Discussion:L'Heure bretonne

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J'ai supprimé une phrase assez hallucinante, qui accuserait les alliés, pendant la Deuxième guerre, du même antisémitisme que les partisans de l'Axe. Alain Derrien (d) 20 avril 2008 à 09:47 (CEST)


Désordre[modifier le code]

"Ce journal fut un relais de la propagande nazie et l'organe de propagande du nationalisme breton. "

Le premier objet du journal n'est pas de faire de la propagande nazie mais, conformément aux décisions arrêtées à Pontivy contre l'avis de l'occupant au sujet de la promotion de l'autonomisme, de continuer à défendre l'idée d'un accroissement des pouvoirs politiques de la Bretagne.

deuxième point, pour qui a pris la peine de lire l'ensemble de l'Heure Bretonne, réduire ses textes à "un relais de propagande nazie" est erroné car elle ne correspond pas du tout à la ligne arrêtée par delaporte vis à vis des allemands qui est modérément favorable aux allemands et se gardent de toute logomachie nationale socialiste.

On y trouve donc, bien avant le rejet des Juifs, une haine récurrente contre les Anglais, des récriminations régulières contre Vichy et les scandales du ravitaillement, un bulletin hebdomadaire sur le conflit en cours avec un point de vue pro-allemande, des textes en tous genres sur l'histoire de Bretagne, l'autonomisme, la mode, des reportages sur la vie des bretons, etc. En d'autres termes, il ne s'agit pas d'un "Je suis partout" Breton mais d'un journal favorable aux allemands comme l'ensemble de la presse française de l'époque, sans plus d'excès rhétoriques que ses confrères.

Je propose donc une phrase plus nuancée.

J'ai lu l'ensemble de la collection de L'Heure Bretonne, et je puis attester ce journal est bien un relais de la propagande nazie, et l'organe du nationalisme breton collaborateur. Quant à la "modération" de Delaporte, je ne comprends pas ce que c'est, lui qui titrait sur la "victoire de la civilisation" quand il pensait que les nazis allaient s'emparer de Moscou, en octobre 1941.Alain Derrien (d) 5 octobre 2009 à 12:15 (CEST)

C'est très bien, nous sommes donc deux à l'avoir lu. Par "relais de propagande nazie" vous signifiez que le journal diffuse une production idéologique conçue pour les masses par les autorités allemandes sans prendre la peine d'y adjoindre quoique ce soit. L'Heure Bretonne a au contraire une ligne propre et le ton que vous trouvez "nazi" se trouve dans toute la presse de l'époque: mais cela ne relève pas du nazisme. On est loin des déclarations de fidélité au national socialisme d'un Lucien Rebatet dans "Je suis partout"... Or entre être pro-allemand, développer des thèses parfois proches du national socialisme et être un nazi convaincu, il y a une nuance qu'aujourd'hui peut être on ne discerne pas.

Delaporte est un fervent catholique, ce qui l'empêche d'être un national socialiste stricto sensu, mais cela ne signifie pas qu'il n'a pas de sympathies pour l'Allemagne ou qu'il ne souhaite pas la victoire de l'axe. De la même façon que l'Italie fasciste est membre de l'axe sans être nazie, on peut parfaitement comprendre que le PNB ait été pro-allemand voire pro-nazi sans développer lui même des thèses nationales socialiste. J'illustrerais mon propos en disant que Stur de Mordrel est un organe proche du national socialisme, avec une sensibilité particulière, mais que l'Heure Bretonne pour diverses raisons ne peut en aucun cas diffuser des thèses "nazies" pour la seule raison que son lectorat y est étranger: le national socialisme en France est une mode extrêmement limitée à des cercles restreints d'une partie de l'extrême droite française dont les manifestations d'adhésion se manifestèrent surtout après 1943. Les seuls véritables partisans du national socialisme furent Debeauvais, Mordrel et Lainé, mais ils ne dirigèrent pas le PNB durant l'occupation.

Le nazisme est une idéologie particulière avec des valeurs particulières. Les fascismes ont une grande diversité, le rexisme belge ultra-catholique étant fort différent du national-socialisme allemand, lui même différent du fascisme italien. Qualifier le PNB de fasciste pose même problème tant il est hétérogène politiquement et sans ligne bien établie. Est il maurrassien, fasciste ?

De mes lectures je retire que les seules choses que l'Heure Bretonne relaye en provenance de la propagande allemande consiste à tout ce qui a trait aux opérations militaires, ainsi qu'à quelques discours officiels d'Adolf Hitler lors de nouvel an par exemple. Ce qui fait peu au regard du contenu du journal: la rubrique militaire se trouve en seconde page généralement et ne prend la plupart du temps qu'un quart de celle-ci.

