Dražen Petrović

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Dražen Petrović
Image illustrative de l'article Dražen Petrović
Dražen Petrović sous le maillot des Nets en 1992.
Fiche d’identité
Nom complet Dražen Petrović
Nationalité Drapeau : République fédérative socialiste de Yougoslavie Yougoslave
Drapeau : Croatie Croate
Naissance
Sibenik, Yougoslavie
Date de décès (à 28 ans)
Lieu de décès Ingolstadt, Allemagne
Taille 1,96 m (6 5)
Poids 91 kg (200 lb)
Surnom Brazen Drazen, Petro, Mozart
Situation en club
Numéro 44, 3, 4
Poste Arrière
Draft de la NBA
Année 1986
Position 60e
Franchise Trail Blazers de Portland
Carrière professionnelle *
Saison Club Moy. pts
1979-1983
1984-1988
1988-1989
1989-1990
1990-1991
1990-1991
1991-1992
1992-1993
Sibenka Sibenik
Cibona Zagreb
Real Madrid
Trail Blazers de Portland
Trail Blazers de Portland
Nets du New Jersey
Nets du New Jersey
Nets du New Jersey
13,2
37,7
28,2
7,6
4,4
12,6
20,6
22,3
Sélection en équipe nationale **
1982-1990
1992-1993
Drapeau : République fédérative socialiste de Yougoslavie Yougoslavie
Drapeau : Croatie Croatie (38 sél)
Basketball Hall of Fame 2002
FIBA Hall of Fame 2007
* Points marqués dans chaque club dans le cadre de la saison régulière du championnat national.
** Points marqués pour l’équipe nationale en match officiel.

Dražen Petrović, né le à Šibenik en Yougoslavie et mort le à Ingolstadt en Allemagne, est un joueur de basket-ball croate ayant remporté quatre Euroscar Award et deux Mr. Europa. Un des meilleurs joueurs de sa génération, il évolue d'abord sur la scène européenne, remportant deux coupes des clubs champions, une Coupe des Coupes et participant à trois finales de Coupe Korac avant de tenter sa chance aux États-Unis en NBA en 1990.

Petrović rejoint alors les Trail Blazers de Portland qui l'ont sélectionné au troisième tour quatre années auparavant. L'entraîneur de Portland Rick Adelman ne lui fait pas confiance et le laisse sur le banc pendant deux saisons. En janvier 1991, Dražen Petrović est échangé aux Nets du New Jersey où il explose lors des deux saisons suivantes. Lors des saisons 1991-1992 et 1992-1993, le Croate devient la vedette de l'équipe des Nets dont il est le meilleur marqueur et est aux portes du All-Star Game.

L'arrière a porté le maillot de deux sélections nationales au cours de sa carrière. D'abord, il fait partie d'une grande équipe de Yougoslavie avec laquelle il remporte un titre de champion d'Europe en 1989, un titre de champion du monde en 1990 ainsi que deux médailles olympiques. Suite aux guerres de Yougoslavie et à l'éclatement de la république fédérative socialiste de Yougoslavie, Petrović évolue sous la banière de la Croatie avec qui il remporte la médaille d'argent aux Jeux olympiques de Barcelone.

À l'été 1993, Dražen Petrović meurt tragiquement à l'âge de 28 ans dans un accident routier sur une autoroute allemande. Son numéro de maillot est retiré par les Nets en fin d'année 1993. Introduit au Basketball Hall of Fame et au FIBA Hall of Fame, l'arrière des Balkans a une stèle au musée olympique de Lausanne et un musée en son nom à Zagreb.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse à Šibenik[modifier | modifier le code]

Enfance (1964-1978)[modifier | modifier le code]

Dražen Petrović naît le à Šibenik en Yougoslavie. Sa mère, Biserka Petrović a grandi dans cette ville du bord de la Krka[1]. Elle y rencontre Jole Petrović dans les années 1950. Ce dernier est venu à Šibenik pour suivre des cours à l'académie de droit. Ensemble ils se marient en 1958 et ont un premier fils en février 1959 qu'ils prénomment Aleksandar[1]. Jole est un homme respecté dans la région, chef de police désigné par les autorités yougoslaves[1]. Peu après la naissance de Dražen, Jole Petrović quitte son poste dans la police pour faire grandir ses deux jeunes garçons alors que Biserka retrouve son métier de libraire où elle reste pendant 17 ans[1].

Le jeune Dražen grandit dans une Yougoslavie communiste où sa génération a la possibilité d'avoir plus de libertés que celle de ses parents[2]. Né avec une luxation de la hanche, il doit porter une ceinture pour élargir ses jambes, un objet qu'il abandonne après avoir appris à marcher normalement[3]. Dražen découvre le basket-ball dans les rues de Šibenik, en suivant son frère sur les terrains de rue, esquivant même ses cours de guitare pour s'y rendre, et à ses entraînements où il s’incruste, allant jusqu'à proposer de lui porter son sac pour le suivre[4]. Aleksandar est un modèle pour de nombreux jeunes du quartier et encore plus pour son frère cadet[4]. Alors qu'Aleksandar est en équipe nationale cadette de Yougoslavie à l'été 1975, Dražen s'entraîne inlassablement et ne lâche pas sa passion pour le basket-ball[3]. À 11 ans, il est touché par un souffle cardiaque et un médecin local lui conseille d'arrêter ses activités sportives[3]. Contre-ausculté par une spécialiste à Belgrade, Dražen est rassuré par la cardiologue qui lui annonce que ce problème n'est que temporaire[3]. Cet événement renforce néanmoins l'attachement du jeune Petrović pour le sport qu'il a failli perdre[3]. Sa haine de la défaite le conduit à répéter ses gammes sans interruption.

Toujours à onze ans, Dražen rejoint le club local du Šibenka Šibenik où il évolue dans les catégories de jeunes avec Neven Spahija[5]. Petrović est surclassé et joue dans la même équipe que Spahija, trois ans plus âgé que lui, en troisième division régionale contre des adultes[5]. Si au départ, ils enchaînent les défaites, les enfants trouvent des solutions pour rendre les rencontres de plus en plus compétitives et s'améliorent[5]. Alors qu'il a 14 ans, Dražen Petrović est décrit par son entraîneur comme un « miracle »[5].

Apprentissage en équipe première (1979-1982)[modifier | modifier le code]

En 1979, l'équipe première de Šibenik est promue en première division yougoslave et recrute un nouvel entraîneur, Zoran Slavnić, qui est également joueur[6]. Ce dernier évalue les jeunes talents du club et est intrigué par le jeune frère d'Aleksandar Petrović contre qui il a joué[6]. Après l'avoir vu en équipe de jeunes, Slavnić offre une place dans l'équipe principale du club au jeune Dražen, âgé de seulement 15 ans[7]. Son objectif est de lui offrir l'expérience des entraînements de haut niveau bien que peu de minutes sur le terrain[7]. Champion olympique au poste de meneur, vedette nationale, Slavnić est un mentor idéal qui débute sa carrière d'entraîneur. Chaque jour, ils s'affrontent sur les terrains d'entraînement et l'apprenti apprend rapidement de son aîné[8]. Au début de la saison, bien que Petrović n'ait pas encore joué, l'entraîneur déclare aux médias qu'il a trouvé en lui un joueur qui sera meilleur que Dragan Kicanović ou lui-même[8]. Dražen termine la saison avec seize apparitions lors de la saison 1979-1980 que l'équipe termine à la huitième position du classement[9].

