Gaetano Donizetti
| Nom de naissance | Domenico Gaetano Maria Donizetti |
|---|---|
| Naissance |
Bergame (Lombardie) |
| Décès |
(à 50 ans) Bergame (Lombardie-Vénétie) |
| Activité principale | Compositeur |
| Style | Musique romantique |
| Lieux d'activité | Naples, Paris, Vienne |
| Années d'activité | 1816 - 1845 |
| Maîtres | Simon Mayr, Stanislao Mattei |
Œuvres principales
- Anna Bolena (1830)
- L'elisir d'amore (1832)
- Lucrezia Borgia (1833)
- Lucia di Lammermoor (1835)
- Maria Stuarda (1835)
- Roberto Devereux (1837)
- La Fille du régiment (1840)
- La Favorite (1840)
- Don Pasquale (1843)
Gaetano Donizetti, né le à Bergame et mort le dans la même ville, est un compositeur italien. Avec Gioachino Rossini et Vincenzo Bellini, il fait partie des trois grands compositeurs d'opéra de l'ère du bel canto italien et marque la naissance de la musique romantique italienne.
Compositeur prolifique, son répertoire comprend un grand nombre de genres, dont de la musique religieuse, des pièces pour quatuor à cordes et des œuvres orchestrales, mais il est surtout célèbre pour ses opéras, particulièrement Anna Bolena (1830), L'elisir d'amore (1832), Lucrezia Borgia (1833), Lucia di Lammermoor (1835), Maria Stuarda (1835), Roberto Devereux (1837), La Fille du régiment (1840), La Favorite (1840) et Don Pasquale (1843).
Cinquième enfant d'une famille pauvre, il est d'abord l'élève de Simon Mayr, puis se rend à Bologne pour étudier auprès du père Stanislao Mattei. Il compose son premier opéra, Il Pigmalione, en 1816, mais Enrico di Borgogna, composé en 1818, est le premier à être créé. Après une alternance de succès et d'échecs, il signe en 1827 un contrat avec Domenico Barbaja, l'impresario des théâtres napolitains, et s'installe dans cette ville. Il y rencontre Vincenzo Bellini, dont il devient le rival sur la scène à partir du succès d'Anna Bolena. Après la retraite de Rossini (1829) et la mort prématurée de Bellini (1835), Donizetti devient le maître incontesté de l'opéra italien, fait entériné par le triomphe de Lucia di Lammermoor. Après avoir échoué à obtenir le poste de directeur du conservatoire de Naples et suite à l'interdiction de son opéra Poliuto par la censure en 1838, il se désillusionne de la vie napolitaine et part pour Paris, où il compose notamment l'opéra-comique La Fille du régiment, le grand opéra La Favorite, et l'opéra bouffe Don Pasquale. Il effectue plusieurs voyages, notamment à Vienne, où, en 1842, il dirige Linda di Chamounix avec un tel succès que l'empereur le nomme chef d'orchestre de la cour. En 1845, la syphilis dont il souffre depuis de nombreuses années atteint son dernier stade. En 1846, il est interné dans un sanatorium près de Paris, d'où ses proches ne peuvent le ramener à Bergame qu'après de longues procédures. Il meurt dans sa ville natale le .
L'importance majeure de Donizetti dans l'histoire de la musique réside dans le fait qu'il est le dernier à insuffler une nouvelle vie au style lyrique de l'école napolitaine, alors déjà en déclin, en lui donnant un aspect romantique. Parmi ses nombreux opéras, ceux composés à partir de 1830 sont les plus joués au répertoire. L'elisir d'amore et Don Pasquale demeurent des pièces populaires sur les scènes lyriques, tout comme plusieurs de ses opéras dramatiques. Dans ces derniers, il aime inclure des scènes de folie où il offre aux interprètes de nombreuses occasions de briller par leur talent vocal. Il s'efforce à plusieurs reprises d'estomper la frontière entre l'opera seria et l'opéra bouffe : il donne souvent un aspect romantique à des situations apparemment comiques, développant ainsi le genre de l'opera semiseria. Cela marque une rupture significative avec l'art de Rossini et annonce l'œuvre de Giuseppe Verdi. Après une période d'oubli à partir de la fin du XIXe siècle, son œuvre est redécouverte à partir de la fin des années 1950.
Biographie
[modifier | modifier le code]Enfance et famille
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Domenico Gaetano Maria Donizetti naît le à Bergame, dans le sous-sol de l'immeuble situé au numéro 10 de Borgo Canale[note 1]. L'appartement exigu et sombre témoigne de la grande pauvreté dans laquelle l'enfant grandit[1].
Son père, Andrea, épouse Domenica Nava en 1786. Ils emménagent dans cet appartement la même année, et leurs six enfants y naissent. L'aîné, Giuseppe ( – ), devient musicien militaire, puis directeur musical de l'armée ottomane. On sait peu de choses sur la deuxième enfant, Rosalinda ( – ), probablement morte d'une attaque cérébrale. Le troisième enfant, Francesco ( – ), joue dans l'orchestre municipal de Bergame et, après la mort de son père, reprend son emploi de portier. La quatrième enfant, Maria Antonia ( – ), meurt de la tuberculose. Le cinquième enfant est Gaetano, suivi de Maria Rachele, née en mais morte un mois plus tard[1].
Le jeune Gaetano, que son père destine à la carrière d'avocat, reçoit ses premières leçons de musique de son oncle Corini[2]. En 1808, Andrea devient portier au mont-de-piété local, ce qui améliore quelque peu la situation financière familiale et leur permet de s'installer dans le spacieux appartement situé au-dessus du magasin[3].
Études avec Simon Mayr
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Les premières expériences musicales du jeune Gaetano ont lieu au sein de la chorale de l'église Santa Maria Maggiore, dirigée par Simon Mayr. Grâce à Mayr, l'enseignement musical, interrompu par l'abolition des ordres monastiques lorsque la Lombardie est occupée par Napoléon Bonaparte, est rétabli à Bergame. L'intervention de Mayr mène à la création de l'institut de musique Lezioni Caritatevoli, dont la vocation première est de former des musiciens et des chanteurs pour les institutions ecclésiastiques locales. La première promotion est celle de , et Gaetano figure parmi les enfants sélectionnés[4].
Mayr initie le jeune Donizetti aux œuvres de Haydn, Mozart, Antoine Reicha et Beethoven. L'école exige des élèves qu'ils maîtrisent au moins un instrument, et de bonnes aptitudes vocales sont également requises. Donizetti joue très bien du clavecin, mais il a de sérieuses difficultés avec le chant, et ce n'est que grâce à l'intervention de Mayr qu'il conserve sa place à l'institut. Mayr reconnaît chez son jeune élève un excellent sens de la composition et musical[5]. En 1814, ses frasques d'adolescent mettent à nouveau ses études en péril. Il est régulièrement porté absent et son intérêt croissant pour les filles déplait à ses professeurs. Une fois encore, l'intervention de Mayr est nécessaire pour éviter son renvoi[6].
Études à Bologne
[modifier | modifier le code]Après avoir transmis tout son savoir au jeune Donizetti, Mayr l'envoie à Bologne étudier le contrepoint et la fugue auprès du père Stanislao Mattei, qui a notamment enseigné à Gioachino Rossini. Il reçoit le soutien financier de la Congregazione di Carità de Bergame, et Mayr contribue lui-même de manière significative à son voyage. Le jeune homme part pour Bologne, au Liceo Musicale, en [7].
Le père Mattei est un homme extrêmement réservé, communiquant même ses commentaires à ses étudiants par écrit. C'est probablement la raison pour laquelle Donizetti ne développe pas avec lui une relation aussi étroite qu'avec Mayr. L'étudiant ne mentionne son professeur dans aucune de ses lettres[8]. Donizetti commence à composer pendant ses études, et écrit son premier opéra, Il Pigmalione. L'œuvre en un acte est composée entre le et le mais n'est pas jouée de son vivant[9].
On sait peu de choses de la composition de ses deux œuvres scéniques suivantes. Il compose L'Olimpiade en 1817, mais seul un duo subsiste. Le premier acte de son opéra L'ira di Achille nous est parvenu, ainsi qu'un duo tiré de la cinquième scène du deuxième acte. Ces deux œuvres sont jouées à l'école à l'automne 1817. Parallèlement, il explore d'autres genres que l'opéra. La plus importante de ses œuvres orchestrales de cette période est la Sinfonia concertata, créée le [10]. Il compose aussi des quatuors à cordes et des œuvres pour piano[11].
Au cours du second semestre 1817, des familles nobles d'Ancône le contactent et lui proposent le poste de maître de musique de la ville. Donizetti décline l'offre, ne souhaitant pas s'engager pendant la période du carnaval, cruciale pour les compositeurs car les théâtres passent alors de nombreuses commandes. En , il retourne à Bergame, où il rencontre la soprano Giuseppina Ronzi de Begnis, qui lui promet de lui obtenir un contrat d'opéra. Donizetti suit Ronzi et son mari à Vérone, mais le contrat espéré ne se concrétise pas[12].
Premières commandes
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En , par l'intermédiaire de Mayr, Donizetti reçoit enfin sa première commande théâtrale, de l'impresario sicilien Paolo Zancla pour le Teatro San Luca de Venise[13]. La correspondance entre Zancla et le librettiste Bartolomeo Merelli indiquent une commande pour un opéra en deux actes. Merelli est également originaire de Bergame et a la réputation peu flatteuse d'être un librettiste très peu fiable. Il travaille avec Donizetti de 1818 à 1821[14].
La première d'Enrico di Borgogna a lieu le . Le succès de cette première est assombri par l'évanouissement à cause du trac d'Adelina Catalani, qui interprète le rôle d'Elena et fait ses débuts sur scène[15]. Ce modeste succès vaut à Donizetti l'obtention d'une nouvelle commande. Le livret de la farce en un acte Una follia est également écrit par Merelli. Donizetti termine la musique en moins d'un mois[16]. La première a lieu le , l'œuvre n'étant par la suite plus jamais jouée[17]. Zancla et sa troupe se rendent ensuite à Mantoue, tandis que Donizetti retourne à Bergame, où il tente, sans succès, de monter Enrico di Borgogna au Teatro della Società[18].
Tentatives à Venise et à Mantoue
[modifier | modifier le code]Jusqu'au premier semestre 1819, Donizetti se consacre principalement à la composition de musique religieuse, mais il écrit également des chansons d'amour pour une certaine Giuditta Paganini. Par ailleurs, il ne renonce pas à composer des œuvres scéniques : durant l'été, il écrit en partie son opéra bouffe Le nozze in villa, sur un livret de Merelli[18]. Mayr en intègre plus tard des fragments dans son pastiche I piccioli virtuosi ambulanti, qu'il joue avec ses élèves. Bien que I piccioli virtuosi ambulanti figure dans le catalogue des œuvres de Donizetti, seules une aria et une scène chorale sont du compositeur[19].
À la fin de 1819, Donizetti termine son opéra suivant, Il falegname di Livonia, dont la première a lieu le au Teatro San Samuele de Venise. Le livret est signé du marquis Gherardo Bevilacqua-Aldobrandini. Cet opéra bouffe en deux actes, l'œuvre la plus complexe de Donizetti à ce jour, ne connaît pas un grand succès, mais est néanmoins joué à Bologne, Vérone, Padoue et Spolète les années suivantes[20].
Le nozze in villa est représenté au Teatro Vecchio de Mantoue pendant la période du carnaval 1820-1821. L'autobiographie de Merelli révèle que la représentation est un échec cuisant, les chanteurs étant mécontents des airs qui leur ont été attribués. Malgré cet échec, l'opéra est également joué à Gênes en 1822. Donizetti réexamine ses œuvres et en conclut qu'il ne pourra devenir un compositeur reconnu qu'en adoptant, sans pour autant le copier, le style de Rossini. Son opéra suivant est composé sous cette influence[21]. Les partitions originales d'Enrico di Borgogna, Una follia et Le nozze in villa sont perdues. Selon l'autobiographie de Merelli, Zancla les a emportées avec lui en Sicile, où elles ont disparu[22].
Séjour à Rome
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L'une des plus grandes préoccupations de Donizetti en 1820 est sa conscription. Contrairement à ses frères, il parvient à obtenir une exemption grâce à l'intervention de Marianna Pezzoli-Grattaroli, mécène de jeunes compositeurs qui verse une compensation financière à l'armée pour que Donizetti soit exempté[23]. Donizetti entre en contact avec Giovanni Paterni, l'impresario du Teatro Argentina de Rome, qui lui propose un contrat pour écrire un opéra. Il choisit de nouveau Merelli pour écrire le livret. Donizetti part pour Rome le avec la partition achevée. Il emporte avec lui une lettre de recommandation élogieuse de Mayr pour Jacopo Ferretti, le célèbre librettiste romain[24].
Le salon de Ferretti est l'un des lieux de rencontre les plus importants pour les écrivains et musiciens romains. Le Teatro Argentina y présente sa nouvelle œuvre, Zoraida di Granata, un opera seria en deux actes. Un ténor choisi pour y jouer un rôle important se force tellement les cordes vocales lors d'une autre représentation qu'un vaisseau sanguin de son cou éclate, entraînant sa mort. Donizetti est contraint de réécrire le rôle à la dernière minute pour une contralto. Malgré cela, la première, le , est un grand succès, et les journaux romains parlent du « nouvel espoir » de l'opéra italien[25]. Il se lie d'amitié avec Antonio Vasselli, et rencontre sa sœur Virginia, sa future épouse, alors âgée de seulement treize ans[26].
Introduction à Naples et à Milan
[modifier | modifier le code]Après le retrait de Zoraida di Granata du programme, Donizetti se rend à Naples fin février, où l'impresario Domenico Barbaja l'engage pour composer de nouveaux opéras et préparer la mise en scène d'œuvres d'autres compositeurs. Il met d'abord en scène un opéra de Michele Carafa. Parallèlement, il travaille déjà à ses propres compositions, mais il écrit d'abord une cantate pour la naissance de la princesse Marie-Caroline[27].
Le , son nouvel opéra, La zingara, est créé au Teatro Nuovo et reçoit un accueil favorable malgré le livret médiocre d'Andrea Leone Tottola[28]. C'est le premier opéra du compositeur à être joué, dès 1823 en Allemagne, en dehors de l'Italie[29]. Dès le , il présente un nouvel opéra, La lettera anonima, cette fois au Teatro del Fondo. La première de l'œuvre, sur un livret peu inspiré de Giulio Genoino, ne rencontre pas le succès escompté, notamment parce que le rôle principal est confié à une chanteuse débutante. Après le remplacement de cette dernière, l'opéra est joué avec succès vingt fois de plus[30]. C'est à cette période que Donizetti rencontre pour la première fois Vincenzo Bellini, alors âgé de 21 ans et impressionné par La zingara[31].
Fin juillet ou début août, il se rend à Milan où, avec le librettiste Felice Romani, il signe un contrat avec la Scala pour un nouvel opéra. Romani rend le livret de Donizetti en retard, ne laissant au compositeur que quinze jours pour le mettre en musique. La première de Chiara e Serafina a lieu le . C'est un échec, principalement dû à la faiblesse du livret, mais aussi au caractère répétitif de l'œuvre[32].

