Douris de Samos

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Douris.

Douris de Samos (en grec ancien Δούρις / Doúri), est nait vers 340 av. J.-C. et meurt vers 270 av. J.-C., bien que ces dates restent discutées. Il est un historien grec de Samos[1], contemporain des Diadoques. Sa principale œuvre est une histoire de la Macédoine: Les Macédoniques. Par ailleurs, il a été tyran de Samos, ainsi qu'élève de Théophraste à l'école péripatéticienne[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Prétendument descendant d'Alcibiade[3], Douris naît peut-être en exil de Samos suite à l'expulsion des habitants par les clérouques athéniens, qui occupent la cité de 342 à 324 av. J.-C.. Toutefois, Douris a très probablement séjourné à Athènes pour parfaire son éducation, peu de temps avant 300 av. J.-C.[4]. Il y fut l'élève de Théophraste, scholarque de l'école péripatéticienne, le Lycée, et successeur d'Aristote[5]. Encore jeune homme, il aurait remporté une épreuve de boxe aux Jeux Olympiques, ce qui lui vaut une statue à Olympie, pour commémorer cette victoire[6]. Aux environ de 294 av. J.-C., Douris devient Tyran de Samos, succédant surement à son père[7]. Il règne environ une décennie avec l'appui de Lysimaque, le Roi de Thrace puis de Macédoine aussi, qui meurt en 281 av. J.-C., lors de la bataille de Couroupédion. On sait que Douris vivra au-delà de cette date[8].

Quant à la personnalité de Douris, on sait seulement qu'il condamne, dans ses ouvrages, les vices au niveau des mœurs[9]; notamment le luxe excessif, la décadence ou la boisson, qui engendraient, selon lui, un déclin politique et militaire[10].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Douris de Samos est l'auteur de plusieurs ouvrages d'histoire, dont il ne reste que des fragments. Il est auteur d'une Histoire de la Grèce, d'une Histoire d'Agathocle[11], et d'Annales de l'Histoire de Samos; peut-être aussi un ouvrage sur la tragédie athénienne, d'Euripide et Sophocle[12]. Toutes quatre disparus. C'est aussi le cas, partiellement, de Les Macédoniques (Makedonika). Son principal ouvrage.

Les Macédoniques porte sur le Royaume de Macédoine, de la mort d'Amyntas III à la bataille de Couroupédion, où meurt son protecteur Lysimaque. Autrement dit, de 370 à 281 av.J.-C.[13][14]. Cet ouvrage servira à d'autres auteurs, tel Plutarque (Vie d'Eumène, Vie de Démétrios) dans les Vies Parallèles, ou Trogue-Pompée (d'après l'historien Justin, qui a écrit Abrégé des histoires philippiques de Trogue-Pompée).

Selon le philologue allemand Felix Jacoby, il reste 96 fragments de Douris de Samos[15], dont 36 sur Les Macédoniques, qui devait faire 23 livres[16].

D'après les fragments conservés, Douris montre un idéal tragique contrairement au pragmatisme de Thucydide et de l'histoire rhétorique. En effet, Douris attache beaucoup d'importance aux détails, et anecdotes, qui paraissent révéler le tempérament des grands hommes. Ce qui est proche de la pensée péripatéticienne[17]. Ce style va faire que Douris soit remit en cause: Plutarque met en doute la véracité de ses propos[18], tandis que Hiéronymos de Cardia semble avoir écrit Histoire des Successeurs d'Alexandre en réaction à l'écrit littéraire et dramatique de Douris.