La saison suivante est différente, désormais âgé de seize ans, Petrović obtient de plus en plus de temps de jeu[9]. Il joue en tant qu'arrière lorsque Slavnić est à la mène et au poste de meneur lorsque ce n'est pas le cas[9]. Il ne marque que 39 points sur toute la saison mais ses progrès sont remarqués[9]. L'équipe termine quatrième du classement à l'issue de la saison et l'entraîneur-joueur Slavnić quitte le club pour le Partizan Belgrade[9]. Faruk Kulenović le remplace sur le banc bien qu'il n'ait que 29 ans et choisit Petrović comme meneur titulaire après le début de saison réussi du jeune joueur[10]. Ce dernier s'entraîne dur et possède la clef du gymnase[10].

Dražen Petrović se révèle au début de la saison 1981-1982. En déplacement en Israël pour un tour de qualification de la Coupe Korać, il entre en jeu en remplacement d'un joueur blessé et s'illustre contre l'Hapoël Tel-Aviv[11]. Au match retour, il inscrit 30 points dans la victoire et la qualification de son équipe pour le tour suivant[11]. Kulenović lui donne alors les clefs de la mène de l'équipe et limite son temps de jeu au poste d'arrière, jugeant l'inactivité ponctuelle du joueur, sans ballon, comme négative pour son attaque[11]. Meneur de l'équipe, Petrović inscrit 16 points par rencontre dans le championnat yougoslave[12]. L'équipe de fait également un remarquable parcours dans la Coupe Korać, coupe européenne de troisième niveau, enchaînant les succès à travers l'Europe jusqu'à battre en demi-finale l'Étoile rouge de Belgrade malgré une défaite de 16 points au match aller à Belgrade[12]. En finale, Petrović et ses coéquipiers s'inclinent contre le CSP Limoges malgré les 19 points et 10 passes décisives du meneur yougoslave, bien défendu par l'athlétique joueur français Richard Dacoury[12],[13].

Jeune meneur talentueux aux grandes déceptions (1982-1983)[modifier | modifier le code]

L'entraîneur Kulenović souhaite rajeunir l'équipe et le dit à la direction du Cibona Zagreb au cours de la saison 1981-1982[14]. Les dirigeants prennent le temps de la réflexion et alors qu'ils étudient la demande de Kulenović, le message arrive aux joueurs expérimentés du vestiaire qui font immédiatement résistance au changement et obtiennent le remplacement de Kulenović par Vlado Djurovic[14]. Ce dernier pense que le potentiel de Petrović est intéressant mais qu'il n'est pas un athlète exceptionnel au niveau de ses jambes et en termes de déplacements latéraux[14]. Il lui recommande une série d'exercices que le joueur effectue avec entrain[14]. À la demande du joueur, Djurovic le maintient au poste de meneur principal de l'équipe pour la saison 1982-1983[14].

Fort de trois saisons d'expérience dans le championnat yougoslave, Dražen Petrović a désormais le respect de ses coéquipiers et adversaires[15]. La majorité des actions offensives de Šibenik commence par un duel entre Petrović et son défenseur[15]. Il conclut la saison comme deuxième meilleur marqueur de points du championnat avec 25,6 unités par rencontre[16]. Le club de Šibenik termine avec le meilleur bilan de la saison régulière avec 16 victoires et 6 défaites[16]. Dans le même temps, Dražen Petrović guide de nouveau son équipe jusqu'à la finale de la coupe Korac, pour la deuxième année de suite, et perd de nouveau contre le CSP Limoges. Diminué par une blessure, Petrović est limité à 12 points par l’agressive défense de Limoges[16].

En phase finale du championnat yougoslave, Šibenik a besoin de trois matchs pour éliminer le Jugoplastika Split et l'Étoile rouge de Belgrade et atteindre la finale contre le KK Bosna[16]. Il brille particulièrement dans le premier match contre l'Étoile rouge en inscrivant 34 points dans une victoire 91 à 88[16]. Bosna et Šibenik remportent chacun une partie et se retrouve dans la salle de Šibenik pour le match décisif[16]. Petrović garde son équipe à flot en marquant 14 points dans la seule première mi-temps[16]. Il débute la deuxième mi-temps encore plus fort, dominant son adversaire direct Savit Haznic[16]. Alors qu'il ne reste que 18 secondes à jouer, Bosna reprend l'avantage au score[16]. Dražen Petrović a dans les mains le ballon de la gagne et rate son tir qui sort en touche[16]. Il reste alors deux secondes à l'horloge et le meneur a une nouvelle chance[16]. Petrović tente de nouveau sa chance et la manque. Alors que Bosna envahit le terrain, certains d'avoir remporter le championnat, l'un des deux arbitres de la rencontre, Ilija Matijevic, pressé par Petrović et ses coéquipiers, signale une faute sur le joueur[17]. Si le contact est réel, la faute est légère. Alors que la discussion se poursuit à la table des officiels, Djurovic demande à Dražen Petrović de manquer un des deux lancers pour aller en prolongation où il pense gagner[17]. Petrović n'écoute pas son entraîneur et réussit les deux lancers qui donnent la victoire à son club[18]. Le lendemain, le président de la fédération yougoslave de basket-ball, Vasil Tupurkovski, annule le résultat après avoir remis la veille le trophée à Petrović et ses coéquipiers[19]. Le match doit être rejoué sur terrain neutre mais Šibenik refuse de se déplacer sur le site de la rencontre et perd par forfait[19].

Service militaire et refus de rejoindre Notre-Dame (1983-1984)[modifier | modifier le code]

Après avoir passé son premier été avec l'équipe nationale de Yougoslavie pour le championnat d'Europe, Dražen Petrović, âgé de 19 ans, décide d'effectuer son service militaire obligatoire dans l'armée populaire yougoslave[20]. Il bénéficie d'un traitement particulier qui lui permet de continuer à s'entraîner[20]. Son service comprend l'éloignement avec sa région natale, Petrović débutant son service à Pula qui se poursuit dans la capitale Belgrade[20].

La destination de Dražen Petrović devient incertaine à la fin de son service[21]. Les ressources limitées et l'effectif âgé du Šibenka Šibenik ne correspondent plus au niveau du joueur international qu'est devenu Petrović[21]. Tous les meilleurs clubs yougoslaves sont intéressés : le Partizan Belgrade avec qui Petrović s'entraîne à la fin de son service militaire, Bosna qui lui offre sa première voiture pour montrer son intérêt, et le Cibona Zagreb où joue son frère Aleksandar[21]. L'entraîneur de l'université de Notre-Dame Digger Phelps (en), qui observe le joueur yougoslave depuis ses 16 ans, souhaite également le recruter en tant que deuxième arrière[22]. Phelps courtise Dražen depuis plusieurs années à chaque tournée des sélections yougoslaves aux États-Unis[23].

