Dissidence institutionnelle

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La dissidence institutionnelle est un concept sociologique proposé par Maryvonne David-Jougneau[1] qui décrit une forme de protestation dans laquelle un individu[2] dénonce un dysfonctionnement institutionnel[3] au sein d’une société, en se référant aux principes mêmes de l’institution ou à une relecture des principes qui le légitiment.

Dans son affrontement avec l’institution, l’individu dissident, qui réagit d’une manière qui lui est propre[4], transgresse les normes, les codes et même parfois la loi en mettant le problème qu’il pose sur la place publique. C'est l'opposition aux normes avant tout plutôt qu'aux lois qui distingue, selon M. David-Jougneau, le dissident institutionnel du désobéissant civil.

Son combat, dans lequel il s’expose et prend des risques, interpelle et divise la société. Si son « appel au peuple » est entendu, sa parole-acte suscite à la fois un soutien de la part de ceux qui se reconnaissent dans les valeurs qu’il défend, en même temps qu’elle provoque un rejet de la part de ceux qui veulent maintenir l’ordre en place.

Ces luttes dites « individuelles », devenant des « affaires »[5], ont une dimension sociale, car la revendication de droits, portée par l’individu, est un facteur important dans l’évolution des institutions et des sociétés, révélant les tensions entre les différentes valeurs qui s’y affrontent.

Témoin les résistances individuelles actuelles dans la conquête du droit des femmes : en Palestine face aux crimes d’honneur[6]; en Inde, ou une fillette de 11 ans, Rekha Kalindi refuse le mariage forcé des enfants[7]; au Pakistan où la jeune Malala Yousafzai affronte les talibans en revendiquant, pour les filles, le droit à l’instruction[8]. Cependant, si l’on en trouve maints exemples contemporains, il faut noter que cette forme de résistance est déjà mise en scène par Sophocle dans son Antigone[9].

Quel que soit le champ d’une dissidence et son enjeu institutionnel, politique, ou purement éthique, l’individu dissident ne s’en tient pas à la dimension qui lui est assignée par son statut social, tel qu’il est défini par les normes : parfois simple quidam il devient, de fait, un « acteur social[10] ».

Sommaire

« La dissidence institutionnelle », un concept nouveau[modifier | modifier le code]

Le concept de « dissidence institutionnelle » a été introduit[11] par Maryvonne David-Jougneau[12], à partir de l’étude sociologique d’affaires qui ont surgi dans les années 1970-80, au sein de différentes institutions françaises avec un écho plus ou moins national : affaire Papinski[13] dans l’Éducation Nationale, l’affaire Bidalou[14] dans la Justice, un père devenu hors la loi[15] etc. Cette recherche a donné lieu à une thèse[16] en 1986, à sa réécriture sous forme de livre « Le dissident et l’Institution ou Alice au pays des Normes », l’Harmattan, 1989, et à de nombreux articles.

Perspective sociologique interactionniste[modifier | modifier le code]

Cette approche sociologique s’est faite dans une perspective interactionniste[17], se référant à la fois à Erving Goffman et à L'École de Palo Alto, (Bateson, Laing, Watzlawick). D’un point de vue méthodologique, l’auteur propose une grille d’analyse pour reconstituer l’interaction spécifique entre l’individu dissident et l’institution, afin d’en dégager les enjeux.

Le scénario de la dissidence[modifier | modifier le code]

De l’étude de cette interaction spécifique est dégagé un « scénario de la dissidence »[18] en plusieurs actes : I) La naissance d’une revendication avec dénonciation d’un manquement par rapport à des principes de référence ; II) Un affrontement légal, là où il existe des recours institutionnels ; III) Un appel au peuple quand ces recours ont échoué. La transgression des normes et parfois même de la loi divise l’opinion publique. Une partie rejette et stigmatise l’individu dissident, une autre le soutient et l’encense ; IV) Suite à l’affrontement idéologique et politique au sein de la société, l’individu peut obtenir la satisfaction de sa revendication voire être réhabilité ou, au contraire, être exclu définitivement du champ institutionnel.

Extension du concept de scénario de la dissidence[modifier | modifier le code]

Ce scénario de la dissidence, on le retrouve dans l’histoire et dans la littérature, d'Antigone[19] à Aung San Suu Kyi, en passant par les paroles et les actes des « dissidents politiques »[20] des pays de l’Est qui ont donné un sens historique au concept de dissidence[21] au XXe siècle. Mais on découvre aussi ce scénario dans des luttes parfois oubliées, qui ont constitué des « affaires » en leur temps, avec des enjeux de valeurs et de civilisation importants. Telle la lutte de Semmelweis contre l’obscurantisme médical face à sa découverte de l’importance de l’hygiène au xixe siècle[22].