Après un bref détour par Bergame, il retourne à Rome, où Ferretti révise le livret de Zoraida di Granata, et y est fait chevalier de l'Éperon d'or par le pape Pie VII[33]. Il revient à Naples fin , où il reçoit plusieurs commandes. Il compose également une cantate, Aristea, pour le Teatro San Carlo, sur un poème de Giovanni Schmidt. La première a lieu le [34].
Son premier opéra pour le Teatro San Carlo, Alfredo il grande, est créé le . C'est un échec, et il n'y a qu'une seule représentation[33]. Il compose également un autre opéra en 1823, Il fortunato inganno, créé le au Teatro Nuovo. Ce dernier ne connaît pas non plus le succès et est retiré de l'affiche après trois représentations[35].
En , il retourne à Rome, où les théâtres sont fermés suite à la mort du pape. Durant cette période, il termine sa révision de Zoraida di Granata. Cette nouvelle version est créée au Teatro Argentina le . Elle connaît un succès moindre que la précédente, mais est bien accueillie par la critique[36].
Peu après, une autre représentation a lieu : L'ajo nell'imbarazzo, également sur un livret de Ferretti qui est considéré comme l'un des meilleurs du poète[37]. Cet opéra bouffe en deux actes est présenté le au Teatro alla Valle et remporte un vif succès, le plus important de Donizetti à ce jour[38]. Fort de ce succès, Donizetti reçoit de nouvelles commandes de Naples : il doit remanier L'ajo nell'imbarazzo pour le Teatro Nuovo et composer une nouvelle œuvre. Cependant, la première de la version révisée, rebaptisée Don Gregorio, est reportée. Son nouvel opéra, Emilia di Liverpool, est présenté le . Cet opéra porte les prémices de l'art lyrique romantique naissant de Donizetti. Il ne connaît pas un grand succès et est retiré du programme après seulement sept représentations[39].
Séjour à Palerme
[modifier | modifier le code]1825 étant une Année sainte, les théâtres romains sont fermés. À Naples, les théâtres ferment également leurs portes en début d'année suite à la mort du roi Ferdinand Ier, laissant Donizetti sans travail, car il ne peut espérer aucune commande de Milan après l'échec de Chiara e Serafina. Sa situation se stabilise lorsqu'il est engagé comme chef d'orchestre par le Teatro Carolino de Palerme. L'une des conditions de son contrat d'un an est la préparation des spectacles de la saison. Cette tâche s'avère difficile en raison de la faiblesse des chanteurs, et sa situation est également compliquée par l'impossibilité de constituer une compagnie de ballet convenable, les meilleurs danseurs étant employés en permanence par le San Carlo de Naples. Le , il présente avec succès L'ajo nell'imbarazzo[40].
En , il commence les préparatifs d'un autre opéra, Alahor in Granata, sur un livret d'Andrea Monteleone. La première a lieu le . Alahor in Granata est bien accueilli par la critique, qui souligne que l'œuvre se situe entre le renouveau et le respect des formes classiques. La partition originale est perdue ; la copie d'Andrea Monteleone est découverte à Boston en 1970[41]. Donizetti quitte la capitale sicilienne le [42].
Retour à Naples
[modifier | modifier le code]Son année à Palerme est le point le plus bas de sa carrière de compositeur d'opéra[42]. Le compositeur passe les six mois suivants à Naples, sans commande prévue jusqu'en juin[43]. Sa frustration est quelque peu apaisée lorsque l'association musicale de sa ville natale, Bergame, organise un concert en son honneur. À Naples, il assiste au premier grand succès de Bellini, Bianca e Fernando. Don Gregorio est finalement présenté avec un immense succès au Teatro Nuovo le [44].
Dans les semaines qui suivent la première, il prépare la première d'Alahor in Granata au San Carlo, mais celle-ci est reportée. Entretemps, il compose un nouvel opéra en l'honneur de Marie-Caroline d'Autriche. Elvida, en un acte, est créé le . Il est reçu avec enthousiasme lors du gala royal, mais est rapidement retiré du programme, principalement en raison de sa musique médiocre, que Donizetti tente de masquer par des airs trop ornementés. Alahor est créé le , mais comme les thèmes des deux opéras sont presque identiques, cette œuvre ne rencontre pas non plus un grand succès auprès du public[45].
Malgré ces revers, il continue de se consacrer entièrement à la composition. Cette fois, il reprend un livret antérieur d'Andrea Leone Tottola, Gabriella di Vergy. C'est la première œuvre dans laquelle il tente clairement de rompre avec les traditions de l'opéra italien et de s'aventurer dans le monde du mélodrame romantique. Cependant, la censure napolitaine n'apprécie pas cet opera seria et interdit donc sa représentation. Il n'est joué pour la première fois, dans une version très remaniée, qu'en 1869[46].
Mariage et contrat à Naples
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Après un été de travail intense, Donizetti doit être alité. Fin août, il se rend à Rome où il signe un contrat avec l'impresario Aniceto Pistoni pour un opera buffa destiné au Teatro alla Valle. Olivo e Pasquale est créé le mais son succès est modeste. Le compositeur passe la majeure partie de son séjour romain avec Virginia Vasselli, désormais âgée de 18 ans. On ignore la date exacte de sa demande en mariage, mais c'est probablement à cette époque, car il correspond déjà avec Antonio Vasselli au sujet de la dot en [47].
À la mi-janvier, il retourne à Naples où il signe un nouveau contrat avec Barbaja qui l'engage à écrire douze opéras en trois ans[48]. Sa nouvelle œuvre, Otto mesi in due ore, est créée au Teatro Nuovo le . Malgré son intrigue naïve, l'œuvre connaît un vif succès grâce à ses décors modernes et à sa machinerie scénique qui émerveillent le public. Cela témoigne également d'une bien meilleure compréhension de la mise en scène que celle de ses contemporains. Le livret est écrit par Domenico Gilardoni, avec lequel il collaborera sur dix autres opéras[49].
Il consacre une grande partie de son temps aux préparatifs du mariage. Il entretient une correspondance abondante avec son père, qui s'oppose d'abord à cette union, mais finit par accepter la décision de son fils. Donizetti ne présente pas sa femme à sa famille après la cérémonie, probablement parce qu'il a honte de lui montrer les conditions de vie précaires dans lesquelles il a grandi. Son père, quant à lui, craint de ne plus trouver aucune aide financière, car son principal soutien de famille, son fils Giuseppe, s'est installé en Sardaigne puis à Constantinople, et son autre frère est sans emploi et vit chez ses parents[50].
S'acquittant de ses obligations à Naples, Donizetti met en scène sa nouvelle œuvre, Il borgomastro di Saardam, au Teatro del Fondo le . Le public accueille favorablement l'œuvre à Naples mais c'est un échec à Milan quelques mois plus tard. Bellini juge l'œuvre trop démodée, lui-même étant déjà parvenu à dépasser les traditions de l'opéra bouffe napolitain en s'inspirant de la musique romantique avec son opéra Il pirata[51]. Donizetti se met alors à travailler sur une autre farce en un acte, Le convenienze teatrali, créée au Teatro Nuovo le . L'œuvre connaît un vif succès, démontrant une nouvelle fois l'affinité du compositeur avec le genre comique[52].

