaire anglaise[MW 6].

On a aussi pu évoquer les Girondins, ancêtres de la droite, ainsi que les Montagnards (qui siégeaient haut dans l'hémicycle), qui représentaient alors la gauche, ainsi que la Plaine, sorte de centre d'alors[MW 2].

Le fait de devenir majoritaire pour les opposants d'origine, n'a pas entraîné de permutation de places dans l'Assemblée. La disparition du royalisme n'a pas non plus modifié la structuration des places de l'Assemblée.

Les mots droite et gauche sont chargés de signification symbolique. Il est constant à travers les cultures qu'il y ait une prééminence pour la droite, qui peut exprimer la droiture, la dextérité tandis que la gauche renvoie à l'idée de détour, ou d'instabilité, d'erreur. Il est une autre division, que le succès de la division droite-gauche met au second plan : c'est la division haut-bas. Cette dernière implique plus franchement une hiérarchie des catégories ordonnées et est pour cela rejetée par la révolution française au profit des deux pôles droite-gauche alignés sur un plan horizontal[1].

L'historien Dale van Kley considère que les origines de la droite seraient beaucoup plus lointaines que leur formalisation. Elles remonteraient au moins à la fondation du parti dévôt, vers 1750, voire à la ligue ultra-catholique et gallicane des guerres de religions du XVIe siècle. À l'inverse, les origines de la gauche seraient, selon ce même auteur, à chercher dans le jansénisme voire dans le calvinisme[2].

Droite et gauche en politique[modifier | modifier le code]

Le regard de l'historiographie a évolué sur ce clivage dont les modalités restent débattues.

La version traditionnelle[modifier | modifier le code]

  • le clivage gauche-droite date de la Révolution française
  • il existe un homme de gauche au XIXe siècle (Jacques Néré)
  • en France la 3ème République est gouvernée à gauche jusqu’en 1902 (René Rémond) cette conclusion étant « ratifiée par l’école historique française » (Jean-François Sirinelli).

Une version aujourd’hui remise en question[modifier | modifier le code]

  • La Troisième République est gouvernée au centre et non pas à gauche jusqu’en 1902. C'est le point de vue de Jean-Pierre Rioux[3], qui est contesté par Jacques Julliard.
  • Il n’existe pas d’homme de gauche au XIXe siècle, selon Alain Corbin[4]. Cela reste contesté par Jacques Julliard et Maurice Agulhon.
  • Au XIXe siècle, le langage gauche-droite était réservé à la topographie parlementaire. C’est seulement vers 1900 qu’il commence à se répandre dans la population. Ce fait, établi par Marcel Gauchet[5], est entériné par Jacques Julliard[6], ainsi que par les nouvelles générations qui étudient le sujet[7].

Valeurs[modifier | modifier le code]

Margaret Thatcher, une des premières femmes chef de gouvernement du monde moderne, en lançant la « révolution conservatrice » de la décennie 1980, est caractéristique de la droite de la deuxième moitié du XXe siècle, tant par ses positions conservatrices que par son libéralisme économique.

En politique, les valeurs ont un caractère parfois transversal et peuvent se retrouver, selon les cas, à droite comme à gauche. Il s'agit par exemple de la liberté, de la nation, de la justice ou de la tolérance. Comme le constate René Rémond, un des principaux spécialistes de la droite, la plupart des thèmes et valeurs ont circulé entre la gauche et la droite. Dans un premier temps, à partir de la révolution, c'est la gauche qui fait l'apologie de la liberté individuelle tandis que la droite lui oppose l'importance de l'autorité, de l'abnégation, des fins collectives, de la famille. C'est alors la droite qui défend l'importance d'un État impartial et au service de l'intérêt général contre une gauche soupçonneuse de tout pouvoir. Mais le socialisme apporte la justification de l'État à la gauche et peu à peu, avec la notion de justice sociale, c'est elle qui se fait le défenseur de l'État, outil de l'égalité, et de la collectivité, tandis que la droite défend davantage les libertés individuelles. Concernant la question de l'unité et de la diversité, les positions se sont totalement inversées : la gauche qui défendait l'unité de la France et s'attachait à faire refluer les particularités, qu'elles soient de langue ou de droit, défend désormais la diversité et a fait voter les lois de décentralisation. Concernant la colonisation, les positions se sont inversées : l'effort de colonisation était soutenu par la gauche, contre une droite qui rechignait, mais à partir de 1950 et du mouvement de décolonisation, c'est la gauche qui soutient l'indépendance et la droite qui cherche à conserver ces territoires. Citons encore le cas de l'écologie, qui peut aussi bien être interprété comme un thème de gauche que comme un thème réactionnaire et donc de droite[1].