Principes, normes et lois[modifier | modifier le code]

Trois systèmes symboliques[modifier | modifier le code]

Selon M. David-Jougneau, pour comprendre la problématique de la dissidence il faut distinguer trois systèmes symboliques qui peuvent ne plus être en cohérence au sein d’une société en évolution. Les principes auxquels se réfèrent les dissidents sont des règles générales qui définissent l’orientation idéale des institutions sans pour autant être toujours mises en pratique. Ce peut être aussi les droits fondamentaux de l’individu (dignité, liberté de pensée etc .) quand ceux-ci sont bafoués. Ces fondements idéaux et symboliques de l’action sont souvent appelés en sociologie des « valeurs »[23]. Elles nécessitent un acte de pensée rationnelle pour s’y référer. Les normes définissent des règles collectives qui structurent notre action selon un modèle défini, sans même avoir besoin d’être pensées. Intériorisées par la socialisation, elles définissent ce qu’il faut faire comme « naturel » ou allant de soi[24]. Les lois, sont des règles positives auxquelles il se réfère par un acte de connaissance, avec la conscience que cet ordre est institué et, par là-même, peut être changé.

Conditions objectives de la dissidence institutionnelle[modifier | modifier le code]

Dans tous les cas étudiés M.David-Jougneau souligne comme condition objective de la dissidence une contradiction entre des principes, mis en exergue dans l’institution ou faisant sens pour au moins une partie de la société, et des pratiques qui ne les respectent pas. Ces « lacunes de la structure sociale»[25] peuvent faire l’objet de luttes collectives ou parfois de luttes individuelles là où certains individus peuvent y être particulièrement « sensibles ».

Conditions subjectives de la dissidence institutionnelle[modifier | modifier le code]

D’où la recherche des raisons particulières qui amènent un individu dissident à ne pas se soumettre aux normes comme le font la majorité de ceux qui ont même statut que lui, même lorsqu’ils critiquent un ordre dominant qu’ils subissent comme injuste. Ce qui revient à enquêter sur la socialisation et l’histoire de l’individu pour comprendre ce qui le fait s’insurger face à une situation où les principes ou les valeurs auxquelles il tient sont menacées.

Dimension sociale et enjeux des affaires de dissidence[modifier | modifier le code]

Pour saisir la dimension sociale d’une affaire de dissidence, M. David-Jougneau distingue 3 sortes d’enjeux : les enjeux[26] personnels, des enjeux institutionnels et des enjeux fondamentaux.

Enjeux personnels[modifier | modifier le code]

Les enjeux peuvent être multiples allant de l’investissement particulier dans la carrière à des motifs d’ordre affectif, auxquels s’ajoute une confiance dans les institutions, un besoin de règles du jeu bien définies, etc. Dans tous les cas l’individu a vécu une expérience si négative de l’ordre normatif qu’il dénonce que la renonciation aux valeurs ou aux principes auxquels il se réfère serait destructrice du moi tel qu’il s’est construit.

Enjeux institutionnels[modifier | modifier le code]

Mais, s’il y a « affaire » c’est qu’à côté de l’enjeu personnel il y a un « enjeu institutionnel » : le contenu du rôle de père au moment d'une séparation familiale[27], le contenu du rôle d’enfant qui peut revendiquer des droits face à l'adulte, le contenu du rôle de la femme face à l’homme, etc. À chaque fois le dissident propose « une autre manière de jouer son rôle social » pouvant s’inscrire dans une évolution alternative de l’institution et de la société[28] .

Enjeux fondamentaux[modifier | modifier le code]

Le dissident institutionnel pose le problème de l’assise de droit dans nos rôles sociaux[29]. La dissidence témoigne de l’importance des principes qui fondent le moi et la crise qui s’ensuit quand les attentes jugées légitimes ne sont pas satisfaites[30]. Michaël Kohlhaas[31], le héros du roman de H. Von Kleist, qui dans son combat contre l’injustice reproduit à bien des égards le scénario de la dissidence, fait remarquer qu’il ne peut plus exercer son métier de maquignon dès lors que l’arbitraire et le pouvoir des seigneurs peuvent triompher du droit[32].

L’individu, acteur social[modifier | modifier le code]

Parmi les enjeux fondamentaux de la dissidence il y a également la dimension sociale que peut prendre l’individu en tant qu’acteur social[33] assortie de la représentation du réel social qu’il introduit.

Deux représentations antagonistes du réel social[modifier | modifier le code]

Représentation du réel social proposée par le dissident[modifier | modifier le code]

Selon la thèse de M. David-Jougneau[34] le dissident propose une représentation du citoyen et du réel social en complète opposition avec celle que secrète l’« agent normalisé »[35] qui s’identifie, sans distanciation, à son statut selon la norme.

Le dissident institutionnel se pense comme « acteur social » dans une réalité en mouvement au sein d’une société qu’il peut faire évoluer. Quel que soit son statut social, il agit en coresponsable de l’ordre social ou de son désordre. Il propose ainsi, à chacun, une dimension de citoyen révisée à la hausse.

Représentation du réel social de l’« agent normalisé »[modifier | modifier le code]

L’« agent normalisé », qui assure la soumission aux normes, se pense, au contraire, comme simple pion dans une réalité statique où les rapports de force sont établis de telle manière qu’ils ne peuvent être changés. Pour lui, la soumission aux normes est la seule possible et celui qui les transgresse est un facteur de désordre, nuisible pour la société.

