Dihydrocodéine

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Ne pas confondre avec la dihydrocodéinone.

Dihydrocodéine
Image illustrative de l’article Dihydrocodéine
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Identification
Nom UICPA (4R,4aR,7S,7aR,12bS)-9-méthoxy-3-méthyl-2,4,4a,5,6,7,7a,13-octahydro-1H-4,12-méthanobenzofuro[3,2-e]isoquinoline-7-ol
No CAS 125-28-0
No ECHA 100.004.303
No EC 204-732-3
Code ATC N02AA08
DrugBank DB01551
PubChem 5284543
InChI
Propriétés chimiques
Formule brute C18H23NO3  [Isomères]
Masse molaire[1] 301,3801 ± 0,0171 g/mol
C 71,73 %, H 7,69 %, N 4,65 %, O 15,93 %,
Propriétés physiques
fusion 112,5 °C[2]
Données pharmacocinétiques
Excrétion

Rénal[2]

Caractère psychotrope
Catégorie Analgésique opiacéhypnotique narcotique[réf. nécessaire]
Mode de consommation

Ingestion[réf. nécessaire]

Risque de dépendance Élevé[réf. nécessaire]

Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

La dihydrocodéine est un opioïde semi-synthétique utilisé en médecine, un puissant analgésique utilisé pour soulager les douleurs modérées à sévères. Elle est un morphinique agoniste pur de palier II (OMS). Elle est dérivée de la codéine, un alcaloïde de l'opium.

La dihydrocodéine possède une activité antalgique dont la puissance varie d'un cinquième à un tiers de celle de la morphine[3]. Autrement dit, 60 milligrammes de dihydrocodéine équivalent en moyenne à 20 milligrammes de morphine orale. Cette molécule cousine de la codéine est donc environ deux fois plus puissante que celle-ci. La structure moléculaire de la dihydrocodéine diffère de celle de la codéine par la saturation de la liaison 7,8.

La dihydrocodéine possède également des propriétés antitussives, hypnotiques, euphorisantes et anxiolytiques, à l'instar de la plupart des opiacés.

La dihydrocodéine est le morphinique le plus puissant classé dans les opiacés de palier II, et s'il ne nécessite qu'une simple prescription sur ordonnance normale, son usage doit être étroitement surveillé, le risque de mésusage et de dépendance étant bien plus élevé qu'avec la codéine ou le tramadol. Pour ces raisons, son utilisation doit être la plus courte possible. A l'étranger, la dihydrocodéine est commercialisée sous diverses spécialités, notamment en association avec du paracétamol ou des antiinflammatoires.

Chimie[modifier | modifier le code]

La molécule présente le squelette morphinique. Elle est semblable à la morphine, proche de l'héroïne et de la codéine.

La dihydrocodéine est semblable à la codéine , en effet ces deux molécules ne diffèrent que par deux atomes d'hydrogène. Cela est due à la liaison entre les carbones 7 et 8 ; cette liaison est double dans la molécule de codéine alors qu'elle est simple dans celle de dihydrocodéine. Il y a donc deux atomes d'hydrogène de moins.

On peut transformer la dihydrocodéine en hydromorphone.

Métabolisme[modifier | modifier le code]

Sa biodisponibilité par voie orale est limitée du fait d'un effet d'un premier passage hépatique : les réactions de biotransformation sont semblables à celles de la codéine (déméthylation, oxydation et surtout conjugaison) aboutissant à des produits inactifs. L'excrétion (élimination des métabolites) est rénale.

La dihydrocodéine, quand la codéine se transforme en morphine, est transformée par le foie en dihydromorphine, qui a une grande biodisponibilité et est environ 1,2 fois plus puissante que la morphine.

La durée d'action de la dihydrocodéine est d'environ 4 à 5 heures en moyenne. Cette durée d'action peut être prolongée par ses métabolites comme la dihydromorphine, jusqu'à 7 heures. Sa demi-vie plasmatique est légèrement inférieure à 4 heures.

Usage[modifier | modifier le code]

En France, la dihydrocodéine est indiquée dans le traitement des douleurs modérées. La molécule y est uniquement commercialisée sous le nom de Dicodin L.P., sous forme de comprimé à libération prolongée. Le Dicodin est dosé à 60 milligrammes par comprimé. Il n'est accessible que sur ordonnance, inscrit sur la liste I. La posologie usuelle est de 120mg par jour, en deux prises. En terme d'équianalgésie, cela représente environ 240mg de codéine (le dosage maximale quotidien de la codéine est de 300mg par jour). Cette molécule est peu utilisée, avec environ 5000 prescriptions par an en France. Néanmoins, cette spécialité constitue une alternative intéressante dans le traitement de la douleur. En effet, elle permet le traitement de la douleur modérée à intense, et son conditionnement est fait pour éviter les pics douloureux. Peu prescrite, la dihydrocodéine représente pourtant une alternative intéressante dans la rotation des opioïdes. Elle peut être associée avec un antidouleur de palier I. Le traitement doit être le plus court possible.

En Belgique, on trouve la dihydrocodéine sous forme à libération immédiate pour soulager la toux sèche sous le nom de Paracodine[4]. Dans d'autres pays également, la dihydrocodéine est utilisée pour le traitement de la toux sèche et/ou douloureuse.

Contre-indications et effets secondaires[modifier | modifier le code]

Contre-indications[modifier | modifier le code]

La dihydrocodéine est contre-indiquée en cas d'allergie aux opiacés, d'intolérance connue à la codéine ou à la dihydrocodéine, d'insuffisance respiratoire (voir Effets secondaires) ou d'asthme, d’insuffisance ou de maladie hépatique ou rénale.