Un mois et demi plus tard, le , Donizetti présente au San Carlo sa nouvelle œuvre, L'esule di Roma, mélodrame en deux actes se déroulant dans l'Antiquité romaine. C'est un succès qui dépasse tous les précédents, Rossini déclarant que cette œuvre à elle seule suffit à asseoir la réputation d'un compositeur[53]. Cet opéra est le premier à rompre avec les traditions musicales de Rossini et Mayr, et établit le propre style de Donizetti. Barbaja lui renouvelle alors son contrat et lui commande deux nouveaux opéras, cette fois pour une somme considérablement plus élevée[54].
En , il est invité à Gênes, où Alina, regina di Golconda est représentée pour marquer l'ouverture du nouvel opéra, le Teatro Carlo Felice. Felice Romani tarde à remettre le livret, laissant peu de temps à Donizetti pour composer. Le concert de gala inaugural, le , présente la première d'un hymne que Donizetti a composé en l'honneur de la Maison de Savoie. La première de l'opéra, le , est mitigée, principalement en raison de l'indisposition des interprètes principaux[55].
Donizetti se rend ensuite à Rome, où il épouse Virginia Vasselli le . Quelques jours après les noces, ils partent pour Naples, où il commence à travailler sur son prochain opéra, Gianni di Calais. L'œuvre est créée avec succès au Teatro del Fondo le . À l'automne 1828, Barbaja propose au compositeur le poste de directeur musical des théâtres royaux de Naples, vacant depuis le départ de Rossini. Il accepte le poste début 1829 et l'occupe jusqu'à son départ de la ville en 1838[56]. Son œuvre suivante, l'opera seria Il paria, est créée au San Carlo le . L'œuvre est retirée du programme après seulement six représentations, bien que le compositeur ait utilisé sa musique dans des œuvres ultérieures[57].
Son opéra suivant, Il giovedì grasso, est créé au Teatro del Fondo le , n'obtenant qu'un succès modeste. Le livret de Gilardoni présente la particularité de contenir des récitatifs écrits en dialecte napolitain[58]. L'écriture de son prochain opéra est entravée par son état de santé fragile au printemps 1829. Il ne se rétablit qu'au début du mois de mai, et la représentation prévue le doit être reportée au . La première d'Elisabetta al castello di Kenilworth est un échec qui est extrêmement pénible pour le compositeur, la représentation ayant lieu pour l'anniversaire de la reine Marie-Isabelle[59]. Les représentations suivantes sont néanmoins beaucoup mieux accueillies[60].
Donizetti et sa femme se rendent à Rome, où leur premier enfant, Filippo Francesco Achille Cristino, naît le . L'enfant meurt treize jours plus tard. Le compositeur, anéanti, demande alors une prolongation de son congé. Il retourne à Naples en octobre, où il commence à étudier les œuvres de Lord Byron et à concevoir son nouvel opéra, Il diluvio universale. Il décrit l'œuvre comme un drame sacré, semblable à Mosè in Egitto de Rossini, créé en 1818, également au San Carlo. La première, le , ne se déroule cependant pas comme prévu : les chanteurs sont médiocres et le public trouve la scène finale, celle du déluge, ridicule et la hue. En revanche, sa farce I pazzi per progetto est présentée au San Carlo le avec un grand succès[61].
En mai, il commence la composition d'Imelda de' Lambertazzi, mais une rechute de sa maladie le contraint à nouveau à rester alité. Il souffre alors déjà des premières atteintes de la syphilis. L'opéra est créé tardivement au San Carlo le , la première étant un nouvel échec[62]. L'œuvre est cependant notable car Donizetti, pour la première fois, y fait mourir l'héroïne sur scène[63].
Anna Bolena et L'elisir d'amore
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Donizetti signe un contrat pour un opéra avec le Teatro Carcano de Milan. Felice Romani est chargé d'écrire le livret et promet de le terminer fin septembre. Donizetti quitte Naples début septembre, passe quelques semaines à Rome, puis arrive à Milan le . Il fait également un court séjour dans sa ville natale de Bergame, où il n'est pas retourné depuis neuf ans. Romani, de nouveau en retard, ne termine le livret que le . Donizetti se retire à Côme pour composer dans la villa de la célèbre soprano Giuditta Pasta, qui participe activement à l'élaboration de l'œuvre afin que le rôle principal convienne parfaitement à sa voix. La partition est prête début décembre[64]. La première d'Anna Bolena le connaît un immense succès, grâce notamment à l'excellente musique et au talent des chanteurs, en particulier celui de Pasta. Rossini ayant pris sa retraite en 1829, les critiques musicaux sont désormais divisés par la rivalité croissante entre Donizetti et Bellini, et bien qu'Anna Bolena ait connu plus de succès que I Capuleti e i Montecchi, Bellini parvient à le surpasser avec La sonnambula, dont le succès est également largement dû à Giuditta Pasta[65]. Anna Bolena marque un tournant dans la carrière de Donizetti : les portes des opéras étrangers s'ouvrent à lui, son nom devenant connu dans toute l'Europe[66]. C'est la première de ses œuvres à être jouée à la fois à Paris et à Londres. Cet opéra inaugure une nouvelle ère dans l'art de Donizetti ; il s'engage sur la voie de la musique romantique où une héroïne innocente connaît un sort tragique[67].
Avant de quitter Milan, il compose une cantate pour le mariage de l'archiduc Ferdinand et de Marie-Anne de Sardaigne[68]. De retour à Naples en , il se consacre de nouveau à la composition, mais, encouragé par le succès d'Anna Bolena, il souhaite désormais composer pour d'autres maisons d'opéra que celles de Naples. Il tente de vendre l'opéra-comique Gianni di Parigi à Paris mais Giovanni Battista Rubini, à qui il destine le rôle-titre, le refuse, et l’œuvre n'est donc jouée, sans l'autorisation de Donizetti, qu'en 1839 à Milan[69].

Son opéra suivant, Francesca di Foix, est créé sans succès au San Carlo le [69]. Il est suivi de sa comédie La romanzesca e l'uomo nero, créée au Teatro del Fondo le . Ces deux œuvres sont bien inférieures à Anna Bolena et témoignent de la volonté de Donizetti de se libérer au plus vite de ses engagements napolitains. Espérant trouver des engagements dans d'autres maisons d'opéra, il rompt son contrat avec Barbaja, mais reste quelque temps à Naples. Son opéra Fausta est destiné au San Carlo, mais la censure, et même le roi Ferdinand II, s'opposent fermement à son contenu jugé immoral ; ce n'est donc que grâce à la réputation de Donizetti qu'il est finalement représenté le , connaissant un grand succès[70].
Après la première de Fausta, Donizetti se rend à Rome pour les funérailles de son beau-père, puis gagne Milan. Avant son départ, il reçoit de Felice Romani le livret d'Ugo, conte di Parigi. Il compose la majeure partie de la musique avant son arrivée à Milan. Dans la ville lombarde, il découvre que le livret a été victime de la censure et que Romani s'est retiré du projet. L'opéra, sans librettiste, est créé le à la Scala, avec Giuditta Pasta dans le rôle principal. Malgré le peu de répétitions et le livret amputé, la première est un succès, mais Donizetti est insatisfait de son œuvre, qui est rapidement retirée du programme[71].

Le compositeur est alors sollicité par Alessandro Lanari, l'impresario du Teatro Cannobiana de Milan, pour écrire un opéra-comique pour le carnaval. Il compose L'elisir d'amore en seulement deux semaines, la première ayant lieu dix semaines seulement après sa rencontre avec Lanari. Le livret est à nouveau écrit par Romani. La première, le , est un immense succès : L'elisir d'amore devient la première œuvre de Donizetti à rester définitivement au répertoire après sa création, l'air pour ténor Una furtiva lagrima demeurant particulièrement célèbre[72],[73].
Après la représentation, il retourne à Rome où il signe un nouveau contrat avec Lanari, cette fois pour le Teatro della Pergola de Florence. La première de Parisina doit être reportée au mois de mars de l'année suivante en raison de l'arrivée tardive de Romani ; entretemps, il signe un autre contrat, cette fois pour le Teatro alla Valle de Rome. Le livret de l'opéra Il furioso all'isola di San Domingo est écrit par Jacopo Ferretti[74].
Virage vers l'opera seria
[modifier | modifier le code]Il retourne à Naples en , où sa première tâche est de préparer la première napolitaine d'Anna Bolena. L'œuvre est jouée le , jour de l'anniversaire de la reine, et remporte un vif succès. Il commence à composer son nouvel opéra en août et promet une nouvelle œuvre au San Carlo pour octobre. Il se tourne à nouveau vers Romani pour un livret, mais celui-ci refuse, invoquant le faible salaire proposé. En septembre, il tente d'écrire lui-même le livret, mais y renonce rapidement et demande à Pietro Salatino, un avocat de Palerme, de terminer le livret de Sancia di Castiglia. La première, le , est un grand succès[75].
Il retourne ensuite à Rome avec son épouse pour préparer la première d'Il furioso all'isola di San Domingo. Celle-ci a lieu le au Teatro alla Valle, et son succès est grandement dû au baryton Giorgio Ronconi. L'œuvre est également jouée à la Scala de Milan en octobre. Parallèlement à cette nouvelle création, Anna Bolena est jouée au Teatro Apollo de Rome, dans une version remaniée par un auteur inconnu. Cette pratique est courante à l'époque : les impresarios cherchent ainsi à éviter de payer des droits d'auteur. Le fiasco de cette représentation contraint Donizetti à se désolidariser de la production du Teatro Apollo, et le , il présente l'œuvre originale en version de concert au public romain[76].
Fin janvier, il n'a toujours pas reçu le livret de Parisina promis par Romani. L'opéra est finalement créé au Teatro della Pergola, avec deux semaines de retard, le . Parisina, que Donizetti considère comme l'un de ses opéras préférés, est accueilli avec enthousiasme, le public étant ému par sa fin tragique. C'est le premier de ses opéras à être joué hors d'Europe, à La Nouvelle-Orléans le [77].
Après la première, il retourne à Rome, où il compose avec Ferretti un opéra en mémoire du Tasse, un projet qui lui tient à cœur et auquel il apporte un soin particulier. Torquato Tasso est créé au Teatro alla Valle le . Le public l'accueille triomphalement, grâce à la musique et à la talentueuse distribution menée par Ronconi[78]. Durant l'été 1833, les directeurs du Théâtre italien de Paris proposent à Donizetti de monter Parisina, mais, Alessandro Lanari détenant les droits, ils ne peuvent parvenir à un accord en raison de la somme exorbitante que ce dernier demande[79].

