Djemila Benhabib

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Djemila Benhabib
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Journaliste, chroniqueuse de presse, écrivaineVoir et modifier les données sur Wikidata
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Djemila Benhabib (née en 1972 en RSS d'Ukraine[1]) est une écrivaine et militante politique québécoise d'origine algérienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Benhabib sur l'International Conference on Free Expression and Conscience 2017 à Londres.

Née en République socialiste soviétique d'Ukraine en 1972, d'un père algérien et d'une mère chypriote-grecque, tous deux scientifiques, Djemila Benhabib grandit à Oran[2],[3]. Sa famille est engagée dans les luttes sociales et politiques, ses parents étant des personnalités publiques d'opinion communiste[4],[5]. Suivant l'exemple de ses parents, Djemila Benhabib débute son engagement politique au sein du Parti de l’avant-garde socialiste algérien[6].

En 1994, alors que l'Algérie est aux prises avec la montée de l'intégrisme musulman, sa famille est condamnée à mort par le Front islamique du djihad armé (FIDA) (en) et se réfugie en France, dans la ville de Saint-Denis, au nord de Paris[7]. Elle déménage au Québec en 1997 pour des raisons politiques[8] et fait des études en science physique, en science politique et en droit international. Elle exerce le journalisme pour le quotidien algérien El-Watan, fait plusieurs reportages à travers le monde, devient assistante parlementaire au Parlement fédéral à Ottawa puis fonctionnaire au gouvernement fédéral[9].

Journaliste, essayiste, femme politique, et militante contre le fondamentalisme musulman, Djemila Benhabib se fait connaitre en 2009 avec son premier essai Ma vie à contre-Coran pour lequel elle est finaliste des Prix du Gouverneur général 2009[10],[11] et remporte le Prix des écrivains francophones d'Amérique. En 2011, elle publie Les Soldats d'Allah à l'assaut de l'Occident[12],[13],[14], préfacé par d'Yvette Roudy, ministre des Droits de la femme (1981-1986), qui fait encore une fois beaucoup de bruit et se retrouve en tête du palmarès des ventes. Dans ce livre, elle fustige l'alliance entre une partie de la gauche et l'islam politique, ce qu'elle identifie par l'islamo-gauchisme en plus de dénoncer l'alliance historique entre les États-Unis et l'Arabie-saoudite. En 2012, elle reçoit le Prix International de la laïcité décerné par le Comité Laïcité République[15] et le magazine féminin Châtelaine la classe parmi les 50 femmes les plus importantes du Québec [16]. La cérémonie se déroule à la Mairie de Paris, le 8 octobre, et la distinction lui est remise par Charb, l'ancien patron de Charlie Hebdo, président du Jury[17].

Elle se présente comme candidate péquiste dans la circonscription de Trois-Rivières pour l'élection générale québécoise de 2012[18]. Elle présente pour la première fois en campagne électorale l'idée d'une Charte de la laïcité et devient la cible des attaques du maire de Saguenay Jean Tremblay[19]' [20] qui lui reproche ses origines. Elle est défaite de justesse par la candidate libérale Danielle St-Amand[21]. Elle publie son troisième ouvrage Des femmes au printemps [22] qui raconte les Révolutions arabes en Tunisie et en Égypte sous l'angle des femmes. Elle insiste sur l'importance de la reconnaissance du sujet sexuel féminin comme condition indissociable à l'émergence du sujet citoyen. Elle défend l'idée d'une Révolution par les femmes et pour les femmes. La même année, elle est finaliste pour le Prix Simone de Beauvoir. On lui attribue le Prix de littérature Gérald Godin[23] et le Prix Culture Mauricie en 2013. En mars 2014, elle reçoit le Prix humaniste du Québec 2014, décerné conjointement par la Fondation humaniste du Québec et l'Association humaniste du Québec[24]. Elle prend part au débat sur la laïcité et fait la promotion de la Charte des valeurs québécoises en lançant le mouvement des Jeanette [25] avec Julie Snyder, Jeanette Bertrand, Michelle Blanc et Chantal Renaud ainsi qu'une quinzaine d'autres femmes. Elle se représente comme candidate du Parti québécois, en mars 2014, dans la circonscription de Mille-îles à Laval [26]. Ce qui n'est pas pour plaire au Collectif québécois contre l’islamophobie (CQCI) d'Adil Charkaoui qui lance une pétition contre sa candidature et réclame du Parti québécois sa destitution [27],[28]. Elle est défaite à nouveau par la candidate libérale Francine Charbonneau.