Son usage, s'il s'avère nécessaire, doit être étroitement contrôlé dans les cas d’antécédents de dépendance alcoolique ou à d'autres substances.

Interactions médicamenteuses[modifier | modifier le code]

La dihydrocodéine doit être utilisée avec précaution si elle est prescrite en association avec d'autres dépresseurs du système nerveux central, comme les antidépresseurs, les neuroleptiques, les antiépileptiques, les tranquillisants, sédatifs et somnifères, les antihistaminiques, ainsi que les autres morphiniques (analgésiques ou antitussifs). En effet, la dihydrocodéine potentialise ces médicaments, ce qui peut majorer le risque de dépression du SNC, ou rendre extrêmement dangereuse la conduite automobile.

La consommation d'alcool est également déconseillée pour les mêmes raisons.

Elle ne doit pas être associée à la buprénorphine, la nalbuphine ; ces derniers réduiraient l'efficacité de la dihydrocodéine. Quant à la naltrexone, elle l'annulerait totalement.

La dihydrocodéine ne doit généralement pas associé à d'autres dépresseurs du système nerveux central (alcool, morphiniques, benzodiazépines, barbituriques), afin de ne pas provoquer de potentielle dépression respiratoire.

Effets secondaires[modifier | modifier le code]

Les effets secondaires courants de la dihydrocodéine sont la somnolence, les céphalées, les douleurs abdominales, la constipation, la sécheresse de la bouche et les nausées et vomissements.

Plus rarement, on observe des hallucinations, des sensations vertigineuses, une transpiration excessive, une fatigue intense. Très rarement, la dihydrocodéine peut provoquer un œdème de Quinck, des états confusionnels ou des troubles de l'humeur, de l'hypotension, des réactions cutanées. Enfin, la dihydrocodéine peut provoquer une dépendance, qui peut pousser l'usager à détourner des opioïdes de palier supérieur de leur utilisation médicale.

Surdosage[modifier | modifier le code]

Le surdosage massif, volontaire ou accidentel, en dihydrocodéine peut provoquer seul une dépression respiratoire, un coma, et exceptionnellement un décès. Si ce surdosage est accompagné d'autres dépresseurs du système respiratoire, celui-ci peut être beaucoup plus grave. En cas de surdosage, une injection d'un antagoniste pur comme la naloxone ou la nalorphine est pratiquée, sous surveillance médicale , car la demi-vie d'élimination des antagonistes pur est inférieure à celle de la majorité des opioïdes. Une deuxième administration est donc souvent pratiquée.

Addiction[modifier | modifier le code]

La dihydrocodéine, comme les autres opiacés et opioïdes, peut amener à une addiction. Si le risque est faible, ou en tout cas relativement maîtrisé en cas d'usage thérapeutique et de respect des doses prescrites, l'addiction devient en revanche probable si la dihydrocodéine est consommée de façon récréative, c'est-à-dire pour les effets psychiques qu'elle procure.

En effet, la dihydrocodéine possède des effets psychotropes narcotiques plus importants et plus marqués que ceux de la codéine et du tramadol (euphorie, sédation, anxiolyse...). Son utilisation dans le cadre thérapeuthique expose également à un risque d'accoutumance, et de dépendance psychique et physique. L'occurrence potentielle d'une dépendance à la dihydrocodéine est moindre qu'avec la morphine et les autres morphiniques forts (pallier III OMS), mais supérieure que pour les autres opioïdes faibles.

En France, on ne retrouve la dihydrocodéine dans aucune forme galénique que le comprimé à libération prolongée (Dicodin LP) dosé à 60mg de tartrate de dihydrocodéine , correspondant à 40mg de dihydrocodéine base.

Si le comprimé pelliculé est écrasé, la diffusion est beaucoup plus rapide, ce qui peut causer une surdose potentiellement mortelle.

La dihydrocodéine ne doit pas être utilisée comme traitement de substitution d'autres morphiniques.

L'arrêt brusque de l'utilisation de cette molécule, quand elle a été utilisée sur le long court, ou à fortes doses, entraîne un syndrome de sevrage, qui dure de 7 à 10 jours. Les symptômes de ce syndrome sont les mêmes que pour les autres morphiniques, comprenant notamment diarrhées, nausées et vomissements, sudation, douleurs musculaires, dépression, anxiété...

Consommateurs célèbres[modifier | modifier le code]

  • Hermann Göring a consommé beaucoup de dihydrocodéine et d'autres opioïdes, depuis le putsch manqué de 1923 où il reçoit une blessure. Il y deviendra vite dépendant, ce qui contribuera à sa prise de poids massive et à la perte lente de ses facultés intellectuelles. Il est toutefois sevré durant son emprisonnement à Nuremberg.
  • William S. Burroughs était également consommateur de dihydrocodéine (et d'autres opioïdes), c'est d'ailleurs l'un des thèmes de son livre Le Festin nu. Il disait de la dihydrocodéine qu'elle était "deux fois plus forte que la codéine", et qu'elle était, aux doses suprathérapeutiques qu'il absorbait, aussi "agréable" que l'héroïne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. a et b PubChem CID5284543
  3. « Tableau équivalence opioïdes », sur CHU Toulouse (consulté le 3 novembre 2015)
  4. « Notice Paracodine » (consulté le 27 septembre 2016)