La sélection de Dražen se réduit rapidement à deux équipes : l'université de Notre-Dame et le Cibona Zagreb de Mirko Novosel[24]. Ce dernier, entraîneur de l'équipe championne en titre, qualifiée pour la prochaine coupe d'Europe des clubs champions, et sélectionneur national pour les Jeux olympiques d'été de 1984, met en avant le fait de jouer avec son frère Aleksandar[24]. De son côté, Phelps se déplace en Yougoslavie pour rencontrer les parents de Petrović et leur assurer que leur fils aurait un diplôme universitaire et un travail même s'il se blesse gravement[24]. En mai 1984, Dražen Petrović conclut son service militaire[25]. Le 5 juin, le joueur s'engage pour quatre saisons avec le club de Zagreb pour un salaire de 1 200 dollars par mois, les droits de propriété d'un café local et la location d'un appartement[25]. Dans les mois et les années suivants cet accord, la croyance collective est que la Fédération de Yougoslavie de basket-ball a influencé le choix final en lui offrant notamment une exemption de la règle interdisant les joueurs yougoslaves à partir en National Basketball Association avant l'âge de 28 ans[22],[25].

Cibona Zagreb[modifier | modifier le code]

Double champion d'Europe (1984-1986)[modifier | modifier le code]

Entouré par Aleksandar avec lequel il est en permanente compétition et par son nouvel entraîneur Mirko Novosel qui lui fait confiance sur le terrain et en fait une vedette nationale en dehors, Dražen Petrović passe un cap au Cibona Zagreb[26]. Plus rapide, plus âgé et plus fort, Petrović devient rapidement et naturellement le meneur de l'équipe de Cibona[27]. À Zagreb, sa notoriété grandit pour le joueur talentueux, le jeune et beau garçon et l'étudiant en droit à l'université de Zagreb[27]. Dražen inscrit 32 points par rencontre dans une domination presque totale du Cibona sur le championnat que l'équipe conclut avec seulement trois défaites en 22 rencontres[27].

Pour sa première saison dans la grande compétition européenne, le duo Petrović conduit le Cibona en finale en dominant deux fois en neuf jours le CSKA Moscou en demi-finale[27]. Cette finale oppose Cibona au Real Madrid à Athènes en Grèce devant près de 15 000 spectateurs[28]. L'équipe de Zagreb est confiante puisqu'elle a battu l'équipe madrilène déjà à deux reprises lors des phases précédentes de la compétition[28]. Après un début de rencontre difficile, l'aide défensive espagnole pour ralentir le dribble de Dražen fonctionne alors, le marqueur yougoslave prend son rythme en deuxième mi-temps[28]. Il inscrit 26 de ses 36 points dans la deuxième période dans le triomphe 87 à 78 de Cibona[28],[29]. Après avoir fêté le titre européen au Pirée, les joueurs du Cibona retournent en Yougoslavie pour jouer la demi-finale du championnat contre le Partizan[28]. Dražen s'illustre avec 51 points dans un large succès[28]. Qualifié pour la finale du championnat de Yougoslavie, Petrović se retrouve de nouveau dans un match décisif après un partage des deux premières victoires avec l'Étoile Rouge de Belgrade. Il y inscrit 32 points dans un net succès de Cibona qui remporte le championnat pour la deuxième saison consécutive. Le club ajoute un nouveau trophée avec la Coupe de Yougoslavie face au Jugoplastika.

La saison suivante, Petrović assied sa domination sur le basket-ball européen. Sans son frère, parti remplir ses obligations militaires à son tour, et malgré la présence limitée de son entraîneur Novosel qui laisse les rênes de l'équipe à son entraîneur assistant Željko Pavličević dans le championnat domestique, Dražen Petrović ajoute de nouveaux épisodes à sa légende[30]. Le , dans l'un des première rencontres du championnat de Yougoslavie, Dražen établit un nouveau record de points marqués dans le championnat en inscrivant 112 points en réussissant 40 de ses 60 tirs tentés, dont 10 sur 20 à trois points et 22 sur 22 aux lancers francs, face au club de l’Olimpija Ljubljana, qui a dû aligner une équipe de jeunes après avoir oublié d'enregistrer les joueurs de son équipe première dans les délais[30],[31]. Dans cette rencontre particulière, les supporteurs de Cibona présents dans les tribunes à moitié vides grondent lorsqu'un autre joueur de l'équipe tente un tir[30].

Parmi ses plus beaux exploits figure un match face au CSP Limoges : le club français mène de 16 points avec une défense en boite sur Petrović effectuée par le meneur limougeaud Gregor Beugnot[note 1]. Petrović décide alors de prendre les choses en main : il arrive à déstabiliser son garde du corps, provoquant une faute disqualifiante de celui-ci puis aligne huit tirs à trois points consécutifs. Finalement, le Cibona remporte la rencontre, porté par les 51 points de son leader dont dix tirs à trois points et dix passes décisives[32],[33]. Indéfendable, Dražen Petrović inscrit également 49 points contre le Real Madrid, 44 points contre le Žalgiris Kaunas et contre le Maccabi Tel-Aviv ou encore 47 unités contre le Simac Milan[32].

Lors du match retour contre l'équipe italienne, le meneur américain Mike D'Antoni, exilé en Europe au Simac Milan, donne une leçon à Petrović devant le dirigeant des Trail Blazers de Portland Bucky Buckwalter venu l'observer, levant les doutes sur ses capacités à réussir contre des joueurs de NBA[22]. Buckwalter déclare aux journalistes italiens que si son talent offensif est évident, il ne joue pas assez intensément du côté défensif et que les expériences précédentes des joueurs européens en Europe comme Georgi Glouchkov ont refroidi les dirigeants[22]. Cependant, le Cibona Zagreb atteint de nouveau la finale de la Coupe des clubs champions et est opposé au Žalgiris Kaunas d'Arvydas Sabonis. La confrontation entre les deux grands joueurs du basket-ball européen tourne à l'avantage de Petrović même s'il n'inscrit que 22 points et est gêné par les rotations sur les écrans[34]. Sabonis fait cinq fautes lors de la première mi-temps et est exclu dans le dernier quart-temps pour un coup de poing[34]. Le Cibona remporte son deuxième titre grâce à un succès 94 à 82[34]. Après la rencontre, Petrović est encerclé de supporteurs et sort de la foule en brandissant le trophée avec son maillot déchiré[34]. Le retour à Zagreb prend plusieurs jours à l'équipe qui célèbre son succès dans de nombreuses villes[34].

