Double meurtre de Montigny-lès-Metz

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Double meurtre de Montigny-lès-Metz
Nature du crime
Type de crime homicide volontaire
Pays de lieu du crime Drapeau de la France France
Ville Montigny-lès-Metz
Nature de l'arme grosses pierres
Date du crime 28 septembre 1986
Nombre de victimes 2
Jugement
Statut Affaire jugée : condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Le double meurtre de Montigny-lès-Metz est une affaire criminelle concernant l'homicide, en 1986, de deux enfants à Montigny-lès-Metz, en Moselle. Patrick Dils, seize ans au moment des faits, a été condamné pour ce meurtre, puis innocenté et enfin reconnu victime d'une erreur judiciaire. Le 17 mai 2017, Francis Heaulme est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour ce meurtre[1].

Les faits[modifier | modifier le code]

Le vers 17 h, deux garçons de Montigny-lès-Metz, Cyril Beining et Alexandre Beckrich, nés en 1978, sont partis faire du vélo le long d'une voie de garage de la SNCF où stationnent quelques wagons de marchandises. Ils ont en effet l'habitude de jouer sur les talus de la rue Venizélos ou fouiller dans les bennes longeant cette voie désaffectée située à quelques centaines de mètres de leurs domiciles. À 18 h, ils ne sont toujours pas rentrés à la maison, ce qui inquiète leurs parents qui partent à leur recherche, en vain. À 19 h 10, les parents alertent les pompiers et la police.

À 19 h 30, un policier découvre leurs corps inertes, allongés sur le dos au pied d'un talus. Leurs crânes ont été fracassés à coups de pierres sur le ballast. Ils n'ont subi aucune violence sexuelle, mais le pantalon d'Alexandre est baissé à mi-cuisses et la tête de Cyril est enfoncée d'une dizaine de centimètres dans le ballast, ce qui révèle une rare sauvagerie[2].

L'enquête[modifier | modifier le code]

L'enquête dirigée par l’équipe du commissaire Bernard Varlet s'oriente autour de plusieurs suspects, dont Patrick Dils, alors apprenti cuisinier et âgé de 16 ans et dont une dénonciation anonyme téléphonique suggère de s'intéresser à sa famille qui a des soucis de voisinage avec les grands-parents d'Alexandre Beckrich. Patrick Dils, qui habite la même rue que les deux victimes, est mis en garde à vue le , la veille des obsèques des enfants. Dils n'a aucun mobile et dispose d'un alibi solide : le jour du crime, séjournant avec ses proches dans la maison de campagne de la famille à Dainville, ils sont revenus à Montigny-lès-Metz à 18h45, soit trois quarts d'heures après l'heure du crime déterminée par le légiste, aussi est-il relâché[3]. Il est réentendu le 17 décembre, sans plus de succès. Dans une émotion populaire grandissante, les enquêteurs poursuivent leurs investigations. 500 personnes sont interrogées. Deux suspects (deux manutentionnaires Claude Grabot et Henri Leclaire) avouent les faits en garde à vue, avant de se rétracter. Jugés comme des affabulateurs, les enquêteurs rejettent leurs témoignages et les relâchent[4].

Patrick Dils[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Patrick Dils.

Sept mois plus tard, alors que l’enquête piétine, Dils est à nouveau interrogé sur la foi du témoignage d'un couple résidant à 200 mètres du crime et qui affirme avoir entendu des pleurs d’enfants vers 18h55 et avoir vu Patrick Dils près de la voie désaffectée. Après 48 heures de garde à vue, il reconnaît le crime et est inculpé d'homicides volontaires pour cette affaire le et écroué. Il admet à nouveau les faits au cours d'une reconstitution le . Le 30 mai, il raconte à son avocat Me Bertrand Becker qu'il a avoué sous pression policière. Il se rétracte dans une lettre envoyée au juge d'instruction Mireille-Agnès Maubert, propos qu'il confirme devant le juge le 17 juillet. Le , la cour d'assises des mineurs de la Moselle condamne à la réclusion criminelle à perpétuité pour meurtre ce jeune homme désormais âgé d'un peu plus de 18 ans, un peu gauche et qui, selon les psychiatres, aurait huit ans d'âge mental. Fait rarissime, la cour lui refuse l'excuse de minorité, souvent accordée aux jeunes criminels, ce qui fait de lui le plus jeune condamné de l'Union Européenne à subir cette peine, la plus lourde depuis l'abolition de la peine de mort[5].

