Djaïli Amadou Amal

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Djaïli Amadou Amal
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Djaïli Amadou Amal au salon du livre de Paris en 2012
Naissance
Maroua, Cameroun
Activité principale
écrivaine
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Français
Mouvement Association Femmes du Sahel

Œuvres principales

Walaande, l'art de partager un mari
Mistiriijo, la mangeuse d'âmes
Les Impatientes

Djaïli Amadou Amal, née en 1975 à Maroua dans le département de Diamaré situé dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun, est une militante féministe et écrivaine camerounaise d'expression française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Djaïli Amadou Amal est la fille d'un père camerounais et d'une mère égyptienne[1].

Mariée à dix-sept ans dans le cadre d'un mariage forcé, elle a connu ce qui rend difficile la vie des femmes du Sahel. « Dans tout ce que je fais, j'essaie surtout de parler des discriminations faites aux femmes ; c'est mon cheval de bataille ! ». La presse camerounaise l'a d'ailleurs surnommée « la voix des sans-voix ». En 1998, Djaïli Amadou Amal parvient à quitter cet homme après 5 ans de vie commune[1].

Dix ans et un second mariage plus tard, elle quitte un deuxième époux, violent, pour s’installer à Yaoundé. Au moment de la rupture, celui-ci kidnappe ses deux filles pour la punir[1]. Djaïli Amadou Amal ne baisse pas les bras. Celle qui rêvait d'être journaliste travaille grâce à son BTS en gestion, vend ses bijoux, achète un ordinateur, une table, une chaise et se met à écrire[1].

Premier roman : Walaande, l'art de partager un mari[modifier | modifier le code]

Elle est reconnue comme étant la première femme écrivaine du Septentrion camerounais. Son premier roman Walaande, l'art de partager un mari, paru en 2010, lui confère une renommée immédiate. Témoignage autobiographique d'une femme qui a vécu cette situation de l'intérieur, il raconte l’histoire de quatre femmes vivant dans la même concession et qui ne font qu’attendre leur tour auprès de leur époux. « Quand tu entres dans une famille polygamique, tu dois être aveugle et sourde. Que tes yeux ne voient rien, tes oreilles n'entendent rien, ta bouche ne dise rien »[2]. Le Prix du jury de la Fondation Prince de Claus à Amsterdam, obtenu dans la foulée de sa parution, vaut à l'ouvrage d'être traduit en langue arabe et diffusé dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient[3].

Djaïli Amal dénonce les pesanteurs sociales liées aux traditions et aux religions[4]. À travers l'écriture, elle dénonce les problèmes sociaux de sa région, notamment les discriminations faites aux femmes, mais promeut aussi la culture peule.

En 2012, au lendemain de son retour des États-Unis où elle avait pris part à un programme du gouvernement américain, International Visitor Leadership Program (IVLP) axé sur la société civile et les femmes leaders aux États-Unis, elle crée l'association Femmes du Sahel soutenue par l'ambassade des États-Unis au Cameroun. La même année, elle est l'invitée du salon du livre de Paris où elle effectue un passage remarqué.

Deuxième roman : Mistiriijo, la mangeuse d'âmes[modifier | modifier le code]

Son deuxième roman, Mistiriijo, la mangeuse d'âmes, paru en 2013, confirme le talent de la romancière. Le bimensuel camerounais, L’Œil du Sahel, la classe en 2014 parmi les cinq femmes influentes du Nord-Cameroun, pionnières dans leurs domaines respectifs[5]. Le quotidien Le Jour la désigne comme l'une des figures de proue de la nouvelle littérature camerounaise.

En , un décret du Ministre des Arts et de la Culture l'intègre au Comité d'Organisation du Festival national des arts et de la culture (FENAC), qui se tient à Yaoundé au mois de novembre de la même année. À l'occasion de cet événement, elle reçoit la distinction de chevalier de l'Ordre de la Valeur, actée par le décret du Chef de l’État camerounais, Paul Biya. L'année suivante, elle est élue au conseil d'administration de la Société civile des droits d'auteurs de la littérature et des arts dramatiques (SOCILADRA).

Troisième roman : Munyal, les larmes de la patience[modifier | modifier le code]

Son troisième roman, Munyal, les larmes de la patience, paraît en , la classant définitivement parmi les valeurs sûres de la littérature africaine, et l'un des plus importants écrivains peuls de l'histoire. Cet ouvrage remporte en 2018 la sélection de l'Alliance internationale des éditeurs indépendants, récompensé par la publication sous le label de la collection Terres Solidaires pour une large diffusion et promotion dans les pays d'Afrique francophone. C'est la première fois qu'un écrivain ayant publié en Afrique remporte cette sélection.