Concentré sur la phase finale du championnat yougoslave, Cibona élimine l'Étoile Rouge de Belgrade et le Partizan Belgrade pour atteindre la finale du championnat face à Zadar[35]. Vainqueur lors de la première partie, l'équipe décide de mettre au repos Dražen Petrović et les autres cadres de l'équipe pour le deuxième match, ne prenant pas le risque d'une suspension de Petrović en cas de potentielle faute technique sifflée envers lui[35]. Cibona s'incline et la décision des dirigeants est critiquée, notamment le manque de confiance dans les capacités du meneur à canaliser ses émotions[35]. Dražen fait du match décisif un affrontement avec son ancien entraîneur, Vlado Djurovic, désormais sur le banc de Zadar[35]. Provoqué par celui-ci qui demande à ses joueurs de le laisser tirer, Petrović se moque et crie en direction de Djurovic après chaque tir marqué[35]. Dominateur, Cibona fait le spectacle et voit Zadar remonter peu à peu au score, aidé par les 30 points de Petar Popović (en)[35]. Zadar arrache la prolongation et gagne le titre au bout du suspense sur le score de 111 à 110, infligeant la première défaite de Dražen Petrović à domicile avec Cibona[35]. Le club est ainsi privé de Coupe des Champions pour la saison suivante.

Vers un irrémédiable départ (1986-1988)[modifier | modifier le code]

Au début de l'année 1986, le Real Madrid fait une première offre d'un quart de million de dollars pour recruter Dražen Petrović qui dit du plus grand bien du championnat espagnol de basket-ball[36]. À la fin du mois de juin, les Trail Blazers de Portland sélectionnent le joueur yougoslave au troisième tour de la draft 1986 de la NBA[36]. Les Celtics de Boston et les Houston Rockets ont également déclaré un intérêt pour le joueur[36]. Plus proche que jamais de jouer à l'étranger, Dražen entre en contact avec la Fédération de Yougoslavie de basket-ball[36]. Il obtient de pouvoir signer où il le souhaite après les Jeux olympiques d'été de 1988 de Séoul à condition de rester encore deux saisons à Cibona[37], permettant à la Yougoslavie de garder son meilleur talent pour les Jeux olympiques à venir[37],[note 2]. L'accord est l'occasion pour la fédération d'annoncer la création de la règle Petrović qui énonce qu'un joueur yougoslave peut quitter son pays s'il a joué huit saisons dans le championnat national ou s'il a 120 sélections nationales[37]. Petrović choisit un agent espagnol, Jose Antonio Arizaga, pour négocier avec les deux principaux clubs d'Espagne, le Real Madrid et le FC Barcelone[38]. Le joueur souhaite jouer dans ce championnat même si des équipes italiennes comme Benetton Trévise lui offrent plus d'argent[39].

Grâce à sa victoire en Coupe de Yougoslavie la saison précédente, le Cibona Zagreb participe à la Coupe des Coupes pour la saison 1986-1987. En octobre 1986, le Cibona se déplace à Barcelone pour y affronter le club catalan. Dražen Petrović marque 47 points contre le FC Barcelone et en profite pour déclarer que le club est le meilleur en Espagne et les médias catalans le voient déjà sous le maillot barcelonais[38]. Dans les jours qui suivent, le président catalan appelle néanmoins l'agent Arizaga et lui explique que l'entraîneur de l'équipe, Aíto García Reneses, a des réticences sur le comportement du joueur[40]. Arizaga se tourne alors vers le Real Madrid qui offre un contrat de quatre ans pour 900 000 dollars[40]. Petrovic se déplace à l'aéroport de Madrid pour parapher son contrat deux ans avant son entrée en vigueur[40],[41]. Le vice-président du Real Madrid Raimundo Saporta déclare que le contrat bénéficie au club et à la Yougoslavie[42].

En 1986, le niveau du championnat yougoslave de basket-ball s'élève fortement. Si Cibona voit le retour d'Aleksandar Petrović de son service militaire, l'équipe doit faire face au Partizan emmené par Vlade Divac et au Jugoplastika de Dino Radja et Toni Kukoc[43]. Cibona réalise une saison régulière parfaite avec 22 victoires sans défaite, poussée par les 37 points de moyenne de Dražen Petrović[43]. Le meneur va jusqu'à marquer 59 points contre Bosna[43]. En demi-finale, Cibona est battu à la surprise générale par l'Étoile rouge de Belgrade, subissant deux défaites de suite[43]. Dražen Petrović ajoute un nouveau trophée à son palmarès avec la victoire de son équipe en finale de Coupe des Coupes face au club italien de Scavolini Pesaro.

La saison suivante, en 1987-88, Dražen Petrović garde son équipe dans la course au titre en marquant de nouveau 37 points de moyenne lors de la saison régulière. Le club échoue de nouveau en demi-finale du championnat face au Partizan de Vlade Divac[43]. Les rencontres contre le Partizan offre des duels tendus entre Petrović et Sasha Djordjevic[44]. Avant son départ, il dispute une nouvelle finale européenne, celle de la Coupe Korac, face à son futur club. Le club de Zagreb s'impose 102 à 89 à Madrid et s'incline 94 à 93 à Zagreb, rencontre au cours de laquelle Petrović marque 47 points pour remporter la finale au total des deux manches. Petrović offre également un dernier titre à son club, la coupe de Yougoslavie, grâce à une victoire 82 à 80 face au Jugosplatika Split. Après quatre saisons disputées au Cibona, Petrović rejoint le club le plus titré en Europe, le Real Madrid.

Passage éclair au Real Madrid (1988-1989)[modifier | modifier le code]

Dražen Petrović rejoint Madrid à l'été 1988 peu avant les Jeux olympiques d'été de Séoul[45]. Avec son contrat de 4 ans avec le Real pour un montant d'1,1 million de dollars après taxes, le joueur est attendu à un tournant de sa carrière[46]. Le Real Madrid paie 225 000 dollars d'indemnités de transfert à son club du Cibona Zagreb, 80 000 dollars à la fédération yougoslave et offre de nombreux avantages au joueur pour obtenir son transfert : un appartement à Madrid, une voiture de luxe et encore des contrats de sponsoring dont l'un avec Reebok[46].

Dražen aime la ville et habite dans un appartement du quartier du centre commercial La Vaguada (es), dans la partie nord de la capitale où vivent de nombreux autres joueurs du clubs[45]. Solitaire, isolé, il passe peu de temps avec ses camarades, limitant ses sorties et passant la plupart de son temps libre avec sa copine Renata Cajić[45]. Une partie de cet isolement s'explique par le comportement de Petrovic lors d'une rencontre entre Cibona et le Real Madrid de 1984 lors de laquelle le yougoslave a inscrit 44 points en provoquant ses adversaires et le public pendant toute la partie[47]. Après le coup de sifflet final, Dražen et son frère Aleksandar auraient craché sur la vedette du Real Madrid, Fernando Martin[47]. Pourtant, malgré la pression des médias, la relation entre Martin et Petrovic est cordiale[48]. Une des raisons est également la barrière linguistique même s'il apprend l'espagnol rapidement[45]. Pour Clifford Luyk, entraîneur assistant du Real, son isolement dans l'équipe tient au fait qu'il ne soit que de passage au Real Madrid et qu'il ne s'agisse que d'une étape vers la NBA[45]. À l'entraînement, Petrović tire de loin à la distance de la ligne NBA et non de la ligne européenne malgré l'insistance de ses entraîneurs[49].