Son avocat demande la révision de son procès, dénonçant les incohérences du dossier (alibi solide des horaires, absence de mobile). À deux reprises, la commission de révision des condamnations pénales de la Cour de Cassation la refuse. En 1994, une demande de grâce présidentielle est rejetée. En 1998, son avocat dépose une nouvelle requête en révision après avoir appris que le tueur en série Francis Heaulme travaillait près des lieux du crime au moment des faits, ce qui constitue un « fait nouveau de nature à faire naître un doute sur la culpabilité du condamné »[6]. En 1999, la commission accepte de soumettre le dossier à la chambre criminelle de la Cour de Cassation (statuant comme cour de révision) qui ordonne un supplément d'instruction le 28 juin 2000. Le , la Cour de révision des condamnations pénales annule la condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité de Patrick Dils mais refuse de le remettre en liberté en attendant un nouveau jugement devant la cour d'assises pour mineurs de la Marne, bien qu'il soit désormais âgé de 31 ans. Le s'ouvre un nouveau procès à huis clos devant la cour d'assises des mineurs de Reims. Dils raconte notamment son calvaire de détenu à la prison de Toul, les viols dont il aurait été victime, les sévices et les brimades que l'on fait subir aux accusés d'infanticide[7]. Le 29 juin, bien que l'avocat général ait requis l'acquittement, il est reconnu coupable et sa condamnation à la prison à perpétuité devient une peine de 25 ans de réclusion criminelle.

En appel devant la cour d'assises des mineurs du Rhône à Lyon, le procès en séance publique s'ouvre le . Dils explique pourquoi il a réitéré ses aveux concordants avec des éléments matériels à six reprises avant de se rétracter définitivement, précisant qu'il a subi des pressions psychologiques lors des interrogatoires précédant les aveux extorqués à un jeune homme influençable. La gendarmerie produit des preuves démontrant que Patrick Dils n'a pas eu le temps de commettre ce crime : les enfants sont morts vers 17 h alors que Patrick Dils n'est rentré chez lui que vers 18 h 45. Le , son innocence est reconnue et il est libéré ; il aura passé quinze ans en prison. À la faveur d'une requête en révision, Patrick Dils sera définitivement blanchi pour cette affaire.

Le procès de Francis Heaulme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Francis Heaulme.

Tueur en série, Francis Heaulme travaillait depuis trois jours comme manœuvre pour l'entreprise CTBE Lorraine[8], une entreprise située à 400 m des lieux du crime au moment des faits. C'est le gendarme Abgrall qui fait le rapprochement entre lui et l'affaire de Montigny, Francis Heaulme lui ayant décrit les lieux et les actes, après la première condamnation de Patrick Dils.

Le , 28 ans après les faits, s'ouvre un nouveau procès de l'affaire en assises, avec Francis Heaulme seul sur le banc des accusés, qui se dit innocent.

Au premier jour, Henri Leclaire, un temps soupçonné avant d'être laissé libre par les enquêteurs, est placé sur la scène du crime par de nouveaux témoins[9]. Heaulme lui-même l'accuse : « J’ai vu Henri Leclaire qui descendait du talus. Il avait du sang sur le T-shirt, le pantalon »[10]. Les déclarations contradictoires de Leclaire à la barre du tribunal, au lendemain de l'ouverture du procès, mènent à un report du procès[11].

Francis Heaulme est jugé du 25 avril au , par la cour d'assises de la Moselle[12], pour le double meurtre des deux enfants à Montigny-lès-Metz en 1986[13],[14]. Au deuxième jour du procès, le [15], la cour entend Patrick Dils[16] qui témoigne durant plus de deux heures trente[17] par visiophonie[18],[19]. L’un des trois avocats de Francis Heaulme lui demande de revenir témoigner physiquement devant la cour et non plus seulement par visiophonie « C'est quand même vos aveux qui ont mis les parties civiles dans cette situation, vous ne pensez pas que vous devez des explications aux familles ? »[20],[21].

Le la cour d'assises de Metz le condamne à la réclusion criminelle à perpétuité pour les meurtres de Cyril Beining et Alexandre Beckrich le à Montigny-lès-Metz[22],[23]. Francis Heaulme, détenu depuis vingt-cinq ans et déjà sous le coup d’une double peine de réclusion criminelle à perpétuité, est condamné à passer le reste de ses jours en prison. Au lendemain du verdict son avocate Me Liliane Glock annonce avoir déposé la demande d’appel de sa condamnation, un nouveau procès aura donc lieu[24].

Henri Leclaire[modifier | modifier le code]

Durant la première enquête, Henri Leclaire, un manutentionnaire des établissements Le Lorrain, une imprimerie située juste en face des lieux du crime, qui était chargé de surveiller les bennes[25] dans lesquelles sont jetés les papiers recyclés, avait avoué les faits le 10 décembre 1986 avant de se rétracter[26].