Perspective humaniste et exigence éthique[modifier | modifier le code]

Perspective anthropologique humaniste[modifier | modifier le code]

La dissidence s’inscrit dans une perspective anthropologique humaniste : l’individu dissident pense que les valeurs ou les principes, auxquels il se réfère de manière non-violente, ont une dimension d’universalité et finiront par triompher[36]. Dans le même temps son combat vise à établir un rapport de force « politique » au sens premier du terme en vue de les inscrire, ici et maintenant, dans l’espace publique.

Cohérence entre principes et pratiques[modifier | modifier le code]

Le dissident demande à l’institution et à ses représentants de rétablir une cohérence entre les principes et les pratiques.

L’exigence éthique du dissident à l’égard de lui-même se manifeste par son refus du divorce entre ce qu’il pense être juste et sa pratique, entre l’idéal et le réel[37].

Par son refus des compromis et les risques qu’il prend, par son courage, le dissident interpelle chacun de ceux auxquels il s’adresse dans ses rapports aux valeurs et à l’idéal : il pose le problème de la responsabilité de chacun par rapport au dysfonctionnement en cause[38]. Par là même, il dérange et suscite le rejet.

La « stigmatisation » du dissident[modifier | modifier le code]

La stigmatisation comme défense des normes[modifier | modifier le code]

La stigmatisation[39] de l’individu qui n’est pas dans la norme a été analysée en particulier par E. Goffman. Elle est un système de défense des normes qui vient s’ajouter aux sanctions requises par une défense des lois, quand celles-ci ont été transgressées.

Le dissident stigmatisé comme « paranoïaque »[modifier | modifier le code]

M. David-Jougneau a analysé la stigmatisation du dissident institutionnel, en France, dans les années 1970-80[40]. Dans tous les cas étudiés elle découvre qu’il est considéré, par ceux qui le critiquent et en particulier par ses pairs, comme « paranoïaque ». Elle analyse ce « diagnostic» comme un système de défense des normes[41].

Stigmatisation différente selon les époques[modifier | modifier le code]

Selon M. David-Jougneau, le thème de rejet ou de stigmatisation de l’individu dissident est à analyser en fonction des représentations sociales dominantes de chaque époque. Dans la Grèce antique, Antigone et Socrate, ont été stigmatisés comme « sacrilèges » par les défenseurs des lois ancestrales[42]. Dans l’Europe chrétienne, le dissident était considéré et condamné comme « hérétique[43] ». Les suffragettes qui se battaient pour le droit à l’égalité en tant que citoyennes étaient perçues comme « hystériques[44] ».

Intérêt de cette approche sociologique[modifier | modifier le code]

Elle propose une autre méthode et une autre lecture de certaines affaires[modifier | modifier le code]

Elle met à nu des pratiques institutionnelles qui restent masquées tant qu’on ne reconstitue pas l’interaction spécifique entre le dissident et l’institution.

Selon Gustave-Nicolas Ficher, cette approche « pose d’une nouvelle manière le problème de l’identité sociale dans les institutions… Dans le cas de la dissidence, l’identité sociale ne trouve pas sa source dans la conformité aux normes mais dans la référence au droit. Le dissident se définit à l’intérieur d’une nouvelle identité où il apparaît comme un acteur social… producteur d’événements qui sont de nature à réorienter les situations »[45].

Elle propose une méthode pour décrypter chaque « affaire » mettant en conflit un individu et une instance de pouvoir. Elle permet ainsi de mieux évaluer la dimension sociale des « luttes individuelles » contre l’injustice, que l’on trouve soit dans la littérature[46], soit dans notre histoire[47], soit dans notre actualité[48].

Elle dépsychiatrise le regard sur certains comportements sociaux[modifier | modifier le code]

Cette approche sociologique dépsychiatrise le regard sur certains comportements qui peuvent être considérés comme « déviants » ou « anormaux ». Elle apprend à en dévoiler le sens, derrière une parole qui peut paraître « incongrue », provenant d’individus qui ne maîtrisent pas toujours les codes pour se faire entendre de la part des pouvoirs publics ou retenir l’attention des médias[49].

Elle ne nie pas pour autant qu’il y ait, parmi ces paroles incongrues, des paroles qui relèvent de la pathologie. L’analyse, dans chaque cas, des différents enjeux et de leur importance relative, doit permettre de distinguer une parole-acte, insensée dans son déni du réel, d’une lutte dissidente dont elle mime le scénario. Elle doit permettre aussi de distinguer, de la dissidence, des conduite narcissiques qui recherchent avant tout, dans l’appel au peuple, un grandissement de soi de l’individu. M. David-Jougneau note d’ailleurs qu’au sein même du scénario de la dissidence, l’individu peut être menacé par « une perte de repères institutionnels » et par une « image fantasmée de soi »[50]. Il ne s’agit donc pas, d’après cet auteur, d’applaudir à tout ce que fait le dissident[51] ou de le considérer comme une sorte de héros.

