Revenu de base

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Ne doit pas être confondu avec Revenu minimum, Salaire minimum ou Salaire à vie.
Le 4 octobre 2013 à Berne, des militants du revenu de base ont célébré le succès d'une initiative populaire qui a récolté plus de 125 000 signatures de soutien à la tenue d'un référendum sur le revenu de base.
En juillet 2015 à Angoulême, entre une banque et un pôle emploi, le groupe ART112 propose une réflexion sur le capitalisme et le revenu de base.

Le revenu de base ou revenu universel est un revenu versé par une communauté politique à tous ses membres, sur une base individuelle, sans conditions de ressources ni obligation ou absence de travail. L'âge est parfois un critère discriminatif. Ce mode de fonctionnement économique est appliqué dans quelques pays ou à titre expérimental dans certaines zones.

Parmi les arguments invoqués pour sa mise en œuvre on trouve les principes de liberté et d'égalité, la réduction voire l'élimination de la pauvreté, le combat pour des conditions de travail plus humaines, l'amélioration de l'éducation, la réduction de l'exode rural et des inégalités régionales[1]. Le revenu de base peut aussi être justifié comme un dividende monétaire ou crédit social reçu par chacun lié à la propriété commune de la Terre et à un partage des progrès techniques reçus en héritage[1]. Cette mesure permettrait aussi de lutter contre le chômage et d'améliorer la flexibilité du marché du travail[1] en luttant contre les trappes à inactivité créées par les mesures de type revenu minimum ou les baisses de charges sur les bas salaires.

Cette forme de sécurité sociale est aussi appelée : « revenu universel »[2], « revenu inconditionnel »[2], « revenu inconditionnel suffisant »[3], « revenu d'existence »[4], « revenu minimum d'existence »[5], « revenu social »[6], « revenu social garanti »[4], « allocation universelle »[4], « revenu de vie »[7], « revenu de citoyenneté »[8], « revenu citoyen »[9],[10], « dotation inconditionnelle d'autonomie »[11] ou « dividende universel »[4].

Définitions[modifier | modifier le code]

Certaines définitions du revenu de base sont plus restrictives et impliquent par exemple un montant minimum permettant de satisfaire les besoins primaires d'une existence, ou de remplacer les transferts sociaux[12]. Ces termes sont parfois aussi repris pour des mesures qui, proches de l'impôt négatif sur le revenu, versent cette allocation selon la situation des ménages, ou qui incluent des contreparties, et qui ne sont donc pas des formes de revenu de base selon la définition du BIEN[12],[3],[13].

Elle est parfois confondue ou mise en opposition avec celle de « salaire à vie »[14] (ou « salaire universel ») imaginé initialement par Bernard Friot et promu notamment par le réseau salariat[15].

Le revenu de base a été expérimenté notamment au Canada, en Inde et en Namibie[16],[17]. L'Alaska a mis en place l'Alaska Permanent Fund, une forme particulière de revenu de base financée par les revenus miniers et pétroliers de l'État. Le revenu de base est défendu au niveau mondial par des politiques allant des altermondialistes aux libéraux néoclassiques, des universitaires, des personnalités et des associations notamment regroupées au sein du BIEN.

Selon Liêm Hoang-Ngoc deux branches existent pour l'allocation universelle : une marxiste et une libérale[3] ; la branche marxiste s'inspirerait de l'Introduction générale à la critique de l'économie politique, ouvrage dans lequel Karl Marx imagine le développement d'une société où l'humanité sera sortie du salariat et où les machines seules assureront la création de richesses, qui seront reversées sous la forme d'un « revenu socialisé universel »[3]. La branche libérale considère qu'il convient d'accorder une certaine somme d'argent aux citoyens, tantôt « filet de sécurité », tantôt « capital de départ », pour qu'ils puissent consommer et participer à la vie de la société. À chacun, ce faisant, d'organiser ses dépenses comme il l'entend[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le sénateur brésilien Eduardo Matarazzo Suplicy (PT) cite comme ancêtres de ce concept Thomas More, l'auteur d'Utopia (1516), son contemporain Jean Louis Vivès dont la réflexion inspira les Poor Laws, l'Américain Thomas Paine, instigateur du salaire minimum de vie (SMIV), à l'époque de la révolution américaine, et l'Anglais Thomas Spence, qui mêla les réflexions de Paine à celles du socialiste utopique Charles Fourier[18]. Dans son livre Agrarian Justice (1796), Paine évoqua l'idée d'une dotation inconditionnelle pour toute personne (homme ou femme) accédant à l'âge adulte et d'une pension de retraite inconditionnelle à partir de 50 ans. Il s'inspirait alors des expériences amérindiennes en matière de partage et d'attribution des terres[19]. Selon lui,

« les hommes n'ont pas créé la Terre. C'est la valeur des améliorations uniquement, et non la Terre elle-même, qui doit être la propriété individuelle. Chaque propriétaire doit payer à la communauté un loyer pour le terrain qu'il détient[20]. »

Dans son conte L'Homme aux quarante écus de 1768[21], Voltaire imagine la valeur locative de l'ensemble des arpents du royaume réparti entre tous ses sujets, et tombe sur la somme de quarante écus. Son héros se débrouille tant bien que mal pour vivre avec cette somme : pauvre, certes, mais libre puisque affranchi de tout travail.

Une autre description connue de l'allocation universelle date de 1848 avec la publication de la Solution du problème social ou constitution humanitaire[22] du philosophe belge Joseph Charlier, inspiré par Fourier[18]. L'utilitariste John Stuart Mill a aussi défendu le concept d'une allocation universelle, dans sa seconde édition des Principes d'économie politique, de même que Condorcet et Bertrand Russell (lauréat du prix Nobel de littérature)[18].

On a souvent justifié l'allocation universelle comme contrepartie à la propriété privée de la terre. Le philosophe anglais John Locke justifiait en effet l'appropriation de biens communs (comme la terre) et donc le droit de propriété en déclarant, entre autres, que seul un propriétaire privé aurait intérêt à la mettre en valeur, puisque selon Locke, le droit de propriété s'applique uniquement au produit de son travail. Cependant, privatiser une terre implique d'exclure les autres êtres humains de l'accès aux ressources naturelles, si bien que, selon la « clause lockéenne », la justice commande d'indemniser les gens pour la perte de leur droit à se livrer à des activités telles que la chasse, la pêche, la cueillette ou encore l'extraction des ressources naturelles minérales.

