Dix plaies d'Égypte

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Les dix plaies d'Égypte sont les dix châtiments que, selon le Livre de l'Exode, Dieu inflige à l'Égypte pour convaincre Pharaon de laisser partir le peuple d'Israël :

Liste[modifier | modifier le code]

Eaux du fleuve changées en sang, gouache de James Tissot, v. 1895-1900.
Lamentations sur la mort des premiers-nés, Charles Sprague Pearce (1877), Smithsonian American Art Museum.
  • 1 - Les eaux du fleuve changées en sang :

« [...] Le Nil fut nauséabond, et les Égyptiens ne purent boire des eaux depuis le fleuve [...] »

— Exode 7:14-25

  • 2 - Les grenouilles :

« [...] les grenouilles tombèrent et recouvrirent l’Égypte [...] »

— Exode 8:1-25

  • 3 - Les moustiques (ou les poux) :

« [...] toute la poussière du sol se changea en moustiques [...] »

— Exode 8:16-19

  • 4 - Les mouches (ou les taons ou les bêtes sauvages) :

« [...] des taons/ bêtes sauvages en grand nombre entrèrent [...] dans tout le pays d’Égypte [...] »

— Exode 8:20-32

  • 5 - La mort des troupeaux :

« [...] tous les troupeaux des Égyptiens moururent [...] »

— Exode 9:1-7

  • 6 - Les furoncles :

« [...] gens et bêtes furent couverts de furoncles bourgeonnant en pustules [...] »

— Exode 9:8-12

  • 7 - La grêle :

« [...] Adonai fit tomber la grêle qui se transforme en feu sur le pays d’Égypte [...] »

— Exode 9:13-35

  • 8 - Les sauterelles :

« [...] Elles couvrirent la surface de toute la terre et la terre fut dans l'obscurité ; elles dévorèrent toutes les plantes de la terre et tous les fruits des arbres, tout ce que la grêle avait laissé et il ne resta aucune verdure aux arbres ni aux plantes des champs dans tout le pays d'Égypte [...] »

— Exode 10:13-14,19

  • 9 - Les ténèbres :

« [...] il y eut d’épaisses ténèbres [...] »

— Exode 10:21-29

  • 10 - La mort des premiers-nés :

« [...] tous les premiers-nés mourront dans le pays d’Égypte [...] »

— Exode 12:29-36

Exégèse[modifier | modifier le code]

Le récit des dix plaies est tantôt attribué à l'histoire deutéronomiste, tantôt au récit sacerdotal[1].

Chacune des plaies constitue selon l'exégèse biblique une victoire de YHVH sur les dieux égyptiens. En changeant les eaux du Nil en sang, le Dieu des Hébreux triomphe d'Hâpy. Les ténèbres démontrent au pharaon que le dieu lui-même ne peut rien pour lui. La dixième plaie constitue une malédiction totalement inédite dans la mythologie. En tuant le premier né de chaque famille, c'est l'avenir du peuple égyptien que l'ange de la mort anéantit.

Les neuf premières plaies sont classées en trois séries de trois plaies chacune (avec une amplification graduelle des motifs et des recours employés par le narrateur), préparant la dixième plaie qui est la seule que Yahvé réalise directement, ce qui suggère que les neuf plaies sont une composition littéraire préparant la dernière qui est l'unique plaie originale[2].

La description de la destruction du peuple égyptien par les rédacteurs de la bible s'explique probablement comme une revanche symbolique contre un ennemi qui venait de triompher d'eux à la fin du règne du roi Josias, tué par le pharaon Nékao II alors qu'il tentait de négocier avec lui[3].

Le récit didactique des dix plaies, composé de plusieurs strates rédactionnelles (récits sacerdotaux et non sacerdotaux)[4], appartient probablement au registre littéraire du merveilleux et à la théologie métaphorique, comme le montre la structure progressive du récit[5]. Ce récit littéraire se retrouve d'ailleurs dans d'autres péricopes bibliques (Psaumes 78:44-51 et Psaumes 105:23-38[6], Sg 11:5-15[7]) qui montrent une certaine interdépendance[8]. Il se retrouve aussi dans les traités assyriens de vassalité du VIIIe siècle av. J.-C. qui contiennent des bénédictions et des malédictions[9] sanctionnant la conduite du vassal[10].

Historicité[modifier | modifier le code]

L'historicité des événements du Livre de l'Exode est plus que douteuse, le récit des plaies étant probablement mythique[11] et la démythisation des « miracles » des dix plaies est relativement simple[12].

Bien qu'il s'agisse non pas d'un récit historique mais d'un récit pédagogique qui raconte la victoire allégorique de Yahweh sur la puissance suprême de l'époque et sur son souverain le pharaon considéré comme un être divin[13], il est tentant d'en faire une lecture littéraliste ou d'en donner des explications rationalistes. Aussi, historiens, scientifiques ou simples particuliers cherchent des catastrophes naturelles qui auraient eu lieu à un moment précis et qui pourraient expliquer ces plaies[14] :