Limites de cette approche sociologique et critique et de la notion de « scénario de la dissidence »[modifier | modifier le code]

Une définition qui exclut certaines luttes individuelles[modifier | modifier le code]

Parler en termes de « scénario de la dissidence », avec ses différents actes, ne permet pas de rendre compte des « résistances » légitimes que les individus peuvent mener au sein de leurs institutions, sans qu’ils aient la possibilité de se faire entendre par un appel au peuple : soit parce qu’il leur manque des compétences (la maîtrise de l’expression écrite par exemple), soit parce qu’ils n’ont pas trouvé de média prêt à leur ouvrir une tribune[52], soit que leur revendication ne peut être entendue à ce moment précis.

Le pouvoir limité de cet acteur social[modifier | modifier le code]

Et ce d’autant que le pouvoir de l’individu dissident comme acteur social n’est que celui d’un porte-parole de valeurs qui peuvent devenir des forces au sein d’un débat social, à condition que d’autres se reconnaissent dans cette revendication, au moment où il la rend publique[53]. Un geste courageux de transgression des normes et de dénonciation de l’injustice ne suffit pas à déclencher un « scénario de la dissidence » s’il reste sans portée sociale. Le concept de dissidence institutionnelle ne qualifie pas la démarche d’un individu, mais décrit un processus social dont la conduite de l’individu n’est qu’un élément. Il reste que la démarche de dénonciation, même dans un cadre légal implique déjà, selon les circonstances, la transgression des normes et requiert du courage[54].

Des conditions sociologiques et historiques particulières[modifier | modifier le code]

C’est dans des conditions sociologiques et historiques particulières et limitées que le geste symbolique d’un individu peut déclencher un changement voire un mouvement social[55].

Les risques pour l’individu dissident[modifier | modifier le code]

L’individu dissident s’expose et met sa vie ou ses conditions de vie en danger sans savoir si sa lutte sera victorieuse et permettra une avancée des valeurs qu’il défend. Il y a, de plus, un risque de désocialisation de l’individu s’il est exclu de l’institution.

Pour toutes ces raisons, selon M. David-Jougneau, la dissidence ne peut être prônée comme forme de résistance. Elle est un cri que pousse l’individu quand il n’a pas ou plus d’autre recours et que les valeurs qui sont fondamentales pour lui s’effondrent. On peut la considérer comme un avatar de la parrêsia ou du « dire vrai [56]», étudié par Michel Foucauld[57]. Quoi qu’il en soit, elle semble être une « figure de la citoyenneté[58]» qui s'est développée sous des appellations multiples, depuis l’apparition de la Démocratie en Grèce et l’émergence de « l’individu-citoyen[59] ». C’est à ce titre qu’il semble utile de la comparer à d’autres formes de protestation de l’individu face aux normes et face à la loi, qui s’en rapprochent.

Comparaison avec le contestataire, le désobéissant civil, le lanceur d’alerte et l’objecteur de conscience.[modifier | modifier le code]

Le contestataire[modifier | modifier le code]

Le contestataire met en cause les valeurs dominantes d'une société avec refus de s'intégrer dans un ordre social[60] . Le dissident institutionnel refuse de s’intégrer dans l’ordre social particulier qu’il dénonce comme « désordre » mais au nom d’un ordre social idéal, conforme aux principes institutionnels et/ou à des principes fondamentaux, qu’il tend à mettre en œuvre, ici et maintenant, par sa pratique.

Le désobéissant civil[modifier | modifier le code]

Le désobéissant civil met l’accent sur le refus d’obéir à la loi pour défendre des valeurs auxquelles il croit.

Dans la dissidence institutionnelle, c'est l'affrontement aux normes, au sein des rôles sociaux, et non l’affrontement à la loi qui est au cœur du scénario de la dissidence[61], dont l’enjeu est la défense de principes qui garantissent le droit de chacun, au sein de son statut.

La désobéissance civile se rattache à son origine chez Henry David Thoreau à une conception anthropologique libérale dans laquelle l’individu se pense comme homme privé, séparé de l’État[62], pouvant même vivre en dehors de la société[63]. L’individu peut néanmoins décider de s’engager dans des luttes sociales et politiques pour faire valoir des causes qu’il trouve justes.

Le dissident institutionnel, tout en manifestant sa liberté de pensée et sa créativité, témoigne d’une conception anthropologique dans laquelle il se pense avant tout comme « être social », dépendant du bon ou mauvais fonctionnement de l’institution et réclamant une « assise de droits »[64] comme garantie au sein de ses rôles sociaux.

Tous deux se considèrent comme « acteurs sociaux» pouvant faire changer l’ordre social, législatif, voire politique dès l’instant où l’action publique trouve un écho ou rassemble d’autres individus qui s’engagent dans l’action. La désobéissance civile a été théorisée par Thoreau comme une arme politique, pensée comme telle, contre un gouvernement, contre un État dont on combat la ligne et dans laquelle l’implication individuelle se double d’une dimension collective (Martin Luther King, Gandhi). Le combat du dissident institutionnel se situe dans le champ restreint d’une institution[65], ou se contente de dénoncer une pratique sociale au sein de la société[66].