Le directeur de la Scala, le prince Carlo Visconti di Modrone, commande deux nouveaux opéras à Donizetti pour le carnaval suivant. Comme l'ancien agent du prince a déjà commandé une œuvre à Saverio Mercadante pour la même saison, les représentations de Donizetti sont compromises, mais le prince Visconti parvient à convaincre Mercadante de reporter sa représentation. Le livret de la première commande est basé sur la pièce Lucrèce Borgia de Victor Hugo, et le compositeur écrit spécifiquement le rôle-titre pour Henriette Méric-Lalande. L'opéra, au titre homonyme, est créé le et, bien qu'il ne connaisse pas le même succès qu'Anna Bolena, il s'avère être l'un des opéras les plus marquants de Donizetti par sa maîtrise des éléments dramatiques[80].
L'année 1833 marque un autre tournant dans la carrière de Donizetti, car avec Il furioso all'isola di San Domingo, Parisina, Torquato Tasso et Lucrezia Borgia, quatre opéras à succès, il démontre ses capacités comme compositeur d'œuvres dramatiques[81].
Fin 1833, il se rend à Gênes où il participe à la préparation d'Il diluvio universale pour le Teatro Carlo Felice. Début , il part pour Turin où Fausta est jouée au Teatro Reggio. De là, il rejoint Florence afin d'honorer son contrat avec Lanari. Le livret de son nouvel opéra, Rosmonda d'Inghilterra, est également de Felice Romani et a déjà été mis en musique par Carlo Coccia en 1829. Romani révise le livret, le soumet à Donizetti, puis décide de rompre définitivement avec le compositeur car celui-ci lui demande avec trop d'insistance de nombreuses modifications. La nouvelle œuvre est créée le , mais malgré un accueil favorable, elle est rapidement retirée du programme[82].
Maria Stuarda et Lucia di Lammermoor
[modifier | modifier le code]Après la troisième représentation de Rosmonda d'Inghilterra et une absence de dix-sept mois, Donizetti retourne à Naples. Le , il est nommé professeur de composition au conservatoire San Pietro a Majella et précepteur de la fille du duc de Salerne. Entretemps, il reçoit une lettre de Rossini, qui lui demande de composer un opéra pour le Théâtre-Italien de Paris. Dans sa réponse, Donizetti sollicite un report, car il a déjà un contrat avec la Scala de Milan pour le carnaval de décembre. Il espère persuader Romani de lui écrire un livret. Il lui propose donc de le payer le double, mais face au refus persistant de Romani, il se tourne finalement vers un étudiant en droit de dix-sept ans, Giuseppe Bardari[83].

Il entreprend alors d'écrire un opéra, Maria Stuarda, inspiré de la pièce Marie Stuart de Friedrich Schiller. Bardari rend son livret en , mais les deux chanteuses principales se battent lors d'une répétition, et l'œuvre est annulée car la censure exige des modifications importantes. Selon des documents contemporains, la reine Marie-Christine assiste à une répétition et s'évanouit pendant la scène où Marie Stuart est conduite à l'échafaud. Le roi aurait interdit l'œuvre pour cette raison car la reine est une descendante de Marie Stuart et cette dernière est vénérée comme martyre dans le royaume des Deux-Siciles[84].
Les théâtres napolitains se trouvent alors dans une situation critique. L'influence de plus en plus oppressive de la cour entraîne le départ de Barbaja et une baisse significative de la fréquentation. Sachant l'immense popularité de Donizetti, la cour tente de le persuader d'adapter la musique de Maria Stuarda sur un autre livret. Une option envisagée est d'adapter la vie de Jeanne Grey, ce qui aurait permis de conserver les costumes et même la scène de décapitation. Finalement, un livret traitant de la querelle entre guelfes et gibelins obtient l'approbation des censeurs : rebaptisé Buondelmonte, il est mis en page par Pietro Salatino. La nouvelle œuvre est créée le et c'est son unique représentation, Donizetti souhaitant à tout prix préserver la version originale de Maria Stuarda[85].
L'attention de Donizetti se tourne alors vers l'invitation de Rossini. La direction du Théâtre-Italien choisit la tragédie Marino Faliero de Casimir Delavigne comme nouveau sujet. Sur un livret préparé par Emanuele Bidèra, Donizetti compose la musique en grande partie en parallèle avec celle de Maria Stuarda. Il termine la partition début octobre et, ayant déjà commencé à travailler sur l'opéra promis à la Scala, il reporte la première de l'opéra français[86]. La nouvelle œuvre milanaise, Gemma di Vergy, est créée le sur un autre livret de Bidèra. C'est un succès, avec vingt-six représentations durant la saison. Le rôle-titre est écrit spécialement pour Giuseppina Ronzi de Begnis, et l'opéra est très populaire en Italie durant tout le XIXe siècle[87].
Peu après, Donizetti, quittant l'Italie pour la première fois, part pour Paris, alors centre culturel de l'Europe[88]. Les répétitions de Marino Faliero commencent en février, et la première a lieu le . Malgré sa représentation tardive dans la saison, l'opéra connaît un certain succès, mais ne surpasse pas I puritani, le dernier opéra de Bellini[89]. Durant ce séjour parisien, Donizetti et Bellini sont tous deux faits chevaliers de la Légion d'honneur par Louis-Philippe Ier[90]. La rivalité entre les deux compositeurs prend fin avec la mort prématurée de Bellini en . La compagnie du Théâtre-Italien part pour Londres en mai, où des œuvres de Donizetti sont également à l'affiche[91].

De retour à Naples, Donizetti trouve les opéras en plein chaos. La mauvaise gestion du Conseil royal des inspecteurs et l'influence grandissante des censeurs entraînent l'annulation de nombreuses œuvres à la dernière minute. Plusieurs œuvres qui ont connu le succès ailleurs sont également jugées inadaptées à la scène napolitaine. C'est dans ce contexte qu'il commence à composer son nouvel opéra et, en tirant les leçons, il insiste pour recevoir un livret approuvé par les censeurs au moins quatre mois avant la représentation prévue. Il s'inspire du roman historique La Fiancée de Lammermoor de Walter Scott pour le thème de son nouvel opéra ; le livret est écrit par Salvadore Cammarano, qui en termine l'ébauche fin mai. Donizetti termine la musique début juillet mais le San Carlo étant au bord de la faillite, la première représentation est reportée au . Lucia di Lammermoor, avec Fanny Persiani dans le rôle-titre, est un immense succès ; ses airs les plus célèbres, le sextuor qui clôt le deuxième acte et Il dolce suono, comptent parmi les plus fameux du répertoire[92],[93].
Donizetti concentre ensuite ses efforts sur la première milanaise de Maria Stuarda, avec Maria Malibran dans le rôle principal. La nouvelle de la mort de Bellini lui parvient à Naples en . Il compose un requiem à sa mémoire mais ne termine pas l'œuvre, qui ne sera jouée qu'en 1870, car il doit superviser les répétitions de Maria Stuarda. Il n'en informe pas les autorités napolitaines, prétendant se rendre à Venise pour la première de son nouvel opéra, Belisario. Les répétitions exténuantes, conjuguées à l'annonce de la mort de son père le , le plongent dans un tel désespoir qu'il ne peut assister aux obsèques à Bergame. La première de Maria Stuarda, le , est un désastre, en grande partie à cause de Malibran, qui, se remettant à peine de maladie, n'est pas du tout en voix. La production est retirée de l'affiche après seulement six représentations[94].
De Milan, il se rend à Venise, où est créé son opéra Belisario. La première, qui connaît un vif succès, a lieu le . Il part aussitôt après pour Naples, ayant appris la fausse couche de sa femme. Il est mis en quarantaine à Rome, où une épidémie de choléra fait des ravages. C'est là qu'il apprend la mort de sa mère, des suites d'une hémorragie cérébrale, le [95].
Découverte du grand opéra
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À son retour à Naples le , il constate que les théâtres sont fermés en raison des menaces d'épidémie. Faute de commandes des opéras locaux, il consacre son temps à des cours de contrepoint et à la composition d'œuvres instrumentales. En mai, il écrit sa farce en un acte Il campanello di notte, inspirée d'un vaudeville parisien. La première a lieu au Teatro Nuovo le . Encouragé par son succès, il compose un autre opéra bouffe en un acte, Betly, créé le [96].
Entretemps, Domenico Barbaja reprend la direction des théâtres napolitains. Cela donne à Donizetti l'occasion de réaliser le projet ambitieux de mettre en scène son grand opéra L'assedio di Calais[97]. La première est retardée faute d'un chanteur convenable pour le rôle-titre et a finalement lieu le . Inspirée du grand opéra français, l'œuvre comporte de vastes scènes chorales et des ballets, et le grand orchestre rompt avec les traditions de l'opéra italien. Donizetti parvient à engager le célèbre ténor français Gilbert Duprez pour le rôle principal, espérant ainsi s'ouvrir les portes de l'opéra de Paris. La première de l'œuvre au San Carlo est un succès, mais qui n'atteint pas celui de Lucia di Lammermoor l'année précédente[98].
Il compose son opéra suivant, Pia de' Tolomei, promis à la Fenice de Venise, en parallèle de L'assedio di Calais. Donizetti écrit la musique au cours du second semestre 1836, puis quitte Naples en décembre. Faisant escale à Gênes, il y apprend la destruction dans un incendie de la Fenice. Face à cette nouvelle situation, Lanari lui demande de renoncer à un quart de son salaire. À Venise, la troupe de la Fenice se produit temporairement au Teatro Apollo. La saison s'ouvre avec Lucia di Lammermoor, la première de Pia de' Tolomei étant reportée. L'opéra est finalement créé le . L'accueil est mitigé et, à la grande déception du compositeur, le finale du premier acte, qu'il considère comme sa meilleur aria, est sifflé. Avant de partir, il le réécrit. La version modifiée est jouée à Senigallia le . L'œuvre est également jouée à Naples à l'automne, après avoir été considérablement remaniée à la demande des censeurs locaux, et reste à l'affiche pendant plus de deux mois[99].
Tragédies familiales
[modifier | modifier le code]De retour à Naples en , il compose d'abord, avec Saverio Mercadante, Giovanni Pacini, Nicola Vaccai et Pietro Antonio Coppola, une cantate à la mémoire de Maria Malibran, morte quelques mois auparavant. L'œuvre est créée à la Scala le et reçoit un accueil plutôt mitigé de la part des critiques[100]. Il cherche ensuite un nouveau livret, car son contrat avec Barbaja l'oblige à présenter un opéra au San Carlo à l'automne. Il a également un autre contrat avec Lanari pour l'ouverture de la Fenice reconstruite[101].
La prospérité de Donizetti est manifeste : il emménage dans un appartement plus confortable à Naples et se procure des chevaux et une calèche pour faciliter ses déplacements. En mai, Niccolò Antonio Zingarelli, directeur du conservatoire de Naples, meurt et Donizetti assure l'intérim. Il espère être nommé directeur à titre permanent, ce qui, outre son prestige, lui assurerait une grande sécurité financière pour le restant de ses jours. Cependant, tous les directeurs précédents sont nés dans le royaume des Deux-Siciles, et bien que Donizetti se considère comme Napolitain, il n'en est pas originaire. Des critiques à l'encontre de sa nomination ne tardent donc pas à paraître dans la presse locale[102].

