Djura

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Djura
Image dans Infobox.
Le groupe DjurDjura en 1980. Djura est à gauche.
Naissance
(72 ans)
IfighaVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Djouhra Abouda Lacroix
Nationalité
Activités

Djouhra Abouda Lacroix, connue sous le nom de scène de Djura, née le [1] à Ifigha, en Algérie, est une chanteuse française de musique kabyle[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

En 1954, le père de Djura quitte l'Algérie, alors département français, pour travailler à Paris. Quelques années plus tard, son épouse, Tassadit Abouda, née Sardi, et leurs deux enfants, dont Djura, le rejoignent dans le quartier de Belleville puis sont relogés à La Courneuve en proche banlieue[3]. Djura n'a que cinq ans et ne parle que le kabyle[4].

Études[modifier | modifier le code]

Ayant obtenu le baccalauréat de philosophie et étant attirée par les métiers du théâtre et du cinéma, elle envisage de faire une carrière artistique mais son père s'y oppose, ne lui voyant comme avenir que celui de mère au foyer. Elle décide alors, à l'âge de 17 ans, de retourner, seule, en Algérie à la recherche de ses racines. Refusant de se conformer au stéréotype traditionnel de la femme musulmane (son frère et sa femme souhaitent la marier), elle rentre en France mais est séquestrée par son père. Elle fugue et rompt avec sa famille. Travaillant pour subvenir à ses besoins et financer ses études, elle obtient une licence puis une maîtrise d'art plastique[4].

Réalisations cinématographiques[modifier | modifier le code]

Elle réalise alors deux courts métrages, Algérie couleurs et Ciné cité.

En cherchant des musiques pour son long métrage, Ali au pays des merveilles, réalisé en 1976 sur la condition des travailleurs immigrés, elle rencontre son futur producteur et mari, Hervé Lacroix, qui lui conseille de s'engager dans la chanson. Le film, qui donne la parole à un manœuvre maghrébin confronté à une France méprisante ou indifférente, est présenté à la cinémathèque d'Alger[5],[6].

Fondation de l'ensemble DjurDjura[modifier | modifier le code]

En 1979, elle fonde le groupe DjurDjura, du nom de la montagne Djurdjura. Elle y associe plusieurs de ses sœurs, notamment Malha et Fatima. Leur premier disque sort la même année aux éditions Kondo-Râ[5].

Éclatement du groupe[modifier | modifier le code]

En 1986, un différend familial les sépare, dont elle donne sa version dans son roman autobiographique Le voile du Silence (1987)[7]. Le livre se vend à plus de 200 000 exemplaires[5].

La même année, Djura crée un nouveau groupe, sous le nom de Djur Djura (en deux mots)[8], faute de pouvoir utiliser le nom initial (en un seul mot).

Carrière solo[modifier | modifier le code]

Djura réalise ensuite des albums personnels, notamment Le Défi en 1986, A Yemma en 1990 et Uni-vers-elles en 2002.

Elle publie un essai La Saison des Narcisses en 1993.

En 2008, elle crée L'Opéra des cités, fresque musicale qui retrace, à travers les yeux d’une petite fille venue en France à l’âge de 5 ans, l’histoire de l’immigration sur trois générations. Les talents des cités sont présentés sur les grandes scènes de France. Le projet a pour but d'instaurer le dialogue entre les communautés qui représentent la France multiculturelle. L'association Opéra des cités travaille à Marseille, dans les écoles, pour mettre en place une opération, un conte pour enfant qui est présenté à Marseille en . L'Opéra des cités devrait ensuite se produire à Paris.

Tournées du nouveau groupe Djur Djura en Algérie[modifier | modifier le code]

Alors que le groupe initial avait été interdit de se produire en Algérie à cause de ses chants patriotique kabyles[9], le nouveau groupe est autorisé à effectuer, en 2015, une tournée dans le pays, passant notamment au 37e festival international de musique de Timgad[10].

