Diatribe

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La diatribe (du grec ancien διατριβή, diatribē, « conversation (philosophique) ») est un genre littéraire antique, pratiqué notamment par les Cyniques et les Stoïciens. Il s'agit de dialogues (en général fictifs) à visée morale, qui prenaient souvent une forme polémique et violente : c'est cette dernière caractéristique qui explique l'évolution de l'usage du mot à l'époque moderne.

La diatribe dans la littérature et la philosophie antiques[modifier | modifier le code]

Définition habituelle[modifier | modifier le code]

La diatribe, qui apparaît au IIIe siècle av. J.-C., prend la forme d'un dialogue avec un interlocuteur en général fictif. Visant à la prédication morale, la diatribe traite de lieux communs de l'éthique. Elle use des procédés de la rhétorique et, pour renforcer ses effets sur un auditoire constitué d'un large public non spécialisé, recourt, selon le cas, à l'ironie, à l'invective et à la polémique.

L'origine de cette forme littéraire est en général attribuée à Bion de Borysthène, philosophe cynique du IIIe siècle av. J.-C.

Parmi les philosophes qui ont pratiqué ce genre, on peut citer Télès, chez les Cyniques, et Musonius Rufus, chez les Stoïciens.

Critique de cette définition[modifier | modifier le code]

Le philologue allemand Halbauer a montré en 1911 que le concept de "diatribe" comme genre dans les littératures de l'Antiquité était en fait une construction de la critique de la fin du XIXe siècle. Le mot grec διατριβή ne désignait pas un genre littéraire ; il s'appliquait de manière assez vague à l'activité pédagogique et aux écrits en rapport avec elle[1]. La situation scolaire (réelle ou fictive), le rapport maître-disciple seraient alors l'élément essentiel pour justifier la qualification de diatribe[2].

C'est en ce sens qu'Arrien a publié sous le titre de ∆ιατριϐαί (Entretiens) des notes prises alors qu'il suivait les cours du philosophe stoïcien Épictète.

On peut remarquer que les auteurs de langue latine des XVIIe et XVIIIe siècles, qui utilisent parfois le mot latin Diatribe dans le titre de leurs ouvrages[3], prennent ce mot dans un sens très large (discours, discussion, dissertation), mais parfois avec une intention polémique[4].

La diatribe aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Une diatribe est un texte ou un discours qui attaque de façon violente une personne ou une institution. C'est une critique amère, violente, le plus souvent sur un ton injurieux. Il peut s'agir d'un pamphlet, d'une satire...

Plusieurs hommes de lettres, tels Émile Zola ou Victor Hugo, s'exprimaient sous cette forme dans divers journaux. La lettre ouverte J'accuse...! d'Émile Zola, parue dans le journal l'Aurore, en est un bon exemple.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans un sens technique, il désignait aussi une figure de rhétorique.
  2. Le point sur la question a été fait par Pedro Pablo Fuentes González, Les diatribes de Télès (coll. « Histoire des doctrines de l’Antiquité classique », 23), Paris, Vrin, 1998, chap. VI : « Le genre littéraire : la question de la "diatribe" », p. 46 et suiv.
  3. Johann Friedrich Gronovius, Athanasius Kircher, Johann Ernst Immanuel Walch.
  4. Johann Caspar Eisenschmidt, Friedrich Spanheim l'Ancien.