En effet, la « clause lockéenne » exige que, lorsque quelqu'un s'approprie un objet, il doit en rester, selon la formule de Locke, « suffisamment et en qualité aussi bonne en commun pour les autres »[23]. Par exemple, quelqu'un n'a pas le droit de s'approprier l'unique source d'eau dans un désert. Pour contourner ce problème, Robert Nozick affirme ainsi que, dans un tel cas, l'appropriation originelle d'un bien commun ne peut se faire qu'à condition de compenser les autres utilisateurs « de telle sorte que leur situation ne se détériore pas par elle-même »[24].

Cette idée est aussi connue sous le nom de crédit social ou dividende social depuis 1920, par les travaux de Clifford Hugh Douglas. Il ne s'agit pas de le financer par de la dette ni de lui allouer une valeur fixe, mais qu'il soit versé en création monétaire par la banque centrale pour assurer la création monétaire nécessaire en rapport avec la croissance de l'économie. Ainsi il doit être nul en cas de décroissance.

Jacques Duboin introduit dès les années 1930 l'idée d'un partage des productions et du travail dans ce qu'il nommera une économie distributive[25], basée sur une monnaie de consommation et un revenu universel. Il diffuse ses réflexions via la revue La Grande Relève. En mars 2017, ce mensuel publie un numéro spécial consacré au revenu universel[26].

Pour le géographe Christophe Guilluy, dans les années 2000-2010, les propositions de revenu universel sont caractéristiques des changements sociaux où la « bourgeoisie avancée » bobo, cherchant à se donner bonne conscience, s'efforce de mettre en avant le revenu universel pour les « populations sous-productives de la périphérie », une revendication qui n'est pas portée par ces populations elle-mêmes[27].

Financement[modifier | modifier le code]

Frédéric Bosqué, Patrick Viveret, Yoland Bresson, Christine Boutin et Jean Desessard lors de l'assemblée constituante du MFRB, les 2-3 mars 2013 à l'ENS (Paris).

Le Mouvement français pour un revenu de base (MFRB) identifie 8 approches de financement d'un revenu de base[28] :

  • l'universalisation et la revalorisation du RSA ;
  • l'autofinancement par transfert des prestations existantes ;
  • la fusion du système d'aide sociale, de chômage et de retraite ;
  • la création monétaire ;
  • la taxation foncière ;
  • l'impôt sur le patrimoine ;
  • la redistribution des profits tirés des ressources naturelles ;
  • les chèques écologiques[29].

Ces propositions peuvent être regroupées en trois familles : la redistribution, la création monétaire, et l'approche par les biens communs.

Redistribution[modifier | modifier le code]

En Allemagne, selon le modèle de l'ancien président du conseil des ministres de Thuringe, Dieter Althaus (CDU), l'allocation universelle coûterait annuellement à l'État 583 milliards d'euros, mais ce système est alors conçu comme venant en remplacement de l'actuel système d'aide sociale, qui coûte 735 milliards. Donc l'allocation universelle selon le modèle « althausien » serait moins coûteuse pour les finances publiques que le système actuel[30].

Certains[réf. souhaitée] considèrent que l'allocation universelle devrait être alimentée par un prélèvement économiquement le plus neutre possible, en particulier pour ne pas peser de façon trop ciblée sur le coût de la main-d'œuvre, afin de préserver la compétitivité économique de la zone concernée.

Un autre type de financement de cette allocation universelle se ferait notamment par une imposition sur les revenus et sur la consommation (TVA). Ainsi, tous les ménages, y compris les plus pauvres, paieraient un impôt. D'une manière générale, il n'y a pas de raison de créer un impôt spécifique pour financer l'allocation universelle : il suffit de la faire financer par l'État selon le principe de non affectation des ressources aux dépenses.

Marc de Basquiat[31] développe une proposition selon laquelle l'allocation universelle prend la forme d'une réforme de l'impôt sur le revenu qui serait transformé en IURR (impôt universel de redistribution des revenus). Les 280 milliards d'euros de la redistribution actuelle seraient redirigés vers un impôt négatif sur le revenu versé à tous, avec un montant variable selon l'âge, financé par un prélèvement uniforme de 30 % sur tous les revenus.

Pour Philippe Van Parijs, le financement de l'allocation universelle doit contribuer à l'équité et diminuer les inégalités. Doivent être taxés les dons et héritages, la pollution et les revenus marchands[32]. En effet la pollution détériore le sort des générations futures alors qu'elle est principalement le fait des couches les plus aisées[33]. L'emploi est devenu une ressource rare et très inégalement répartie. Majoritairement il fournit des avantages directs et indirects enviables. L'équité exige que la valeur des privilèges attachés à l'emploi soit distribuée de manière égalitaire. D'où la taxation des revenus professionnels et, plus largement, de tous les revenus marchands[34].

Montant[modifier | modifier le code]

Des montants adaptés doivent permettre de vivre décemment du seul revenu de base. Certaines incertitudes sont toutefois soulevées par Jacques Marseille, sur la participation au travail et sur les nécessités de financement[35] :

« Le pari de l'allocation universelle est que l'insertion sociale ne peut se construire sur la contrainte mais sur la confiance placée dans les bénéficiaires de ce nouveau droit. Une utopie, sans doute, pour tous ceux qui n'accordent aucune confiance aux individus et pensent que seule la contrainte de « gagner son pain à la sueur de son front » est le meilleur garde-fou contre la paresse. Un pari sur l'intérêt et la nature humaine pour tous ceux qui pensent au contraire qu'un individu préférera toujours cumuler ce revenu à un autre salaire, surtout quand ce salaire correspondra à un travail qu'il aura librement choisi. »[36]

Cette thèse d'une prime à la paresse est contestée par la philosophe Cynthia Fleury :

« C'est manquer la véritable nature de l’homme. L'homme n'est pas paresseux, en revanche il peut l'être lorsqu’il est démotivé. L'enjeu est de sortir de cette idée d'infantilisation de l'homme et de cette pédagogie noire : si je ne te bats pas et si je ne te donne pas une carotte tu n'avances pas… (...) Chacun aura envie de développer un rapport au travail non aliénant. »[37]

Des montants faibles, conformes aux thèses libérales peuvent être couplés à une privatisation de l'éducation, de la santé et des autres services publics[35]. Ils pourraient être présentés comme l'agrégation de dispositifs tels que le chèque éducation ou le chèque santé. Jean-Pierre Mon alerte sur ces propositions en ces termes :