Auteure à succès, Djaïli Amadou Amal est sans doute l'écrivain camerounais le plus lu ces dernières années. Ainsi à l'occasion de la dédicace qu'elle tient en mai 2018 à l'Institut français de Yaoundé, de son roman Munyal, l'éditeur Proximité en écoule 251 exemplaires.

En , l'ouvrage consacre l'écrivaine lauréate du prix de la Presse panafricaine de littérature 2019 qui lui est décerné au salon Paris Livre. Un hommage de la nation organisé à cette occasion par le Ministre des Arts et de la Culture, Ismael Bidoung Mkpatt, lui est rendu à l'ambassade du Cameroun à Paris devant un parterre d'invités et le personnel diplomatique. Deux mois plus tard, elle est la lauréate du 1er Prix Orange du Livre en Afrique. Des distinctions abondamment relayés dans les médias nationaux (dont elle couvrira constamment la une) et internationaux (dont Jeune Afrique, Le Point, Paris Match, Radio France internationale, Vox Africa, Africa 24, France 24, TV5 Monde, entre autres), confortant la renommée de la romancière dans son pays et au-delà des frontières nationales.

Un hommage national lui est rendu au mois de septembre 2019 par le Premier Ministre au nom du Chef de l'État à l'occasion de la rentrée culturelle et artistique nationale[réf. nécessaire], une cérémonie retransmise en direct sur la chaîne de télévision publique, pendant laquelle elle sera élevée au rang d'Officier de l'Ordre de la Valeur[6]. Elle prononce à cette occasion un discours au nom des artistes de son pays. Au sortir de cette cérémonie elle s'engage aux côtés de l'Unicef. Deux semaines plus tard, elle effectue un retour triomphal dans sa ville natale, Maroua, où elle est célébrée par les autorités administratives et politiques, les élites locales et la population, terminant par un tour de ville dans une liesse populaire comme Maroua en aura rarement vécu[7]. Le cortège s'immobilise pendant quelque cinq minutes à Mbarmare devant la maison familiale où l'écrivaine passa son enfance. À l'occasion de la cérémonie, elle reçoit des mains du Gouverneur de la Région, la lettre des félicitations personnelles du Chef de l'État pour ses accomplissements[8].

Pour terminer l'année 2019 de l'écrivaine, le quotidien Cameroun Tribune désigne le roman Munyal, les larmes de la patience livre de l'année.

Les Impatientes[modifier | modifier le code]

L'écrivaine signe son entrée au sein de la maison d'édition française Emmanuelle Collas qui la publie dès 2020. L'éditrice veut retravailler le texte de Munyal pour « qu'il devienne universel, qu'il puisse être lu partout dans le monde ». Il paraît en septembre 2020 sous le titre Les Impatientes, et fait immédiatement partie de la première sélection du prix Goncourt 2020[1] et atteint la finale. Cette performance remarquable fera d'elle la première écrivaine africaine à accéder en finale du Goncourt ; le deuxième écrivain de l'Afrique subsaharienne depuis le Guinéen Saïdou Bokoum en 1975 pour son fameux roman, Chaînes ; le premier écrivain à partir du continent à être présélectionné au Goncourt. Les impatientes obtiendra finalement le prix Goncourt des lycéens le 2 décembre 2020[9], puis s'adjugera dans la foulée le Choix Goncourt de l'Orient le 8 décembre 2020. Les impatientes figurera parmi les best-sellers de la rentrée littéraire, le roman se hissera au deuxième rang des romans les plus vendus derrière le Prix Goncourt, L'Anomalie d'Hervé Le Tellier. Djaili Amadou Amal accède au rang de star de la littérature. Elle est présente sur les Chaînes de télévision et Radios et dans la Presse écrite, les journaux et Magazines de célébrités comme Paris Match, Elle et bien d'autres. On la voit en affiche dans les grands enseignes de livres et librairies indépendantes, sur des panneaux de publicité dans les stations de métro parisien, et sur des affiches ornant des bus du réseau de transports parisiens et des communes des banlieues.

L'écrivaine sera désignée par la chaîne de télévision internationale France 24 parmi les dix femmes qui ont marqué l'année 2020, aux côtés de Kamala Harris, Angela Merkel, Jacinda Adern ou encore la championne de tennis Naomi Osaka.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Djaïli Amadou Amal réside à Douala, sur la côte littorale du pays en compagnie de son époux, Hamadou Baba, un ingénieur issu comme elle de la région septentrionale du Cameroun, et également écrivain sous le pseudonyme de Badiadji Horrétowdo[10],[9]. Celui-ci dira qu'elle est la meilleure surprise de toute l'histoire du Grand-Nord Cameroun, expliquant qu'elle est l'inattendue, le produit que sa propre société n'a jamais voulu qu'elle soit. Dans un article signé au quotidien La Nouvelle Expression, numéro 4352 du , au lendemain de sa première distinction nationale par le Chef de l'État, il ajoutera qu'« elle est la personnalité la plus significativement importante que le Grand-Nord Cameroun n'ait jamais su éclore. »