Cependant usuellement, les valeurs suivantes sont considérées comme étant caractéristiques de la droite : mérite, ordre, sécurité, tradition, conservatisme ; par opposition, les valeurs suivantes sont généralement considérées comme étant de gauche : égalité, solidarité, progrès, insoumission ...

Alain de Benoist donne les valeurs communes suivantes des mouvements de droite :

  • L’idée que l’homme est toujours modelé (mais pas forcément déterminé) par des valeurs qui lui sont antécédentes et dont il a hérité ;
  • L’idée que les institutions sont nécessaires à l’homme pour se mettre en forme lui-même ;
  • Une certaine aspiration à l’ordre social ;
  • La tendance à pencher en faveur de la liberté et non de l’égalité, lorsque l’une et l’autre entrent en conflit ;
  • L’idée que la société est plus que l’addition des seuls individus qui la composent ;
  • Une certaine tendance à privilégier le concret par rapport à l’abstrait, l’organique par rapport au pur intellect, le particulier par rapport au général, la puissance par rapport à la connaissance (ou la “vita activa” par rapport à la “vita contemplativa”)[8][réf. insuffisante]

Périmètre[modifier | modifier le code]

Diverses familles[modifier | modifier le code]

La droite est souvent désignée comme conservatrice mais ce qualificatif est insuffisant pour représenter un ensemble de courants idéologiques et politiques aux positions parfois très différentes. En France par exemple, on trouve dans les mouvements généralement classés à droite des tenants de courants aussi hétérogènes que le radicalisme, la démocratie chrétienne, le libéralisme, le conservatisme, le souverainisme ou le nationalisme.

Selon les pays et les circonstances, certains de ces courants peuvent parfois être classés à gauche. Ainsi, les libéraux se retrouvent plus souvent à « gauche », lorsque le libéralisme économique y est prôné, et que la question politique se concentre sur les mœurs (cas des É.-U. où les libéraux sont assimilés à des sociaux-démocrates) ou, inversement, à « droite », lorsque l'interventionnisme économique est dominant, et que les mœurs ne font pas débat (cas des principaux États d'Europe continentale comme la France) ou encore, dernière possibilité, ces deux aspects peuvent s'observer en même temps (cas de l'Allemagne ou des pays Scandinaves, par exemple).

Droite libérale[modifier | modifier le code]

Adam Smith, le père de la science économique moderne, est aussi le fondateur du libéralisme économique.

Les maîtres à penser de la droite libérale française du XIXe siècle sont Benjamin Constant et François Guizot[MW 7].

Benjamin Constant énonce par exemple les libertés qui doivent, selon lui et son courant de pensée, être exemptes de la pression de la loi : « la liberté individuelle, la liberté religieuse, la liberté d'opinion, dans laquelle est comprise la publicité (liberté de la presse), la jouissance de la propriété, la garantie contre tout arbitraire[MW 8]. » Il propose une monarchie parlementaire, où le roi ne règne pas, mais possède certaines prérogatives, et peut s'opposer au pouvoir d'une chambre législative démocratiquement élue. Un système judiciaire indépendant complète le système, conformément à la théorie libérale de la séparation des pouvoirs de Montesquieu[MW 9].

L'autre courant libéral de l'époque, plus conservateur, est représenté par François Guizot : celui-ci recherche à réconcilier le système monarchique traditionnel et la nouvelle France issue de la Révolution[MW 10]. Cette droite modérée s'oppose à sa gauche aux Jacobins, et à son extrémisme politique responsable de la Terreur[MW 11], et à sa droite aux Ultraroyalistes, qui prônent un retour à la monarchie absolue de l'Ancien Régime[MW 10].