Le , Virginia donne naissance à un garçon, qui ne vit que qulques jours[103]. Après cela, la santé de Virginia se détériore. Tout en prenant soin de sa femme, Donizetti prépare Roberto Devereux et compose une cantate pour l'anniversaire de la reine le , intitulée La preghiera di un popolo. Virginia, alors âgée de vingt-huit ans, meurt la veille de la représentation et doit être enterrée le jour même en raison d'une épidémie de choléra. Un service commémoratif est ensuite célébré en son honneur dans l'église Santa Maria delle Grazie a Toledo. La cause exacte de sa mort demeure inconnue : se basant sur les symptômes notés par Donizetti, certains chercheurs évoquent la fièvre puerpérale, d'autres la variole, d'autres encore soupçonnant que la syphilis, contractée auprès de son mari, ait pu lui être fatale[104].
Le compositeur est très affecté par la mort de sa femme, mais grâce au soutien de ses amis, il se remet à la composition de Roberto Devereux. Les répétitions étant reportées, il commence également à préparer l'opéra qu'il a promis pour Venise. Roberto Devereux est finalement créé le et connaît un grand succès, mais les représentations suivantes doivent être reportées en raison de la maladie d'un des chanteurs principaux[105]. Roberto Devereux est désormais considéré comme l'un des plus beaux opéras de Donizetti[106].
Le livret de l'opéra destiné à Venise, est écrit par Salvadore Cammarano, dont il apprécie le travail. Il commence la composition de l'œuvre en septembre. La distribution est compliquée par le fait que le directeur de la Fenice souhaite confier le rôle principal à Giuditta Pasta, mais Lanari et Donizetti savent tous deux que la voix de la chanteuse, autrefois si brillante, est devenue fragile et ne saurait satisfaire les attentes du public. Le problème se résout lorsque Pasta refuse le rôle, remplacée par Caroline Unger. Maria de Rudenz est créé le à la Fenice. Malgré des applaudissements nourris, cet opéra au ton très sombre est retiré du programme après la deuxième représentation[107].
Rupture avec Naples
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La nomination de Donizetti au conservatoire de Naples continue d'être retardée. Le compositeur s'inquiète de la réticence des autorités à répondre à ses demandes. L'incertitude se mue bientôt en frustration, et dans des lettres à des amis, il menace de quitter définitivement la ville s'il n'obtient pas le poste. Sa situation est considérablement aggravée par le mauvais accueil réservé à Maria de Rudenz. En , il est invité à devenir directeur du conservatoire de Milan, mais il refuse l'offre, de peur d'être accusé d'ingratitude par le roi. En juin, las d'attendre, il remet sa lettre de démission, mais ne reçoit aucune réponse. Saverio Mercadante est finalement nommé directeur du conservatoire, mais seulement en 1840, un an et demi après le départ de Donizetti de Naples[108].
Donizetti ne peut pas partir immédiatement, car il est encore lié par un contrat à la ville. Lors de la première vénitienne de Maria da Rudenz, il rencontre le ténor français Adolphe Nourrit, qui a chanté lors des créations de plusieurs opéras à succès. À l'instigation de Donizetti, Nourrit se rend à Naples, où il parvient à convaincre Barbaja d'interpréter le rôle principal lors de la première du prochain opéra du compositeur. Donizetti souhaite terminer Gabriella di Vergy, abandonnée en raison de la censure. Parallèlement, le compositeur entame d'intenses négociations avec l'Opéra de Paris en vue d'une première. Lorsqu'il reçoit son contrat parisien en , il décide de choisir un thème convenant aux scènes napolitaine et parisienne : Polyeucte de Pierre Corneille. Nourrit participe activement à la préparation du livret, assistant Cammarano dans son travail, car il connait parfaitement les attentes du public français. Poliuto est prêt début juillet, mais Donizetti craint la censure napolitaine, car la pièce traite du martyre d'un saint. Le , il reçoit effectivement un décret royal interdisant sa représentation. Il termine alors à la hâte Gabriella di Vergy[109].
L'interdiction de Poliuto complique davantage la situation de Donizetti. Sur le plan politique, le mécontentement royal compromet sa possibilité de partir pour Paris. Il est également en difficulté sur le plan artistique, car il doit encore un opéra à Barbaja, les censeurs refusant également la représentation de Gabriella di Vergy. N'ayant pas renoncé à son intention de mettre en scène Poliuto, il envisage de modifier le livret pour le rendre acceptable. Cependant, pour des raisons inconnues, il demande finalement qu'une de ses œuvres, déjà jouée dans d'autres villes mais pas à Naples, soit acceptée. Le choix se porte sur Pia de' Tolomei. Mais les censeurs interviennent de nouveau, exigeant des coupes importantes. L'œuvre remaniée est créée le . Ayant repris une œuvre ancienne, Donizetti doit payer une amende, mais il peut considérer sa promesse à Barbaja comme tenue et n'est plus lié à Naples[110].
Départ pour Paris
[modifier | modifier le code]Dès 1835, alors qu'il composait Marino Faliero, Donizetti a engagé un agent pour défendre ses intérêts à Paris. En , il écrit au ténor Gilbert Duprez pour lui demander de l'aider à mettre en scène L'assedio di Calais, précisant qu'il est disposé à adapter l'œuvre au public parisien. Cependant, le directeur de l'Opéra de Paris, Henri Duponchel, n'engage que des compositeurs capables de mettre en musique sans difficulté des livrets en français. Quatre opéras de Donizetti, Anna Bolena, Gianni di Calais, Marino Faliero et L'ajo nell'imbarazzo, ont déjà été joués au Théâtre-Italien, le faisant ainsi connaître du public français, mais tous sauf Anna Bolena ont été rapidement retirés du répertoire. Après le succès retentissant de Lucia di Lammermoor le , Duponchel lui propose un contrat pour écrire deux opéras[111].
Après la première de Pia de' Tolomei à Naples, il prend le bateau pour Marseille, puis arrive à Paris le . Outre son contrat, Donizetti a d'autres opportunités professionnelles lorsque le Théâtre-Italien accepte Roberto Devereux et L'elisir d'amore. Donizetti parvient à s'entendre avec Duponchel pour que son premier opéra soit une version française de Poliuto. Il charge Eugène Scribe de réécrire le livret, l'opéra étant renommé Les Martyrs[112].
Pour la première française de Roberto Devereux, il compose une ouverture sur l'air de God Save the Queen. L'opéra est créé le au Théâtre-Italien, où le public français l'accueille favorablement. Cependant, la première de L'elisir d'amore, le , connaît un succès encore plus grand, comme en témoigne le nombre de représentations : Roberto Devereux n'est joué que cinq fois, tandis que L'elisir d'amore est joué soixante et une fois. La révision du livret des Martyrs progressant lentement, Donizetti entreprend la composition d'un autre grand opéra, Le Duc d'Albe, également pour le Théâtre-Italien. Parallèlement, il révise Lucia di Lammermoor pour le théâtre de la Renaissance, d'après une traduction française du livret par Alphonse Royer et Gustave Vaëz. La première, le , est un grand succès malgré une distribution peu talentueuse. L'opéra remanié est rapidement joué dans les théâtres de province[113].

En , Donizetti apprend que Gianni di Parigi doit être joué à la Scala de Milan et envoie une lettre de protestation au conseil de surveillance de l'opéra. Il s'oppose à la représentation de l'œuvre car il soupçonne l'impresario de la Scala d'avoir obtenu la partition de manière illicite. Cependant, la lettre de Donizetti n'arrive à Milan que le , jour de la représentation. Gianni di Parigi connaît un succès mitigé. Donizetti menace de porter plainte, mais en 1841, un accord est trouvé et les poursuites sont abandonnées[114].
À Paris, les répétitions des Martyrs commencent durant cette période. Entretemps, Donizetti compose La Fille du régiment pour l'Opéra-Comique, mais il est déjà préoccupé par deux autres projets d'opéra : une réécriture d'Il furioso all'isola di San Domingo et L'Ange de Nisida. Tous deux sont destinés au théâtre de la Renaissance. La première de L'Ange de Nisida est prévue pour , mais est reportée, car la compagnie est dissoute un mois avant pour des raisons financières[115].
Le report de la première des Martyrs entraîne un nouveau délai pour Donizetti, qui se consacre aux répétitions de La Fille du régiment. Celui-ci est le premier opéra français qu'il compose à Paris. La première, le , manque d'être un désastre, en raison de la rivalité de Donizetti avec d'autres compositeurs français, dont Hector Berlioz qui se plaint publiquement de son omniprésence. Cependant, l'accueil réservé à l'œuvre change rapidement et elle devient un grand succès public[116].
Les Martyrs sont créés à l'Opéra de Paris le . La représentation est un succès, la fin du troisième acte suscitant des applaudissements particulièrement nourris et devant être repris[117]. Malgré cela, l'opéra est retiré de la programmation après vingt représentations, au grand désarroi du compositeur. Ce rejet s'explique par le fait que le public parisien est indifférent au sujet de l'œuvre. Une autre raison explique son retrait du programme : la lutte pour la direction de l'Opéra. Léon Pillet, candidat à ce poste, qualifie l'œuvre de Donizetti d'« erreur coûteuse » de Duponchel, cherchant ainsi à l'évincer[118].