Selon certain historiens modernes, Douris ne témoigne pas d'une grande considération envers les Macédoniens; il aurait opposé, par patriotisme, les vertueux Démosthène,Phocion, Eumène de Cardia; aux Diadoques excessifs et immoraux: Polyperchon est alcoolique, Démétrios montre de l'intempérance et se tourne trop vers le luxe. Pour autant Elien, qui s'inspire là de Douris, compare négativement les origines supposées modestes d'Antigone, Eumène et Polyperchon[19]. Cependant, les remarques de Douris n'atteignent pas le prestige politique de ces Rois. La Vie de Démétrios de Plutarque, inspiré de Douris, ne témoigne d'aucune hostilité envers les Antigonides. En outre, Douris parait avoir ménagé Lysimaque. Du reste, Pausanias, s'inspirera de Douris pour réfuter les accusations d'impiété formulées par Hiéronymos de Cardia contre Lysimaque; ainsi qu'il atténue la responsabilité du Roi dans le meurtre de son fils, Agathoclès[20]. Encore, Douris ne témoigne pas d'hostilité envers Cassandre, le protecteur des péripatéticiens, objet d'un traité de Théophraste [21][22].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Athenée, Deipnosophistes, 4, 1,128a ; Athenée, Deipnosophistes, 8, 18, 337d ; Plutarque (Ploutarchos), Alcibiades, 32 ; Pausanias, Description de la Grèce, 6, 13, 5-6 ; Ciceron, M.Tullius, Lettres à Atticus, 6, 1, 18 ; Didymos d’Alexandrie, Orationes (11, In epistulam Philippi), 11, 22, col. 12, 50 5.
  2. Les fragments de Douris semblent démontrer une proximité morale avec les péripatéticiens.
  3. Plutarque, Vies parallèles, Vie d'Alcibiade, 32.
  4. Athenée, Deipnosophistes, 4, 1, 128a.
  5. RB Kebric, « Une note sur Douris à Athènes », CP 69 (1974), 286-7 et Dans l'ombre de Macédoine, 5-6.
  6. Pausanias, Description de la Grèce, VI, 13, 5.
  7. Athenée, Deipnosophistes, 8, 18, 337d.
  8. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, VIII, 40.
  9. M.A. Flower, Théopompe de Chios: Histoire et rhétorique au IVe siècle av. J.-C. (Oxford, 1994).
  10. Kebric, Dans l'ombre de la Macédoine : Douris de Samos, 19-35.
  11. Pour les événements de Sicile, l’Histoire d’Agathoclès est l'une des sources de Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XIX.
  12. Athénée, Deipnosophistes, IV ; XIV.
  13. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, 15, 60, 3-6.
  14. Strabo, Géographie, 1, 3, 19.
  15. Felix Jacoby, Die Fragmente der griechischen Historiker, volumes IIA (n°76 = Douris), IIB (n°154 = Hiéronymos) et IIIb (n°328 = Philochore).
  16. Photios, Bibliotheca [Vide: Damascius, Helladius.Olympiodorus & Ptolemaeus Chennus apud Photium], 176, 121 a 41. Athenée, Deipnosophistes, 12, 66, 546cd.
  17. Aristote, Éthique, IV, 7, 1127 a : « Les paroles, les actions, la conduite révèlent l’homme ».
  18. Plutarque, Vie de Périclès, 28 ; Vie de Démosthène, 19 ; Vie d'Alcibiade, 32, Vie d'Eumène, 1.
  19. Élien, Histoires variées, XII, 43.
  20. Pausanias, VI, 9, 8 ; 10, 3.
  21. Sur la Royauté, en grec ancien Περὶ βασιλείας : Peri basileas.
  22. Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres Livre V (43).

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d'autoritéVoir et modifier les données sur Wikidata : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • WorldCat
  • (en) Robert B. Kebric :
    • « A Note on Duris in Athens », CP, no 69 (1974), p 286-287 ;
    • In the shadow of Macedon : Duris of Samos, Historia Einzelschriften, 29, 1977, 99 p. ;
  • Paul Pedech, Historiens compagnons d’Alexandre, Collection des Études Anciennes, 1984, p.255-389.
  • Franca Landucci Gattinoni, Duride di Samo, Centro ricerche e documentazione sull'Antichità Classica - Monografie n°18, 1997, 351 p. ;
  • Luc Brisson, Monique Dixsaut Platon, source des présocratiques, p.35
  • Kebric, In the L’ombre de Macédoine, 19–35; de Théopompe; G.S. Shrimpton, Théopompe l’historien (Montreal et Kingston, 1991), 127–56; M.A. Flower, Théopompe Chios: Histoire et Rhéthorique au IVème Siècle av. J-C. (Oxford, 1994), 63–97; F. Pownall, Leçons du passé: l’utilisation morale de l’histoire dans la prose du IVème Siècle (Ann Arbor, 2004), 143–75.
  • Knoepfler Denis. Trois historiens hellénistiques: Douris de Samos, Hiéronymos de Cardia, Philochore d'Athènes. Histoire et historiographie dans l'Antiquité. Actes du 11ème colloque de la Villa Kérylos à Beaulieu-sur- Mer les 13 et 14 octobre 2000. Paris: Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 2001. pp. 25-44. (Cahiers de la Villa Kérylos, 11).
  • Valérie Naas, Mathilde Simon, De Samos à Rome: personnalité et influence de Douris, Presses universitaires de Paris Ouest, 2015.
  • Préaux Jean G. Athénée de Naucratis. Les Deipnosophistes. Livres I et II. Dans la « Revue belge de philologie et d'histoire », tome 36, fasc. 3, 1958. Langues et littératures modernes — Moderne talent en letterkunden. pp. 950-951.
  • Hannick Jean-Marie. Robert B. Kebric, Dans l’ombre de la Macédoine : Douris de Samos. Dans: L'antiquité classique, Tome 48, fasc. 1, 1979. pp. 266-267.
  • Puiggali J., Plutarque, Vies, tome XIII, Démétrios-Antoine. Texte établi et traduit par R. Flacelière et Émile Chambry, 1977. (Coll. des Univ. de France, publiée sous le patronage de l'Assoc. G. Budé). Dans : « Revue des Études Anciennes ». Tome 85, 1983, n°1-2. pp. 140-141.