Le lanceur d’alerte[modifier | modifier le code]

Le lanceur d’alerte, selon la définition qu’en donne Florence Hartman[67], en partant d’exemples comme Daniel Ellsberg, André Cicolella, Irène Frachon, Edward Snowden, dénonce publiquement un dysfonctionnement au niveau d’un gouvernement, d’une administration, d’une entreprise etc. au nom de la transparence ou de conflit d’intérêts, sans que la personne soit directement victime du dysfonctionnement qu’elle dénonce[68]. Néanmoins, dès que le lanceur d’alerte rend publique sa dénonciation et sauf s’il y a un statut qui le protège[69], il peut se retrouver dans un scénario de dissidence dans lequel un pouvoir tente de l’anéantir et où seul le recours à l’opinion publique et à son soutien[70] peut lui redonner de la légitimité et lui éviter d’être anéanti symboliquement, voire physiquement par ceux dont les pratiques ont été dénoncées.

Le lanceur d’alerte parle d’une place, au sein de la société qui est le plus souvent celle d’un expert qui le fait accéder à des données qu’il est seul à connaître et qui lui semblent utiles de révéler dans l’intérêt commun.

Au contraire le dissident est, la plupart du temps, un quidam qui, à partir de son expérience, est amené à témoigner d’un fonctionnement institutionnel non conforme aux principes et demande à l’institution de réparer à la fois une injustice dont il est victime ou témoin, en même temps que ses propres failles. C’est au cours de l’action qu’il se découvre une dimension nouvelle qui est celle de l’acteur social en même temps qu’il découvre et révèle certains rouages de l’institution méconnus.

Au cours du scénario de la dissidence il connaît plusieurs dimensions sociales, tantôt menacé d’anéantissement symbolique, tantôt grandi comme un héros avec la difficulté de se trouver une bonne dimension au sein de l’institution[71]. La protection des lanceurs d’alerte, récente en France[72], est limitée par un cadre juridique plus ou moins restrictif même dans les pays anglo-saxons[73]. Elle devrait néanmoins permettre au lanceur d’alerte d’éviter les risques d’être traité soit comme un délinquant soit comme un héros. On pourrait envisager que cette protection juridique soit étendue aux dissidents institutionnels.

L'objecteur de conscience[modifier | modifier le code]

L'objecteur de conscience refuse d'accomplir certains actes allant à l'encontre d'impératifs religieux, moraux ou éthiques dictés par sa conscience. C’est cette référence explicite à une morale qui fonde le refus d’en transgresser les principes. Elle relève de l’interdit moral, là où la dissidence propose, en même temps que le refus d’un rôle, une autre manière de jouer son rôle social qui intègre de nouveaux droits. Le dissident institutionnel est créateur d’une nouvelle manière de jouer son rôle social pouvant faire évoluer le droit et la société.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • 'Erin Brockovich, seule contre tous, réalisé par Steven Soderberg, 2000.
  • Seule contre tous ou la dénonciation, de Larysa Kondracki, Québec, 2010.
  • Michaël Kohlhaas, réalisé par Arnaud des Pallières, 2013.
  • Les Suffragettes, ni paillassons, ni prostituées, documentaire de Michèle Dominici, ARTE, 2012.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Études sociologiques[modifier | modifier le code]

  • Maryvonne David-Jougneau
    • La dissidence institutionnelle : une approche sociologique, Revue française de Sociologie, XXIX, 1988, pp. 471-501.
    • Le dissident et l’Institution ou Alice au Pays des Normes, l’Harmattan, 1989.
    • Antigone ou l’aube de la dissidence, L’Harmattan, 2000.
    • « Un père hors-la-loi », Dialogue N°107, Paris, 1990
    • « Semmelweis et Bandajevsky, des savants victimes de la répression scientifique », in Les silences de Tchernobyl, Ed. Autrement, 2004 et 2005.
  • Luc Boltanski, La dénonciation, Actes de la recherche en sciences sociales, N°51, 1984.
  • Luc Boltanski, E. Claverie, Nicolas Offenstadt, S. Van Damme, Affaires, scandales et grandes causes, Stock, 2007.
  • Etienne de la Boétie, La servitude volontaire, Arlea, 2007
  • Chantal Delsol et alii, Dissidences, PUF, 2005.
  • Cynthia Fleury, La fin du courage, Fayard, 2010.
  • E. Goffman, Les Rites d’interaction, Ed. de Minuit, 1967.
  • V. Havel : Le pouvoir des sans pouvoir, in Essais politiques, Points, 1990.
  • Florence Hartmann, Lanceurs d’alerte. Les mauvaises consciences de la démocratie, Don Quichotte, 2014.
  • Alexandra Laignel-Lavastine : Jan Patocka, l’Esprit de la dissidence, Michalon, 1998.
  • Henri-David Thoreau : La désobéissance civile, Mille et une nuit, 2000.
  • Alain Touraine, Le retour de l’Acteur, Fayard, 1984.
  • Nous Dissidents, Recherche 34, 1978.
  • Roger Rotman, Dissidences et dissident(e)s, Le Sycomore, 1982.

