Doigt d'honneur

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Le doigt d'honneur.

L'expression faire un doigt d'honneur est, dans les cultures occidentales, une altération de l'expression plus ancienne faire un doigt. Le geste correspondant à faire un doigt consiste à lever un majeur tendu à la verticale en signe d'hostilité. Il est souvent considéré comme obscène[1]. Cette altération de l'expression associée est apparue au début des années 2000. Ce symbole est même représenté par l'émoji ‹ 🖕 ›, qui a été introduit dans la version 7.0 du standard Unicode, en 2014.

Variantes[modifier | modifier le code]

Il y en a plusieurs variantes : on peut tendre le pouce en même temps, et on peut plier les doigts annulaire et index autour du majeur. Il y a aussi une variante du geste « je ne sais pas » italien : les doigts de la main mis sous le menton et approchés de l'interlocuteur, avec à la fin du geste le pliage de trois doigts pour faire un doigt.

Il est parfois aussi combiné avec le bras d'honneur, qui a, lui aussi, une connotation insultante.

Dans certains pays anglophones, dont le Royaume-Uni, l'Irlande, l'Australie, et la Nouvelle-Zélande, un V donné avec l'index et le majeur levés et en montrant le dos de la main à l'interlocuteur est considéré aussi insultant que le doigt d'honneur (à ne pas confondre avec le signe V donné avec la main de face). Ce V mime en réalité la lettre U[réf. nécessaire], première lettre de l'expression d'argot anglais « up yours » (littéralement : « dans le tien »).

En Afrique du Nord, le doigt d'honneur se fait en ouvrant la main la paume vers l'interlocuteur ou vers le ciel et en pliant le majeur vers l'interlocuteur ou vers le ciel.

Origines[modifier | modifier le code]

Les débuts de ce geste sont très incertains, mais ils sont probablement vieux de plusieurs milliers d'années. Il est appelé digitus impudicus (« doigt impudique ») dans des textes de la Rome antique[2]. En Grèce antique, ce geste était appelé le katapygon (κατάπυγον, de kata – κατά, « vers le bas » et pugē – πυγή, « fesses »). Dans les comédies grecques, le majeur dressé était une insulte envers quelqu'un, le terme katapugon signifiant « un homme qui reçoit une pénétration anale » — katapygaina au féminin. Dans Les Nuées[note 1] d'Aristophane (423 av. J.-C.), Socrate questionne un disciple sur la métrique en poésie ; Strepsiade déclare qu'il connaît très bien le dactyle et dresse son majeur. Il s'agit d'humour visuel fondé sur l'équivoque du terme dactylos. Diogène Laërce dans Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres[3] prête ce geste au philosophe cynique Diogène de Sinope :

« … Ayant trouvé un jour l’Orateur Démosthène, qui dînait dans une taverne ; et celui-ci se retirant, Diogène (de Sinope) lui dit, Tu ne fais, en te retirant, qu’entrer dans une taverne plus grande. Des étrangers souhaitant voir Démosthène, il leur montra son doigt du milieu tendu, en disant, Tel est celui qui gouverne le peuple d’Athènes[4]. »

« … Il disait aussi que beaucoup de gens passaient pour fous à cause de leurs doigts, parce que si quelqu’un portait le doigt du milieu tendu, on le regardait comme un insensé ; ce qui n’arrivait point, si on portait le petit doigt tendu. »

Le majeur dressé autour des autres doigts baissés évoque un phallus et le reste de la main, un scrotum[5]. L'usage très répandu du majeur dressé est probablement dû à la grande influence géographique de l'Empire romain et de la civilisation gréco-romaine.

Une autre origine possible peut se trouver dans le monde méditerranéen au Ier siècle, où tendre le digitus impudicus était l'une parmi plusieurs méthodes utilisées pour éloigner le mauvais œil[6].

Une histoire populaire raconte que les archers anglais agitaient deux doigts tendus devant les Français pendant la guerre de Cent Ans, mais elle serait en fait liée aux origines du signe V, aussi très incertaine, et non au doigt d'honneur[7]. Sans apporter de preuve à charge ou à décharge de ces théories, l'origine possible tiendrait à l'adoption par les troupes militaires professionnelles anglaises du puissant arc long anglais utilisé d'abord par leurs adversaires du pays de Galles. Le choix de cette arme leur conférait une telle supériorité face à la cavalerie et aux arbalétriers français, que ceux qui étaient capturés voyaient leur majeur amputé afin de ne plus pouvoir tirer à l'arc. Aussi, par provocation, avant les batailles, ils auraient agité le majeur en direction des troupes françaises dans l'idée de dire « Venez-donc les chercher ». Il semblerait que ce geste ait été repris des Gallois eux-mêmes, à l'époque où ils affrontaient l'Angleterre.

Old Hoss Radbourn, à l'extrême gauche de la rangée du haut, fait un doigt (shows a finger) en 1886. C'est la première photo connue de ce geste.

Le premier document connu montrant ce geste est une photo de 1886 où les joueurs de baseball des Beaneaters de Boston et des Giants de New York sont réunis, et dans laquelle Old Hoss Radbourn fait un doigt au photographe Jeremy Corbie[8].

Impact culturel[modifier | modifier le code]

Ce geste a joué un rôle dans des évènements politiques. Au cours de l'incident du Pueblo, la Corée du Nord capture un navire américain ; durant les prises de photos, il était courant que les membres de l'équipage montrent un discret majeur levé afin de gâcher l'effet pour la propagande chez l'armée adverse ; comme les Nord-Coréens ignoraient le sens de ce geste, les prisonniers leur ont d'abord expliqué qu'il s'agissait d'« un signe hawaïen de bonne chance »[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Finger (gesture) » (voir la liste des auteurs).
  1. Nuées, v. 654.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Collin et Xavier Mauduit, « Pourquoi le doigt d’honneur est devenu un geste obscène ? », sur France Inter,
  2. (en) Cecil Adams ; What's the origin of 'the finger'? ; Straight Dope ; 4 septembre 1998.
  3. (fr) Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres (traduction et notes de Robert Grenaille), GF-Flammarion, 1965, tome 2, « Diogène de Sinope ».
  4. insinuant par ce geste que Démosthène était fou.
  5. Bruno Roy, « À propos d’un geste antisémite décrit par Huguccio de Pise », dans Le Geste et les Gestes au Moyen Âge, Presses universitaires de Provence, (lire en ligne), §2, note 7.
  6. (en) Bruce J. Malina ; The New Testament World: Insights from Cultural Anthropology, 3rd Ed. ; Westminster John KnoX Press ; Louisville ; 2001.
  7. (en) Barbara Mikkelson ; Pluck Yew ; Snopes.com ; 29 septembre 1999.
  8. (en) When did the middle finger become offensive?, Daniel Nasah, BBC, 6 février 2012.
  9. (en) Russell Stu, « The Digit Affair », sur USS Pueblo Veteran's Association, « The finger became an integral part of our anti-propaganda campaign. Any time a camera appeared, so did the fingers. »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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