Polémique[modifier | modifier le code]

En janvier 2021, quelques semaines après l’annonce du lauréat du prix Goncourt des lycéens 2020, un autre son de cloche se fait entendre. Des avis mitigés sur le livre primé de Djaili Amadou Amal (« Les impatientes ») persistent sur les réseaux sociaux et se voient finalement répercutés dans la formule « Le désenchantement des lecteurs de Djaili Amadou Amal »[11]. Certains lecteurs critiques ne manquent pas de s’interroger sur les critères que le Jury du prix Goncourt 2020 aurait fait valoir pour que l’ouvrage soit maintenu jusqu’à la dernière sélection, car pour eux, la noblesse du message porté par le livre ne saurait suffire seule à justifier cette performance, au vu de la qualité littéraire quelque peu « ordinaire » du roman de Djaili Amadou Amal.

« Est-ce qu'il suffirait aujourd'hui d'écrire un roman sur une cause pour mériter un prix littéraire ? Les ONG s'en occupent, de rendre hommage aux défenseurs de bonnes causes. Prix Nobel de la paix etc. Pour un prix littéraire, il faut beaucoup plus que se contenter de défendre simplement une cause dans un livre.[12] »

La Fondation Orange se voit reprocher son implication un peu outrancière dans le projet de réédition du livre de Djaili Amadou Amal en France, s’exposant ainsi aux soupçons d’avoir pu, d’une manière ou d’une autre, jouer de son influence pour favoriser son autrice dans son parcours au prix Goncourt 2020, ainsi que dans les médias.

« En 2020, la Fondation Orange outrepasse son statut autoproclamé de promoteur et organisateur de prix littéraire pour celui d’agent littéraire, avec pour seul « client » Djaili Amadou Amal. [...] Une note paratextuelle nous l’apprend sans équivoque dans « Les impatientes », la Fondation Orange a initié et tenu le rôle d’entremetteur dans le projet de réécriture et de réédition du livre en question en France[13] »

Dans la foulée, la crédibilité du Prix Orange du Livre en Afrique 2019 décerné à Djaili Amadou Amal est également questionnée[14]. Et une lettre ouverte est adressée conjointement à Alain Mabanckou, Chantal Biya et Léonora Miano, entre autres, dans laquelle il leur est donné à constater « l’inopportunité de [leurs] messages de félicitations respectifs à Djaili Amadou Amal pour le prix Goncourt des lycéens 2020 »[15].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e La Camerounaise Djaïli Amadou Amal, surprise de la sélection du prix Goncourt, Le Monde, 23 octobre 2020
  2. Walaande, l'art de partager un mari, un livre, un combat, site de "A vos livres, citoyennes !" la littérature au féminin
  3. Notice chez l'éditeur, [lire en ligne]
  4. La voix des femmes du Cameroun, Breizh Femmes, le Magazine du féminisme et de l'égalité à Rennes et en Bretagne
  5. Page de la revue l'Œil du Sahel.
  6. « Littérature : Paul Biya encourage Djaili Amadou Amal », sur www.cameroon-tribune.cm (consulté le 28 février 2021)
  7. « Littérature : Paul Biya encourage Djaili Amadou Amal », sur www.cameroon-tribune.cm (consulté le 28 février 2021)
  8. Zouneidou Nsangou, « 55ème Edition de la fête de la Jeunesse - Message du Chef de l’Etat », sur prc.cm (consulté le 24 février 2021)
  9. a et b Clarisse Juompan-Yakam, « Avec Les Impatientes, Djaïli Amadou Amal remporte le Goncourt des lycéens », sur jeuneafrique.com, (consulté le 2 décembre 2020)
  10. Fiche biographique sur le site Africultures.com, consultée en ligne le 22.05.16.
  11. La formule apparaît sur agoravox.fr ici, cameroonweb.com ici, icilome.com ici, entres autres tribunes
  12. Lire ici sur camer.be
  13. Lire ici sur ivoirebusiness.net
  14. Lire ici sur lefaso.net
  15. La lettre est publiiée sur ivoirebusiness.net ici, camer.be ici, lefaso.net ici
  16. Présentation de Walaande
  17. Présentation de Mistiriijo la mangeuse d'âmes
  18. Raphaëlle Leyris, « Djaïli Amadou Amal récompensée du prix Goncourt des lycéens pour Les Impatientes », Le Monde,‎ 2 décembre2020 (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marcelline Nnomo Zanga, Pierre Suzanne Eyenga Onana, Le Genre dans tous ses états : perspectives littéraires africaines, éd. Publibook, 2017, 221 p. (ISBN 978-2-75390-516-0)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]