Livres deutérocanoniques
Les livres deutérocanoniques sont les livres de la Bible que l'Église catholique et les Églises orthodoxes incluent dans l'Ancien Testament et qui ne font pas partie de la Bible hébraïque. Les livres de la Bible hébraïque sont dits « protocanoniques », c'est-à-dire du premier canon. Les livres deutérocanoniques sont, pour les catholiques et les orthodoxes, du second canon, d'après l'adjectif grec deuteros, (δεύτερος ) « second ». Le protestantisme et le judaïsme ne voient pas ces livres comme inspirés et les considèrent donc comme apocryphes.
Étymologie
[modifier | modifier le code]Deutérocanonique est un adjectif formé à partir de deux mots grecs. Δεύτερος / deúteros signifie deuxième. Le mot canon vient du grec ancien κανών / kanṓn, signifiant « tige de roseau, toute barre de bois longue et droite » et par métaphore « modèle, principe »[1] puis au sens figuré à partir du IVe siècle cela désigne l'ensemble des livres de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament reconnus par l'Église[2]. Le mot deutérocanonique signifie donc que ces livres sont « secondairement canoniques », non pas parce qu'ils auraient une valeur moindre que les autres livres mais parce qu'ils ont été acceptés dans le canon après eux[3].
Liste des livres
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- Livre de Judith
- Livre de Tobie
- Passages grecs du Livre d'Esther : « Songe de Mardochée » et « Complot contre le roi » (avant le verset 1,1 du texte hébreu), « Édit d'Artaxerxès » (après 3, 13), « Mardochée à Esther » (ap. 4, 8), « Prière de Mardochée » et « Prière d'Esther » (ap. 4, 17), « Rencontre d'Esther et du roi » (ap. 5, 5), « Nouvel édit d'Artaxerxès » (ap. 8, 12), « Explication du songe de Mardochée » (ap. 10, 3), « Conclusion de la version grecque »
- Premier Livre des Macchabées et Deuxième Livre des Macchabées
- Livre de la Sagesse
- Ecclésiastique (ou Siracide)
- Livre de Baruch : chapitres 1 à 6 (Ba 6 = Lettre de Jérémie)
- Passages grecs du Livre de Daniel : insertions au chapitre 3 (prière des trois jeunes gens dans la fournaise), chapitre 13 (« Suzanne »), chapitre 14 (« Bel et le dragon »).
Constitution des canons bibliques
[modifier | modifier le code]Le Tanakh, c'est à dire l'ensemble des livres qui présentent le message de Dieu aux juifs, met plusieurs siècles avant d'être clos. Jusqu'au Synode de Jamnia, à la fin du premier siècle de notre ère, il n'existe pas de liste fermée des livres qui constituent le Tanakh[4]. Dans les communautés chrétiennes des premiers siècles, il n'y a pas non plus de liste close et il faut attendre plusieurs conciles du IVe siècle pour que celle-ci soit établie[5] même si les débats pour savoir s'il faut garder tel ou tel livre ne cessent pas[6].
Les bibles juives et chrétiennes diffèrent essentiellement par la présence ou non du Nouveau Testament mais il existe en plus des différences dans le choix des livres qui forment l'Ancien Testament et parmi les Églises chrétiennes, des désaccords sont aussi apparus. Ces livres qui sont rejetés par les juifs et les protestants sont appelés deutérocanoniques[3].
Origine
[modifier | modifier le code]Langue d'origine
[modifier | modifier le code]Les livres deutérocanoniques sont écrits par des auteurs juifs. Il semble que certains ont d'abord été écrit en hébreu ou araméen (livre de Tobit, Premier Livre des Maccabées, Siracide et livre de Judith) puis traduits en grec alors que les autres (livre de la Sagesse, deuxième Livre des Maccabées et les chapitres du livre d'Esther) l'auraient été directement dans cette langue. Le cas des ajouts au livre de Daniel est discuté[7].
Intégration dans les canons
[modifier | modifier le code]Jusqu'au troisième siècle avant notre ère, la Bible existe seulement en hébreu. Mais à cette époque, une importante communauté juive s'est installée en Égypte et surtout à Alexandrie. Selon une légende rapportée dans la lettre d'Aristée, le roi Ptolémée II aurait ordonné que 72 traducteurs soient isolés individuellement pour traduire le Tanakh[8]. Ceux-ci seraient alors tous parvenus à la même traduction[9]. Au-delà de la légende, cette histoire montre qu'à cette époque les livres du Tanakh existent bien dans une version grecque. Par la suite, d'autres livres, appelés deutérocanoniques, sont aussi traduits et ajoutés à la Septante. Selon les époques, les juifs reconnaissent ou rejettent cette traduction de la Bible mais ils n'acceptent jamais les textes grecs. En effet, une traduction doit toujours être mise en regard du texte hébreu qui est la langue dans laquelle la Torah a été révélée. Ce n'est qu'à partir de ce texte qu'il est possible de comprendre vraiment le message divin. Dès lors il n'est pas possible qu'un texte se présente comme inspiré par Dieu mais dans une autre langue que l'hébreu[10]. Cette traduction en grecque est au contraire retenue par l'Église, d'autant que le Nouveau Testament étant écrit en grec, la question de la langue pour l'Ancien Testament ne se pose pas[11].