Le 26 février 2016 alors qu'elle entame, au Québec, la promotion de son livre Après Charlie, laïques de tous les pays mobilisez vous[29],[30]' [31] , Djemila Benhabib est « blâmée sévèrement » par le Conseil de presse du Québec pour le plagiat de cinq articles sur son blogue[32]. Elle a vivement réagi à cette décision accusant le Conseil de participer à une « tentative d’exécution publique » et de « manquer de rigueur », en plus de le soupçonner d’entretenir des « accointances » avec des médias qui ont diffusé la décision avant qu’elle ne soit rendue publique[33]. La Présidente du Conseil de Presse du Québec Paule Beaugrand-Champagne a répondu à son tour à ces propos[34].

Elle est honorée le 3 mai à Bruxelles par la Vrije Universiteit Brussel (VUB) (l’université néerlandophone de Bruxelles) et l’Université libre de Bruxelles (ULB), et obtient le Prix de la liberté d’expression pour l’ensemble de son œuvre, à l’occasion de la 2e édition du Difference Day, événement organisé dans le cadre de la Journée mondiale de la liberté de la presse, sous le patronage de l’Union européenne et de l’Unesco [35]. Les organisateurs soulignent sa « contribution vitale à la protection et à la promotion de la liberté de pensée et d’expression dans une société démocratique en perpétuel changement ». Elle succède ainsi en ex æquo, avec la journaliste de Charlie Hebdo Zineb El Rhazoui[36], au blogueur Raïf Badawi (Prix 2015).

Depuis le 7 janvier 2016, date de sortie de son nouvel essai Après Charlie [37], préfacé par l'écrivain Boualem Sansal, Djemila Benhabib parcourt l'Europe et le Québec pour appeler à un sursaut laïque face à la progression de l'islam politique [38]. Elle rappelle que la chute des grandes idéologies du XXe siècle a entraîné un retour du religieux dans nos sociétés qui compromet la liberté de conscience et d'expression, la condition des femmes, l'éducation et la liberté du désir. Elle dénonce aussi l'immobilisme des gouvernements occidentaux et les élites démissionnaires[réf. souhaitée].

Affaires judiciaires[modifier | modifier le code]

En juin 2015, un jugement de la Cour supérieur du Québec de la Division des petites créances a été rendu en faveur de Djemila Benhabib dans une cause l'opposant à Amal Amin, une mère musulmane qui lui reprochait d'avoir publié trois photos de ses deux enfants, sur son blogue du Journal de Montréal accompagnant un article intitulé « Les petites filles voilées : notre grande hypocrisie » [39]. Les photos accessibles au public étaient affichées sur le site Internet de la mosquée des Frères musulmans, al-Rawdah [40]. Comme le mentionne le jugement, « Dans cette affaire, deux principes s'opposaient: le droit au respect de la vie privée et de son image, d’une part, et, d’autre part, la liberté d’expression et la liberté d’opinion ». Le juge Alain Breault a estimé: « que les propos ou commentaires de Mme Benhabib et l’utilisation des quatre photos s’inscrivent correctement dans ce débat public. Le sujet discuté est d’intérêt public et les photos utilisées sont pertinentes, voire en lien direct, avec la ou les questions soulevées et discutées dans le blogue. Ce type de débat se justifie amplement dans les caractéristiques fondamentales dont se nourrit une société libre et démocratique. (...) »

En 2016, Djemila Benhabib fait face, encore une fois, à la justice au Québec, poursuivie au civil pour diffamation par un établissement scolaire privé portant le nom d’Écoles musulmanes de Montréal (EMMS). L'école en question lui reproche des déclarations « diffamatoires » et « anti-islamiques » faites sur les ondes du 98.5 Fm au micro de l'animateur Benoît Dutrizac, le 8 février 2012 [41]. Cette interview faisait suite à une chronique publiée sur son blogue du Journal de Montréal. Elle y dénonçait les récitations coraniques contenues dans le programme et le port obligatoire du voile islamique par les élèves. Elle comparait l'endoctrinement dans cette école à « de l’endoctrinement digne d’un camp militaire en Afghanistan ou au Pakistan ». L'école a intenté une action judiciaire contre elle lui réclamant des dommages s'élevant à 95.000 dollars canadiens [42]. La cause a été entendue par la juge Carole Hallée, le 26 septembre 2016, au Palais de justice de Montréal, et le procès, fort médiatisé, s'est échelonné sur cinq jours [43],[44],[45],[46],[47],[48],[49],[50]. L'école était représentée par Julius Grey, alors que Djemila Benhabib a choisi pour sa défense Marc-André Nadon [51], avocat spécialisé dans les médias et la diffamation. Le 13 décembre 2016, la Cour supérieure du Québec donne raison à Djemila Benhabib, justifiant sa décision par les mêmes raisons que la précédente affaire concernant les jeunes filles voilées[52].