Cette droite-ci s'appuie sur la bourgeoisie montante, et défend les principes de liberté et d'égalité des droits[MW 11] ; le régime qu'elle a appelé de ses vœux est constitutionnel et libéral[MW 12].

L'idée première de Guizot est de rétablir un ordre dans la société française, mais point par la violence ; cet ordre doit être consenti par la population pour être durable[MW 11]. Pour parvenir à cette unité nationale, il investit beaucoup dans l'éducation des masses, l'école devant devenir un vecteur d'unité, de stabilité, en déjouant la montée des passions[MW 13].

Durant tout le XXe siècle et dans de nombreux pays, la droite libérale jouera un rôle politique de premier plan. Elle s'appuiera d'ailleurs pour ses politiques économiques sur un corpus de textes d'auteurs libéraux, dont la référence première de ce courant est le « père de l'économie moderne », Adam Smith. Des économistes néo-libéraux comme Friedrich Hayek, Ludwig von Mises ou encore Milton Friedman peuvent être situés dans cette filiation.

En France, on peut retrouver dans Valéry Giscard d'Estaing une prolongation de ce mouvement de pensée[MW 14].

Droite bonapartiste[modifier | modifier le code]

Le gaullisme, centré sur la figure du fondateur de la Ve République, est une prolongation moderne du Bonapartisme.

Cette droite est caractéristique de Napoléon Ier, qui instaure un régime bonapartiste après le Coup d'État du 18 Brumaire[MW 15]. Le régime est d'inspiration monarchique, mais il repose sur la souveraineté populaire, et non plus le droit divin de l'Ancien Régime[MW 15].

Se fondant sur un plébiscite, il se fait élire « Consul à vie » par les Français avec une majorité écrasante de 3 568 885 accords contre 8 374 oppositions[MW 15].

Si on a pu qualifier cette période de « despotisme éclairé », l'ampleur des réalisations de Napoléon est considérable, et a joué un rôle fondamental dans la formation de la France moderne : redressement des finances publiques, création du Code civil, création des Préfets, des Lycées, des Grandes écoles comme l'École Centrale, de la Cour des comptes, du Conseil d'État, ainsi que mise sur pied de la Banque de France [MW 16].

Caractériser le régime du Second Empire de son neveu Napoléon III est plus difficile. Si le régime aspire toujours à l'ordre social et de l'unité nationale[MW 17], le régime s'aliène les milieux d'affaires avec le Traité franco-anglais de libre-échange de 1860, le régime développe aussi une branche sociale en reconnaissant le droit de grève en 1864[MW 18].

Les soutiens du bonapartisme, vers le milieu du XIXe siècle sont les espaces ruraux, les armées, l'administration, ainsi que le clergé[MW 19].

Le principe central en est l'autorité, et on peut voir dans le gaullisme une continuation contemporaine de cette droite[MW 20]. Dans un esprit de rassemblement et d'unité nationale, la droite bonapartiste, qui se voulait l'incarnation de la France entière, a pu par le passé nier d'être de droite, afin de ne pas diviser le pays en clans partisans[MW 21].

Droite « contre-révolutionnaire »[modifier | modifier le code]

Le nom de cette droite provient de son refus de la Révolution française : y sont rassemblés tous ceux qui s'opposent aux changements alors en cours : notamment les royalistes et les conservateurs[MW 22]. Initialement, elle compte parmi ses orateurs l'abbé Maury, un académicien[MW 6]. Ne pouvant freiner la démocratisation de la France d'alors, les membres de cette droite chercheront à fuir le pays, comme l'a fait le frère de Louis XVI, le Comte d'Artois[MW 6].

La Restauration de 1814-1815, qui porte Louis XVIII au pouvoir, représente une victoire des héritiers de la droite contre-révolutionnaire[MW 23]. Le Roi, recherchant le compromis, accorde au peuple français une Charte constitutionnelle garantissant l'égalité des citoyens devant la loi, la liberté de culte, la liberté de presse, et qui surtout prive le Roi de son pouvoir législatif au profit de Chambres élues ; les Ultras, « plus royalistes que le Roi », y sont eux opposés[MW 23].