À la demande du pape Damase Ier, Jérôme, au IVe siècle, traduit en latin le Nouveau Testament et les Psaumes à partir du texte grec. Après la mort de Damase, il poursuit ce travail et traduit le reste de l'Ancien Testament toujours à partir de la Septante. Par la suite il recommence cette traduction mais cette fois-ci à partir des textes hébreux Ce sera la Vulgate[12].
La tradition affirme qu'en 382 au concile de Rome une liste des livres canoniques est établie dans un décret, non daté, attribué au pape Damase Ier. Cette liste est reprise lors du concile d'Hippone en 393 et ceux de Carthage en 397 et 419 et à chaque fois les livres deutérocanoniques sont présents[5]. La liste complète et officielle établie à Carthage en 397 est la plus ancienne qui nous soit parvenue. Cependant, malgré ces listes, les discussions pour savoir s'il faut garder tel ou tel livre ne cessent pas[13]. Les églises grecques valident leut accord avec l'intégralité du canon occidental lors du concile in Trullo en 692[14], c'est-à-dire tous les livres présents dans la Bible latine, y compris les deutérocanoniques[15].
Présentation des livres
[modifier | modifier le code]Livre de Judith
[modifier | modifier le code]Récit
[modifier | modifier le code]Le Livre de Judith comprend 16 chapitres. Le récit est habituellement divisé en deux parties (quoiqu'une minorité de chercheurs le divise en trois[16]). Dans la première Nabuchodonosor décide de soumettre les peuples à l'ouest de son royaume et son général Holopherne mène une campagne victorieuse jusqu'à ce qu'il arrive devant Israël. Holopherne fait dresser son camp devant Béthulie, une des cités d'Israël. Judith, une de ses habitantes séduit Holopherne et après un banquet, elle lui tranche la tête qu'elle porte ensuite dans la cité pour qu'elle soit pendue à la muraille. Les habitants de Béthulie, aidés par le reste d'Israël met alors en déroute l'armée Assyrienne[16].
Texte
[modifier | modifier le code]Le Livre de Judith a été écrit en hébreu[n 1] puis traduit en grec. L'original sémitique a disparu mais il a influencé Jérôme de Stridon lorsqu'il a traduit la Bible en latin. Celui-ci explique qu'il a repris les traductions latines existantes, la vetus latina, mais qu'il les a corrigé avec une version araméenne[16]. La vetus latina est elle-même une traduction du texte en grec mais pas celle de la Septante comme le prouve des différences dans le texte. Il existe des versions hébraïques mais elles sont des adaptations de la Vulgate ou sont des misdrahim médiévaux qui présentent une version différente du récit et montrent par là la persistante d'une tradition orale chez les juifs[17].
Canon orthodoxe
[modifier | modifier le code]En règle générale, le canon orthodoxe s'accorde avec le canon catholique.
Canon protestant
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Les réformateurs n'ont, pour l'Ancien Testament, reconnu comme inspirés que les livres du canon hébraïque, à la suite de Luther, qui jugeait les livres « antilégomènes », c'est-à-dire des « livres qui ne sont pas regardés comme ayant la même valeur que le canon hébraïque, mais qui sont pourtant utiles et bons à lire, il ne les a cependant pas retirés de la Bible, la Bible de Luther avait donc les 73 livres».
C'est en 1825 que les premières Bible à 66 livres sont imprimées par la société anglicane The Bible Company, qui considérait déjà ces livres comme apocryphes et qui, pour des raisons économiques décida de retirer les 7 livres Deutérocanoniques de la Bible.
Les protestants désignent ces derniers livres sous le terme d'« apocryphes ». Ils les ont longtemps maintenus en annexe dans leurs éditions de la Bible[réf. souhaitée].
Les protestants gardent donc strictement le canon hébraïque (fixé en l'an 90 lors du concile Juif de Jamina), considérant que l'Ancien Testament fut confié aux Juifs comme le Nouveau Testament à l'Église selon Romains 3:2[Pr 1].
