Dick Marty

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Dick Marty
Illustration.
Portrait officiel, 2007.
Fonctions
Conseiller aux États
Législature 45e à 48e
Groupe politique RL
Conseiller d'État du canton du Tessin
Chef du Département des finances et de l'économie
Législature 1987-1991, 1991-1995
Biographie
Date de naissance (78 ans)
Lieu de naissance Sorengo
Nationalité Suisse
Parti politique PLR
Profession Juriste

Dick Marty, né le à Sorengo (originaire de Guttet et de Lugano), est un juriste et une personnalité politique suisse, membre du Parti libéral-radical.

Il est successivement procureur général du canton du Tessin, conseiller d'État pendant six ans puis député dudit canton au Conseil des États pendant seize ans[1]. En cette dernière qualité, il a mené plusieurs enquêtes pour l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe qui l'ont fait connaître sur la scène internationale[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Dick Marty naît le à Sorengo, dans le district de Lugano. Il est originaire de Lugano et de Guttet, dans le canton du Valais[3]. Son père est d'origine valaisanne et sa mère neuchâteloise[4].

Son enfance est marquée par la cécité, mais il retrouve partiellement la vue à l'âge de 6 ans[5]. Il est docteur en droit de l'Université de Neuchâtel[6], sa thèse portant sur « Le rôle et les pouvoirs du juge suisse dans l'application des sanctions pénales »[7]. Consultant juridique et économique, il est d'abord chercheur en droit pénal comparé et criminologie à l'institut Max-Planck à Fribourg-en-Brisgau[8]. Il est nommé substitut du procureur tessinois en 1975, puis procureur général de la partie nord du canton du Tessin en 1978[6]. Il occupe ce poste jusqu'à son accession au gouvernement tessinois en avril 1989[9]. Il reçoit en 1987 une récompense d'honneur du département américain de la justice en remerciement de sa contribution au domaine de la législation sur les stupéfiants[10][réf. à confirmer].

En décembre 2020, Dick Marty et son épouse sont placés sous très haute protection policière (degré 4 sur un maximum de 5) sur la base d’informations obtenues par les services de renseignement suisses selon lesquelles « Dick Marty doit être assassiné sur ordre des services secrets serbes »[11]. Il déclare que certains milieux des services de renseignement serbes ont demandé à des tueurs professionnels de le liquider pour faire retomber la faute sur les Kosovars[11].

Il est marié et père de trois enfants[12].

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Il se lance en politique en 1989[10][réf. à confirmer].

Membre du Parti radical-démocratique, il siège au Conseil d'État (gouvernement) du canton du Tessin de 1989 à 1995, chargé des finances et de l'économie. Il préside le gouvernement en 1992[13].

Il est élu au Conseil des États en 1995. De 1998 à 2011, il est membre de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Enquêtes[modifier | modifier le code]

Prisons secrètes de la CIA en Europe[modifier | modifier le code]

Le 7 novembre 2005, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe charge Dick Marty de conduire une enquête parlementaire sur les « allégations de détentions secrètes et de transferts interétatiques illégaux de détenus concernant des États membres du Conseil de l'Europe »[14].

Le 22 janvier 2006, Dick Marty présente une note d'information (pré-rapport) à l'attention de l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe intitulée "Allégations de détentions secrètes dans des États membres du Conseil de l’Europe"[15]. Il indique à la presse, le , que « de nombreux indices convergents permettent de conclure à l'existence d'un système de 'délocalisation' ou de 'sous-traitance' de la torture »[16],[17],[18].

Le , il publie le rapport final, qui s'avère accablant pour 14 pays européens[19]. Cependant, les pays incriminés nient toutes ces allégations[réf. nécessaire]. Il affirme que « Nous avons aussi un apartheid de type juridique et judiciaire : des personnes non américaines sont exclues de tout système judiciaire du simple fait d'être suspectées de terrorisme »[20]. Selon lui, ces agissements ne peuvent qu'alimenter le terrorisme[20].

Le 27 juin 2007, Marty publie un deuxième rapport[21] qui approuve les conclusions contenues dans le premier rapport (2006).

Il parcourt les étapes de cette enquête et son implication dans un documentaire de la Radio télévision suisse sorti en septembre 2019 et intitulé Dick Marty, un cri pour la justice[22].

Rapport sur le trafic d'organes au Kosovo[modifier | modifier le code]

En , il dénonce, dans un rapport[23], le trafic d'organes conduit, dès 1999, par l'Armée de libération du Kosovo[24].

En , une plainte est déposée contre Dick Marty par un avocat kosovar qui prétend que le trafic d'organes a été « inventé »[25].

Le 21/07/2022, le parlement de la République d'Albanie a approuvé une résolution pour contrer ce même rapport qui, pour le gouvernement du premier ministre Edi Rama est un rapport "honteux" et "diffamant".

Autres enquêtes[modifier | modifier le code]

En , il est le rapporteur d'une mission d'information de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe sur la situation dans le Caucase du Nord (Tchétchénie, Ingouchie et Daghestan), à l'issue de laquelle il révèle qu'après une accalmie en 2007, les violences ont repris en 2008 et que les « enlèvements de personnes, actes de torture, traitements dégradants, exécutions extrajudiciaires, « fabrication » de procès, continuent dans la région. En outre, la situation d'impunité quasiment totale pour les crimes commis par les représentants des forces de l'ordre dans le cadre des opérations contre-terroristes semble perdurer[26] ».