En octobre, Petrović brille lors de la deuxième édition de l'Open McDonald's, tournoi de préparation à la saison NBA, dans lequel les Celtics de Boston, multiples champions de la ligue, se déplacent en Europe pour y affronter l'équipe nationale yougoslave ainsi que le Real Madrid[50]. Défendu par Dennis Johnson, Dražen provoque trois rapides fautes du défenseur vétéran qui l'oblige à se diriger vers le banc et à être remplacé par Brian Shaw[51]. Petrovic inscrit 22 points contre les Celtics mais montre également qu'il lui reste une marge de progression[51]. Larry Bird, l'autre idole de Dražen Petrović, avec son frère, fait la différence en fin de rencontre[52].

Dans les premiers mois de compétition de la Liga ACB, Petrović s'impose comme l'un des meilleurs passeurs du championnat et affiche une impressionnante réussite aux lancers francs[53].

En finale de la Coupe des Coupes en 1989, le , le Real Madrid est opposé au club italien de Caserte. Motivé par la confrontation contre son adversaire le Brésilien Oscar Schmidt, Petrović inscrit 62 points dans la victoire 117 à 113 de son équipe en prolongation[48],[54],[55]. Schmidt se contente de 44 points, ce match est considéré par beaucoup comme le meilleur match s'étant déroulé sur le sol européen. Dans le vestiaire, l'ambiance n'est pourtant pas à la fête, le meneur est jugé comme trop individualiste par ses coéquipiers[56]. De plus, l'effort de Fernando Martin, qui joue la rencontre malgré un pouce droit cassé, est passé sous silence du fait de sa prestation[57].

La saison régulière du championnat espagnol de Petrović répond aux attentes placées en lui. Il termine meilleur marqueur de l'équipe avec 28 points par rencontre avec une adresse aux tirs de 54 %, l'équipe concluant la phase régulière avec 29 victoires et 7 défaites[48]. En finale du championnat, le Real retrouve le FC Barcelone. L'historique des négociations entre le joueur et les deux clubs reviennent dans la presse espagnole[58]. L'entraîneur du Barça Aito Garcia Reneses augmente la pression en déclarant aux journalistes que Petrović est protégé par les arbitres[58]. Barcelone domine et remporte la première manche de la série de plus de vingt points. Indisponible pour une blessure au dos, Martin est de retour pour la deuxième partie et change l'état d'esprit de l'équipe. Petrović marque 37 points dans une victoires du Real lors du deuxième match de la série. Après une nouvelle défaite, Petrovic sauve son équipe lors du quatrième match en inscrivant huit tirs à trois points et 42 points dans l'une de ses plus belles performances sous le maillot du Real Madrid[58]. Le match décisif est perturbé par un arbitrage controversé[59]. Tous les titulaires du Real sont expulsés tour à tour, Fernando Martin le premier, Petrovic ensuite sort alors qu'il n'a inscrit que 14 points[59],[60]. Contre un Real réduit à quatre hommes en fin de match, Barcelone remporte le match et le titre de champion. La controverse est alimentée par l'identité de l'arbitre qui siffle les fautes de Petrović et est sévère avec le Real, Juan Jose Neyro[59]. Ce dernier a déjà expulsé Petrović en cours de saison contre Joventut et a un contentieux avec le Yougoslave depuis un match amical entre le Cibona Zagreb et le Real Madrid de 1986[59]. Petrović a été expulsé dans cette rencontre alors qu'il demande une faute à l'arbitre[59]. Selon l'un des commentateurs de la rencontre, le joueur aurait craché sur l'arbitre[59]. Après une fin de saison difficile, Petrović, qui a encore trois années de contrat à Madrid, décide qu'il est temps pour lui de rejoindre la NBA[59].

Carrière en NBA[modifier | modifier le code]

Recrutement litigieux (1989)[modifier | modifier le code]

Les Trail Blazers de Portland détiennent les droits de Dražen Petrović depuis qu'ils l'ont sélectionné au troisième tour en 1986. Le dirigeant de la franchise Bucky Buckwalter a compilé les sélections des meilleurs joueurs européens de l'équipe comme Petrović ou Arvydas Sabonis[61]. Buckwalter a débauché Kenny Grant, un entraîneur américain vivant en Europe, afin qu'il suive la motivation et l'évolution de ses joueurs européens[61]. Buckwalter fait de nombreux déplacements lui-même pour superviser le meneur yougoslave, notamment lors des compétitions internationales[62].

À l'été 1989, le moment semble idéal pour Petrović de rejoindre les Trail Blazers. Buckwalter fait le déplacement pour rencontrer Petrović à Zagreb lors du championnat d'Europe de basket-ball 1989 pour lui demander de nouveau de venir jouer aux États-Unis [62]. Quelques mois plus tôt, la fédération internationale de basket-ball a autorisé les joueurs professionnels à jouer les Jeux olympiques, permettant à Petrovic de jouer en NBA sans rater les Jeux olympiques d'été de 1992[62]. Dražen Petrović annonce officiellement que son nouvel agent est Warren LeGarie, démontrant son envie de rejoindre la National Basketball Association (NBA)[63]. Les deux hommes se sont rencontrés pendant la saison alors que LeGarie est le représentant de Johnny Rogers, un autre joueur du Real[63].

Le propriétaire de la franchise de Portland, Paul Allen, débute le recrutement de Petrović bien qu'il soit encore sous contrat avec le Real[64]. Son avocat, Allen Israel, obtient une copie du contrat du joueur dans lequel il a le droit de racheter son contrat pour la somme de 200 000 dollars par année restante mais reçoit un document du Real attestant qu'il n'y a pas de telle clause dans le contrat du joueur, créant un incident[64],[65]. En effet, en février 1989, le commissaire de la NBA David Stern et le président de la fédération espagnole de basket-ball Eduardo Portela ont signé une convention interdisant aux équipes de chaque ligue de recruter ou tenter de recruter un joueur sous contrat dans l'autre championnat[64]. Une bataille judiciaire s'en suit et les deux équipes se battent pour le joueur yougoslave[66].

Après la saison, Petrović a limité ses relations avec les membres du Real Madrid[66]. L'entraîneur du Real, Lolo Sainz, s'est lui aussi déplacer à Zagreb pour voir Dražen mais le retour du joueur, fixé sur l'objectif d'entrer en NBA, le décourage[66]. Le président du Real Madrid Ramón Mendoza demande alors à rencontrer le joueur à Madrid et à la sortir de l'entrevue, déclare que le joueur ne va pas partir et qu'il va respecter le contrat de quatre saisons qu'il a signé[66],[67].

Quelques jours plus tard, un juge de l'Oregon saisi par le représentant légal de Petrović aux États-Unis juge temporairement que le joueur peut négocier un contrat avec Portland en attente de sa décision finale[68]. Portland envoie son directeur du personnel Brad Greenberg (en) pour soutenir Petrović au début de la saison espagnole qui débute[66].