Ils ont, en revanche, gardé l'entièreté du canon catholique du Nouveau Testament bien que Luther[19],[Pr 2],[Pr 3] se soit interrogé sur l'Épître de Jacques, dont il disait qu'il s'agit d'une « épître de paille » qui « n'a pas de contenu évangélique » faisant peu de références christologiques. Cette appellation est également due au fait, qu'a contrario de la parole de Luther et des lettres de Paul, cette épître fait mention du salut par les œuvres. Malgré cela, la foi sans les œuvres étant morte, Luther décida de la garder.
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ l'araméen a aussi plus rarement été envisagé
Sources secondaires
[modifier | modifier le code]- ↑ Anatole Bailly ; 2020 : Hugo Chávez, Gérard Gréco, André Charbonnet, Mark De Wilde, Bernard Maréchal & contributeurs, « Le Bailly », (consulté le ).
- ↑ de Pury 2009, p. 19.
- Römer 2009, p. 727.
- ↑ de Pury 2009, p. 27.
- La foi catholique : Textes doctrinaux du magistère de l'Église sur la foi catholique, éditions de l'Orante, (ISBN 978-2-8111-3000-8), p. 75-76.
- ↑ Ska 2011, p. 123.
- ↑ Römer 2009, p. 728.
- ↑ Schenker 2009, p. 44.
- ↑ André Paul, Et l'homme créa la Bible : d'Hérodote à Flavius Josèphe, Paris, Bayard Éditions, , 458 p., p. 210
- ↑ Woodsworth 1995, p. 165-168.
- ↑ Francine Kaufmann, « Traditions et principes de la traduction biblique dans l’Antiquité juive », Théologiques, vol. 15, no 2, , p. 15-45 (ISSN 1188-7109, e-ISSN 1492-1413, DOI 10.7202/017771ar).
- ↑ Woodsworth 1995, p. 172.
- ↑ Ska 2011, p. 123.
- ↑ Martin Jugie, « Le canon de l'Ancien Testament dans l'Église byzantine », Revue des études byzantines, vol. 10, no 64, , p. 129–135 (DOI 10.3406/rebyz.1907.3668, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Ska 2011, p. 125.
- Nihan 2009, p. 745.
- ↑ Nihan 2009, p. 746.
- M. Jugie, « Le canon de l'Ancien Testament dans l'Église Russe depuis le XVIIIe siècle », Échos d'Orient, t. 10, no 66, , p. 263-274 (DOI 10.3406/rebyz.1907.3691, lire en ligne)
- ↑ François Vouga, « L'Épître de Jacques », dans Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, (ISBN 978-2-8309-1289-0), p. 438-440.
Sources primaires
[modifier | modifier le code]- ↑ Rm 3,2.
- ↑ (de) Das Newe Testament Deutzsch (trad. Martin Luther), Wittenberg, (lire en ligne), « Vorrhede ».
- ↑ (de) Das Newe Testament Deutzsch (trad. Martin Luther), Wittenberg, (Wikisource germanophone).
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Albert de Pury, « Le canon de l'ancien testament », dans Thomas Römer, Introduction à l'Ancien Testament, Genève, Labor et Fides, , 902 p. (ISBN 9782830913682, lire en ligne)
- Christophe Nihan, « Judith », dans Thomas Römer, Introduction à l'Ancien Testament, Genève, Labor et Fides, , 902 p. (ISBN 9782830913682, lire en ligne)
- Thomas Römer, « Les livres deutérocanoniques », dans Thomas Römer, Introduction à l'Ancien Testament, Genève, Labor et Fides, , 902 p. (ISBN 9782830913682)
- Adrian Schenker, « Histoire du texte de l'Ancien Testament », dans Thomas Römer, Introduction à l'Ancien Testament, Genève, Labor et Fides, , 902 p. (ISBN 9782830913682)
- Jean-Louis Ska, Le livre scellé et le livre ouvert : Comment lire la Bible aujourd'hui, Paris, Bayard, , 508 p. (ISBN 978-2-227-48133-6)
- Judith Woodsworth, Les traducteurs dans l'histoire, Ottawa, Les Presses de l'Université d'Ottawa, , 348 p. (ISBN 9782760304123, lire en ligne)
Bibliographie complémentaire
[modifier | modifier le code]- (de) Franz Graf-Stuhlhofer, « Das betende Volk Gottes vor Jesu erstem Kommen. Die große Bedeutung des Gebets in den Deuterokanonika », Erbe und Auftrag, vol. 176, , p. 149-152.
- (de) Andreas Hahn, Canon Hebraeorum – Canon Ecclesiae: Zur deuterokanonischen Frage im Rahmen der Begründung alttestamentlicher Schriftkanonizität in neuerer römisch-katholischer Dogmatik, Münster et al., Lit, (ISBN 978-3-643-90013-5).