En , il est choisi pour être nommé à la tête d'une commission indépendante chargée d'enquêter sur le passé de l'Union cycliste internationale, soupçonnée d'avoir été impliquée dans des affaires de dopage[27]. À la fin de la même année, il est nommé procureur extraordinaire dans l'affaire Giroud[28] et classe à ce titre un an plus tard la procédure lancée contre le conseiller d'État valaisan Maurice Tornay pour abus d’autorité et gestion déloyale des intérêts publics[29].

Autres mandats[modifier | modifier le code]

Il est président de Suisse Tourisme de 1996 à 2007[2].

Le , il devient président du Conseil de l'Université de Neuchâtel. Il renonce trois ans plus tard à ce mandat, officiellement par manque de disponibilité. Se déclarant « écœuré » par l'acharnement médiatique autour d'affaires internes à l'institution, il n'est « plus disposé à parcourir 710 kilomètres pour m’occuper d’affaires qui ne m’intéressent pas »[30].

Le , il est nommé à la tête de l'Assemblée interjurassienne pour succéder à Serge Sierro au [31]. Il est également nommé en août 2011 vice-président de l'Organisation mondiale contre la torture[32].

En 2015, il devient co-président de l'initiative sur les multinationales responsables, qui vise à ce que les multinationales ayant leur siège en Suisse respectent les droits humains et les normes environnementales. L’initiative est soumise au vote le 29 novembre 2020 ; 50,7 % des votants l'acceptent, mais la majorité des cantons la refusent.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Julie Zaugg, « Le sensationnalisme prime sur le travail sérieux », L'Hebdo,‎ , p. 26-27 (lire en ligne)
  2. a et b Yelmarc Roulet, « Dick Marty, un justicier contre la raison d'État », Le Temps,‎ , p. 8 (lire en ligne)
  3. « Biographie de Dick Marty », sur le site de l'Assemblée fédérale suisse.
  4. Véronique Pasquier, « Elliott Ness au sud des Alpes », L'Illustré,‎ , p. 5 (lire en ligne)
  5. Mise au Point, TSR, 18 juin 2006
  6. a et b Agence télégraphique suisse, « Conseil d'État : la candidature de Dick Marty », Journal de Genève,‎ , p. 12 (lire en ligne)
  7. Denis Masmejan, « Dick Marty, des convictions aiguisées au service des droits de l'homme », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  8. Euthanasie, Volume II, perspectives nationales et européennes,Editions du conseil de l'Europe, p.8
  9. Fabiano Citroni, « Une brillante trajectoire », 24 heures,‎ , p. 7 (lire en ligne)
  10. a et b http://www.dickmarty.ch/pages/home/biography.aspx
  11. a et b Anne-Frédérique Widmann, « Menacé de mort, Dick Marty vit sous haute protection depuis seize mois » Accès libre, sur Radio Télévision Suisse (RTS), (consulté le )
  12. Véronique Pasquier, « Dick Marty, dérangez-vous trop de monde ? », L'Illustré,‎ , p. 93 à 94c (lire en ligne)
  13. (it) « Elenco dei presidenti del CdS dal 1900 », sur site officiel du canton du Tessin (consulté le )
  14. « L’enquête du Conseil de l’Europe sur les cas de transferts illégaux et de détentions secrètes en Europe : chronologie », sur Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (consulté le )
  15. AS/Jur (2006) 03 rev
  16. F. V., « L’Europe confirme les enlèvements par la CIA », sur 20 Minutes, (consulté le )
  17. Michel Beuret, « Les Européens ont signé des accords secrets avec les États-Unis », L'Hebdo,‎ , p. 34-35 (lire en ligne)
  18. Christophe Schenk, « L'Europe abritait bien des prisons de la CIA », L'Hebdo,‎ , p. 12 (lire en ligne)
  19. Dick Marty publie son rapport sur les vols de la CIA - 14 pays européens de connivence avec la CIA, Le Devoir, 8 juin 2007
  20. a et b « Dick Marty publie son rapport sur les vols de la CIA - 14 pays européens de connivence avec la CIA », sur Le Devoir, (consulté le )
  21. « Détentions secrètes et transferts illégaux de détenus impliquant des Etats membres du Conseil de l’Europe : second rapport », sur Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, (consulté le )
  22. « Dick Marty, un cri pour la justice », sur Radio télévision suisse (RTS), (consulté le )
  23. Le rapport complet de Dick Marty sur le site de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe
  24. SwissInfo.ch
  25. https://www.rts.ch/info/suisse/12035846-dick-marty-accuse-davoir-invente-un-trafic-dorganes-lie-au-kosovo.html
  26. Dick Marty (rapporteur), « Situation dans la région du Caucase du Nord : Sécurité et droits de l'homme », Conseil de l'Europe, (consulté le )
  27. « Dick Marty à la tête d'une commission d'enquête sur le passé de l'UCI », sur rts.ch, Radio Télévision Suisse, (consulté le ).
  28. Agence télégraphique suisse, « Dans le cadre de l’affaire Giroud, Dick Marty élu procureur extraordinaire », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  29. Xavier Lambiel, « Dick Marty classe la procédure pénale contre Maurice Tornay », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  30. Serge Jubin, « Dick Marty: «Je suis amer, l’Université ne mérite pas ça» », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  31. Dick Marty : président de l'Assemblée interjurassienne : tsrinfo.ch, 17 décembre 2010
  32. http://www.omct.org/fr/events/switzerland/2011/08/d21388/
  33. http://www.swissinfo.ch/fre/societe/Prix_des_droits_humains_pour_Dick_Marty.html?cid=6241276
  34. Agence ATS du 10.11.2007
  35. « Dick Marty récompensé pour son engagement », sur rtn.ch (consulté le ).
  36. « Prix Fischhof : Dick Marty lauréat 2011 », 20 minutes,‎ (lire en ligne, consulté le ).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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