Différences liées au sexe dans l'autisme

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Les différences liées au sexe dans l'autisme font l'objet d'études depuis le début du XXIe siècle. Les troubles du spectre de l'autisme (TSA) sont plus fréquemment diagnostiqués chez les hommes assignés, avec un ratio d'environ 1 femme assignée pour 4 hommes assignés diagnostiqués[1]. Aux Etats-unis, une femme sur 189 et un homme sur 42 est diagnostiqué avec un TSA[2]. Certaines études démontrent que les femmes reçoivent des diagnostics plus tardivement que les hommes, cependant, les résultats ont été contradictoires[3]. Les chercheurs ont également débattu sur l'éventualité d'un diagnostic « sexiste », qui aurait engendré des sous-diagnostics chez les femmes[4]. Ils ont émis l'hypothèse d'un biais de genre dans les déclarations parentales en raison des attentes sociales et de la socialisation des rôles de genre dans la société[5]. Il n'existe aucune étude concernant spécifiquement l'apparition de l'autisme chez les personnes intersexes, ce domaine nécessite des recherches plus approfondies. Plusieurs théories existent pour expliquer l'écart féminin-masculin, tels que l'effet protecteur de la génétique[6],[7],[8], la théorie du cerveau hyper-masculin[9],[10] et les différences phénotypiques entre les sexes[8],[11],[12].

Résumé[modifier | modifier le code]

Les différences dans la présentation des traits autistiques sont pris en compte et trouvent un appui dans le domaine professionnel. Hans Asperger a été l'une des premières personnes à étudier l'autisme, et ses quatre étudiants étaient de sexe masculin. Un autre chercheur, Leo Kanner a décrit « des troubles autistiques du contact affectif » dans le groupe constitué de huit garçons et de trois filles[13]. Du fait des différences biologiques qui existent entre hommes assignés et femmes assignées, l'expression de l'autisme diffère. Des études récentes suggèrent que cela est vrai, avec des preuves en rapport avec l'augmentation de l'incidence de l'anxiété sociale[14], de l'anorexie mentale[15],[16] et de l'automutilation chez les autistes femmes assignées[17].

Hypothèse génétique[modifier | modifier le code]

Selon l'hypothèse de l'effet protecteur des femmes (assignées), plus de mutations génétiques seraient nécessaires pour qu'une fille développe l'autisme que pour un garçon. En 2012, des chercheurs de Harvard ont publié des résultats suggérant que, en moyenne, plus de facteurs de risques génétiques et environnementaux sont nécessaires pour que les filles assignées développent l'autisme, par rapport aux garçons assignés. Les chercheurs ont analysé des échantillons d'ADN de près de 800 familles touchées par l'autisme et près de 16 000 personnes avec une variété de troubles du développement neurologique. Ils ont analysé les différents types de mutations du gène. Dans l'ensemble, ils ont trouvé que les femmes diagnostiquées autistes, ou d'un autre trouble neurologique du développement, ont un plus grand nombre de mutations nuisibles dans leur génome que les hommes ayant les mêmes troubles[18].

Sexualité et variance de genre[modifier | modifier le code]

Article connexe : Variance de genre.

La sexualité fait souvent l'objet de discussions au sein de la communauté autiste, avec de nombreuses observations sur les identités autres que cis-hétéro, et qui semblent être plus fréquentes que ce qui est observé chez la population neurotypique. Il y a peu d'études formelles sur ce sujet, cependant, les personnes autistes suggèrent qu'elles ont généralement des idéaux, des perceptions et des désirs différents de ceux des personnes non autistes, ou qu'elles ne comprennent ou n'acceptent pas les attentes de la société, les rendant ainsi plus aptes à s'écarter de la norme.

Orientation sexuelle[modifier | modifier le code]

Dans une étude menée à l'Université du Massachusetts à Boston, les chercheurs ont déterminé que les participants autistes s'identifiaient plus souvent comme non-hétérosexuels par rapport au groupe de contrôle allistic (non autistique) ; 92 % et 72 %, respectivement. L'étude a également montré que les personnes autistes sont plus susceptibles de s'identifier comme asexuelles (37 % pour les TSA, contre 22 % pour les non-autistes)[19].

Identité de genre[modifier | modifier le code]

Dans la même étude, les résultats préliminaires démontrent que les femmes avec TSA sont beaucoup plus susceptibles de s'identifier trans, non-binaire, ou fluid gender, que leurs homologues dits allistics, 50 % des participants autistes se déclarant d'un autre genre que cisgenre, contre seulement 22 % pour le groupe contrôle[19],[20].

Une autre étude sur la co-occurrence des TSA chez les patients ayant une dysphorie de genre a montré que 7,8 % des patients étaient sur le spectre de l'autisme, ce qui est beaucoup plus élevé que l'estimation de 1 % des personnes ayant un TSA dans la population générale, et suggère un lien entre l'autisme et la variance de genre[21].