Donizetti retourne en Italie en . Après un bref séjour à Milan, il se rend à Bergame où il est reçu triomphalement et rerouve son vieux mentor Simon Mayr[119]. De là, il revient à Milan où est montée la version italienne de La Fille du régiment. À cette époque, Pillet, le nouveau directeur de l'Opéra, le rappelle à Paris pour qu'il honore son engagement contractuel et compose son deuxième opéra. Ceci incite Donizetti à reporter un contrat qu'il a signé avec le Teatro Apollo de Rome jusqu'à la saison du carnaval de 1840-1841[120].
La Favorite
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De retour à Paris, il reprend le travail sur Le Duc d'Albe, mais l'abandonne rapidement pour se concentrer sur L'Ange de Nisida. Sa décision est fortement influencée par Rosine Stoltz, la soprano vedette de l'Opéra, qui exerce également une forte emprise sur Pillet. La chanteuse estime que Le Duc d'Albe ne lui offre pas l'éclat recherché, mais apprécie particulièrement l'héroïne de L'Ange de Nisida. Le mécontentement de Stoltz est dû en partie au fait que Donizetti a initialement destiné le rôle principal féminin du Duc d'Albe à sa rivale, Julie Dorus-Gras. À quelques jours de la première, Donizetti développe la musique de L'Ange de Nisida pour lui donner une dimension grandiose. Le livret est révisé par Scribe et rebaptisé La Favorite, en référence à la relation de Stoltz avec Pillet[121].
La musique de La Favorite est prête début , et les répétitions de l'œuvre en quatre actes commencent simultanément. Donizetti est particulièrement ravi que l'Opéra ait engagé des chanteurs de premier plan pour la première. Les répétitions étant lentes, il entreprend les préparatifs d'une mise en scène de Lucrezia Borgia au Théâtre-Italien. L'œuvre est créée le et remporte un vif succès, mais la série de représentations est interrompue lorsque Victor Hugo porte plainte contre Étienne Monnier, le traducteur du livret de Romani, pour plagiat, arguant que la traduction française est trop proche de son propre texte. Donizetti finit par régler le problème en retravaillant les passages sensibles, permettant ainsi la reprise de l'œuvre sous un autre nom[122].
La Favorite est créée le . Bien qu'elle soit devenue par la suite l'une des œuvres les plus populaires de Donizetti, la première est accueillie avec indifférence par le public et avec retenue par la presse. Cela ne nuit pas à la position de Donizetti, car l'opéra offre à Stoltz une belle opportunité de se produire sur scène, et il conserve ainsi la faveur de Pillet. Le tournant décisif dans l'histoire de l'œuvre survient lors de sa reprise le , lorsque Carlotta Grisi danse lors de l'intermède. Dès lors, l'œuvre devient un incontournable du répertoire lyrique français[123].
Présentations italiennes
[modifier | modifier le code]À la mi-décembre, Donizetti se rend à Rome pour la première de son nouvel opéra, Adelia. Il compose l'œuvre en peu de temps, reprenant la musique de Gabriella di Vergy. Il est engagé pour la première romaine par l'impresario Vincenzo Jacovacci, qu'il a rencontré à Milan l'année précédente. L'œuvre est créée le et, avant même la représentation, une émeute éclate, l'impresario ayant vendu bien plus de billets que le Teatro Apollo ne peut en accueillir. Cet incident affecte considérablement le succès de la première, mais l'œuvre est finalement bien accueillie[124].
Donizetti retourne ensuite à Paris, où il souhaite composer un nouvel opéra-comique, du moins si l'on en croit sa correspondance, car aucune de ses œuvres n'est jouée en 1841. Il est possible qu'il ne parvienne pas à trouver un livret convenable, car, encouragé par ses succès précédents, il est devenu beaucoup plus exigeant dans le choix de ses livrets. Pillet lui propose d'écrire une suite à La Favorite, mais le livret d'Eugène Scribe lui déplaît et il refuse. Le marquis Aguado le sollicite également, souhaitant un opéra pour l'Académie française, mais sans succès. Donizetti refuse même deux livrets proposés par l'Opéra-Comique. Son seul contrat pour un opéra à cette époque est celui avec la Scala pour le carnaval suivant. Pendant son séjour à Milan, en attendant le livret, il rencontre Gustave Vaëz, qui lui en confie un pour une œuvre en un acte : Rita ou le Mari battu. Cette œuvre, composée de huit chansons et d'un texte les reliant, est composée et arrangée en une semaine seulement. Refusée par le directeur de l’Opéra-Comique, elle est vendue à Naples, mais la mort de Barbaja met fin à ce projet[125]. Rita est finalement créée à Paris le , bien après la mort du compositeur[126].
Contrairement à Rita, la composition de Maria Padilla est laborieuse et complexe. Bartolomeo Merelli, nouvel impresario de la Scala et vieille connaissance de Donizetti, est chargé par la direction du théâtre de choisir le livret. Après le refus de Cammarano, Gaetano Rossi est choisi pour l'écrire. L'œuvre, présentée le , ne répond pas aux attentes de Donizetti notamment en raison de la scène finale réécrite à cause de la censure, mais le public l'acclame. Malgré les faiblesses du livret, la partition comporte plusieurs passages remarquables et l'opéra est considéré comme l'un des plus sous-estimés du compositeur[127].
Introduction à Vienne et Don Pasquale
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Par l'intermédiaire de Merelli, Donizetti entre en contact avec le Kärtnertortheater de Vienne, qui lui commande un opéra. Le livret de Linda di Chamounix est également écrit par Gaetano Rossi. Donizetti demeure à Milan pour composer et assiste le à la première triomphale de Nabucco à la Scala[128]. Avant de se rendre à Vienne pour la première de Linda di Chamounix, il dirige le Stabat Mater de Rossini à Bologne à la demande du compositeur, qu'il rencontre pour la première fois[129]. Rossini, dont la santé décline, demande à Donizetti de prendre la direction de l'école de musique de Bologne, mais Donizetti refuse, car cela l'aurait obligé à déménager dans cette ville, et il a de grands projets pour sa première viennoise[130].
Il arrive à Vienne le , où la direction du Kärtnertortheater fonde de grands espoirs sur le succès de sa nouvelle œuvre, les représentations précédentes de la saison italienne n'ayant pas été à la hauteur des attentes. La première, le , est un immense succès, et la famille impériale assiste même à la troisième représentation[131]. Donizetti participe ensuite à un concert privé pour la famille impériale et est également reçu par le prince Metternich[132].
Donizetti reçoit plusieurs offres d'emploi dans la capitale autrichienne, mais il espère être nommé chef d'orchestre de la cour. Il pose des conditions financières strictes, arguant qu'il gagnerait davantage comme compositeur d'opéra. Fin juin, une offre informelle lui parvient, trois fois supérieure à sa demande initiale. Sa nomination officielle a lieu le , alors qu'il a déjà quitté la ville. Dans les années suivantes, Donizetti doit passer chaque premier semestre à Vienne pour honorer ses obligations[133]. De passage à Naples pour la première fois depuis 1838, il signe un contrat avec le Teatro San Carlo. Il repart ensuite pour Paris, où il doit mettre en scène Le Duc d'Albe avec Teresa Stolz dans le rôle principal féminin, mais la première est de nouveau reportée. Pillet demande à Scribe et Donizetti de composer un nouvel opéra pour son théâtre. Le compositeur préconise plutôt une reprise des Martyrs, ce que Pillet refuse[134].

Il adapte Linda di Chamounix pour le Théâtre-Italien et compose pour cette compagnie une nouvelle œuvre, l'opéra bouffe Don Pasquale. Le livret est écrit par Giovanni Ruffini, et Donizetti affirme avoir composé la musique en seulement onze jours. Cela semble improbable, mais il est très possible qu'il ait composé l'ébauche de l'œuvre dans ce laps de temps. L'œuvre est créée le , avec une distribution prestigieuse, et connaît un succès retentissant. Donizetti adapte alors l'œuvre pour Vienne, et l'opéra est bientôt joué dans presque tous les pays d'Europe, et même à La Nouvelle-Orléans[135].
Déclin de la santé
[modifier | modifier le code]À Paris, il est honoré par son élection comme correspondant étranger de l'Académie française[136]. Il se rend ensuite à Vienne, où il est alité par une fièvre. Fin janvier, il reprend le travail, en parallèle pour le Kärntnertortheater, le San Carlo et l'Opéra-Comique, mais concentre son attention sur le grand opéra Dom Sébastien, roi de Portugal. Il destine Maria di Rohan à Vienne, Ruy Blas au San Carlo et Ne m'oubliez pas à l'Opéra-Comique. Le premier est terminé fin . L'opéra napolitain est entravé par la lenteur du librettiste Salvadore Cammarano et les censeurs locaux. Comme il consacre la majeure partie de son temps à la composition de son grand opéra, il rompt son contrat avec l'Opéra-Comique, et seuls quelques airs de Ne m'oubliez pas sont achevés[137].
Entretemps, son état de santé déclinant l'inquiète de plus en plus. Dans ses lettres de cette époque, il se plaint souvent de violents maux de tête et d'une fièvre particulièrement forte, et laisse entendre qu'il a contracté une nouvelle maladie à Paris, probablement une autre maladie vénérienne[138]. La première viennoise de Maria di Rohan, le , est un triomphe[139], l'opéra étant révisé pour une version française en novembre, elle aussi couronnée de succès[140].
Donizetti tente de rompre son contrat avec le San Carlo, car il est dans une impasse avec la composition de Ruy Blas. Incapable de convaincre l'impresario, il reprend et remanie à la place l'un de ses projets antérieurs, Caterina Cornaro[141]. Face au refus de Salvadore Cammarano d'écrire le livret, Donizetti choisit le jeune Giacomo Sacchero, qui a déjà signé quatre livrets à succès pour la Scala. Le livret est basé sur La Reine de Chypre d'Henri Vernoy de Saint-Georges, initialement destiné à Fromental Halévy. Donizetti termine rapidement la composition. Il prête une attention particulière aux observations des censeurs napolitains, car des modifications auraient empiété sur le temps consacré à son grand opéra. Après de longs retards, la première a lieu le . En l'absence de Donizetti pour superviser la mise en scène, l'accueil est défavorable et l'opéra n'est joué que six fois. Donizetti estime que son opéra a échoué injustement, mais le projet de première viennoise capote, et même la version révisée présentée à Parme ne connaît pas le succès escompté[142].
Dernières années
[modifier | modifier le code]Le dernier opéra écrit par Donizetti est Dom Sébastien. Il envisage cette œuvre comme l'apogée de sa carrière et espère qu'elle lui vaudra la pleine reconnaissance du public français. Il la compose en tenant compte des exigences de l'Opéra de Paris et en suivant les traditions du grand opéra français. C'est pourquoi, en raison des contraintes scéniques particulières et du chœur important, elle est désormais rarement jouée. Il commande le livret à Eugène Scribe début . La lenteur de Scribe et les engagements parallèles de Donizetti retardent la composition. Les répétitions commencent fin , mais le compositeur se plaint de ne pas en avoir la pleine supervision. Après plusieurs reports, la première a lieu le . L'événement est éclipsé par le fait que Giacomo Meyerbeer, le compositeur le plus en vue de l'Opéra de Paris, organise le même soir un dîner de gala, auquel sont conviés les critiques musicaux et les journalistes les plus renommés de la capitale. Le public se montre enthousiaste mais, malgré cela, l'opéra est retiré du programme après seulement trente-deux représentations, bien qu'une version révisée et abrégée soit jouée par des compagnies françaises en province[143].