« Un revenu d'existence très bas est, de fait, une subvention aux employeurs. Elle leur permet de se procurer un travail en dessous du salaire de subsistance. Mais ce qu'elle permet aux employeurs, elle l'impose aux employés. Faute d'être assurés d'un revenu de base suffisant, ils seront continuellement à la recherche d'une vacation, d'une mission d'intérim, donc incapables d'un projet de vie multi-active. »[38],[35]

Les partisans d'une allocation universelle souhaitent lui attribuer un montant faible et identique pour tous les êtres humains résidents, alors que les partisans d'un revenu de base plus élevé modulent leurs propositions sur une partie de la population comme les seuls adultes, les qualifications de la personne, ou encore, des montants différents en fonction de l'âge.[réf. nécessaire]

En France, les propositions sont variées[35] :

Création monétaire[modifier | modifier le code]

Selon le modèle du crédit social, le coût serait nul, l'allocation n'étant que la répartition équitable de l'augmentation de la masse monétaire nécessitée par la croissance de la valeur des biens et services échangés. Ce modèle nécessite toutefois, pour être réalisé au sein de la monnaie étatique (voir ci-après l'approche des monnaies numériques), la ré-appropriation par l'État de la fonction régalienne de création monétaire.

L'économiste Yoland Bresson propose que le financement du revenu de base soit assuré par création monétaire (voir son intervention en vidéo à 4 min 20 s[40]).

Plus récemment, le journaliste et économiste Anatole Kaletsky défend l'idée selon laquelle les banques centrales devraient faire de l'assouplissement quantitatif pour le peuple, plutôt qu'à travers le système bancaire, en rachetant des actifs financiers[45],[46]. Selon cette idée, la banque centrale pourrait injecter de la nouvelle monnaie dans l'économie directement en versant de l'argent dans les comptes bancaires des citoyens[47].

Ce mode de financement fait débat, la théorie économique stipulant qu'une création monétaire excessive et régulière générerait une hyperinflation et, à terme, le risque de faillite de la monnaie[réf. souhaitée].

Revenus des biens communs[modifier | modifier le code]

Différents mécanismes basés sur les rentes associées aux ressources naturelles et la compensation des externalités négatives ont été proposés.

Pour Peter Barnes (en), les biens communs, tels que les ressources naturelles, les services écosystémiques, les biens culturels, la solidaritéetc. devraient être confiés à des fiducies afin d'éviter que des acteurs économiques se les approprient. Le but de ces fiducies serait de maintenir au moins la valeur de ces biens pour les générations futures et de distribuer le surplus à la génération présente[48].

Pour On the Commons[49], le marché des droits à polluer (cap and trade) est un système moins efficace qu'un système de dividende universel financé par les droits à polluer (cap and dividend (en))[50].

C'est un mécanisme de ce type qui est utilisé par l'Alaska (voir plus bas).

Aspects philosophiques[modifier | modifier le code]

Liberté réelle[modifier | modifier le code]

Le principe[51] d'allocation universelle est soutenu par une réflexion philosophique face au défi posé par la pensée libertarienne à la Théorie de la justice (1971) de John Rawls[52]. L'un de ses défenseurs, Philippe Van Parijs, affirme ainsi qu'elle est un moyen de soutenir, d'un point de vue de gauche, une position « réal-libertarienne » qui défendrait une liberté réelle (et non pas simplement formelle comme elle le reste pour les auteurs libertariens classiques) maximale pour tous, c'est-à-dire, en accord avec le principe rawlsien de différence, avec la liberté réelle maximale pour les plus faibles[52]. Selon Van Parijs, elle permettrait à chacun de disposer des libertés possibles les plus étendues qui soient, en permettant à la fois à chacun de se vendre sur le marché du travail s'il le désire ou d'agir autrement s'il le préfère[52].

Ses défenseurs considèrent que l'allocation universelle entraînerait une évolution de la relation contractuelle entre les salariés et leur employeur, plus aucun salarié n'étant dans la situation de devoir accepter n'importe quel emploi pour gagner de quoi vivre : les salariés pourraient plus librement négocier leur contrat, ce qui conduirait à la suppression des « mauvais emplois »[53] tout en luttant contre les conditions de travail inhumaines[1].

Pour remplir cet objectif assigné au revenu de base, Guillaume Allègre, économiste de l'OFCE, préconise plutôt l'augmentation des minima sociaux ou un renforcement de l'assurance-chômage : « De fait, le système de protection sociale actuel a les mêmes effets que le revenu de base, avec des fondements qui semblent plus solides. Les minima sociaux ont également pour effet d'augmenter le salaire de réservation des bas revenus : avec le RSA-activité, les minimas sociaux sont déjà cumulables avec les revenus du travail, ce qui permet de lutter contre les effets de trappe (Allègre, 2011) »[54].

Respect de soi[modifier | modifier le code]

L'absence de condition liée au versement de l'allocation universelle est en accord avec le principe du respect de soi de Rawls[55] de ne pas stigmatiser les bénéficiaires de l'allocation. Des allocations telles que le revenu de solidarité active (RSA) permettent, en principe, d'éviter les effets de seuil conduisant à des situations d'un travailleur pauvre mais n'évitent pas le second écueil, puisqu'elles portent atteinte, selon Philippe Van Parijs, au respect de soi et à la liberté individuelle en obligeant son bénéficiaire à chercher un travail, et donc à se dédier à des activités rémunérées par le marché du travail plutôt qu'à d'autres activités bénévoles ou jugées non rentables, mais gratifiantes et/ou utiles au bien commun. Ce revenu permettrait également la mise en œuvre de projets dont la rentabilité est incertaine ou ne s'observe que sur le long terme, comme la formation, la création d'entreprise ou l'activité artistique.

L'allocation universelle mettrait fin par exemple au problème des personnes en « fin de droits » d'allocations chômage et à la surveillance des personnes bénéficiant de ces allocations pour vérifier que la personne cherche effectivement un emploi, qui peut être vécue comme une atteinte à la vie privée pouvant provoquer des humiliations et du stress[56].

Le même argument est défendu par l'entrepreneur allemand Götz Werner qui parle de la perte « d'une partie des droits de l'homme » pour les bénéficiaires du système allemand « Hartz IV » qui implique l'acceptation forcée de toute offre d'emploi. Il souligne aussi dans une interview que le niveau de subvention est parfois plus élevé que le minimum social pour les plus riches qui profitent d'activités soutenues par l'État comme l'opéra[57].