Sur Delaporte en rapport avec la chute de Moscou, c'est l'expression d'un fervent catholique radicalement anti-communiste, qui prend l'Allemagne nazie pour une grande Prusse autoritaire. Erreur de jugement certes, mais largement partagée par nombre de personnes et pas uniquement par ceux que l'on nomme aujourd'hui les partisans de "l'extrême droite". Il faut avoir à l'esprit les violentes mesures anti-religieuses prises par l'URSS, les persécutions en Ukraine notamment, la guerre menée par la France, l'Angleterre et les USA contre la Russie bolchevique aux cotés des Blancs ainsi que la tentative d'annexion par l'URSS de la Pologne, très catholique, dans les années 20. Même s'il est vrai qu'en 1935 la France amorce une normalisation de ses relations avec Moscou, ces évènements expliquent très bien la défiance de très nombreux catholiques français de l'époque vis à vis de l'URSS (et pour une bonne part au vu du bilan humain, avec raison). Cet anticommunisme viscéral qui a certainement aveugler nombre de catholiques de l'époque, dont Delaporte, n'est pas une caractéristique suffisante pour faire de lui un "nazi" même s'il soutient à rebours l'Allemagne. Être national socialiste signifie d'adhérer et de développer des thèses propres au national socialisme, ce qui est impossible pour des catholiques du genre de Delaporte, suivant en cela les condamnations de l'abbé Perrot sur le soutien ou non au nazisme.

Cela dit cela n'excuse en rien l'adhésion de Delaporte au combat mené par l'Axe et à son soutien à l'Allemagne. Il faut bien saisir que pour beaucoup de gens en Europe, par delà les sensibilités politiques, le combat contre l'URSS a eu les aspects d'une "croisade".

La modération de Delaporte est admise en ce sens qu'au lieu de jouer une carte de radicalisation nationaliste, à tendance clairement fasciste ou nazie, ce dernier préfère adopter un autonomisme assez convenu, plus conciliant avec Vichy. On peut dire dans l'ensemble que la tonalité de l'Heure Bretonne est similaire à ce qu'un journal comme l'Action Française pouvait dire avant guerre: un discours anti-libéral, glorifiant le passé, antisémite (mais pas obsessionnel), anti-anglais et traditionnaliste et réactionnaire.

Attention à ne pas lire un journal d'avant guerre ou durant la guerre avec le regard que nous y portons en 2009. Si l'on trouve par exemple de textes antisémites (sporadiques, je le répète) ayant créé un climat favorable aux mesures antijuives prises par Vichy, aucun nationaliste du PNB n'a été impliqué dans la déportation de Juifs en Allemagne. On peut donc concevoir une responsabilité morale, mais certainement pas une part active au génocide des Juifs. Je peux même citer le cas de la femme d'un militant breton, Juive, et de sa famille sauvée par l'aide Delaporte via un autonomiste alsacien membre de la SS. Aide qui valut à Delporte une recherche active de membres du PPF de Doriot sur Paris. Je donne ici le témoignage de la fille Juive de ce militant qui a réchappé au pire:

Lire: http://www.agencebretagnepresse.com/print.php?id=14193tableau=

"À l'extérieur, Goulven Mazéas remue ciel et terre pour sauver sa famille. « Il disait toujours qu'il serait allé voir le diable s'il l'avait fallu pour nous protéger. » Il fait aussi jouer de ses relations. « Yves Delaporte, un des dirigeants du PNB, parlait bien allemand. Il est allé plusieurs fois à la Gestapo de Rennes pour essayer de nous faire sortir, mais il a été débouté. » Le salut viendra d'une voie étonnante. « Début février 1944, on nous a appelés et on nous a fait entrer, par une porte discrète, dans un petit bureau. Un Allemand en uniforme nous dit de sortir du camp et, surtout, de ne pas nous faire reprendre sinon nous serions déportés aussitôt. On s'est retrouvé dans la rue, avec mon frère qui avait été rasé, ma mère et ma grand-mère qui ne voulait pas partir. Elle s'était en effet faite des copines juives alsaciennes et ne voulait pas les laisser ! » L'Allemand en question est en fait un ancien autonomiste alsacien, que Goulven Mazéas et Delaporte ont retrouvé. Il a fait jouer une clause de faveur dont pouvaient bénéficier certains juifs étrangers, espagnols et portugais notamment. « Il nous a sauvés, parce qu'il avait été ami de mon père dans les années 1930. Ils étaient alors tous les deux fédéralistes européens. Nous avons eu une chance incroyable, car presque personne n'a échappé de Drancy, même pas des gens riches comme les Rothschild. Nous avons eu beaucoup de chance, car nous avions été désignés pour le convoi du 10 février pour Auschwitz. À quelques jours près, nous aurions été déportés et probablement assassinés. »" Je conclurai donc en disant que oui l'Heure Bretonne est un journal collaborationniste, mais je réfute l'idée selon laquelle il ne serait qu'un "relais de la propagande nazi". C'est nier les réalités politiques internes du PNB, ses rapports tant avec le public que l'occupant ou Vichy et enfin l'existence d'une rédaction propre. On y trouvera effectivement des textes antisémites de temps à autre, des professions de soutien à l'Allemagne, une adhésion à "l'Europe Nouvelle" sans toutefois expliciter ce que cela signifie exactement, le corpus idéologique habituelle du maurrassisme catholique, mais certainement pas de discours nationaux socialistes, discours ou théories que l'on retrouvera dans "Stur" de Mordrel sans l'ombre d'un doute.