Pendant les répétitions de Dom Sébastien, la santé de Donizetti se détériore considérablement. Il se plaint souvent de pertes de mémoire et a des accès de rage soudains. Le , il retourne à Vienne. Il tente de poursuivre son travail, mais son état le rend de moins en moins attentif à ses gestes. Il perd ses dents, et il a parfois des difficultés à marcher[144]. Après la saison de l'opéra italien de 1844 à Vienne, il voyage en Italie avec son frère Giuseppe et y reste jusqu'en fin d'année. De retour à Vienne, il réécrit Dom Sébastien, le raccourcissant considérablement. L'adaptation en allemand connaît un succès bien plus important que la version française[145]. En , il projette un nouvel opéra pour le Théâtre-Italien, mais le projet reste au point mort, car son état de santé ne lui permet d'écrire que le début d'une seule mélodie. La même année, il reçoit une commande de Londres, qu'il refuse[144].
Le , il s'effondre dans une rue de Paris. Trois médecins français réputés, dont Philippe Ricord, l'examinent ce jour-là : ils lui suggérent un changement de climat et lui interdisent toute activité professionnelle. Donizetti refuse d'admettre la fin de sa carrière, mais ses amis en sont déjà conscients. Ils lui conseillent de retourner en Italie, où il pourrait être sous surveillance constante, mais les médecins s'y opposent. À la fin de l'année, son état s'aggrave : il ne peut plus tenir sa tête droite, chaque mouvement lui est douloureux, ses yeux deviennent vitreux et son esprit de plus en plus confus. Son neveu, Andrea, âgé de vingt-sept ans, prend soin de lui, mais le , sur l'avis des médecins, il est placé contre son gré et par la ruse, on lui explique qu'il est conduit à Vienne, dans un sanatorium d'Ivry. Ses lettres de l'époque, où il implore de l'aide, révèlent son profond mal-être[146].

Les autorités françaises, se fondant sur l'avis des médecins, refusent de l'autoriser à voyager, alors qu'Andrea doit rentrer à Constantinople. Dans les mois qui suivent, les périodes de lucidité du compositeur s'espacent de plus en plus. Il reçoit la visite de plusieurs amis, dont Édouard de Lannoy, qui comprend que ce séjour prolongé au sanatorium n'apporte aucune amélioration. Il écrit une lettre au frère de Donizetti, qui renvoie Andrea à Paris. Andrea arrive le , s'attelant aussitôt à organiser le transfert, mais se heurte de nouveau à l'opposition de la police et des médecins. Il parvient néanmoins à convaincre le préfet de police Gabriel Delessert de ramener son oncle à Paris. Cependant, le préfet lui refuse toujours l'autorisation de rentrer à Bergame. Grâce à l'intérêt croissant du public parisien et surtout aux pressions exercées par l'ambassade d'Autriche, ils peuvent finalement partir pour l'Italie le [147].

À Bergame, Rosa Basoni et sa fille prennent soin du compositeur, qui passe le plus clair de son temps complètement apathique dans un fauteuil. En , il souffre d'une forte fièvre. Son médecin lui prescrit un changement de régime et des lavements ; à la fin du mois, il a maigri mais s'est partiellement rétabli. Le , il est victime d'une crise d'épilepsie. Deux jours plus tard, les spasmes reviennent avec une violence accrue. Un prêtre est appelé à son chevet et il reçoit l'extrême-onction. Le , sa fièvre s'aggrave et son état se détériore de jour en jour. Il meurt le vers 17 heures. Ses funérailles ont lieu le . Il est inhumé au cimetière de la Valtesse à Bergame. Sa dépouille est transférée à la basilique Santa Maria Maggiore en 1875[148]. À cette occasion, les autorités s'aperçoivent que la calotte crânienne est manquante. Après une rapide enquête, elle est retrouvée à Nembro, dans l'épicerie du neveu et héritier de l'un des médecins ayant réalisé l'autopsie du compositeur[149].
Œuvre et héritage
[modifier | modifier le code]En trente ans de carrière, Donizetti est l'auteur d'environ 550 œuvres, dont 71 opéras, 13 symphonies, 18 quatuors[13], trois quintettes, un concerto pour cor anglais, une sonate pour hautbois et piano, 28 cantates, 115 autres compositions religieuses (dont un Requiem en 1835, pour la mort de Vincenzo Bellini), sans compter un nombre important de pièces de musique de chambre, trois oratorios et des « pièces de salon », ce qui en fait un des compositeurs les plus prolifiques du XIXe siècle.
De 1810 à 1848, du premier opéra de Gioachino Rossini jusqu'à la mort de Donizetti, trois compositeurs façonnent l'opéra italien du bel canto : Rossini, Donizetti et Vincenzo Bellini. Dans leurs opéras, le chant est primordial et les chanteurs aspirent ouvertement à divertir[150]. Les opéras du bel canto sont en grande partie composés a cappella, souvent à la hâte, et s'appuient fortement sur la cavatine et la cabalette. La cavatine, lente et lyrique, permet à l'interprète de briller par sa construction mélodique et de montrer avec quelle beauté, sensibilité et nuance il peut tenir de longues notes. Elle est suivie d'une section rapide appelée cabalette, destinée à démontrer la virtuosité de l'interprète. Le bel canto exige des interprètes une technique irréprochable et un goût sûr dans les ornements et les cadences. Les opéras sont composés selon un schéma précis. Le chœur d'ouverture est suivi d'arias et d'ensembles soigneusement disposés. Les actes se terminent par un chœur retentissant, auquel les personnages principaux se joignent en s'avançant jusqu'à la rangée de lampes marquant le bord de la scène et en regardant le public[151].
Avant 1830, Donizetti obtient ses principaux succès, en dehors de Zoraida di Granata, dans le domaine de l'opéra comique[152]. À partir d'Anna Bolena, ses œuvres dramatiques telles que Lucia di Lammermoor et Roberto Devereux ont un succès au moins équivalent à des œuvres comiques comme L'elisir d'amore et Don Pasquale[153].
Donizetti n'est pas l'un des compositeurs les plus originaux de son temps, comme en témoigne le fait que son style musical personnel s'est développé bien plus tard que celui de ses contemporains. La musique de ses premiers opéras révèle l'influence de Simon Mayr et de Rossini. Cependant, Donizetti est un archétype des compositeurs de son époque, tant il excelle à s'adapter aux besoins de plus en plus changeants des maisons d'opéra et, simultanément, aux goûts changeants du public. Au début de sa carrière, il n'a qu'un seul objectif : se faire un nom. Pour ce faire, il doit composer aussi vite et aussi abondamment que possible afin de s'imposer durablement sur les scènes lyriques[154]. Il est alors courant qu'un compositeur se produise dans un opéra, écrive un autre opéra en trois semaines environ, puis se rende dans une autre ville[155]. Donizetti fait de même, la rapidité avec laquelle il compose lui valant à Naples le surnom de « Dozzinetti » (d'après « dozzina » qui signifie « douzaine » en français)[156]. Compositeur de commandes, il n'a que rarement le loisir d'écrire pour son seul plaisir[157]. Malgré cela, il contribue à partir des années 1830 à faire évoluer l'opéra italien du bel canto vers le drame romantique en « cherchant de nouvelles façons de marier les timbres » et en « accordant davantage de place à l'orchestre et aux chœurs »[158].