Parmi les bases intellectuelles de l'ultracisme, on trouve les écrits de Joseph de Maistre et Louis de Bonald[MW 24]. Pour eux, il existe un ordre naturel fondé sur la religion, les coutumes, la traditions, que les Révolutionnaires ont détruit, en lui substituant les fausses valeurs de liberté et de droits de l'homme[MW 24].

Ce courant entretient une haine farouche de la religion protestante, qui promeut l'individualisme, lui préférant le devoir de soumission du catholicisme[MW 23].

La notion de « droite radicalisée »[modifier | modifier le code]

Depuis les grands mouvements migratoires en Occident, le globalisme, le multiculturalisme, et surtout les attentats du 11 septembre 2001, est née et émerge une génération de partis qui récupèrent certaines thématiques de l’extrême-droite proprement dite : c’est celle que Jean-Yves Camus nomme les « droites radicalisées »[9]. Il s’agit de partis issus de scissions droitières de formations conservatrices et/ou libérales et démocratiques, combinant au plan programmatique soit le libéralisme économique avec une dose de protectionnisme, soit une opposition à la mondialisation libérale et à la construction européenne fédérale (donc favorables à l’Europe des nations et à l'État-Nation).

Cette nouvelle génération se compose selon cet auteur de la Liste Dedecker en Belgique ; du Parti pour la liberté de Geert Wilders aux Pays-Bas ; du Mouvement pour la France (MPF) de Philippe de Villiers et du Mouvement Citoyens Genevois (MCG) et Mouvements Citoyens Romand (MCR) en Suisse romande.

L'extrême droite[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Extrême droite.

Le terme d'« extrême droite » désigne des mouvements variés, prenant forme à la fin du XIXe siècle[10], souvent caractérisés par l'autoritarisme, le nationalisme, et le traditionalisme[réf. à confirmer]. Ils sont souvent en opposition avec les principes de liberté et d'égalité défendus par la droite dite « modérée » ou « républicaine » (terme hérité de l'époque où la droite était principalement monarchiste). De plus, le nationalisme a assuré la primauté et même l’exclusivité à l'extrême droite. Mais selon Cas Mudde (en), les mouvements idéologiques d'extrême droite comportent pas moins de 26 grandes définitions existantes avec 58 critères[10]. Cependant, l'extrême droite s’est trouvée face à de nouveaux problèmes lui imposant une nouvelle définition. Pour Jean-Yves Camus, les idéologues anti-extrême droite, notamment les antifascistes, ont, eux aussi, souvent usé du terme « extrême droite » de façon « simplificatrice et péremptoire »[11][réf. à confirmer].

En France, le poids électoral de l'extrême droite est devenu relativement important à plusieurs moments, comme dans les années 1930 ou années 1980/1990 et début des années 2000. Cependant, cela ne s'est que rarement traduit par une présence à l'assemblée nationale ou dans des municipalités en raison du mode de scrutin majoritaire. Le score réalisé par Jean-Marie Le Pen (17,79 % des suffrages) contre Jacques Chirac au second tour de la présidentielle de 2002 prouve que l'extrême droite n'avait pratiquement aucune chance d'arriver au pouvoir en France.

Droitisation et droite décomplexée[modifier | modifier le code]

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La droitisation signifie l’évolution vers la droite d’un parti politique, d’un électorat ou d’une société. L’usage du terme est souvent accolé à la métaphore de la pente glissante : on parlera notamment de « dérive »[réf. souhaitée]. Évoquer la droitisation d’un parti de droite équivaut à désigner une « extrême-droitisation »[12].

Origines du terme[modifier | modifier le code]

Il semble que la naissance du terme « droitisation » remonte à la l'URRS stalinienne. C’était le langage du Politburo qui accusait Boukharine de dévier de la ligne communiste orthodoxe[13].