Témoignages et œuvres de fiction[modifier | modifier le code]

  • Aung San Suu Kyi, Ma Birmanie, Pluriel, 2012.
  • Gregory Berglund, Le dissident du monde occidental, Seuil, 1979.
  • Louis-Ferdinand Céline, Semmelweis, Gallimard, 1999.
  • Irène Frachon, Mediator 150 mg - Combien de morts ? Editions-Dialogues.fr.
  • Rekha Kalindi, La force de dire non, Michel Lafon, 2012.
  • Jacques-André Prévost, Le Dissident, Mercure de France, 1978.
  • Antigone de Sophocle, Belles Lettres, 1997.
  • Heinrich Von Kleist, Michaël Kohlhaas, Phebus, 1983.
  • Émile Zola, J’accuse et l’affaire Dreyfus, Librio, 2002.
  • Stephan Zweig Conscience contre violence, Livres de poches, 2004.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. M. David-Jougneau, La dissidence institutionnelle : une approche sociologique, Revue française de Sociologie, XXIX, 1988, pp. 471-501.
  2. Au sens de E. Goffman : « Quelqu’un capable de distanciation, capable d’adopter une position intermédiaire entre l’identification et l’opposition, et prêt, à la moindre pression, à réagir en modifiant son attitude dans un sens ou dans l’autre pour modifier son équilibre ». Asiles, Paris 1968, p. 373.
  3. Ce qui la distingue de la « dissidence politique » qui désigne une forme de protestation contre un régime totalitaire, qui émerge, dans les années 1970, d’abord en URSS puis dans d’autres pays : Cuba, Chine, Birmanie etc.
  4. V. Boukovsky définit le dissident comme quelqu’un qui « pense par lui-même » et met en œuvre ce qu’il pense être juste : Nous Dissidents, Recherche 34, 1978, p. 10.
    Sophocle décrit Antigone comme « autognotos » et « autonomos » : qui juge par soi-même et se donne sa propre loi : J. de Romilly, La Grèce antique à la découverte de la liberté, Paris, Ed de Fallois, 1989, p. 193.
  5. Sur le rôle des « affaires » dans l’évolution des sociétés, cf. Luc Boltanski, Elisabeth Claverie, Nicolas Offenstadt, Stéphane Van Damme, Affaires, scandales et grandes causes, Stock, 2007. pp. 7-17.
  6. L'indignation d'un village palestinien met fin à l'indulgence pour crimes d'honneur dans Le Monde 19/05/2011
  7. Rekha Kalindi : La Force de dire NON, Bernard Lafon, 2012 ;
    Voir aussi : Marriages forcés, celle qui a dit non : Rekha Kalindi (Paris Match)
  8. Malala Yousafzai a obtenu le prix Sakharov en décembre 2013. Le Monde 10/10/2013
  9. Antigone
  10. Au sens où le définit A.Touraine : « Les acteurs ne se bornent pas à réagir à des situations, mais produisent également celles-ci ; ils se définissent à la fois par leurs orientations culturelles et par les conflits où ils sont engagés » Le retour de l’Acteur, Fayard, 1984, p. 69.
  11. « Récemment, la notion de dissidence institutionnelle a été introduite (David-Jougneau 1989)… Le concept de dissidence institutionnelle apporte un éclairage nouveau sur les interactions existant entre normes et conduites, en montrant comment ces dernières peuvent s’opposer aux éléments normatifs auxquels elles sont soumises. » Gustave-Nicolas Fischer, Les domaines de la psychologie sociale, 2 les processus du social, DUNOD (Bo-Pré) Paris, 1991. pp. 11-16.
  12. Maryvonne David-Jougneau
  13. M.David-Jougneau, La dissidence institutionnelle, o.c. pp. 478-490.
    ou La dissidence institutionnelle
    ou bien : L'instituteur contre l'inspecteur. Livre blanc
    ou bien : Le désobéisseur. Erwan Redon
  14. Wladimir Rabinovitch : « Jacques Bidalou dans le cercle de la craie » Revue Esprit, avril 1981.
  15. M. David-Jougneau, « Un père hors-la-loi », Dialogue N°107, Paris, 1990.
  16. « Contribution à une théorie de la dissidence à partir de l’étude de quelques cas », thèse de doctorat, Paris V, 1986
  17. La dissidence institutionnelle, o. c. pp. 474-478
  18. M. David-Jougneau, Le dissident et l’institution ou Alice au Pays des normes, L’Harmattan, 1989, pp. 82 à 108. La dissidence institutionnelle, o. c. pp. 478-489.
  19. M. David-Jougneau, Antigone ou l’Aube de la dissidence, L’Harmattan, 2000.
    Socrate dissident. Aux sources d’une éthique pour l’individu citoyen, Actes-Sud/Solin, 2010.
  20. Nous Dissidents, Recherche 34, 1978.
    Roger Rotman, dissidences et dissident(e)s, Le Sycomore, 1982.
  21. « Il désigne celui qui se démarque d'une doctrine religieuse ou d'un dogme, avant de s'appliquer au domaine politique ou idéologique » : Dissidence