Ce rythme soutenu, surtout dans ses premières œuvres, se fait souvent au détriment de la qualité, car, contrairement à Bellini, il n'accorde pas une grande importance à ses livrets. Tout en étant conscient de la médiocrité des textes de librettistes tels que Andrea Leone Tottola et Giovanni Schmidt, il n'hésite pas à les mettre en musique car il a besoin d'argent pour aider ses parents et son frère cadet[159]. Toutefois, avec un bon livret en main, il n'échoue jamais à le mettre en valeur, ayant une excellente compréhension des ressorts dramatiques à succès[26]. Le fait qu'il entreprenne d'écrire plusieurs opéras simultanément nuit également à son art. Cette attitude lui est principalement inculquée par Simon Mayr. De plus, le répertoire lyrique, au sens moderne du terme, n'étant pas encore développé, Donizetti ne peut espérer que ses opéras soient rejoués après la saison de la première. Rossini met fin à cette situation en parvenant à faire jouer plusieurs de ses œuvres lors de deux saisons consécutives. Bellini connaît également des succès similaires, si bien que, dans la seconde moitié de sa carrière, de plus en plus d'œuvres de Donizetti sont reprises[154].
L'une des caractéristiques de l'art de Donizetti est qu'à l'instar de Rossini, il intègre souvent les meilleurs passages de ses œuvres antérieures ayant échoué dans ses opéras ultérieurs tout en veillant toujours à ce que le public ne les reconnaisse pas[160]. Mais il ne se contente pas de remanier sans cesse la musique de ses opera seria ; il la transpose également dans ses opéras bouffes : par exemple, un passage de Alahor in Granata se retrouve plus tard dans L'elisir d'amore[161].
Ses principales influences artistiques sont Simon Mayr et Gioacchino Rossini. Mayr l'initie à la musique de scène, mais aussi à d'autres genres musicaux, la plupart de ses œuvres non lyriques étant composées durant ses études. Il apprend également de Mayr l'utilisation d'images scéniques complexes, et de Rossini les moyens de construction mélodique et tout ce qui caractérise le bel canto[162]. Donizetti, à l'instar de Bellini, ne compte pas parmi les réformateurs de l'opéra. Bien qu'il juge les formes musicales alors en usage à Naples trop conservatrices, il ne parvient à s'en affranchir qu'en quittant cette ville pour des environnements plus favorables à la tragédie romantique telle qu'il la conçoit[163].
L'une des caractéristiques de ses partitions est que les émotions élémentaires (joie, douleur, colère) sont le plus souvent exprimées par des expressions musicales d'une grande justesse. Les scènes de folie des opéras de Donizetti sont particulièrement admirées, notamment dans Anna Bolena et Lucia di Lammermoor, considérées comme « deux des plus inoubliables scènes de folie de l'histoire de l'opéra »[164]. Dans Lucia di Lammermoor, le point culminant est la scène où l'héroïne sombre dans la folie sous le poids de sa douleur, et qui offre à la coloratura une occasion idéale de faire étalage de sa technique, contribuant à faire de Lucia un rôle déterminant dans la carrière d'une cantatrice. Les vocalises et les trilles symbolisent également l'effondrement de l'esprit. Le sextuor du deuxième acte où chaque personnage illustre des sentiments différents qui finissent par se mélanger est un autre exemple de la façon dont Donizetti lie la virtuosité vocale aux émotions mises en valeur par l'intrigue. La technique vocale mise ainsi au service de l'aspect dramatique, et vice versa, font de Lucia di Lammermoor un chef-d'œuvre du bel canto dont le succès « ne s'est jamais démenti »[165],[166]. Un autre exemple est L'elisir d'amore, qui se démarque lui aussi par la finesse psychologique des personnages. Ceux-ci se libèrent de l'archétype comique défini par Rossini pour évoluer vers un romantisme tout en nuances[167].
L'importance de Donizetti dans l'histoire de la musique réside principalement dans le fait qu'il insuffle une nouvelle vie au style de l'école napolitaine, alors déjà en déclin. Il enrichit l'opéra romantique italien par son lyrisme exubérant, son ton mélancolique, et l'attention portée à l'expression tragique des sentiments[160]. Ses opéras encore joués sur les scènes du monde entier rendent parfaitement compte des caractéristiques de sa musique : la légèreté, les mélodies fluides, les harmonies douces, l'esprit vif de ses comédies, l'ironie souvent mordante mais jamais blessante et, surtout, la variété des rôles qui peuvent être interprétés avec brio[168]. Dans l'art de Donizetti, on observe de nombreuses tentatives pour estomper la frontière entre l'opera seria et l'opéra bouffe ; il perçoit une situation apparemment comique d'une manière plus romantique, développant ainsi un opera semiseria à l'effet particulier. En cela, il diffère de l'art de Rossini, mais annonce l'œuvre de Giuseppe Verdi, qui s'inspire notamment d'idées de Lucrezia Borgia pour Rigoletto et La traviata, et de Roberto Devereux pour Un ballo in maschera[169],[170].
Redécouverte et hommages
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Avec l'arrivée de Giuseppe Verdi, puis l'époque du vérisme, l'œuvre de Donizetti tombe peu à peu dans l'oubli en dehors de cinq opéras toujours régulièrement repris : L'elisir d'amore, Lucia di Lammermoor, La Fille du régiment, La Favorite et Don Pasquale[171]. En 1957, Maria Callas chante Anna Bolena à la Scala de Milan et enclenche ainsi le début de la « Donizetti Renaissance »[172]. À partir de 1958, Leyla Gencer interprète Maria Stuarda, Poliuto, Lucrezia Borgia, Belisario, Roberto Devereux et Caterina Cornaro, mais ne les enregistre pas[173],[174]. Joan Sutherland, dès 1959, Montserrat Caballé, qui fait redécouvrir Parisina en 1974, Beverly Sills, Luciano Pavarotti, puis plus tard Mariella Devia, Sondra Radvanovsky, Marina Rebeka, Nathalie Dessay et Juan Diego Flórez sont tous des interprètes notables des œuvres de Donizetti[175].
Le label Opera Rara sous la direction de Carlo Rizzi édite également une série d'oeuvres de Donizetti telles que Les Martyrs, L'Ange de Nisida, Il paria, Il diluvio universale, Ugo, conte di Parigi, L'assedio di Calais, L'esule di Roma et une série de chants dont le volume 1 est consacré aux mélodies pour ténor et le volume 2 à celles pour baryton. C'est Lawrence Brownlee puis Nicola Alaimo qui interprètent ces chansons accompagnés par Carlo Rizzi au piano[176]. Les éditions Recordi participent au projet et publient les partitions au fur et à mesure[177].
Le Teatro Ricciardi de Bergame est rebaptisé Teatro Donizetti en 1897, à l'occasion du centenaire de la naissance du compositeur[178]. La même année, un monument en marbre créé par le sculpteur Francesco Jerace est inauguré dans un jardin public de la Piazza Cavour, jouxtant le Teatro Donizetti[179]. Le conservatoire de Bergame porte aussi le nom du compositeur[180].
Une rue de Paris, dans le 16e arrondissement, porte son nom[175].
L'astéroïde (9912) Donizetti est nommé en son honneur[181].
Opéras
[modifier | modifier le code]- Il Pigmalione (composé en 1816 ; créé le au Teatro Donizetti, Bergame)
- Enrico di Borgogna (créé le au Teatro San Luca à Venise)
- Una follia (créé le au Teatro San Luca à Venise) – partition perdue –
- Le nozze in villa (créé vers 1821 au Teatro Vecchio à Mantoue)
- Il falegname di Livonia, ossia Pietro il grande (créé le au Teatro San Samuele à Venise)
- Zoraida di Granata (créé le au Teatro Argentina à Rome, puis dans une version révisée le au Teatro Argentina à Rome)
- La zingara (créé le au Teatro Nuovo à Naples)
- La lettera anonima (créé le au Teatro del Fondo à Naples)
- Chiara e Serafina ossia I pirati (créé le au Teatro alla Scala à Milan)
- Alfredo il grande (créé le au Teatro San Carlo à Naples)
- Il fortunato inganno (créé le au Teatro Nuovo à Naples)
- L'ajo nell'imbarazzo (créé le Teatro Valle à Rome)
- Emilia di Liverpool (créé le au Teatro Nuovo à Naples)
- Alahor in Granata (créé le au Teatro Carolino à Palerme)
- Don Gregorio (version révisée de L'ajo nell'imbarazzo créée le au Teatro Nuovo à Naples)
- Elvida (créé le au Teatro San Carlo à Naples)
- Gabriella di Vergy[note 2] (composé en 1826 et révisé en 1838 mais non représenté ; créé dans une version posthume entièrement révisée sous le titre Gabriella le au Teatro San Carlo à Naples)
- Olivo e Pasquale (créé le au Teatro Valle à Rome, puis dans une version révisée le au Teatro Nuovo à Naples)
- Otto mesi in due ore, ossia Gli esiliati in Siberia (créé le au Teatro Nuovo à Naples, puis dans une version révisée en 1833 à Livourne)
- Il borgomastro di Saardam (créé le au Teatro del Fondo à Naples)
- Le convenienze teatrali (créé le au Teatro Nuovo à Naples)
- L'esule di Roma, ossia Il proscritto (créé le au Teatro San Carlo à Naples)
- L'eremitaggio de Liwerpool (version révisée de Emilia di Liverpool, créée le au Teatro Nuovo à Naples)
- Alina, regina di Golconda (créé le au Teatro Carlo-Felice à Gênes, puis dans une version révisée le au Teatro Valle à Rome)
- Gianni di Calais (créé le au Teatro del Fondo à Naples)
- Il paria (créé le au Teatro San Carlo à Naples)
- Il giovedì grasso, ossia il nuovo Pourceaugnac (créé le au Teatro del Fondo à Naples)
- Elisabetta al castello di Kenilworth (créé le au Teatro San Carlo à Naples)
- I pazzi per progetto (créé le au Teatro San Carlo à Naples)
- Il diluvio universale (créé le au Teatro San Carlo à Naples, puis dans une version révisée le au Teatro Carlo Felice à Gênes)
- Imelda de' Lambertazzi (créé le au Teatro San Carlo à Naples)
- Anna Bolena (créé le au Teatro Carcano de Milan)
- Le convenienze ed inconvenienze teatrali ou Viva la mamma (version remaniée de Le convenienze teatrali créée le au Teatro Canobbiana à Milan)
- Gianni di Parigi (composé en 1831 ; créé le au Teatro alla Scala à Milan)
- Francesca di Foix (créé le au Teatro San Carlo à Naples)
- La romanzesca e l'uomo nero (créé le au Teatro del Fondo à Naples) – livret perdu –
- Fausta (it) (créé le au Teatro San Carlo à Naples)
- Ugo, conte di Parigi (créé le au Teatro alla Scala à Milan)
- L'elisir d'amore (créé le au Teatro Canobbiana à Milan)
- Sancia di Castiglia (créé le au Teatro San Carlo à Naples)
- Il furioso all'isola di San Domingo (créé le au Teatro Valle à Rome)
- Parisina (créé le au Teatro della Pergola à Florence)
- Torquato Tasso (it) (créé le au Teatro Valle à Rome)
- Lucrezia Borgia (créé le au Teatro alla Scala à Milan, puis dans une version révisée le au Teatro alla Scala à Milan)
- Rosmonda d'Inghilterra (créé le au Teatro della Pergola à Florence)
- Buondelmonte (version censurée de Maria Stuarda créée le au Teatro San Carlo à Naples)
- Gemma di Vergy[note 3] (créé le au Teatro alla Scala à Milan)
- Marino Faliero (créé le au Théâtre-Italien à Paris)
- Lucia di Lammermoor (créé le au Teatro San Carlo à Naples)
- Maria Stuarda (version originale créée le au Teatro alla Scala à Milan)
- Belisario (créé le au Teatro La Fenice à Venise)
- Il campanello di notte (créé le au Teatro Nuovo à Naples)
- Betly, ossia la capanna svizzera (créé le au Teatro Nuovo à Naples, puis dans une version révisée le au Teatro del Fondo à Naples)
- L'assedio di Calais (créé le au Teatro San Carlo à Naples)
- Pia de' Tolomei (créé le au Teatro Apollo à Venise, puis dans des versions révisées le à Sinigaglia et le au Teatro San Carlo à Naples)
- Roberto Devereux (créé le au Teatro San Carlo à Naples)
- Maria de Rudenz (créé le au Teatro La Fenice à Venise)
- Dalinda, aurait dû être créé au Teatro San Carlo de Naples en 1838 mais il est interdit par la censure et la partition est ensuite perdue. Des fragments sont retrouvés et réunis deux cents ans plus tard, et une création semi-scénique est alors possible le à Berlin (Konzerthaus)[182].
- Poliuto (composé en 1838 mais interdit par la censure napolitaine; créé en version française sous le titre Les Martyrs le à l'Opéra de Paris ; création de la version italienne le au Teatro San Carlo à Naples)
- Lucie de Lammermoor (version révisée en français de Lucia di Lammermoor créée le au Théâtre de la Renaissance à Paris)
- Le Duc d'Albe (composé en 1839 mais non représenté ; créé dans une version italienne posthume sous le titre Il duca d'Alba le au Teatro Apollo à Rome)
- La Fille du régiment (créé le à l'Opéra-Comique à Paris)
- L'Ange de Nisida (composé en 1839 mais non représenté)
- La Rinegata (version censurée de Lucrezia Borgia créée le au Théâtre-Italien de Paris)
- La Favorite (version révisée L'Ange de Nisida créée le à l'Opéra de Paris)
- Adelia (créé le au Teatro Apollo à Rome)
- Rita ou le Mari battu (composé en 1841 ; créé de façon posthume le à l'Opéra-Comique)
- Maria Padilla (créé le au Teatro alla Scala à Milan)
- Linda di Chamounix (créé le au Kärntnertortheater à Vienne, puis dans une version révisée le au Théâtre-Italien de Paris)
- Leonora di Guzman (version italienne censurée de La Favorite créée à Padoue en 1842, puis dans une version révisée sous le titre Elda ossia La favorita le au Teatro alla Scala à Milan)
- Don Pasquale (créé le au Théâtre-Italien à Paris)
- Maria di Rohan (créé le au Kärntnertortheater à Vienne)
- Dom Sébastien, roi de Portugal (créé le à l'Opéra de Paris, puis dans une version révisée le au Kärntnertortheater à Vienne)
- Caterina Cornaro, ossìa La Regina di Cipro (créé le au Teatro San Carlo à Naples, puis dans une version révisée en à Parme)
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]Références
[modifier | modifier le code]- (hu) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en hongrois intitulé « Gaetano Donizetti » (voir la liste des auteurs).
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Bibliographie
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Annexes
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Giuseppe Donizetti, son frère.
- Marietta Piccolomini, soprano italienne qui interpréta plusieurs œuvres de Donizetti.
- Rue Donizetti (16e arrondissement de Paris).
Liens externes
[modifier | modifier le code]- (it) Œuvres de Donizetti : textes avec concordances et liste de fréquence
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- Gaetano Donizetti
- Naissance en novembre 1797
- Naissance à Bergame
- Compositeur italien du XIXe siècle
- Compositeur italien de la période romantique
- Compositeur italien d'opéra
- Maître de chapelle
- Professeur de composition
- Chevalier de la Légion d'honneur décoré en 1835
- Décès en avril 1848
- Décès à Bergame
- Décès à 50 ans
- Personnalité liée à la musique classique décorée de la Légion d'honneur
- Éponyme d'un objet céleste