Dominique Arban

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Dominique Arban
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Dominique Arban, parfois Dominique Arnaud, de son vrai nom Nathalie Huttner, née le à Moscou et morte le à Paris[2], est une journaliste, critique littéraire et femme de lettres française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Nathalie Huttner («Natacha» pour les intimes) est née à Moscou le 13 octobre 1903 au sein d'une famille bourgeoise, de celles qui tous les ans prennent leurs vacances d'été en Allemagne, en Suisse ou en France. Ses souvenirs d'enfance sont des souvenirs de troïkas glissant sur la neige, sous des fourrures épaisses. Elle évoquait aussi beaucoup l'espace dont on disposait alors en Russie.

L'été 1914, la famille, en vacances en France, se retrouve coincée par la fermeture des frontières, conséquence du déclenchement de la première guerre mondiale.

Si son père et son frère conserveront à jamais une douloureuse nostalgie de la Russie, Natacha, elle, décide de s'intégrer, et de devenir la meilleure en français. La famille s'est installée à Ville d'Avray et la petite Natacha se retrouve camarade de classe de la fille du grand scientifique Jean Rostand, lui-même fils de l’écrivain Edmond Rostand, auteur du célèbre Cyrano de Bergerac. Et tous les étés, à Cambo-les-bains, au pays basque, là où la famille Rostand prend ses quartiers d’été, chaque soir, à l’heure de l’apéritif, la petite russe était appelée pour épater les amis d’Edmond Rostand en déclamant des passages qu’elle savait par cœur de Chanteclerc, qui était à l’époque la plus célèbre des pièces de Rostand.

Dans l'entre-deux guerres, elle est secrétaire de direction dans un journal pro-nazi, dirigé par Henri Massis. Thierry Maulnier et Robert Brasillach sont ses amis et complices (ils déclament ensemble du Racine). Massis est son amant. Elle ne se doute de rien, constatant juste que parfois, les conversations s'arrêtent lorsqu'elle arrive. Car Nathalie Huttner est juive mais ne le sait pas. «Je suis juive parce qu'on m'a dit que j'étais juive».

La guerre arrive. Les premières lois antisémites aussi. Elle refuse d'aller chercher son étoile jaune à la préfecture, ce qui lui est reproché par ses parents. Massis est à Vichy, elle lui écrit, elle n'aura jamais de réponse.

Elle passe une partie de l'Occupation dans une soupente, hébergée par des gens qu'elle ne connaît pas, mais qui l'hébergent.

Elle appartient, comme Marguerite Duras, au réseau de résistance dirigé par François Mitterrand, dont elle sera une grande admiratrice jusqu'à la fin, avec toutefois en privé des critiques sur la légèreté avec laquelle était mené ce réseau (une planque pour parachutés anglais située dans une impasse, une odeur de cigarettes Chesterfield dans les escaliers, une liste des membres du réseau dans le tiroir d'un petit bureau situé dans la planque)

A la libération, elle devient critique littéraire. Camus lui confie la page littéraire de «Combat». Dans les années qui suivent, elle publiera également de nombreux articles dans Le Figaro. Articles parfois frivoles, sur le petit monde des lettres, parfois plus sérieux, comme l'enquête qu'elle mène sur le manque de place à la Bibliothèque de la Sorbonne, où les étudiants sont obligés d'étudier assis sur les marches des escaliers.

Lorsqu' Elsa Triolet reçoit le prix Goncourt pour Le premier accroc, elle l'interviewe, rue de la Sourdière. Le confinement des lieux, l'interview se produisant sur un coin de lit alors qu'Aragon est en train de se raser à côté débouche sur une relation qui ne finira qu'avec la mort d'Elsa et d'Aragon. Dominique Arban n'aimait pas trop les femmes, elle était toujours assez dure avec elles. Chez elle, les romans d'Elsa Triolet, dûment dédicacés, servaient surtout à caler les fenêtres entrouvertes quand il faisait chaud. C'est Elsa Triolet qui l'appelait, pour parler russe, lorsque la nostalgie de sa langue maternelle la tenaillait. Par contre, elle a toujours eu pour Aragon une admiration sans bornes et elle ne l'a jamais lâché, même lorsqu'il était devenu un pestiféré. Elle l'a encore vu très peu de temps avant sa mort.

Son entretien avec André Breton a été publié en livre dans un ouvrage collectif d'entretiens.

Lorsque Gallimard entreprend de publier la correspondance entre Gide et Claudel, un problème se pose: Claudel prétend avoir "perdu" un nombre important de lettres de Gide. Celui-ci obtient qu'en compensation entre les deux paries de l'ouvrage soit publié son entretien avec Dominique Arban (qui a gardé comme nom de femme de lettres son dernier pseudonyme de l'époque de l'Occupation)

Elle travaille avec Camus à une adaptation théâtrale des Frères Karamazov, mise en scène de Jean-Louis Barrault, avec Terzief dans le rôle principal. Le décès de Camus met fin à l'aventure. Cela deviendra en 1969 un téléfilm dirigé par Marcel Bluwal, avec José-Maria Flotats, Terzief ayant vieilli entre temps.

En 1966 elle découvre Jacques Brel à la radio, va le voir plusieurs fois lors de sa tournée d'adieux, c'est son plus grand choc émotionnel après Dostoïeveski. Elle lui consacre une heure d'entetiens sur France Culture. Les enregistrements ont lieu chez elle, au 195 rue de l'université, où Brel se rend à pied entre deux répétions de L'Homme de la Mancha au théâtre des Champs-Elysées. Les transcriptions de l'entretiens seront publiées chez Seghers.

En 1968 c'est Aragon qui lui accorde un de ses deux seuls longs entretiens (avec Crémieux).

Elle entre à France Culture comme productrice d'une émission ("Etranger mon ami") consacré aux littératures étrangères.

Ses amis, inquiets pour sa sécurité de l'emploi, lui suggèrent d'entrer au C.N.R.S. Elle publie, sous la direction de Bachelard, une thèse de doctorat consacrée aux lectures de jeunesse de Dostoïevski. Mais le CNRS exige qu'elle rompe avec ses autres activités. Elle conservera son émissionde France Culture mais constatera que sa disparition de la presse écrite l'isolera.

A la fin de sa vie, Monique Nemer (1938-2016) qui, étudiante, avait tapé son mémoire de thèse et qui était devenue depuis une personnalité incontournable du monde de l'édition, ainsi qu'Hector Bianciotti, la pressent d'écrire ses mémoires.

Elle meurt le 24 juin 1991 dans son sommeil.

Dominique Arban a reçu le prix Langlois de l’Académie française en 1950 pour la traduction de la correspondance de Dostoïevski et le grand prix Poncetton pour l'ensemble de son œuvre en 1991.

Publications[modifier | modifier le code]

  • 1962 : Dominique Arban, Dostoïevski par lui-même, Paris, Le Seuil, coll. « Écrivains de toujours » (no 57), 192 p. (notice BnF no FRBNF32905261)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « https://portail-collections.imec-archives.com/ark:/29414/a011453482137EaFm3W »
  2. Michel Niqueux, « Sept lettres autobiographiques d'Alexis Remizov à Dominique Arban », Revue des études slaves, vol. 74, no 1,‎ , p. 171-191 (DOI 10.3406/slave.2002.6785).

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