Légitimité du revenu de base[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980, l'économiste Yoland Bresson propose ce qu'il appelle la loi de la « valeur temps », qui préside à la loi de « répartition des revenus ». Il lie ces lois au concept de « capital matériel et humain collectif », qui est la base du fonctionnement économique d'un pays, fruit du travail de nos prédécesseurs et des ressources collectives dont nous disposons. Yoland Bresson estime que ce capital contribue au PIB à hauteur d'environ 15 %, soit environ 400 par personne et par mois en France en 2011, qu'il propose de redistribuer sous la forme d'un revenu de base[58]. « Il faut que la collectivité, par le biais de l'État, alloue périodiquement à tout citoyen économique, sans autres considérations que celle de son existence, l'équivalent monétaire de la valeur de l'unité de temps[59]. »

Conséquences[modifier | modifier le code]

Sur les revenus[modifier | modifier le code]

Bas revenus[modifier | modifier le code]

Revenu disponible en fonction du salaire brut.

Le cumul de l'allocation universelle avec les revenus implique qu'une tranche de la population bénéficiera de cette aide tout en travaillant, mais ne sera pourtant pas ou peu imposable. Selon la situation antérieure et selon le type de financement, ce fait peut mener à un surcoût pour l'État que détaille le schéma ci-contre :

  • Y+ représente, avant allocation universelle, le revenu brut maximal non imposable. Au-delà de ce seuil de revenus, les travailleurs participent à la collecte nationale par le biais de l'impôt sur le revenu ;
  • la droite rouge représente la situation des revenus après mise en place de l'allocation. Si des travailleurs bénéficient de revenus tout en jouissant de cette aide universelle, ils pourront bénéficier d'un revenu net qui dans la situation antérieure aurait été imposé. Tant que leurs revenus ne dépassent pas y*, le revenu net (salaire + allocation − impôts) sera supérieur au salaire brut.

Cela entraînerait une augmentation relative des bas revenus et donc un tassement de la hiérarchie des salaires. Une diminution du seuil d'exonération fiscale pourrait limiter cet effet.

Hauts revenus[modifier | modifier le code]

Pour un revenu brut supérieur à y*, les travailleurs paient un impôt net positif, qui peut devenir égal ou supérieur à celui payé dans actuellement[pas clair], de sorte que le revenu des plus riches n'augmente pas ou baisse à la suite de la mise en place de l'allocation universelle.

Guillaume Allègre, économiste de l'OFCE, attire l'attention sur le coût qu'impliquerait le revenu de base sur les plus hauts revenus : « Le coût pour les plus hauts revenus, fonction du montant du revenu de base, est [...] triple : ils doivent financer le revenu de base lui-même, l'éventuelle baisse de l'offre de travail et l'éventuelle hausse des bas salaires. [...] Les transferts opérés par un revenu de base suffisamment élevé étant potentiellement très importants, il est indispensable que les fondements de cette politique soient solides »[54].

Sur l'emploi[modifier | modifier le code]

Les arguments en faveur d'un mécanisme d'allocation universelle peuvent sembler contradictoires : si certains cherchent à faciliter l'accès de tous à l'emploi en supprimant les trappes à inactivité, les autres parlent de libérer l'homme de la nécessité de l'emploi[60]. Le québécois Groulx en conclut : « On se trouve devant un paradoxe, où le revenu universel est justifié à partir de cadres idéologiques opposés ; il devient capable d'engendrer des avantages eux-mêmes opposés, sinon contradictoires »[61].

Suppression des trappes à inactivité[modifier | modifier le code]

Article connexe : Trappe à inactivité.

L'un des effets de l'allocation universelle serait de réduire un désengagement attribué aux systèmes classiques d'assurances sociales ou de prestations sociales, qui conduisent à des « trappes à inactivité » décourageant les individus de chercher un emploi rémunéré lorsque le montant des rémunérations est inférieur au « salaire de réserve ». En effet, les prestations sociales actuelles sont diminuées voire supprimées lorsque les revenus du travail augmentent, pouvant conduire dans certains pays à des situations absurdes où l'individu a parfois financièrement intérêt à ne pas accepter un travail, notamment s'il s'agit d'un travail à temps partiel. Alors qu'avec le revenu de base l'individu conserve en permanence son revenu et en acceptant un emploi, ses revenus vont augmenter. C'est pour cette raison que les partisans du revenu de base affirment qu'il faciliterait l'ascension sociale.

De plus, l'effet réel de ces supposées trappes à inactivité est toutefois contesté, d'abord parce que l'intérêt économique n'est pas le seul mobile gouvernant la recherche d'un emploi, qui obéit aussi à des enjeux de reconnaissance sociale. Ainsi, « un tiers des bénéficiaires du RMI en France qui reprennent un emploi n'y ont pas intérêt »[62], économiquement parlant, et le font pour d'autres raisons[63]. La seule prise en compte de l'intérêt économique dissimule d'autres aspects du problème, tels que les contraintes « familiales », dues notamment à l'absence d'accompagnement vers et dans l'emploi, aux difficultés liées à la garde des enfants et aux contraintes de santé ou de transport[64]. Ce genre de problèmes ne se reproduirait plus avec le revenu de base car travailler n'étant plus une obligation, chaque individu, obtenant le droit de se reposer, ne va plus accepter un emploi sous la pression sociale mais selon son propre choix. Ce genre de situation, selon les partisans du revenu de base, est un exemple de la liberté donnée à chacun grâce au revenu de base, pour eux, l'homme n'est jamais complètement libre s'il ne peut choisir son travail.

Incitation aux lancements de projets et à la prise de risque[modifier | modifier le code]

Mais en réduisant l'incertitude sur les revenus futurs, l'allocation universelle jouerait selon certains de ses partisans comme un filet de sécurité favorisant la prise de risque individuelle, et le lancement dans des projets non-rentables à court terme. Au bout de quelques mois d'expérimentation d'une allocation universelle en Namibie dans un village, le chômage a diminué et les revenus des habitants du village ont augmenté de 29 %, soit plus que le revenu supplémentaire octroyé par le programme, grâce aux micro-entreprises qui se sont mises en place[65].