En 2016, le groupe retourne en Algérie et se produit au Théâtre Hasni-Chakroun d’Oran puis au Centre des arts de Sidi-Fredj sur la côte ouest d’Alger. Il y chante Idurar n djerdjer (Mont Djurdjura), Tafat (Lumière), Yiwen wass (Un Jour) et Yir ussan (Les Mauvais Jours) ainsi que Kker a mmis umazigh (Debout fils d’Amazigh), chant patriotique écrit en 1945 par Mohand Ouidir Aït Amrane[10].

Nomination au Conseil économique, social et environnemental[modifier | modifier le code]

Par décret en date du , le président François Hollande a nommé Djura au Conseil économique, social et environnemental[11].

Honneurs[modifier | modifier le code]

Madame Lacroix, née Abouda (Djouhra), a été nommée en 2005 au grade de chevalier de la Légion d’honneur, dans le cadre de la « promotion de l’égalité des chances »[12].

Décorations[modifier | modifier le code]

Discographie[modifier | modifier le code]

Ensemble Djurdjura[modifier | modifier le code]

Albums produits de 1979 à 1982 par le groupe Djurdjura (en un seul mot) :

  • 1979 : le Printemps,
  • 1980 : Asirem,
  • 1982 : A Yemma

Ensemble Djur Djura[modifier | modifier le code]

  • 1986 : Le défi.

Solo[modifier | modifier le code]

  • 2002 : Uni-vers-elles.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Le Voile du Silence, 1987 ; Le Livre de Poche, 1991
  • La Saison des narcisses, Michel Lafon, 1993, 233 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Déjeux, La littérature féminine de langue française au Maghreb, éditions Kartala, , p. 225
  2. Nassima Benmalek, « France : Jura, la fondatrice du groupe Djurdjura, personnalité associée au CESE », observalgerie.com, 7 avril 2018 : « La chanteuse franco-algérienne Djouhra Abouda (Jura), fondatrice du groupe de musique « Djurdjura », a été nommée personnalité associée au Conseil économique, social et environnemental (Cese). »
  3. « Quand Djura chante », Afrik.com, 19 mars 2018.
  4. a et b David Cadasse, « Quand Djura chante », Carnets berbères et nord africains, 23 mars 2008.
  5. a b et c Achour Cheurfi, Portrait de Djura, Dictionnaire des musiciens et interprètes algériens.
  6. Élodie Maillot, « Algériennes et chanteuses », musique.rfi.fr, 28 mars 2002.
  7. Djura Femme rebelle, propos recueillis par Michel Muller, L'Humanité, 22 juin 1990 ; « L'âme du groupe Djurdjura vient de publier un livre, «Le voile du silence» dans lequel elle nous apporte la vie d'une petite fille de Kabylie, née peu de temps avant le déclenchement de la guerre de libération algérienne, celle de l'adolescente émigrée à Paris pendant les années de guerre et vivant dans les taudis du boulevard Masséna, celle enfin de la jeune femme qui veut vivre libre et que son frère a failli tuer parce qu'elle avait choisi de vivre avec un homme qui n'était pas de sa culture, de sa tradition, de sa religion. »
  8. Djur Djura, sur le site Discogs.
  9. DjurDjura, Last Night in Orient, 9 mai 2010 : « Ils étaient interdit de jouer en Algérie à cause des chants patriotiques kabyles. »
  10. a et b M. Rediane, Djura chante Nihal, Le jeune Indépendant, 14 août 2016.
  11. Mohamed El Ouazguiti, « Président François Hollande nomme l’artiste Amazighe Kabyle DJURA au Conseil économique, social et environnemental », amazighworld.org, 4 avril 2017.
  12. « Décret du 31 décembre 2005 portant promotion et nomination », sur legifrance.gouv.fr, (consulté le ).
  13. « Nomination dans l'ordre des Arts et des Lettres – été 2021 », sur www.culture.gouv.fr (consulté le )

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Ressource relative à la musiqueVoir et modifier les données sur Wikidata :