  22. Louis-Ferdinand Céline, Semmelweis, Gallimard, 1999.
  23. G. Rocher, Introduction à la sociologie générale, T.1 Paris, Seuil, 1968. p. 74 et sq.
  24. G. Rocher, o. c. pp. 43-51.
  25. Cl. Levy-Strauss, Introduction à l’œuvre de Marcel Mauss, in : M. Mauss, Sociologie et Anthropologie, PUF, 1950, pp. XIX à XXI
  26. Dans une perspective sociologique, la recherche du sens devient la recherche des enjeux : R.Castel, préface d’Asiles de E. Goffman, 1968, ed.1979, p. 13.
  27. Le problème des « nouveaux pères » se situe dans l’évolution du « droit de garde » des enfants depuis 1970, en France : Le monde 18/02/2013
  28. M. David-Jougneau, Les Avatars de la dissidence et de son scénario
  29. M. David-Jougneau, La dissidence institutionnelle, o.c. pp. 490-493
  30. « Il nous faut… étudier les façons dont l’individu investit obligatoirement son affectivité dans les attentes légitimes qui se trouvent être les siennes… Il s’agit maintenant d’une question de principe, c'est-à-dire d’une règle dont la sainteté provient de la conduite effective qu’elle gouverne, mais aussi des implications symboliques qu’elle possède en tant que partie d’un système de règles, lui-même en danger. Le désir insistant d’une certaine place est ainsi couvert et renforcé par le droit, lui-même affermi dans l’obligation où l’on est de la faire valoir, de peur que la structure toute entière ne se détériore » E. Goffman, Rites d’interaction, Seuil, 1974, pp. 117-118.
  31. Michaël Kohlhaas : Le triomphe tragique de la justice. Voir aussi l'analyse du livre du M. Kohlhaas par M. David-Jougneau, Le dissident et l’institution, o.c. pp. 101-106 ; 224-227.
  32. « Rejeté (de la communauté) : j’appelle ainsi celui à qui la protection des lois est refusée, parce que cette protection, pour la bonne marche de mes bonnes affaires j’en ai besoin.… Et celui qui me la refuse me rejette parmi les fauves du désert » : Michaël Kohlhaas, H. Von Kleist, Phaebus, Paris, 1983, pp. 81-82.
    L'analyse du livre du M. Kohlhaas par M. David-Jougneau, Le dissident et l’institution, o.c. pp. 101-106 ; 224-227.
  33. Cf. la note N° 10.
  34. M. David-Jougneau, Le dissident et l’Institution, o.c. pp. 151-155.
  35. Au sens où le définit S. Milgram dans Soumission à l’autorité, Calmann-Levy, pp. 166-67 ; 182-83.
  36. cf. Vaclav Havel qui réfléchit sur le sens de la Charte 77 : « Il va sans dire que nous espérons voir tôt ou tard le sens de ce que nous faisons éclater au grand jour et recevoir une confirmation manifeste. Nous savons cependant que cet espoir pourra être déçu. La conscience de ce risque est incapable de nous détourner de notre dessein ». Essais Politiques, Points, 1990, p. 49.
  37. « Ce qui fait un dissident, c’est l’harmonie entre ses paroles et sa vie, d’une part et ses convictions, de l’autre ». V. Boukovsky in Nous, Dissidents. Recherches 34, 1978, p. 10.
  38. Problème posé déjà, de manière théorique, par Etienne de la Boétie in La servitude volontaire, Arlea, 2007.
  39. Au sens que lui donne E. Goffman.
  40. Affaire Papinski (1974-76) ; affaire Bidalou (1980-81) ; affaire du Père clandestin (1984) ; affaire Blache (1984).
  41. Pour l’analyse de cette psychiatrisation du dissident, cf. M. David-Jougneau, Le dissident et l’Institution, o.c. pp. 127-183.
  42. M.David-Jougneau, Antigone ou l’aube de la dissidence, o.c. pp. 61-72 ; Socrate dissident, o.c. pp. 120-122
  43. Giordano Bruno est brûlé en 1600, les livres d’Erasme sont condamnés après sa mort, pour « hérésie »…
  44. Les Suffragettes, ni paillassons, ni prostituées, documentaire de Michèle Dominici, ARTE, 2012.
  45. Gustave-Nicolas Fischer, Les domaines de la psychologie sociale, 2 les processus du social, DUNOD (Bo-Pré) Paris, 1991. pp. 115-116.
  46. « Expressions de la dissidence à la Renaissance »
  47. J'accuse de Zola n'est rien d'autre qu'un « appel au peuple » gardien des principes qui va être entendu et changer le cours de l'affaire Dreyfus. Auparavant il écrit une « Lettre à la Jeunesse » le 14/12/1897, puis une « Lettre à la France », le 7/01/1898, qui ne trouvent pas un journal pour les publier. C'est le pamphlet J'Accuse, publié dans l’Aurore le 13/01/1898, qui relance l’affaire à partir des faits qu'il rend publics, tout en mettant son auteur sous le coup de la loi.
  48. Le combat du médecin Irène Frachon contre le laboratoire Servier, raconté dans le livre Mediator 150 mg - Combien de morts ?, Editions-Dialogues.fr. 2010