Désincitation au travail salarié[modifier | modifier le code]

Une proportion plus ou moins grande de la population déciderait que l'allocation universelle leur suffit et cesserait de chercher un emploi ou quitterait son emploi, favorisant ainsi le temps libre, les activités artistiques, philosophiques voire scientifiques, ainsi que le bénévolat. Cela permettrait également, puisque travailler est une contrainte moins forte, une réduction du temps de travail pour ceux qui le souhaitent et une mise en valeur des horaires réduits.

Certaines activités (la recherche par exemple) n'étant pas souvent rentables à court terme en termes de production pour une entreprise, mais étant bénéfiques pour la société à long terme, elles ne sont pas stimulées par la loi de l'offre et la demande. Selon les partisans de l'allocation universelle, la société aurait tout intérêt à parier sur la participation des individus à son progrès en leur libérant du temps pour leurs activités personnelles et en leur garantissant les moyens de subsister, considérant que l'activité salariée n'est pas la seule à contribuer au progrès de la société. Certains partisans arguent également que dans l'histoire de l'humanité, on n'a quasiment jamais vu de grands groupes d'êtres humains totalement inactifs.

Dans le programme Mincome au Canada, seuls 1 % des hommes, 3 % des femmes mariées et 5 % des femmes non mariées ont arrêté de travailler après la mise en place de l'allocation[66]. Dans un sondage en Allemagne 60 % des personnes interrogées disent qu'elles ne changeraient rien à leur mode de vie si elles touchaient le revenu de base ; 30 % travailleraient moins, ou feraient autre chose ; et 10 % répondent : « D'abord dormir, ensuite on verra. » En revanche, 80 % se disent persuadées que les autres ne travailleront plus[67].

Simplification administrative[modifier | modifier le code]

Selon la plupart de ses défenseurs, l'allocation universelle a vocation à remplacer un grand nombre d'aides sociales existantes[12],[68], permettant ainsi de surmonter les nombreuses difficultés administratives associées aux prestations sociales classiques[60], qui conduisent à un taux significatif de non-recours aux prestations sociales[69].

Certains détracteurs redoutent que ce système encourage l'État à se recentrer sur ses fonctions exclusivement régaliennes et à délaisser son rôle dans la fourniture de services publics, et qu'il conduise à l'abandon complet des dispositifs de protection sociale[70]. Selon Daniel Raventós (es), professeur à l'université de Barcelone et défenseur du revenu de base, cette crainte n'est toutefois pas fondée et la grande majorité sinon tous les défenseurs du revenu de base n'envisagent pas ce dispositif sous cet angle[71].

Justice sociale[modifier | modifier le code]

Équité visible par la simplicité[modifier | modifier le code]

La complexité croissante du système socio-fiscal forme une contradiction avec l'essence de la démocratie : le peuple censé gouverner la cité est de facto mis hors jeu, à commencer par les moins informés. La simplicité d'un mécanisme d'allocation universelle permet de restaurer les conditions d'un débat démocratique, portant sur les paramètres du système comme le niveau de l'allocation et taux de prélèvement[60].

« La société s'affaiblit dans son fonctionnement démocratique lorsqu'elle se donne moins les opportunités de mettre en place une grande discussion sur les critères de justice. (…) Le regard (des citoyens) est très aiguisé pour évaluer toutes les différences de situations avec leurs voisins. Il y a donc deux choix possibles. Soit celui de l'opacité, et c'est le choix dans lequel beaucoup de sociétés se sont en fait engagées avec des politiques de réduction fiscale, qui sont défendues en mettant en avant les effets macroéconomiques bénéfiques qui sont supposés en résulter. Soit à l'opposé le choix que j'appellerai le « choix du développement démocratique ». Repenser l'impôt ce n'est donc pas simplement repenser un mode de prélèvements, c'est renforcer la démocratie[72],[60]. »

Équité horizontale[modifier | modifier le code]

L'aide sociale actuelle est destinée surtout à venir en aide aux personnes qui sont pauvres car elles ne sont plus productives (les vieux et les infirmes). En revanche, il n'existe pas réellement de dispositif pour aider ceux qui sont pauvres parce qu'ils ne sont pas encore productifs (les jeunes et les personnes peu qualifiées), alors que selon les économistes, il serait profitable pour le pays de permettre leur entrée sur le marché du travail. Les revenus issus du système d'aide sociale actuel varient ainsi en fonction de particularités individuelles.

Vu l'absence de prise en compte des situations individuelles, l'aide étant universelle et inconditionnelle, l'allocation universelle n'a pas l'effet pervers de tous ces systèmes, c'est-à-dire l'existence d'ayants droit ne touchant pas l'aide parce qu'ils ignorent l'existence de celle-ci, ou ne sachant pas qu'ils y ont droit, ou étant dans l'incapacité de prouver que leur situation leur donne droit à l'aide ; par ailleurs, la sphère privée en serait protégée.

C'est ce caractère universel, inconditionné et individualisant de l'allocation universelle qui la distingue de l'impôt négatif sur le revenu proposé par Milton Friedman.

« Il est important, par conséquent, que le revenu minimal garanti puisse assurer la maximisation de la liberté réelle dans ses dimensions de revenu et de pouvoir sans porter atteinte à ce respect de soi, minutieusement décrit dans la Théorie de la justice (section 67) comme le contraire de la honte. Pour cela, il est essentiel qu'il soit attribué sous une forme qui n'en stigmatise pas, n'en humilie pas les bénéficiaires et qui se fasse donc, en particulier, sans contrôle des ressources (contrairement à ce qui se passe, par définition, en cas d'impôt négatif) et sans contrôle de la vie privée (requis pour vérifier, par exemple, le statut d'isolé ou de cohabitant[73]. »

L'allocation permettrait par exemple une plus grande égalité des chances entre étudiants, si certains doivent travailler pendant leurs études.

Équité selon les situations familiales[modifier | modifier le code]

Beaucoup de pays assurent une aide économique pour les personnes en précarité, et tiennent compte de la situation familiale. Par exemple en France, le Revenu de solidarité active peut varier fortement. Considérant les économies d'échelles réalisées par la vie en ménage, le soutien économique de la personne en couple est minoré, proportionnellement à celui d'une personne seule.

Ces effets sont pris en compte par la notion d'unité de consommation (UC) qui permet de comparer le niveau de vie de ménages de structures différentes. Il existe différentes échelles, celle définie par l'OCDE affecte 1 UC pour le premier adulte du ménage, 0,3 UC par enfant de moins de 14 ans et 0,5 UC pour les autres personnes[74].