Tout au long de ces procédures judiciaires, Djemila Benhabib a bénéficié de l'appui d'un Comité de soutien international[53] qui compte plusieurs personnalités de renom, dont la philosophe Élisabeth Badinter, l'astrophysicien Hubert Reeves, l'équipe de Charlie Hebdo, la féministe bangladaise Taslima Nasreen, et l'ancien premier-ministre du Québec, Bernard Landry, ainsi que des dizaines d'associations féministes et laïques et des parlementaires européens.

Publications[modifier | modifier le code]

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Cheminement », sur http://www.djemilabenhabib.com
  2. Yasmine Chouaki, « En sol majeur : Djemila Benhabib », RFI,
  3. « Djemila Benhabib », sur http://www.edvlb.com
  4. « Djemila Benhabib « Le débat intellectuel sur l’idéologie islamiste est un grand manque en France » », sur L'Humanité (consulté le 27 février 2016)
  5. « «L’islam politique nourrit les Le Pen et Trump de ce monde» », Le Progrès,‎ (lire en ligne)
  6. Administrator, « Conseil des femmes francophones de Belgique - Conseil des femmes francophones de Belgique », sur www.cffb.be (consulté le 17 février 2017)
  7. « Djemila Benhabib : l'insoumise - Châtelaine », sur Châtelaine, (consulté le 8 juin 2016)
  8. « Notice bibliographique », VLB,
  9. Denis Lessard et Philippe Teisceira-Lessard, « Djemila Benhabib candidate », La Presse,
  10. « Le Conseil des arts du Canada dévoile les noms des finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de 2009 », Conseil des arts du Canada,
  11. « Djemila Benhabib Ma vie à contre-Coran : une femme témoigne sur les islamistes », Conseil des arts du Canada
  12. Mathieu Turbide, « Attention à l'islam politique », Le Journal de Montréal,
  13. « Conférence de Djemila Benhabib à Notre-Dame-des-Prairies », L'Action,
  14. Corinne Guimont, « L’histoire et les luttes de Djemila Benhabib », L'Éveil et La Concorde,
  15. « Site du Comité Laïcité République », Comité Laïcité République (consulté le 12 février 2016)
  16. « Les femmes : Djemila Benhabib », sur www.femmesdeparole.com (consulté le 14 octobre 2016)
  17. « L'auteure Djemila Benhabib est lauréate du Prix international de la laïcité », sur http://www.radio-canada.ca, Société Radio-Canada,
  18. « Djemila Benhabib en mode séduction », sur Le Devoir (consulté le 8 juin 2016)
  19. « Le maire Jean Tremblay charge Djemila Benhabib », sur Le Devoir (consulté le 8 juin 2016)
  20. Groupe des Nouveaux Médias, « Crucifix : le maire de Saguenay s'en prend à la candidate péquiste Djemila Benhabib | Élections Québec 2012 | ICI.Radio-Canada.ca », sur Radio-Canada.ca (consulté le 8 juin 2016)
  21. « Résultats préliminaires - Trois-Rivières », sur http://www.monvote.qc.ca,
  22. « Les deux causes de Djemila Benhabib », sur Le Devoir (consulté le 8 juin 2016)
  23. Renée Larochelle - Aufil des événements, « Féministe en veston rose - Le Fil - Université Laval », sur www.lefil.ulaval.ca (consulté le 8 juin 2016)
  24. Djemila Benhabib reçoit le Prix humaniste du Québec 2014, La Presse.
  25. Zone Politique - ICI.Radio-Canada.ca, « Charte : les Janettes manifestent à Montréal | La charte des valeurs, entre division et inclusion », sur Radio-Canada.ca (consulté le 15 octobre 2016)
  26. « Pauline Marois présente Djemila Benhabib », sur TVA Nouvelles (consulté le 8 juin 2016)
  27. (www.iclic.com), « Élections 2014 : une pétition contre Djemila Benhabib | L'Écho de Laval », L'Écho de Laval,‎ (lire en ligne)