  49. Étude faite par Luc Boltanski auprès du journal Le Monde : cf. « La Dénonciation », Actes de la recherche en sciences sociales n°51, mars 1984, pp. 3-6.
  50. M.David-Jougneau, le dissident et l’Institution, o.c. pp. 224-227.
  51. « Si notre analyse permet de réévaluer la pratique du dissident en en donnant une autre lecture, elle n’amène pas à applaudir à tout ce qu’il fait » in M. David-Jougneau, La dissidence institutionnelle, o.c., p. 498.
  52. Ervan Redon « A notre sens cette typologie est fondamentalement biaisée puisqu’elle conduit à n’étudier que les dissidents qui passent la barrière médiatique et arrivent à s’organiser pour se défendre. »
  53. Papinski écrit son pamphlet contre l’inspection en 1974 donc après 1968 et dans une période électorale qu’il juge favorable. De son côté, V. Havel fait remarquer que la Charte 77 n’aurait pas pu avoir le moindre écho quelques années auparavant : Interrogatoire à distance, Éditions de l’aube, 1989, p. 107.
  54. « Ce qui sanctifie le courage, ce n’est pas la réussite de l’opération mais bel et bien qu’il y ait eu courage, intention courageuse » in Cynthia Fleury, La fin du courage, Fayard, 2010, p. 105.
  55. Tel le geste de Mohamed Bouazizi dont l’immolation, le 4 janvier 2011, déclenche le printemps arabe en Tunisie. D’autres suicides, peu après en Algérie, n’auront aucun effet notoire.
  56. La parrêsia c’est l’attitude de celui qui, au cœur de la cité, décide d’avoir un discours contraire, une parole franche: elle se traduit exactement du grec par le "dire-vrai", si l’on conserve le sens particulier qu’a voulu lui donner Michel Foucault : Voir
  57. Le Gouvernement de soi et des autres, Gallimard-Seuil, pp. 56, 63-64, 124. Cf. M.David-Jougneau, « Parrèsia et dissidence » in Socrate dissident, o.c. pp.179-187.
  58. M. David-Jougneau, Antigone, o. c. pp.135-146.
  59. Socrate dissident o.c. pp. 13-19
  60. "Qui se livre systématiquement à un examen critique des institutions, de l'idéologie et refuse de s'intégrer dans les cadres sociaux existants." Voir : Dictionnaire CNTRL en ligne
  61. Sur la transgression des normes et des codes de la part du dissident  et ce qu’elle suscite chez ses partenaires sociaux, voir M. David-Jougneau, Le dissident et l’Institution, o. c. pp.129 à 148.
  62. « Je crois que nous devrions être hommes d’abord et sujets ensuite » H.D. Thoreau, La désobéissance civile, JJ.Pauvert, 1977, p. 67.
  63. H.D. Thoreau en fait l’expérience racontée dans Walden ou la vie dans les bois, Gallimard, 2012.
  64. Sur cette notion, cf. M. David-Jougneau, Le dissident et l’institution, o. c. pp. 110-124 ; M. David-Jougneau, la dissidence institutionnelle, o. c. pp. 490-497.
  65. À la différence du dissident politique qui s’affronte à l’État dont il attend soit un autre fonctionnement conforme aux principes constitutionnels, soit son remplacement par un État démocratique conforme aux principes des Droits de l’Homme.
  66. Comme celle de l'Omerta en Italie, dénoncée par Roberto Saviano.
  67. Florence Hartmann, Lanceurs d’alerte. Les mauvaises conscience de la démocratie. Don Quichotte, 2014, pp.12-13.
  68. « Ils sont policiers, militaires, fonctionnaires, cadres qui se dressent contre l’État ou l’entreprise qui les emploie pour dénoncer les activités illicites, des abus de pouvoir, des menaces sérieuses sur la santé, la sécurité publique ou l’environnement. Tous sont des lanceurs d’alerte, des whistleblowers, selon l’expression anglo-saxonne. » Florence Hartmann, Lanceurs d’alerte. Les mauvaises conscience de la démocratie. o.c. pp. 2014, pp.12-13.
  69. Une protection du lanceur d’alerte existe depuis 1989 aux USA et depuis 1998 au Royaume-Uni. En France il faut attendre 2013 pour avoir la reconnaissance d’un droit d’alerte concernant un certain nombre de délits ou de crimes.
  70. Irène Frachon a décidé d’écrire son livre Mediator 150 mg - Combien de morts ? pour rendre publique les enjeux de sa lutte et pour se préserver du pouvoir et des pressions des laboratoires Servier.
  71. Sur ces changements de dimension cf. M. David-Jougneau, « les Mésaventures d’Alice au pays des normes « in Le dissident et l’Institution, o.c., pp. 185 à 237.
  72. Le Monde, 07/19/2013
  73. Florence Hartmann, Lanceurs d’alerte, o.c., pp. 47 à 57.