Selon la définition du revenu de base, il est versé à chaque individu indépendamment de la situation matrimoniale. La vie en couple porterait donc des avantages par rapport au célibat. Cet effet peut être contré par une modification du taux d'imposition des ménages en fonction de leur caractéristique, le surcoût ne perdurerait donc que pour les ménages non imposables. On peut aussi considérer que la cohabitation (que ce soit en couple ou en colocation) est un choix de vie personnel, qui n'a pas à être favorisé ou sanctionné par les pouvoirs publics. Par ailleurs les hommes ou femmes au foyer disposeraient d'un revenu propre qui ne serait pas dépendant de celui de leur conjoint, acquérant ainsi autonomie au sein du ménage ainsi qu'un statut social reconnu et véritable, puisque indépendant du marché de l'emploi.

Pour les familles avec enfants, l'allocation universelle aurait vocation à se substituer aux allocations familiales. Si les mineurs ne perçoivent pas d'allocation universelle les familles seraient défavorisées par rapport aux personnes sans enfants. A contrario, si le revenu de base était identique pour les enfants et les adultes, celles-ci bénéficieraient d'un pouvoir d'achat surévalué, les coûts d'un enfant étant plus faibles que ceux d'un adulte. Le montant du revenu de base versé aux mineurs sera donc vraisemblablement fixé en fonction de la politique familiale poursuivie. Par exemple une allocation élevée pourra être motivée par une relance de la natalité, dans le cas des pays développés à la démographie vieillissante, l'allocation étendue aux enfants assurerait alors un revenu supplémentaire aux familles. Certaines propositions d'allocation universelle remplacent également le système du foyer fiscal (quotient familial)[75], qui équivaut à une allocation par enfant dont le montant est d'autant plus élevé que les revenus du ménage sont élevés.

Applications[modifier | modifier le code]

Implantations[modifier | modifier le code]

Brésil[modifier | modifier le code]

Un projet indépendant et privé est actuellement en place au Brésil à Quatinga Velho (en)[76]. Le projet commença en 2008, organisé par l'organisation à but non lucratif ReCivitas[77].

Ce projet consiste à donner 30 R$ par mois (4,4 % du salaire minimum en 2013 selon le gouvernement fédéral), ce qui n'est pas suffisant pour répondre aux besoins de base. Selon les responsables du projet, ce revenu est juste suffisant pour aider les gens à satisfaire leurs besoins les plus basiques. Les enfants en bénéficient particulièrement. Le projet, avec des ressources financières extrêmement limitées, a entrainé d'important effets sociaux. Il a eux un impact positif sur les besoins de base et la qualité de vie des participants. Les résultats montrent également que le revenu de base a contribué à un développement durable du village[78]. Les coordinateurs du projet ont constaté des améliorations en termes de nutrition, de vêtements, de conditions de vie, de santé (particulièrement pour les enfants), de construction de nouvelles maisons, et d'amélioration des maisons existantes. Ils ont aussi noté une amélioration de l'estime de soi et des interactions sociales, une réduction de l'insécurité sociale, et une augmentation des attentes futures, particulièrement chez les enfants, des changements significatifs dans les relations de travail, dans les naissances, les migrations et la dépendance économique[79].

États-Unis[modifier | modifier le code]

En 1976, l'Alaska a mis en place l'Alaska Permanent Fund, un fonds souverain dont le capital est basé sur les revenus miniers et pétroliers de l'État, et dont les revenus alimentent depuis 1982 un dividende universel versé le 30 juin de chaque année[80],[81]. En 1999 un référendum interdit à l'État d'utiliser « une partie » des revenus du fond (84 % d'opposants). Le montant maximum versé a été de 2 072 $ en 2015[82]. Aujourd'hui, dans le territoire Cherokee, une partie des revenus générés par les casinos est redistribuée aux membres de la tribu amérindienne[83].

Les 16 000 membres de l'Eastern Band of Cherokee Indians (en), basés en Caroline du Nord, reçoivent plusieurs milliers de dollars deux fois par an[84]. Ces paiements sont des dividendes issus des profits du casino Harrah's Cherokee (en), et sont distribués depuis 1996. Une étude des effets sur les enfants de la communauté a montré un déclin significatif de la pauvreté, des problèmes de comportement, de la criminalité, de l'abus d'alcool et de drogue, des problèmes psychiatriques, et une augmentation du nombre de diplômés. Les effets sont principalement constatés chez ceux qui étaient les plus jeunes quand les paiements ont commencé, et chez ceux que ces paiements ont sortis de la pauvreté[85],[86].

Iran[modifier | modifier le code]

L'Iran est le premier pays à avoir introduit un revenu de base national en automne 2010. Il est versé à tous les citoyens et remplace les subventions sur l'essence, l'électricité et certains produits alimentaires[87] que le pays appliquait depuis des années pour réduire les inégalités et la pauvreté. La somme correspond en 2012 à environ 40 US$ par personne par mois, 480 US$ par an pour une personne seule et 2 300 US$ pour une famille de cinq personnes[88].

Macao[modifier | modifier le code]

Macao distribue un fond à tous les résidents, permanents ou non, depuis 2008, dans le cadre du mécanisme de participation à la richesse (en) de la région. En 2014, le gouvernement a distribué 9 000 patacas (environ 1 127 $US) à chaque résident permanent, et 5 400 patacas (676 $US) aux non permanents, soit plus de 600 000 bénéficiaires[89].

Expérimentations[modifier | modifier le code]

Canada[modifier | modifier le code]

Le concept a été expérimenté par le Programme Mincome dans les années 1970 à Dauphin au Canada[90]. Les résultats de cette expérience, pendant longtemps non étudiée, ont finalement montré que la désincitation au travail y avait été très faible durant la durée de l'expérience (quatre ans). De plus, d'autres conséquences positives non attendues ont été observées, comme l'augmentation de la durée des études des jeunes, une baisse de la criminalité et des hospitalisations[91].

L'historien Rutger Bregman y fait référence dans une conférence TED[92].

États-Unis[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, quatre expérimentations sociales ont eu lieu entre 1968 et 1982. Ces expérimentations visaient à tester les comportements des citoyens vis-à-vis du travail s'ils touchaient un revenu garanti. Les chercheurs observèrent une désincitation plutôt faible au travail[91].