Après que la franchise américaine ait augmenté son offre financière pour un contrat de 4,4 millions de dollars sur trois saisons, Petrović quitte l'Espagne et part s'installer dans l'Oregon avant le verdict judiciaire[69]. Les parties débutant alors des négociations pour compenser les trois années de contrat restantes au joueur yougoslave. Pour conclure le transfert et rompre le contrat signé par le joueur avec le Real Madrid, les parties trouvent un accord obligeant Petrović et les Trail Blazers à payer 1,2 millions de dollars au club espagnol qui doit avoir la priorité en cas de retour du joueur en Europe[70].

Trail Blazers de Portland (1989-1991)[modifier | modifier le code]

Sa préparation à la saison 1989-1990 est compromise par une opération dorsale qui lui fait manquer toutes les rencontres de pré-saison[71],[72],[73]. L'entraîneur de l'époque, Rick Adelman, privilégie les joueurs en place Clyde Drexler et Terry Porter, et donne peu de temps de jeu au joueur européen[74]. En concurrence avec un autre débutant, Byron Irvin (en), Petrović domine son jeune rival à partir du mois de décembre pour le poste de remplaçant au poste d'arrière, [74],[75],[76]. Alors qu'il a été le créateur de son équipe tout au long de sa carrière européenne, Petrović doit s'adapter pour devenir un tireur à longue distance qui oblige les défenseurs à sortir et ouvrir des espaces à ses coéquipiers[74]. Sans le ballon en main, Dražen doit se réinventer en trouvant des façons d'être libre de tout marquage en utilisant les écrans[76]. Il réussit à marquer 14 points contre les Rockets de Houston[76]. Son temps de jeu augmente tout au long de la saison régulière et lorsque Drexler manque plusieurs rencontres consécutives en février, Petrović marque 22 points contre les Hornets de Charlotte puis 15 contre les Cavaliers de Cleveland et les Pacers d'Indiana[77]. Dans la deuxième partie de la saison, il est un remplaçant efficace et il optimise au mieux son temps de jeu pour établir une moyenne de 7,6 points par match sur la saison et terminer avec le troisième pourcentage de la ligue pour le tir à trois points avec 46 % derrière Steve Kerr et Craig Hodges[77],[78]. Le club dispute les finales de la NBA contre les Pistons de Détroit et s'incline dans la série sur le score de quatre rencontres à une. Adelman ne le fait pas jouer lors des trois matchs disputés à domicile.

La saison suivante, l’arrivée de Danny Ainge le place au cinquième rang sur les postes arrières, l’entraîneur lui préférant également le vétéran Danny Young pour sa défense. Bien qu'il soit respecté dans le vestiaire de Portland pour son travail à l'entraînement[79], Adelman ne lui octroie que 7,4 minutes que Petrović utilise en marquant 4,4 points[80]. Petrović fait le maximum pour obtenir un transfert afin de pouvoir enfin prouver son talent dans la ligue américaine. C’est ainsi qu’il lance un ultimatum à son club, avec comme date d'échéance le 30 novembre. Il demande un ré-aménagement de son statut ou de faire partie d’un échange. Le cas échéant, il menace de retourner en Yougoslavie. Cette menace lui vaut une amende de 500 $ pour « commentaires désobligeants vis-à-vis de son équipe »[80],[81].

Nets du New Jersey (1991-1993)[modifier | modifier le code]

En janvier 1991, après avoir participé à seulement dix-huit des trente rencontres de sa franchise, Dražen Petrović rejoint les Nets du New Jersey lors d'un échange impliquant trois équipes : les Trail Blazers de Portland, les Nets du New Jersey et les Nuggets de Denver[82]. Il s'intègre rapidement dans la communauté croate de New York[83]. Son temps de jeu progresse immédiatement, passant à 20,5 minutes par match et sa moyenne atteint 12,5 points.

Pour sa première saison complète avec les Nets, il ne loupe aucun match, commençant les quatre-vingt-deux rencontres de la phase régulière dans le cinq de départ. Sa moyenne de points est montée à 20,6 points. Les Nets se qualifient pour les playoffs mais échouent face aux Cavaliers de Cleveland, sur le score de 3 victoires à une. Durant ceux-ci, la moyenne de points de Petrović progresse jusqu'à 24,3 avec comme meilleure performance 40 points lors de la première rencontre remportée par Cleveland 120 à 113[84].

Dès octobre 1992, Petrović annonce avoir de nombreuses offres de clubs européens pour continuer sa carrière ailleurs après la fin de sa dernière année de contrat[85]. Bien que l'équipe enchaîne les victoires et que le joueur croate confirme son talent, il annonce douter de jouer une saison supplémentaire avec les Nets[85]. Meneur offensif des Nets, Petrović atteint 22,3 points par match lors de la saison 1992-1993. Le , il établit son record en NBA avec 44 points inscrits lors d'une rencontre face aux Rockets de Houston, à 17 sur 23 aux tirs, enflammant le Byrne Meadowlands Arena dans le quatrième quart-temps avec 25 points dans cette seule période[86]. Cependant, sa non-sélection lors du All-Star Game est une nouvelle déception pour lui. Il est en effet le seul joueur figurant parmi les quinze meilleurs, onzième[87], marqueurs de la ligue à être absent de ce rendez-vous. Le 22 mars, lors d'une défaite contre les Bullets de Washington, Petrovic se fait une entorse au genou gauche qui lui fait manquer 12 rencontres de saison régulière[88],[89]. En son absence, les Nets enchaînent les défaites[89]. De retour le 14 avril, il manque de synchronisation dans sa gestuelle de tir[89]. Toutefois, à la fin de la saison, il est retenu dans le troisième cinq de la NBA - en anglais All-NBA Third Team[90]. Les Nets échouent de nouveau lors du premier tour des séries éliminatoires face aux Cavaliers de Cleveland. Petrović déclare juste après la défaite qu'il ne reviendra pas aux Nets la saison suivante et qu'il jouerait en Europe[91].

Il est alors l'un des premiers joueurs européens à s'imposer en NBA, avec le Serbe Vlade Divac aux Lakers de Los Angeles, le Lithuanien Sarunas Marciulionis aux Warriors de Golden State et l'Ukrainien Sasha Volkov aux Hawks d'Atlanta[92]. Pionnier européen, il est cible d'insultes de joueurs comme Chris Morris ou Derrick Coleman, de joutes verbales comme avec John Starks qui insinue qu'il est complice de l'attentat du World Trade Center en 1993 et de combats physiques pour punir son égo[92]. La non reconnaissance de son talent par le monde de la NBA le fait réfléchir sur la suite à donner à sa carrière[85]. Le retour en Europe le tente, de grands clubs européens étant prêts à financer son retour[92].

Carrière internationale[modifier | modifier le code]

Yougoslavie[modifier | modifier le code]

Vlade Divac (n°12) et Drazen Petrovic (n°4) réunis sous le maillot de la Yougoslavie pour les championnats du monde 1990 en Argentine.