Satisfaction sexuelle[modifier | modifier le code]

Une étude menée par Byers et Nichols (2014), a exploré le niveau de satisfaction sexuelle des personnes autistes à haut niveau de fonctionnement. Les chercheurs ont testé la satisfaction sexuelle et relationnelle des individus neurotypiques par rapport aux personnes autistes à haut niveau de fonctionnement. Les résultats suggèrent que les hommes assignés ayant un TSA sont généralement moins satisfaits de leur relation ou de leur mariage que les hommes assignés neurotypiques et les femmes assignées ayant un TSA[22].

Hypothèse du sous-diagnostic[modifier | modifier le code]

Certains auteurs, cliniciens et spécialistes comme Judith Gould, Tony Attwood, Lorna Wing et Christopher Gillberg[23], ont émis l'hypotèse que l'autisme chez les femmes assignées pourrait être sous-diagnostiqué en raison de meilleures adaptations spontanées, notamment par mimétisme social, ainsi qu'en raison d'une mauvaise connaissances des experts en ce qui concerne les symptômes autistiques qui sont spécifiques aux femmes[24] ; elles se tourneraient aussi vers des passions plus communes que celles des hommes[25]. Dans son livre Asperger's and Girls, Tony Attwood écrit « Ces explications provisoires de l'apparente sous-représentation des filles ayant le Syndrome d'Asperger n'ont pas encore été examinées par des recherches objectives »[24].

Plus précisément, Judith Gould a proposé l'idée qu'un des troubles envahissants du développement appelé pathological demand avoidance (demande pathologique d'évitement), qui n'est pas officiellement inclus dans les manuels de diagnostic, pourrait offrir un aperçu sur la manière dont l'autisme pourrait se présenter chez les femmes dans certains cas[26].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Eric Fombonne, « Epidemiology of Pervasive Developmental Disorders », Pediatric Research, vol. 65,‎ , p. 591–598 (ISSN 0031-3998, DOI 10.1203/PDR.0b013e31819e7203, lire en ligne).
  2. (en) « Facts About ASDs », sur Centers for disease control and prevention (consulté le 29 août 2016).
  3. (en) Sander Begeer, David Mandell, Bernadette Wijnker-Holmes et Stance Venderbosch, « Sex Differences in the Timing of Identification Among Children and Adults with Autism Spectrum Disorders », Journal of Autism and Developmental Disorders, vol. 43,‎ , p. 1151–1156 (ISSN 0162-3257 et 1573-3432, DOI 10.1007/s10803-012-1656-z, lire en ligne).
  4. (en) Kaustubh Supekar et Vinod Menon, « Sex differences in structural organization of motor systems and their dissociable links with repetitive/restricted behaviors in children with autism », Molecular Autism, vol. 6,‎ , p. 50 (ISSN 2040-2392, PMID 26347127, PMCID 4559968, DOI 10.1186/s13229-015-0042-z, lire en ligne).
  5. Holtmann, Martin; Bölte, Sven; Poustka, Fritz (2007-05-01).
  6. (en) Martin Holtmann, Sven Bölte et Fritz Poustka, « Autism spectrum disorders: sex differences in autistic behaviour domains and coexisting psychopathology », Developmental Medicine & Child Neurology, vol. 49,‎ , p. 361–366 (ISSN 1469-8749, DOI 10.1111/j.1469-8749.2007.00361.x, lire en ligne).
  7. (en) Elise B. Robinson, Paul Lichtenstein, Henrik Anckarsäter et Francesca Happé, « Examining and interpreting the female protective effect against autistic behavior », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 110,‎ , p. 5258–5262 (ISSN 0027-8424 et 1091-6490, PMID 23431162, PMCID 3612665, DOI 10.1073/pnas.1211070110, lire en ligne).
  8. a et b (en) Meng-Chuan Lai, Simon Baron-Cohen et Joseph D. Buxbaum, « Understanding autism in the light of sex/gender », Molecular Autism, vol. 6,‎ , p. 24 (ISSN 2040-2392, PMID 25973161, PMCID 4429357, DOI 10.1186/s13229-015-0021-4, lire en ligne).
  9. Simon Baron-Cohen, « The extreme male brain theory of autism », Trends in Cognitive Sciences, vol. 6,‎ , p. 248–254 (DOI 10.1016/s1364-6613(02)01904-6, lire en ligne).
  10. (en) Meng-Chuan Lai, Michael V. Lombardo, Greg Pasco et Amber N. V. Ruigrok, « A Behavioral Comparison of Male and Female Adults with High Functioning Autism Spectrum Conditions », PLOS ONE, vol. 6,‎ , e20835 (ISSN 1932-6203, PMID 21695147, PMCID 3113855, DOI 10.1371/journal.pone.0020835, lire en ligne).
  11. (en) Meng-Chuan Lai, Michael V. Lombardo, Amber N. V. Ruigrok et Bhismadev Chakrabarti, « Cognition in Males and Females with Autism: Similarities and Differences », PLOS ONE, vol. 7,‎ , e47198 (ISSN 1932-6203, DOI 10.1371/journal.pone.0047198, lire en ligne).