Inde[modifier | modifier le code]

En partenariat avec le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) et copilotés par le chercheur britannique Guy Standing et l'activiste indienne Renana Jhabvala (en)[93], des projets pilotes de revenu de base sont en cours dans des villages ruraux de l'Inde[94] depuis janvier 2011 sur une base de 200 roupies par mois par adulte, et 100 roupies par enfant.

Près d'un an après le début de l'expérimentation, celle-ci a déjà montré des résultats positifs sur la nutrition, la santé, l'éducation, les infrastructures et l'activité économique[95],[96] [réf. insuffisante].

Koweït[modifier | modifier le code]

Le Koweït démarre en février 2012 une expérience d'allocation universelle inconditionnelle[97] mais limitée dans le temps pour ses 1,155 millions de citoyens de 1 000 dinars/citoyen (3 580 dollars/citoyen).

Namibie[modifier | modifier le code]

Une expérimentation a été menée en Namibie, dans le secteur de Otjivero-Omitara (environ 1 000 personnes à 100 kilomètres de Windhoek)[98]. Elle consiste à distribuer chaque mois pendant deux ans (à partir du premier ) à chaque habitant enregistré 100 dollars namibiens.

Au bout de quelques mois d'expérimentation, la criminalité a baissé, la sécurité alimentaire de la population a augmenté, l'absentéisme à l'école a diminué, et des micro-entreprises se sont mises en place qui revitalisent le tissu économique et social du village. Globalement les revenus des habitants du village ont augmenté de 29 %, soit plus que le revenu supplémentaire octroyé par le programme. Le chômage a également diminué dans le village[65].

Ouganda[modifier | modifier le code]

Un programme en Ouganda a versé 382 $US à 535 jeunes de 15 à 35 ans, choisis aléatoirement. Les résultats ont montré une augmentation des activités d'entreprise de 57 %, des heures de travail de 17 % et des bénéfices de 38 % par rapport à un groupe témoin n'ayant rien reçu[99].

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Le gouvernement de Tony Blair a mis en place, en mai 2003, le Child Trust Fund (en), une mesure proposée par Bruce Ackerman afin de fournir à chaque enfant un « capital de base » à ses 18 ans[18]. Le programme a été arrêté en 2011[100], et remplacé par le Junior Individual Savings Accounts (en) (ISA)[101] car l'ISA aurait de meilleurs taux d'intérêts et une sélection plus large possible d'investissements[102].

Le gouvernement dans le dispositif Child Trust Fund donnait de l'argent à chaque enfant. L'ISA ne donne pas d'argent mais offre un compte avec des avantages fiscaux.

Projets[modifier | modifier le code]

Brésil[modifier | modifier le code]

Au Brésil, la loi 10835, approuvée sous le gouvernement Lula, prévoit d'étendre progressivement l'application du programme Bolsa Família (créé en 2003) jusqu'à instauration complète d'une allocation universelle[18],[103]. En novembre 2015, près d'un quart de la population brésilienne bénéficiait de ce programme soit 47,8 millions de personnes.

Espagne[modifier | modifier le code]

En Catalogne, une initiative populaire (ILP) est lancée depuis janvier 2013 pour que soit débattue au Parlement catalan la possibilité d'un « revenu garanti de citoyenneté » (RGC). Si le mouvement pour l'adoption de cette loi est composé de certains défenseurs locaux du revenu de base (Red Renta Básica (es), Associació Justícia i Pau de Barcelona (ca), ATTACetc.), le RGC n'en resterait pas moins une aide conditionnelle, qui répondrait à une situation de pauvreté (proche du revenu de solidarité active (RSA) français). Le RGC ne peut donc pas être considéré comme un revenu de base, par nature inconditionnel[104].

Finlande[modifier | modifier le code]

En 2015, le nouveau gouvernement finlandais de centre-droit s'est engagé à mettre en place une expérimentation de revenu de base[105]. Cette expérimentation est réalisée depuis le auprès de 2000 demandeurs d'emploi tirés au sort et âgés de 25 à 58 ans ; l'échantillon se limite à des personnes en recherche d'emploi et bénéficiant déjà d'une allocation chômage. Le montant est de 560 € par mois pendant 2 ans qui se substituent au système social existant en Finlande[106]. Ces 560 euros mensuels remplaceront ainsi l'actuelle allocation chômage. Si les allocataires percevaient une compensation plus élevée auparavant, la sécurité sociale leur versera la différence. Leur couverture santé et leur allocation logement seront maintenues. Le changement majeur introduit par cette expérimentation tient dans le fait que chaque personne pourra accepter un travail et continuer à recevoir son revenu universel, et ce quel que soit le salaire perçu. Les conclusions de l'expérimentation auront lieu en 2019 pour statuer sur son extension à l'ensemble de la population ou son abandon[107].

France[modifier | modifier le code]

Une motion proposant l'étude de faisabilité de l'expérimentation d'un revenu de base en Aquitaine avait été adoptée en juillet 2015. À la suite de la réforme territoriale, la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes a repris cette idée et prévoit un rapport final sur sa faisabilité en juin 2017, qui déboucherait sur une expérimentation[108].

Le département de la Gironde étudie différents scénarios de mise en place d'un revenu de base et prévoit de premières expérimentations en 2017[109].

Irak[modifier | modifier le code]

Des membres du Congrès américain ont proposé la mise en place d'un tel revenu, en Irak, sur le modèle de l'Alaska Permanent Fund[103]. Soutenu par l'envoyé de l'ONU Sérgio Vieira de Mello et la Banque mondiale, la mesure a été suspendue depuis la mort de de Mello[18].

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

La ville d'Utrecht prépare une expérimentation du revenu de base sur 250 personnes en 2017[110].

Suisse[modifier | modifier le code]

Entretien avec l'agence Reuters à propos du revenu de base, Bâle, 2016.

En Suisse, l'initiative populaire fédérale « Pour un revenu de base inconditionnel » lancée le a rassemblé plus de 126 000 signatures sur les 100 000 nécessaires pour qu'une votation populaire soit organisée[111]. L'initiative est finalement rejetée le par 76,9 % des votants et la totalité des cantons[112].

Union européenne[modifier | modifier le code]

Une initiative citoyenne européenne pour un « revenu de base inconditionnel » fut lancée le 14 janvier 2013. Elle devait rassembler un million de signatures en un an pour être examinée par la Commission européenne, soit une date limite fixée au 14 janvier 2014[113]. En janvier 2014, la campagne a pris fin avec un nombre total de 285 042 signatures[114], insuffisant pour que la proposition soit examinée par la Commission européenne.