Par la suite, ce fut une accusation récurrente portée par la gauche contre la droite.[réf. nécessaire] Cette tactique est consubstantielle de ce que Raymond Aron appelait « le mythe de la gauche » dans son livre fameux sur l’Opium des intellectuels. L’abc de la rhétorique politique consiste à insinuer que son adversaire est influencé par des idées extrémistes, ce qui valorise la modération supposée de son propre camp.[réf. nécessaire]

La droitisation en France[modifier | modifier le code]

Anne Sinclair critique une droitisation dont les « signes » seraient les réticences de la société face au mariage homosexuel, les hésitations du PS devant l’idée de droit de vote des étrangers aux élections locales et le succès du thème de la droite décomplexée à l’UMP[14]

La prétendue droitisation de l’électorat est contestée par le politologue Brice Teinturier[15]. Les sondages montrent en effet que davantage de gens s’identifient à la gauche qu’à la droite. Si la gauche n’a plus de projet de société lisible s’adressant à la collectivité nationale, mais qu’elle cultive un clientélisme en faveur des minorités et des « sans », de plus en plus de français moyens, qui ne rentrent pas dans ces cases dérogatoires d’ayants droit, se tournent vers la droite. Mais en France, cette propension relative à la droitisation des sociétés ne débouche pas sur une traduction électorale. Elle est prise de vitesse par ce que le politologue Pascal Perrineau a appelé une « coalition des minorités »[réf. nécessaire].

Le terme de « Droite décomplexée » a aussi pu être utilisé. Le terme fut mis à l’honneur par Nicolas Sarkozy, puis Jean-François Copé, qui en a fait le titre d’un livre[16]. Un réflexe de gauche consistant à faire honte à la droite, jusque dans la terminologie même du mot « droite », le seul fait de se revendiquer de droite passe pour une incartade « décomplexée ».

Dès 2006, Nicolas Sarkozy souhaite mettre de côté une droite « qui s’excuse depuis tant d’années de ne pas être de gauche »[réf. souhaitée]. Jean-François Copé s’insurge contre les « supercheries grotesques » utilisées contre la réputation de la droite. À titre d’exemple, il cite un sociologue prétextant que la droite « ne voit pas les étrangers d’abord comme des humains[17]. »

Analyse de l’historiographie de la droite faite par la gauche[modifier | modifier le code]

La domination de l’historiographie de gauche pose problème. La tentation est grande d’imposer au public une image dépréciée de la droite, correspondant moins à la réalité qu’à des représentations véhiculées dans l’imaginaire de gauche[réf. nécessaire]. Le politologue Marc Crapez souligne que le livre de l’historien Michel Winock sur la droite est illustré d’une photo évoquant un homme d’extrême-droite et sous-titré « les hommes, les idées, les réseaux », ce qui accole à la droite, sans doute involontairement, une connotation complotiste de famille politique inquiétante voire factieuse[18].

La droite du XXe siècle est confondue avec le parti monarchiste du XIXe siècle, ou encore assimilée à l’extrême-droite, conformément à une tentation d’amalgame révélatrice d’une partialité de gauche[À attribuer]. En outre, Marc Crapez observe que « le rapport de l’université à la société a enfanté une incongruité : il y a davantage d’universitaires spécialistes de l’extrême-droite que de journalistes d’extrême-droite et il n’y a plus d’universitaires d’extrême-droite. Dans le même temps, les travaux sur l’extrême-droite sont presque toujours le fait d’anciens militants d’extrême-gauche »[19]. Ces déséquilibres constituent une entrave à la sérénité historiographique. Ils doivent être contrebalancés par un surcroît de rigueur afin de préserver une pluralité d’approches et de méthodes[À attribuer].

Sociologie[modifier | modifier le code]

Le vote ouvrier traditionnellement dévolu à gauche s'est orienté à droite au cours des trente dernières années[20]. Assez traditionnellement, la jeunesse a tendance à voter à gauche, alors que les seniors votent plus volontiers à droite[MW 25].

L'électorat le plus assidu de la droite républicaine sur-représente les chefs d'entreprises, les artisans, les commerçants, ainsi que les professions libérales[MW 26]. Une autre constante est celle des catholiques pratiquants, qui plébiscitent la droite républicaine, mais restent hostiles à l'extrême droite[MW 27].