Dražen Petrović est devenu l'une des pièces principales de l'équipe yougoslave des années 1980. Avec elle, il gagne la médaille de bronze aux Jeux olympiques d'été de 1984, et aux championnats du monde de 1986. Au deuxième tour du championnat du monde, Petrović est parfaitement défendu par Tyrone Bogues qui le limite à seulement 12 points marqués — aucun en deuxième mi-temps — de par son intensité et la position de sa tête au niveau de la poitrine du meneur yougoslave[93],[94]. Puis à nouveau une médaille olympique, battu en finale par l'Union soviétique d'Arvydas Sabonis en 1988[95]. En 1989, la Yougoslavie devient championne d'Europe.

En quart de finale des championnats du monde 1990, Dražen Petrović inscrit 27 points contre le Brésil avec notamment quatre paniers à trois points de suite en trois minutes[96]. En demi-finale, il mène son équipe nationale à la victoire 99 à 91 contre les États-Unis en inscrivant 31 points en autant de minutes bien qu'il se se soigne d'une grippe[97],[98]. En finale, l'arrière marque 18 points dans le large succès de son équipe 92 à 75 contre l'Union soviétique[99]. Lors de la célébration du titre, Vlade Divac prend et jette un drapeau croate brandi par un indépendantiste sur le terrain, un incident qui tend les relations entre les joueurs de l'équipe yougoslave, notamment avec Petrović[100],[101]. Alors que les tensions politiques grandissent, Petrović ne fait pas partie de l'équipe de Yougoslavie qui remporte le championnat d'Europe de basket-ball 1991 à Rome[102].

Croatie[modifier | modifier le code]

La tombe de Dražen Petrović avec une photographie du joueur ballon en main sous le maillot de la Croatie.

Suite au référendum sur l'indépendance de la Croatie en mai 1991, la Croatie déclare son indépendance et par conséquent sa séparation de la Yougoslavie. L'équipe de Croatie de basket-ball est créée et Dražen Petrović est naturellement le premier capitaine de la sélection. Pour Petrović, cela marque également la séparation avec son ancien ami Vlade Divac, serbe, avec qui il créé un animosité[103]. Lors de la saison NBA 1992-1993, les deux joueurs ne se serrent pas la main et s'évite avant les rencontres opposant les Lakers de Los Angeles aux Nets du New Jersey[103].

Au premier tour du tournoi masculin de basket-ball des Jeux olympiques d'été de 1992, Dražen Petrović mène son équipe à la victoire contre toutes les équipes de leur groupe sauf la Dream Team, l'une des meilleures équipes de basket-ball jamais réunie[104]. Petrovic inscrit 22 points contre le Brésil[105]. En finale du tournoi, les Croates retrouvent de nouveau la Dream Team[106]. Dražen et ses coéquipiers s'accrochent dans la première mi-temps et ne sont menés que de sept points à la mi-temps[106]. Au retour des vestiaires, les vedettes américaines accélèrent et font l'écart[106]. Les Croates s'inclinent sur le score de 117 à 85, une défaite de 32 points qui est la plus petite marge de victoire des États-Unis dans ce tournoi[106]. Petrović termine meilleur marqueur de cette rencontre historique avec 24 points marqués.

Décès tragique[modifier | modifier le code]

Le , Dražen Petrović décide de ne pas rentrer avec les autres membres de l'Équipe de Croatie d'un tournoi de qualification en Pologne et retrouve une jolie jeune femme, Klara Szalantzy, joueuse de basket-ball hongroise, à l'aéroport de Francfort[107]. Petrović l'a rencontré quelques mois auparavant à New York et a convenu qu'il l'a reverrai en Europe. Ils sont accompagnés par l'amie de Szalantzy, Hilal Edebal, joueuse de basket-ball turque[107]. Szalantzy conduit la voiture sur l'autoroute en direction de Munich lorsqu'un orage s'abat sur la chaussée[107]. La visibilité est réduite, la chaussée mouillée. Peu avant h 20, un conducteur de camion perd le contrôle de son véhicule pour éviter une voiture partie en aquaplanage et traverse la chaussée[107]. La Golf de Szalantzy, lancée à 180 km/h, ne peut éviter l'impact et frappe violemment le camion du côté passager, où se trouve Dražen Petrović, après avoir touché la rembarde de sécurité[107]. Le joueur de 28 ans, qui dort la tête posée contre la vitre et ne porte pas de ceinture de sécurité, meurt instantanément sans voir la collision arriver[107],[108],[109]. Szalantzy et Edebal survivent à l'accident, avec des blessures importantes[107],[110]. Assise à l'arrière de la voiture sans ceinture, Edebal a une hanche cassée, un bras cassé et des dommages cérébraux dont une perte totale de la mémoire et ne peut poursuivre sa carrière sportive[109].

« S'il avait survécu, je ne sais pas ce que cela qu'aurait été sa vie. Lorsque vous voyez la voiture, vous savez qu'il n'aurait pas pu rejouer au basket-ball. Et je ne sais pas s'il aurait pu supporter de ne pas jouer au basket-ball »

— Hilal Edebal au New York Daily News en 2011[109].

L'information du décès de Petrović traverse l'Atlantique rapidement et choque les acteurs du basket-ball[111]. En visite officielle en Chine, le président croate Franjo Tudjman déclare que « Petrovic, légende de notre pays, représente notre effort pour faire partie des meilleurs »[112]. Ce dernier assiste à la procession et à l'enterrement de Petrović le 11 juin[113]. Jeune joueur de Šibenik, Miro Jurić déclare qu'aucune grenade n'a autant choqué la ville que le soudain décès de Dražen[113]. Stojko Vranković, ancien joueur des Celtics de Boston et meilleur ami de Petrović porte le cercueil et pris d'émotion, est supporté par Dino Radja[113]. Le manager général des Nets du New Jersey Willis Reed fait le voyage à Zagreb pour assister à la cérémonie, tout comme ses anciens coéquipiers Chris Dudley et Chris Morris[113],[note 3].

Distinctions personnelles[modifier | modifier le code]

Durant la période où il évolue au club du Cibona Zagreb, Petrović accumule 5 600 points dans les compétitions nationales et européennes[114].

Dražen Petrović reçoit le trophée Mr. Europa par le magazine italien Superbasket en 1986 et 1993, et le trophée Euroscar par le quotidien La Gazzetta dello Sport en 1986, 1989, 1992 et 1993. Lors de la saison 1992-1993, Petrović est sélectionné dans la All-NBA Third Team.