Critiques[modifier | modifier le code]

Partisans[modifier | modifier le code]

Le revenu de base est défendu sous des appellations et pour des motifs divers par des universitaires et des militants, des hommes et femmes d'affaires et des syndicalistes, des formations politiques de droite et de gauche, des mouvements sociaux et des organisations non gouvernementales, des altermondialistes autant que par des libéraux néoclassiques. Au moins huit titulaires du « prix Nobel d'économie » sont connus pour avoir soutenu l'idée du revenu de base ou d'un revenu minimum : James Tobin, Herbert Simon, Friedrich Hayek, James Meade, Robert Solow, Milton Friedman, Angus Deaton et Christopher Pissarides[115],[116],[117].

Après être longtemps restée une proposition marginale en France (théorisée par Yoland Bresson, Alain Caillé, André Gorz et Jean-Marc Ferry), le revenu de base devient un enjeu de débat public dans les mois qui précèdent l'élection présidentielle française de 2017[118],[119],[120].

Conséquences négatives sur l'emploi[modifier | modifier le code]

Certains libéraux tels qu'Alain Wolfelsperger posent la mesure du travail par l'emploi comme prérequis indispensable au versement de tout revenu, et jugent donc le revenu de base comme immoral[121]. Ils y voient une remise en cause de la valeur travail.

Le versement d'un revenu de base pourrait avoir un impact négatif sur le marché du travail et inciter ses bénéficiaires à ne pas ou à moins s'employer. D'après certaines expériences menées sur quelques années cet impact serait réel mais pourrait cependant rester assez limité, tout du moins à court terme[122].

Le 15 mars 2016, invité du journaliste Guy Birenbaum sur France Info, le ministre des finances Michel Sapin se prononce contre l'instauration du revenu de base universel, car il y voit une incitation à l'oisiveté plus qu'à l'activité[123].

Constatant cette limite, certains ont proposé des versions « hybrides » du revenu universel réduisant l'effet sur l'emploi du « droit à la paresse » (possibilité de percevoir le revenu sans travail). Ces solutions ont néanmoins pour conséquence la fixation de conditions, qui augmente la complexité du dispositif[124]. Il convient de noter qu'une partie de ces débats a également eu lieu à l'origine de la création du RMI[125].

Le point de vue d'Attac[modifier | modifier le code]

L'association altermondialiste Attac n'a pas pris position sur le revenu universel, mais certains de ses économistes ont proposé une critique de cette mesure. Jean-Marie Harribey, critique de l'idée d'un revenu de base, remarque, que si la collectivité versait un revenu de base, les entreprises paieraient d'autant moins leurs employés[126]. Jean-Marie Harribey estime qu'un tel dispositif ne réduirait pas les inégalités, mais au contraire risquerait fort de conduire à une société encore plus duale[68], « il ne peut pas y avoir éternellement des droits sans que ceux qui en assument le coût ne puissent exiger en retour des droits équivalents. Si on me verse un revenu sans que je participe au travail collectif, eh bien cela veut dire qu'il y a des gens qui travaillent pour moi. C'est possible ponctuellement ou en cas de force majeure, mais pas sur toute une vie ». Puisqu'il n'y a pas de travail productif au-delà de l'emploi sous ses deux formes, le travail salarié et le travail indépendant, il estime que le financement proposé est vide de sens et parle de « vacuité théorique »[127],[126] car seul le travail validé par la société (que ce soit par le marché ou par une décision politique, par exemple d'apprendre à lire et écrire à tous les enfants) produit de la valeur économique susceptible d'être distribuée en revenus. L'alternative au revenu universel serait une réduction collective du temps de travail et une garantie de revenu sous conditions de ressources pour tous les adultes qui sont en formation, en recherche d'emploi ou empêchés d'en occuper un.

Michel Husson, économiste, lui aussi membre d'Attac, fait un parallèle avec l'aide au logement qui serait exploitée par les propriétaires dans le but d'augmenter les loyers, un détournement qui réduirait sensiblement l'effet de ces allocations[126]. Le revenu universel serait utilisé par les employeurs pour contourner le salaire minimum[126]. Selon Michel Husson, c'est le postulat initial du projet de revenu de base qui est erroné en niant que la source de tous les revenus se situe dans le travail collectif[126].

Le point de vue du Réseau Salariat[modifier | modifier le code]

Le sociologue et économiste Bernard Friot, spécialiste des systèmes de protection sociale, qualifie le revenu de base de « roue de secours du capitalisme »[128]. Pour lui, et pour le réseau salariat ce projet est parfaitement compatible avec le système capitaliste et ne remet aucunement en cause ces aspects les plus destructeurs et lui offre même une nouvelle légitimité, le marché des capitaux étant nécessaire à son financement. Bernard Friot lui préfère le projet de salaire à vie qu'il qualifie d'authentiquement émancipateur[15]. Bernard Friot consacre une partie du chapitre IX de son ouvrage Puissances du salariat à expliquer les problèmes que posent à ses yeux l'idée de revenu inconditionnel qu'il considère comme une dérive symétrique de l'idée de capital humain. Il affirme aussi dans un article paru en 2013 : « Puisque le conflit salarial a produit des institutions d'un émancipateur déjà-là tel qu'il rend possible la sortie du capitalisme par attribution de tout le PIB à la cotisation et, à tous, d'une qualification personnelle, pourquoi régresser par l'instauration d'un revenu de base qui, laissant intacts le marché du travail, la valeur travail et la propriété lucrative, s'inscrit comme correctif dans la domination capitaliste ? »[129].

Pour Samuel Zarka, chercheur en philosophie à l'Académie royale des beaux-arts de Liège et membre du réseau salariat, à la différence du salaire universel, le revenu de base conduit à une situation où l'allocataire « n'a aucune maîtrise du quoi et du comment de la production, qui restent le fait du propriétaire du capital »[130]. De son côté, le réseau salariat a réalisé un comparatif des deux projets[131].

Autres alternatives[modifier | modifier le code]

Le sociologue Mateo Alaluf revendique une critique "de gauche" contre toute allocation universelle. Il avance que « remplacer un système de protection sociale financé principalement par les cotisations et reposant sur la solidarité salariale par une rente versée par l'État et financée par la fiscalité apparaît comme une machine de guerre contre l'État social »[132] et précariserait l'emploi[133], ce qui explique le rejet de cette proposition par les syndicats de salariés.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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