Psychologie[modifier | modifier le code]

Il existe une variété d'études cherchant à découvrir des éléments psychologiques au fondement des orientations politiques. Une de ces études a déterminé que les personnes de gauche sont moins capables d'anticiper les jugements moraux des personnes de droite que l'inverse ce qui montrerait un échec de la gauche à comprendre les valeurs de la droite[21].

Cartographie[modifier | modifier le code]

La doctrine des droites varie selon les pays. Par exemple, la droite espagnole représentée par le Parti populaire s'est fortement opposée au gouvernement Zapatero (2004-2011) lors des réformes destinées à faciliter le divorce, l'avortement ou le mariage homosexuel, alors que la droite parlementaire française est comparativement bien moins farouchement opposée à ces réformes sociétales[MW 1].

Canada[modifier | modifier le code]

Québec[modifier | modifier le code]

États-Unis[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, le système politique facilite la bipolarisation en faveur du Parti démocrate et du Parti républicain. Cette opposition se fait sur des thèmes qui ont historiquement varié et qui ne recouvrent pas le clivage classique droite/gauche tel qu'il est connu en Europe. Abraham Lincoln, républicain, s'est opposé aux démocrates du Sud esclavagistes et le mouvement progressiste a soutenu le président Theodore Roosevelt. Depuis les années 1960 avec la candidature de Barry Goldwater à l'élection présidentielle de 1964, puis la révolution conservatrice menée sous Ronald Reagan, le parti républicain est globalement considéré comme plus conservateur et plus à droite que le parti démocrate.

Néanmoins, localement, le parti démocrate peut rester aussi conservateur et proche de son adversaire républicain, notamment dans l'ouest, le centre et le sud du pays. Quelques observateurs estiment d'ailleurs qu'il n'y a pas de grand parti de gauche aux États-Unis (les démocrates seraient de droite, comme les républicains, les premiers étant cependant moins conservateurs que les seconds), ou même qu'il n'y a ni gauche ni droite dans ce pays[22][réf. insuffisante].

Europe[modifier | modifier le code]

Le Parti populaire européen est un rassemblement des droites européennes, rassemblant plusieurs des plus hautes figures politique de l'UE comme José Manuel Barroso, le président de la Commission Européenne, Angela Merkel, la chancelière allemande, Mariano Rajoy, Premier Ministre Espagnol.

France[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Droite en France.
Les tendances de la droite française[modifier | modifier le code]

Selon René Rémond, historien politique, il existe en fait trois traditions de droite, distinctes et concurrentes :

Selon René Rémond, ces différentes traditions sont distribuées inégalement selon les époques, mais les tendances évoluent peu, même si les partis, les hommes qui l'incarnent et les régimes politiques (monarchie ou république) changent.

Les mouvements politiques actuels[modifier | modifier le code]

En France, on distingue de nombreuses tendances à droite, certaines représentées par des partis, d'autres relevant plus du mouvement associatif :

(* il en existe de gauche)
Autres tableaux sur le clivage gauche-droite de 1789 à 2004

Suisse[modifier | modifier le code]

En Suisse, il existe plusieurs partis de droite (cités ici du centre-droit à l'extrême-droite) :

Belgique[modifier | modifier le code]

A l'extrême droite :

A la droite radicale :

A la droite réformiste :

Au centre-droit :

Italie[modifier | modifier le code]

L'usage de droite et gauche politique ne s’est imposé que depuis 1994 dans l’histoire de l’Italie républicaine[23]. Mais à l’origine, cette division remonte au début de l’histoire de l’Italie républicaine, c'est-à-dire vers la période 1861 à 1876.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les Montagnards, la gauche d'alors, étant favorable à un régicide, alors que les Girondins s'y opposaient
  2. Conformément à la théorie de la « séparation des pouvoirs » de Montesquieu