  • Pour la première, une explication donnée est le bloom d'algues rouges due à une augmentation de température, à une crue du Nil qui apporte du limon très fin (lui aussi de couleur rouge), ou à l'éruption minoenne (dont les dégagements d'acide sulfurique auraient pu oxyder argiles et les roches ferreuses du lit du Nil, favorisant le lessivage et l'augmentation du fer dans les eaux du fleuve) ce qui favorise le développement de micro-organismes qui pompent l'oxygène de l'eau[15].
  • La deuxième peut provenir du dérèglement climatique à l'origine de fortes pluies dues à l'éruption du Santorin ou peut être une cause directe de la première : les grenouilles fuient les eaux stagnantes et polluées par les poissons morts et dont la décomposition est à l'origine de l'infection des batraciens par la bactérie charbonneuse, si bien que les grenouilles meurent à leur tour[16].
  • La troisième et la quatrième plaies voient la pullulation d'insectes parasites (moustiques, taons) due à la disparition d'un de leurs prédateurs, la grenouille, et à la crue du Nil dont la montée des eaux favorise le développement larvaire des insectes.
  • La cinquième et la sixième plaies peuvent s'expliquer par la multiplication d'insectes piqueurs (responsables de myiases ou de leishmanioses), la caractère acide des pluies ou l'ingestion d'eau polluée par les animaux morts.
  • La septième plaie peut être reliée à des orages mêlés de grêles et de foudres ou à une éruption volcanique (notamment l'éruption minoenne) à l'origine d’orages de gros grêlons formés, non de glace, mais d’accrétions de cendres.
  • La huitième plaie peut être associée à de grandes pluies favorables à la multiplication des sauterelles.
  • Les ténèbres de la neuvième plaie peuvent avoir pour origine un temps orageux, un vent sec très poussiéreux, le khamsin, ou une éruption volcanique[17].
  • Bien que les nouveau-nés soient fragiles et plus facilement touchés par les catastrophes provoquées par la Santorin, il est difficile d'expliquer pourquoi seuls les premiers-nés des familles ont été affectés. Il faut plutôt voir une coutume très ancienne de sacrifice propitiatoire[18].

Culture populaire[modifier | modifier le code]

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Dans le film de Robert Fuest, L'Abominable Docteur Phibes (1971), le docteur Phibes assassine les chirurgiens dont il veut se venger en s'inspirant des dix plaies d’Égypte.

Bryan Perro s'est inspiré des dix plaies d'Égypte pour créer son roman de la série d'Amos Daragon, Les dix plaies d'Enki.

Les dix plaies d'Égypte sont en partie mises en scène dans les films comme La Momie, Le Prince d'Égypte, Les Dix Commandements ou Les Châtiments un film à suspense de Stephen Hopkins, réalisé en 2007, ou Exodus : Gods and Kings de Ridley Scott (2014).

Une chanson de Metallica, Creeping Death sur Ride the Lightning, est inspirée des dix plaies d'Égypte.

Un album de Machine Head, Unto the Locust, ainsi que son titre phare, Locust, est inspiré de la huitième plaie (« locust » signifiant « sauterelle » en anglais).

L'album 666, du groupe Aphrodite's Child, comporte un morceau intitulé « The Battle of the Locusts » inspiré lui aussi par la huitième plaie.

L'album plague songs compilation de plusieurs artistes relate au travers de 10 morceaux les 10 plaies d'Égypte.

Le film Magnolia, réalisé par Paul Thomas Anderson actualise la pluie de grenouilles à notre période contemporaine.

La série de BD Exode selon Yona, le deuxième cycle de Le Voyage des pères, de David Ratte utilise les 10 plaies dans son scénario qui aborde l'Exode des Juifs vers Israël de manière humoristique.

Le premier tome de la série de BD L'Histoire secrète, Genèse (qui aborde en réalité Livre de l'Exode) de Jean-Pierre Pécau et Igor Kordey adapte les dix plaies pour correspondre avec le synopsis de la série.

Dans l'épisode 3 de la saison 6 de Supernatural, les frères Winchester traquent un individu qui tue selon les plaies d'Égypte.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) John Van Seters, The Life of Moses. The Yahwist As Historian in Exodus-Numbers, Westminster/John Knox Press,‎ 1994, p. 80
  2. Félix García López, Comment lire le Pentateuque, Labor et Fides,‎ 2005, p. 160-162
  3. Israël Finkelstein, Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée : Les nouvelles révélations de l'archéologie, 2001
  4. Félix García López, op. cit., p. 161.
  5. Félix García López, op. cit., p. 160.
  6. Ps 78,44-51, Ps 105,23-38 dans la Bible Segond.
  7. Livre de la Sagesse 11:5-15 dans la Bible Crampion.
  8. (en) Terence E. Fretheim, « The Plagues as Ecological Signs of Historical Disaster », Journal of Biblical Literature, no 110,‎ 1991, p. 385-396
  9. Cf 1 dans la Bible Segond.
  10. (en) Archie C. C. Lee, « The Context and Function of the Plagues Tradition in Psalm 78 », Journal for the Study of the Old Testament, no 48,‎ 1990
  11. Félix García López, Comment lire le Pentateuque, Labor et Fides,‎ 2005, p. 7
  12. Thomas Römer, Jean-Daniel Macchi et Christophe Nihan, Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides,‎ 2009, p. 259
  13. (en) Ziony Zevit, « The Priestly Redaction and Interpretation of the Plague Narrative in Exodus », Jewish Quarterly Review, no 67,‎ 1976, p. 193-211
  14. (en) Siro Igino Trevisanato, The Plagues of Egypt. Archaeology, History, and Science Look at the Bible, Gorgias Press LLC,‎ 2005, 196 p.
  15. Siro Igino Trevisanato, op. cit., p. 22
  16. Siro Igino Trevisanato, op. cit., p. 28
  17. Siro Igino Trevisanato, op. cit., p. 66
  18. Siro Igino Trevisanato, op. cit., p. 52

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]