  28. Sarah-Maude Lefebvre, « Accusée d'islamophobie : 1000 signatures contre Djemila Benhabib », sur Le Journal de Montréal (consulté le 8 juin 2016)
  29. « Après Charlie de Djemila Benhabib | Septentrion », sur Septentrion (consulté le 7 juin 2016)
  30. « Après Charlie : plaidoyer pour une remobilisation laïque - France Culture », sur France Culture (consulté le 7 juin 2016)
  31. « Émission du 25 février 2016 | BazzoTV | Télé-Québec », sur Bazzo.tv (consulté le 8 juin 2016)
  32. Marie-Michèle Sioui, « Djemila Benhabib «blâmée sévèrement» pour plagiat », sur http://www.ledevoir.com (consulté le 27 février 2016)
  33. « Guerre de mots entre Djemila Benhabib et le Conseil de presse », sur Le Devoir (consulté le 11 mars 2016)
  34. Lettre ouverte : réponse aux critiques de Mme Benhabib envers le CPQ, Conseil de Presse du Québec, 2 mars 2016.
  35. « Prix de la liberté d'expression: Djemila Benhabib succède à Raïf Badawi | Marc Rochette | Actualités », sur La Presse (consulté le 7 juin 2016)
  36. « Prix de la liberté d’expression à Djemila Benhabib - France-actu - El Watan », sur www.elwatan.com (consulté le 7 juin 2016)
  37. Sisyphe Mireille Vallette, journaliste indépendante, « Sisyphe - "Laïques de tous les pays, mobilisez-vous" - Djemila Benhabib », sur sisyphe.org (consulté le 7 juin 2016)
  38. « Djemila Benhabib : "nous faisons face à une internationale islamiste" », sur TV5MONDE, (consulté le 7 juin 2016)
  39. « Une mère musulmane perd son recours contre Djemila - Poste de veille », sur www.postedeveille.ca (consulté le 15 octobre 2016)
  40. « Centre Communautaire Laurentien/Mosquée AlRawdah », sur alrawdah.ca (consulté le 15 octobre 2016)
  41. « Le procès de Djemila Benhabib contre une école privée musulmane approche • Divers (Actualité) • 98,5 fm Montréal », sur www.985fm.ca (consulté le 14 octobre 2016)
  42. « Djemila Benhabib affrontera une école privée musulmane devant les tribunaux. Giuseppe Valiante. Actualités judiciaires », La Presse,‎ (lire en ligne)
  43. Martine Gozlan, « Djemila Benhabib : le djihad tente d'imposer sa loi aux tribunaux », Marianne,‎ (lire en ligne)
  44. (en) Graeme Hamilton, « Author in slander trial says Muslim school's teachings go against Quebec values », National Post,‎ (lire en ligne)
  45. Alban Ketelbuters, « Le procès de Djemila Benhabib et le féminisme halal », Marianne,‎ (lire en ligne)
  46. Christiane Desjardins, « Propos sur les Écoles musulmanes: Benhabib maintient sa position. Christiane Desjardins- Procès », La Presse,‎ (lire en ligne)
  47. Michael Nguyen, « Poursuite en diffamation: Djemila Benhabib persiste et signe », sur Le Journal de Montréal (consulté le 14 octobre 2016)
  48. Alban Ketelbuters, « Merci, Djemila Benhabib! », Le Devoir,‎ (lire en ligne)
  49. Simon-Pierre Savard-Tremblay, « L’affaire Benhabib n’est pas que judiciaire », sur Le Journal de Montréal (consulté le 14 octobre 2016)
  50. Mathieu Bock-Côté, « Djemila Benhabib : un procès idéologique et politique », sur Le Journal de Montréal (consulté le 15 octobre 2016)
  51. « Accueil - Experts-Conseils CEP inc. », Experts-Conseils CEP inc.,‎ (lire en ligne)
  52. Zone Justice et faits divers - ICI.Radio-Canada.ca, « Procès pour diffamation : la Cour donne raison à Djemila Benhabib », sur Radio-Canada.ca (consulté le 13 décembre 2016)
  53. « Toute la rigueur républicaine contre l’islam radical », Libération.fr,‎ (lire en ligne)
  54. « Merci, Djemila Benhabib! », Le Devoir,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]