Michel Winock, La droite, hier et aujourd'hui, Perrin, 2012 (ISBN 978-2-262-03830-4)[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d p. 8
  2. a et b p.21-22
  3. p.11
  4. p.12
  5. p.13
  6. a, b et c p.14
  7. p.43
  8. p.45
  9. p.46
  10. a et b p.48
  11. a, b et c p.49
  12. p.44
  13. p.49-50
  14. p.139
  15. a, b et c p.59
  16. p.60
  17. p.65
  18. p.61
  19. p.68
  20. p.229
  21. p.70
  22. p.13
  23. a, b et c p.25
  24. a et b p.26
  25. p.169
  26. p.170
  27. p.171
  28. a et b p.227
  29. p.71
  30. p.228

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. a et b L'Histoire, nr162, janv. 1993, La droite, 1789-1793, Les hommes, les idées, les réseaux
  2. [PDF]Dale van Kley, Les Origines religieuses de la révolution française Sur le site ahrf.revues.org
  3. J.-P. Rioux, Les Centristes de Mirabeau à Bayrou, Fayard, 2011
  4. A. Corbin dans J.-J. Becker et G. Candar (dir.), Histoire des gauches en France, vol. 1, La découverte, 2004
  5. M. Gauchet, dans P. Nora (dir.), Les Lieux de mémoire
  6. J. Julliard, Les Gauches françaises. Histoire, politique et imaginaire 1762-2012, Flammarion, 2012
  7. S. Aebischer, Gauche-Droite. Au-delà de cette limite la politique n'est plus pensable, éd. N. Philippe, 2003, p. 67 ; M. Dury, La Droite et la Gauche. Les lois de la représentation politique, éd. ESKA, 2001, p. 49 ; C. Voilliot et X. Landrin, dans J. Le Bohec et C. Le Digol, Gauche-droite. Genèse d’un clivage politique, PUF, 2012
  8. Hannah Arendt, La condition de l'homme moderne
  9. Jean-Yves Camus, L'extrême droite : une famille idéologique complexe et diversifiée, La Pensée et les Hommes, n°68, Bruxelles, juin 2008
  10. a et b Nicolas Lebourg, « Extrême droite : l’enjeu de la définition », Fragments sur les Temps Présents, le 26 septembre 2008.
  11. Jean-Yves Camus, « L'extrême droite : une famille idéologique complexe et diversifiée », La Pensée et les Hommes, n°68, Bruxelles, juin 2008.
  12. Marc Crapez, « Droitisation : mythes et réalités », Contrepoints.org, 18/12/2012
  13. Marc Crapez, « Droitisation ou gauchisation », bvoltaire.fr, 17/11/12
  14. Anne Sinclair, « Droitisation », Le Huffington Post.fr, 19/11/2012
  15. Brice Teinturier, entretien à La Croix, 30/11/2012
  16. Jean-François Copé, Manifeste pour une droite décomplexée, fayard, 2012
  17. Jean-François Copé, Manifeste pour une droite décomplexée, Fayard, 2012, p. 178-179
  18. Marc Crapez, Naissance de la gauche, suivi de Précis d’une droite dominée, préface de Guy Hermet, éd. Michalon, 1998, p. 4
  19. Marc Crapez, « Le procès de la pensée », Controverses, 12, novembre 2009, p. 20
  20. Les électorats sociologiques - Le vote des ouvriers, de l’alignement à gauche à une « droitisation » ?
  21. (en) Why Won’t They Listen? ‘The Righteous Mind,’ by Jonathan Haidt, New York Times, William Salletan, 23 mars 2012
  22. À la lecture d'André Kaspi, Les Américains, Paris, Le Seuil, 1996, ISBN 2-02-009360-X, et d'Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis, De 1492 à nos jours, Marseille, Agone, 2002, ISBN 2-910846-79-2, il semblerait que les différences politiques entre les deux partis ne soient pas aussi tranchées en raison du maintien au pouvoir que permettent les consensus dans les différentes chambres des représentants (le maintien du pouvoir deviendrait donc plus important que les réformes politiques).
  23. [PDF] OÙ EN EST LA DROITE ? Sur le site fondapol.org

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Corrélats[modifier | modifier le code]

Idées et courants :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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