Deux glaives

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La doctrine des deux glaives est une ancienne thèse de l'Église catholique romaine, à l'époque médiévale, selon laquelle le pouvoir spirituel est déclaré supérieur au pouvoir temporel.

Historique[modifier | modifier le code]

Cette doctrine a été mise en place par le pape Boniface VIII, au début du XIVe siècle (1302), dans sa bulle Unam sanctam, publiée à l'occasion du très important désaccord qu'il eut avec le roi de France Philippe IV le Bel. Elle a cependant été pensée dans un premier temps par saint Bernard de Clairvaux, au XIIe siècle, à l'époque des Croisades. « Remets ton épée [ton glaive] au fourreau : qui prend l'épée périra par l'épée » et : « Remets ton épée au fourreau : Ne boirai-je pas le calice que mon Père m'a donné ? », peut-on lire dans les Évangiles de saint Matthieu (XXVI, 52) puis de saint Jean (XVIII, 11), dans un sens à l'origine tout différent : dans la doctrine des deux glaives, il y a l'idée de délégation du pouvoir temporel au pouvoir spirituel, avec la double finalité de donner, avant tout, la prééminence à l'Église (qui souhaite contrôler ou tempérer le pouvoir royal) et aussi de la protéger.

Aussi, le pouvoir spirituel possède t-il un ascendant moral et politique sur le pouvoir temporel exercé par le prince en vertu duquel celui-ci préside aux destinées des hommes dans le respect stricte des préceptes religieux. L'ascèse intramondaine de l'âme dans le royaume des cieux dépend dans cette lecture exclusivement du pouvoir spirituel, condition même de l'exercice d'un pouvoir politique temporel terrestre. La révolution luthérienne initiée au début du XVIe siècle, en révisant la doctrine théologique en vigueur dans les monarchies occidentales, aura pour conséquence un renversement paradigmatique du rapport de force entre le religieux et le politique. Dès lors, au rapport de subordination entre les deux pouvoirs se substitue une dichotomie dialectique empruntant à la doctrine des "deux royaumes", dont l'un, le royaume terrestre, relève de la prérogatives exclusive du prince, et l'autre, le royaume du Ciel, relève de la compétence de l'église, dans un rapport d'exclusivité réciproque empêchant l’empiétement d'un pouvoir sur l'autre."Progressivement, en effet, la doctrine des "Deux glaives", selon laquelle le pouvoir spirituel est supérieur au pouvoir temporel, qui affirmait la compétence de l'Église dans les affaires séculières, cède le pas à celle des "Deux Royaume" ou des "Deux règnes", le royaume du Ciel se distingue alors nettement du royaume terrestre, désormais de la compétence totale des Princes. Il reste à l'Église, qu'elle soit luthérienne ou catholique, l'unique responsabilité des âmes des fidèles, qui relève du domaine de la Grâce et de nul autre."[1]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. MORANA Cyril, Avant-propos, MARX, Karl et ENGELS, F., L’Opium du Peuple, Paris, Editions Mille et Une nuits, 2013., 61 p. (ISBN 9782755507065), p. 7