Le , les Nets du New Jersey retirent son maillot no 3[115]. Le trophée du meilleur joueur de l'Open McDonald's est également nommé à son nom[115]. Le , à la suite d'une initiative du président du Comité international olympique Juan Antonio Samaranch, le Musée olympique de Lausanne inaugure une stèle à son honneur[116]. Il est seulement le deuxième sportif à être ainsi honoré. Petrović a également été intronisé au Hall of Fame en 2002[117] puis au sein du FIBA Hall of Fame en 2007. La même année, un musée dédié à la carrière du joueur réunissant plus de 500 objets est inauguré à Zagreb[116]. Dans le même temps, une statue du joueur en train de tirer créée par le sculpteur croate Kuzma Kovačić est dévoilée sur les escaliers menant au musée[118]. Il est également reconnu comme l'un des 50 meilleurs contributeurs de l'Euroligue en 2008. Le Cibona Zagreb a également retiré le numéro 10 pour le joueur yougoslave.

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Style de jeu et personnalité[modifier | modifier le code]

Jeune, Dražen Petrović a pour principales qualités le maniement du ballon et sa capacité à marquer en attaquant le panier[10]. Son éthique du travail impressionne et lui fait améliorer son tir, d'abord à moyenne distance puis à longue distance[11]. Alors qu'il a 17 ans, il s'entraîne trois fois par jour, le matin avant d'aller à l'école, à la sortie de l'école et le soir lors de l'entraîneur collectif avec l'équipe[11]. Bourreau de travail, son objectif hebdomadaire pendant son service militaire est de réussir 2 000 tirs à distance[21].

En 1988, le journaliste français Didier Le Corre décrit Dražen Petrović comme le « joueur le plus détesté d'Europe »[46]. Petrovic est qualifié par la presse madrilenne comme l'« enfant terrible » du basket-ball européen[53]. L'entraîneur national italien Valerio Bianchini compare le comportement de Petrović sur le terrain à celui de John McEnroe sur un court de tennis[22]. Provocateur dans son style de jeu, il n'a pas la langue dans sa poche[46]. Marqueur exceptionnel, il est également un passeur doué[53],[46]. Spécialiste du tir à 3 points, le terme Pucaj tricu, tirez à trois points en croate, reste comme l'héritage du joueur en NBA[103],[119].

En dehors des terrains, Dražen Petrović est calme et affectueux[note 4],[120].

Héritage[modifier | modifier le code]

Dražen Petrović est le premier joueur européen à s'imposer dans la National Basketball Association. Il est l'idole de nombreux jeunes européens qui rêvent de réussir aux États-Unis comme le Slovène Goran Dragić. Après le championnat d'Europe de basket-ball 2017, remporté par l'équipe de Slovénie, la mère de Dražen Petrović offre au meilleur joueur du tournoi, Dragić, un maillot porté par son fils en NBA, provoquant les pleurs de la vedette[121]. En 2012, le joueur des Nets de Brooklyn Anthony Morrow rend hommage à Dražen Petrović en portant son maillot lors du concours de tirs à trois points au All-Star Game 1992[122]. En 2015, Stephen Curry envoie un maillot à la mère de Petrović après avoir remporté le titre avec les Warriors de Golden State, elle qui s'est occupé de lui enfant pendant que son père Dell et Petro se disputaient le concours à trois points du All-Star Game 1992[123].

En 2001, Goran Ivanisevic remporte le tournoi de Wimbledon de tennis et dédicace sa victoire à son compatriote Petrović[124],[125].

Palmarès[modifier | modifier le code]

Club[modifier | modifier le code]

Compétitions internationales

Compétitions nationales

Équipes nationales[modifier | modifier le code]

Statistiques[modifier | modifier le code]

Statistiques individuelles de Dražen Petrović en Yougoslavie
Saison Club Championnat de Yougoslavie Coupe d'Europe Coupe intercontinentale
MJ Pts PPM MJ Pts PPM MJ Pts PPM
1979-1980 Šibenka Šibenik 16 13 0,8
1980-1981 Šibenka Šibenik 20 39 2,0
1981-1982 Šibenka Šibenik 24 392 16,3
1982-1983 Šibenka Šibenik 31 758 24,5
1984-1985 Cibona Zagreb 20 653 32,2 15 463 30,9
1985-1986 Cibona Zagreb 21 910 43,3 15 555 37,0 6 118 19,7
1986-1987 Cibona Zagreb 21 781 37,2 8 270 33,8 5 152 30,4
1987-1988 Cibona Zagreb 19 715 37,6 12 401 33,4 5 173 34,6
Total 172 4261 24,8
Statistiques individuelles de Dražen Petrović au Real Madrid
Saison Compétition Matchs Min. Points 2 pts 3 pts LF Rebonds Pd Int C Bp FP
MJ Tit Pts PPM R T  % R T  % R T  % Rd Ro R
1988-1989 Championnat d'Espagne 36 1 219 1 026 28,5 263 427 61,6 % 85 217 39,2 % 245 281 87,2 % 107 41 148 153 52 9 98 120
Coupe d'Europe 11 386 301 27,4 68 125 54,4 % 35 76 46,1 % 60 70 85,7 % 30 5 35 35
Total 47 1 605 1 327 28,2 331 552 60,0 % 120 293 40,95 % 305 351 86,9 % 137 46 183 188
Statistiques individuelles de Dražen Petrović en NBA
Saison Club Matchs Min. Points 2 pts 3 pts LF Rebonds Pd Int C Bp FP
MJ Tit Pts PPM R T  % R T  % R T  % Rd Ro R
1989-1990 Trail Blazers de Portland 77 0 967 583 7,6 173 353 49,0 % 34 74 45,9 % 135 160 84,4 % 61 50 111 116 23 2 96 134
1990-1991 Trail Blazers de Portland 18 0 133 80 4,4 31 65 47,7 % 1 6 16,7 % 15 22 68,2 % 8 10 18 20 6 0 12 21
Nets du New Jersey 43 0 882 543 4,9 189 363 52,1 % 22 59 37,3 % 99 115 86,1 % 51 41 92 66 37 1 69 111
1991-1992 Nets du New Jersey 82 82 3 027 1 691 20,6 545 1 038 52,5 % 123 277 44,4 % 232 287 80,8 % 161 97 258 252 105 11 215 248
1992-1993 Nets du New Jersey 70 67 2 660 1 564 22,6 512 967 52,9 % 75 167 44,9 % 315 362 87,0 % 148 42 190 247 94 13 204 237
Total 290 149 7 669 4 461 15,4 1 450 2 786 52,0 % 255 583 43,7 % 796 946 84,1 % 429 240 669 701 265 27 596 751

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Une défense en boîte consiste à effectuer une défense de zone par quatre joueurs, le cinquième se voyant confier une défense homme à homme sur un joueur adverse
  2. Dražen Petrović garde le statut de joueur amateur à Cibona. Les joueurs professionnels de basket-ball sont autorisés à jouer les Jeux olympiques en 1989.
  3. Klara Szalantzy se marie avec le joueur de football allemand Oliver Bierhoff le .
  4. Dražen signifie « affectueux » en yougoslave.

Références[modifier | modifier le code]

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  8. a et b (en) Spehr 2016, Two. Teenage Ascent, 1979-82, p. 16 et 17.
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Pour approfondir[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

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  • (en) Marjan Crnogaj et Vlado Radicevic, Dražen : The Years of the Dragon: the untold story, , 472 p. (ISBN 978-9535974116).

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]