Dick May

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Dick May
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Jeanne Weill (1859-1925), qui avait choisi le nom de plume Dick May, était une romancière française, qui a fondé en 1900 l'EHES, notamment son école de journalisme, devenue l'École supérieure de journalisme de Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les origines[modifier | modifier le code]

Dick May est née en 1859 à Alger, où son père, Michel Aaron Weill, occupe depuis 1846 le poste de Grand-rabbin du Consistoire d’Algérie[1]. Sa mère est une cousine de Karl Marx. En 1863, la famille rentre en Métropole et s’installe à Sélestat, petite commune du département du Bas-Rhin, dans la région dont est originaire son père. Après la défaite militaire qui conclut la Guerre de 1870, la famille finit par se fixer à Paris en 1885. Son frère cadet Georges Weill devient un brillant universitaire, historien du socialisme et du saint-simonisme.

Le travail avec le comte de Chambrun[modifier | modifier le code]

Dès 1889, à la mort de son père, elle officie comme secrétaire du comte Pierre de Chambrun (1865-1954), ancien député de la Lozère et propriétaire de Baccarat (cristallerie), catholique, aristocrate et paternaliste, sensible aux idées de justice sociale, qui se pique de littérature, de politique et de beaux-arts, et finira par prendre la défense d'Alfred Dreyfus.

Le comte créé des prix récompensant les initiatives améliorant le sort des ouvriers, fonde en 1894 le Musée social, finance des chaires d’économie sociale à l’École libre des sciences politiques, à la Faculté de droit et à la Sorbonne, tout en étant mécène de l’Alliance coopérative internationale de Charles Gide. Dick May devient sa représentante auprès des sphères dirigeantes du monde universitaire[2].

Les nouvelles et romans[modifier | modifier le code]

Athée et autodidacte, Jeanne Weill se lance parallèlement, la même année, dans une carrière littéraire[3]. Elle publie nouvelles et feuilletons, comme beaucoup de femmes qui empruntent un pseudonyme masculin, dans les journaux de l'époque: L’Illustration, Le Temps, Le Journal des Débats, La Liberté, dont certains sont repris en volume comme L’Affaire Allard et Le Cas Georges Arrel, en 1892 aux éditions Calmann Lévy.

Elle publie en 1898 dans La Revue blanche le roman, L’Alouette, histoire d’une jeune provinciale qui rêve d’être publiée à Paris et d’y rencontrer l’amour[3].

La fondation du Collège libre des sciences sociales[modifier | modifier le code]

Quelques années plus tard, en 1895[2], elle est cofondatrice du "Collège libre des sciences sociales", avec le scientifique Théophile Funck-Brentano.

Le Collège veut promouvoir « l’étude désintéressée des grands problèmes sociologiques, économiques et politiques d’actualité » dans leur relation avec le réel. Se voulant complémentaire des études supérieures classiques ou professionnelles, il donne à la connaissance un rôle civique. Dick May est la première à proposer la création d'une section de journalisme dans ce collège, avec lequel elle prend ensuite ses distances.

L'École des hautes études sociales[modifier | modifier le code]

Dick May se brouille avec le directeur du Collège libre des sciences sociales, le positiviste Eugène Delbet, exécuteur testamentaire d'Auguste Comte, à la suite d'un conflit d'intérêt qui la décide à fonder un autre établissement, l'École des Hautes Études Sociales (EHES) rue de la Sorbonne, à proximité de la prestigieuse université parisienne.

L’EHES, dans un premier temps, ne délivre pas de diplôme. Le programme des conférences est aussi éclectique que celui du collège mais divisé en 3 écoles : une école de morale et de pédagogie, une école sociale, axée sur les questions politiques et économique, et une école de journalisme. Jusque-là, l’idée que les journalistes avaient besoin d'un « bagage sérieux de connaissances et de solides garanties morales » avait déjà été défendue par Albert Bataille, chroniqueur judiciaire au quotidien Le Figaro et premier président de l'Association de la presse judiciaire[4], qui tenta de créer une ne école de journalisme avec le soutien de son directeur, mais mourut avant que le projet n’aboutisse.

C'est ainsi qu'en 1899, aidée d'un groupe d'universitaires parisiens libéraux et laïques mobilisés à l'occasion de l'affaire Dreyfus, soutenus par le sociologue Émile Durkheim, ils posent les bases de ce qui sera l'École supérieure de journalisme de Paris. Parmi les premiers enseignants, des journalistes comme Henry Fouquier, Jules Cornély, membre fondateur du Syndicat des journalistes français[5], Adolphe Brisson et Jules Claretie[6].

Cependant, le sociologue Émile Durkheim et elle s’opposeront en 1900, en organisant deux congrès concurrents sur le thème de l’enseignement des sciences sociales dans le cadre de l’Exposition universelle. En 1903, Dick May joindra à l’EHES une quatrième section, l’École d’arts, dans laquelle Romain Rolland développera la musicologie. L'établissement, qu'elle dirige pendant 25 ans, avec Alfred Croiset, doyen de la Sorbonne, atteint un millier d'élèves.

Pendant la Première Guerre mondiale, elle collabore à l'Orphelinat des Armées. La guerre terminée, elle crée "L'œuvre Latine", association visant à multiplier les liens intellectuels entre les peuples latins. Jeanne Weil meurt le 14 août 1925, dans un accident de montagne, lors d’une randonnée, près de Pralognan, en Savoie. La presse juive de l'époque, en particulier Les Archives Israélites de France et l'Univers Israélite, annonce son décès. Elle est enterrée au Père Lachaise sous son pseudonyme.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « ESJ 1899 : Yes we May ! », ESJ Paris - Ecole supérieure de journalisme,‎ (lire en ligne, consulté le 4 novembre 2017)
  2. a et b "Dick May et la création de la première école de journalisme en France : le désir de régénérer la société par la science sociale et la presse" [1]
  3. a et b "Dick May et la première école de journalisme en France. Entre réforme sociale et professionnalisation", par Vincent Goulet [2]
  4. "Médias et journalistes de la République", par Marc Martin, page 219 [3]
  5. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8600214/f3.image.langFR
  6. "Marinoni: le fondateur de la presse moderne, 1823-1904", par Éric Le Ray, page 407 [4]

Liens externes[modifier | modifier le code]