  12. (en) Elizabeth B. Torres, Robert W. Isenhower, Polina Yanovich et Gwendolyn Rehrig, « Strategies to develop putative biomarkers to characterize the female phenotype with autism spectrum disorders », Journal of Neurophysiology, vol. 110,‎ , p. 1646–1662 (ISSN 0022-3077 et 1522-1598, PMID 23864377, DOI 10.1152/jn.00059.2013, lire en ligne).
  13. (en) Leo Kanner, « Autistic disturbances of affective contact », Nervous Child, vol. 2,‎ , p. 217-250 (lire en ligne)
  14. (en) Amanda K. Ludlow, Hannah Roberts et Roberto Gutierrez, « Social Anxiety and Response to Touch », SAGE Open, vol. 5,‎ , p. 2158244015580854 (ISSN 2158-2440, DOI 10.1177/2158244015580854, lire en ligne).
  15. (en) Simon Baron-Cohen, T. Jaffa, S. Davies, B. Auyeung, C. Alison et S. Wheelwright, « Do girls with anorexia nervosa have elevated autistic traits? », Molecular Autism, vol. 4, no 1,‎ (PMID 23915495, PMCID 3735388, DOI 10.1186/2040-2392-4-24, lire en ligne).
  16. (en) Charlotte Rhind, Elena Bonfioli, Rebecca Hibbs et Elizabeth Goddard, « An examination of autism spectrum traits in adolescents with anorexia nervosa and their parents », Molecular Autism, vol. 5,‎ , p. 56 (ISSN 2040-2392, PMID 25553237, PMCID 4280745, DOI 10.1186/2040-2392-5-56, lire en ligne).
  17. (en) Ira L. Cohen, John A. Tsiouris, Michael J. Flory et Soh-Yule Kim, « A Large Scale Study of the Psychometric Characteristics of the IBR Modified Overt Aggression Scale: Findings and Evidence for Increased Self-Destructive Behaviors in Adult Females with Autism Spectrum Disorder », Journal of Autism and Developmental Disorders, vol. 40,‎ , p. 599–609 (ISSN 0162-3257 et 1573-3432, DOI 10.1007/s10803-009-0908-z, lire en ligne).
  18. (en) Sébastien Jacquemont, Bradley P. Coe, Micha Hersch et Michael H. Duyzend, « A Higher Mutational Burden in Females Supports a « Female Protective Model » in Neurodevelopmental Disorders », The American Journal of Human Genetics, vol. 94,‎ , p. 415–425 (PMID 24581740, PMCID 3951938, DOI 10.1016/j.ajhg.2014.02.001, lire en ligne).
  19. a et b (en) « Might be interesting to y'all: results from a study about autistic women and sexuality », sur Kintsugi.seebs.net. (consulté le 19 octobre 2015).
  20. https://www.hindawi.com/journals/schizort/2014/463757/.
  21. (en) Annelou L. C. de Vries, Ilse L. J. Noens, Peggy T. Cohen-Kettenis et Ina A. van Berckelaer-Onnes, « Autism Spectrum Disorders in Gender Dysphoric Children and Adolescents », Journal of Autism and Developmental Disorders, vol. 40,‎ , p. 930–936 (ISSN 0162-3257 et 1573-3432, PMID 20094764, PMCID 2904453, DOI 10.1007/s10803-010-0935-9, lire en ligne).
  22. (en) E. Sandra Byers et Shana Nichols, « Sexual Satisfaction of High-Functioning Adults with Autism Spectrum Disorder », Sexuality and Disability, vol. 32,‎ , p. 365–382 (ISSN 0146-1044 et 1573-6717, DOI 10.1007/s11195-014-9351-y, lire en ligne).
  23. (en) « Gender and autism », sur www.autism.org.uk (consulté le 29 août 2016).
  24. a et b Attwood 2006.
  25. « De nombreuses femmes pourraient être autistes sans le savoir », sur Sud Ouest, (consulté le 10 janvier 2018).
  26. (en) Dr Judith Gould et Dr Jacqui Ashton Smith, « Missed Diagnosis or Misdiagnosis? Women and Girls with PDA » (consulté le 6 janvier 2016).

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Attwood 2006] (en) Tony Attwood, Asperger's and Girls, Future Horizons, , 152 p. (ISBN 9781932565409)
  • [Hendrickx et Gould 2015] (en) Sarah Hendrickx et Judith Gould, Women and Girls with Autism Spectrum Disorder: Understanding Life Experiences from Early Childhood to Old Age, Jessica Kingsley Publishers, , 249 p. (ISBN 1849055475)
  • [Marshall 2015] (en) Tania Marshall, I am AspienWoman: The Unique Characteristics, Traits, and Gifts of Adult Females on the Autism Spectrum, Aspiengirl®, , 304 p. (ASIN B014K30R0K)
  • [Mottron 2017] Laurent Mottron, « L’autisme au féminin », Sur le spectre, Montréal, no 3,‎ , p. 6-8 (lire en ligne)
  • [Simone 2013] Rudy Simone (trad. de l'anglais par Françoise Forin-Mateos), L'asperger au féminin : comment favoriser l'autonomie des femmes atteintes du syndrome d'asperger [« Aspergirls »], De Boeck, coll. « Comprendre », , 242 p. (ISBN 2804175480 et 978-2804175481)

Liens externes[modifier | modifier le code]