À la suite des révélations du procès de mars 2014, il est mis en examen le 5 août 2014[27] et placé sous contrôle judiciaire. En mars 2015, une requête en annulation de sa mise en examen a été rejetée[28]. Il a été mis hors de cause le par la chambre de l’instruction qui lui accorde un non-lieu, validé par la cours de cassation le [29].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/05/17/01016-20170517ARTFIG00437-francis-heaulme-condamne-a-la-reclusion-criminelle-a-perpetuite.php
  2. Emmanuel Pierrat, Les grandes énigmes de la justice, Éditions First, (ISBN 978-2754007054), p. 175
  3. Plus précisément, le médecin légiste, le docteur Marc-Antoine Leupold qui arrive sur les lieux pour les premières constatations, a un thermomètre en mauvais état de fonctionnement, ce qui donne une fourchette de trois heures (entre 17 et 20 heures) pour déterminer l'heure de la mort, avec une plus forte probabilité entre 17 et 18 heures. Source : Gilles Gaetner, « Les énigmes de l'affaire Dils », sur lexpress.fr, .
  4. Solène Haddad, 50 affaires criminelles qui ont marqué la France, City Édition, , p. 121
  5. Lucie JouvetAlain Minc, Socio-anthropologie de l'erreur judiciaire, Harmattan, , p. 21
  6. Code de procédure pénale - Article 622
  7. Emmanuel Pierrat, op. cit., p. 177
  8. https://www.20minutes.fr/societe/2058979-20170428-francis-heaulme-manuvre-quelques-jours-avant-double-meurtre-montigny-metz
  9. Meurtres de Montigny : « Je l'ai vu descendre du talus » dit Heaulme, « J'étais pas là » répond Leclaire sur lci.fr
  10. Tweet de Charlotte Piret depuis l'audience, journaliste à France Inter
  11. Francis Heaulme. Montigny devient-elle l'affaire d'Henri Leclaire ? sur ouest-france.fr
  12. https://www.20minutes.fr/societe/2057591-20170426-double-meurtre-montigny-metz-quand-patrick-dils-retrouve-nouveau-accuse
  13. http://loractu.fr/metz/15930-double-meurtre-de-montigny-les-metz-patrick-dils-innocente-revit-un-nouveau-proces.html
  14. http://www.la-croix.com/France/Justice/Au-proces-Francis-Heaulme-lombre-Patrick-Dils-2017-04-26-1200842680
  15. http://www.lepoint.fr/societe/double-meurtre-de-montigny-les-metz-je-suis-pas-monte-sur-le-talus-26-04-2017-2122726_23.php
  16. https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/patrick-dils-aux-assises-de-la-moselle-est-en-train-de-faire-mon-proces-ou-celui-de-francis-heaulme-1493221189
  17. http://www.lci.fr/justice/proces-heaulme-quinze-apres-son-acquittement-patrick-dils-de-nouveau-accuse-2050113.html
  18. http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/04/26/01016-20170426ARTFIG00357-les-avocats-de-francis-heaulme-tentent-de-salir-patrick-dils-pour-sauver-leur-client.php
  19. http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/2017/04/26/quand-le-proces-de-francis-heaulme-redevient-celui-de-patrick-dils/
  20. http://tempsreel.nouvelobs.com/justice/20170426.OBS8612/proces-de-francis-heaulme-patrick-dils-de-nouveau-cuisine.html
  21. http://www.europe1.fr/societe/montigny-les-metz-quinze-ans-apres-son-acquittement-dils-sous-le-feu-des-questions-3312413
  22. https://www.20minutes.fr/societe/2070791-20170518-impossible-epilogue-double-meurtre-montigny-metz
  23. http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/2017/05/18/francis-heaulme-reconnu-coupable-du-double-meurtre-de-montigny-les-metz/
  24. https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/05/18/double-meurtre-de-montigny-les-metz-francis-heaulme-fait-appel-de-sa-condamnation_5129919_1653578.html
  25. Il devait les garder propres ; aussi les enfants qui jouaient avec les papiers de ces bennes lui causaient des tracas.
  26. Montigny-lès-Metz : Henri Leclaire, le troisième homme, mis en examen pour meurtre sur 20minutes.fr
  27. Double meurtre de Montigny-lès-Metz : Henri Leclaire face à ses contradictions sur lexpress.fr
  28. Double meurtre de Montigny-lès-Metz : Henri Leclaire reste mis en examen
  29. « Montigny-lès-Metz : Henri Leclaire mis hors de cause, Francis Heaulme bientôt jugé », Libération.fr,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]