Denis Péan

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Denis Péan

Denis Péan naît le dans la ferme de ses parents à Sorges, commune des Ponts-de-Cé en France. A l'adolescence il découvre le rock des années 70, achète un orgue Farfisa et commence à jouer avec quelques camarades. Il rentre au Lycée David d'Angers et s'inscrit au Conservatoire d'Angers en classe de solfège, de basson et de musique de chambre. Il se passionne pour la poésie, les livres et le jazz. A la sortie du lycée il investit avec quelques amis de lycée sa première maison musicale et commence à composer et écrire assidûment.

Il crée le groupe Lo'Jo en 1982 avec le contrebassiste Richard Zenou et le violoniste Richard Bourreau. Le groupe invente une inédite fresque musicale, sa mythologie, son imagerie, son langage. Il mène sa vie entre petits boulots, vagabondage et expériences libertaires.

En 1988 le groupe part six mois en tournée à travers l'Europe en camions et caravanes avec la Cie de théâtre de rue Jo Bithume. Quatre années à côtoyer les gens de cirque et le public de la rue, entrainent la bande au Lincoln Center à New-York puis dans l'Océan Indien à L'Île de la réunion. C'est le début d'un voyage ininterrompu qui mènera le groupe sur tous les continents.

Il produit avec ses comparses  - après 2 disques plutôt confidentiels -, l'album " Fils de Zamal "  en 1993 qui donne à Lo'Jo sa première reconnaissance nationale. S'en suivront une quinzaine d'autres jusqu'à [ Fonetiq Flowers ] en 2017. Il chante, compose, charrie les idées, malaxe des sons sur ordinateurs, invente des entre-sorts forains, calligraphie d'une écriture restée enfantine des formules magico-poétiques, construit des théâtres d'objets . La rencontre avec l'Afrique fin des années 90 sera décisive. Le groupe crée en 2001 le premier " Festival au Désert " dans le Sahara, et ramène dans ses bagages un enregistrement du groupe Tinariwen légende de la musique touareg qu'il fera connaître au reste du monde. Par ailleurs en 1997 Denis Péan publie son premier livre : " Les passagers ordinaires du temps ". Lui et son groupe jouent ou enregistrent avec Robert Wyatt, Archie Shepp, Erik Truffaz, Niaz Diasamidze, George Barrington Dudley, Boubacar Traoré, René Lacaille, etc., et des musiciens de nombreuses contrées du monde; le groupe emmène Robert Plant de Led Zeppelin à Tombouktou.

De spectacles avec le Groupe ZUR (Zone Utopiquement Reconstituée), de " Lojo Music Circus " aux grandes festivités nommées Kabar' Lo'jo, il traverse le temps avec sa langue aiguisée en marges des modes.

En 2014 pour son disque " Cinéma el Mundo " Lo'jo reçoit à Londres le award du meilleur groupe de l'année décerné par la revue Songlines.

Par ailleurs Denis Péan joue des concerts en solo avec son harmonium indien, au piano ou accompagné de séquences électro-acoustiques et rejoins à l'occasion la Compagnie Carabosse dans ses installations de feu au cœur des villes ou les acrobates des Sélène pour le spectacle " En la palma de la suerte ". Il fonde le groupe ". La Tribu des Femmes " avec les musiciennes/chanteuses : Oriane Lacaille, sa filleule Coline Linder, Nadia et Yamina Nid el Mourid, Elisabeth Hérault et les 2 artistes argentines Laura et Gianna Caronni. 

Si des dizaines d'artistes et musiciens gravitent autour du groupe, Denis Péan forme avec les chanteuses Nadia et Yamina Nid el Mourid, et Richard Bourreau une famille indéfectible qui continue son chemin des aspérités de la mappe-monde aux impétueuses mégapoles.

Denis Péan aguerri à la vie communautaire depuis sa sortie du foyer familial crée avec ses compagnons de Lo'jo en 2001 un lieu de résidence pour artistes locaux et internationaux : " La Fontaine du Mont " dans l'Anjou natal, qui devient une agora permanente, un terrain d'expérimentation social et citoyen, un haut lieu de turbulence humaine et artistique.

S'y côtoient nombres de musiciens africains, voisins, artistes de l'Océan Indien et du reste du monde.

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[style à revoir] TU CONNAIS LO'JO ?

La chanson « Bonjour ignorance[1] » fut ma porte d’entrée dans le monde de Lo’Jo un après-midi de 2007. J’étais à la recherche de nouvelles musiques après une longue période d’exploration des univers classiques et je tamisais des gigaoctets de pacotilles diverses. France 5 diffusait alors des petites vidéos enregistrées live dans l’émission « Studio 5 »[2]. Dans une de celles-ci, je fus intrigué par les mots de l’homme au chapeau - dont je découvrirais vite le nom, Denis Péan - qui chantait sans complaisance pour la caméra : « Bonjour ignorance ». L’apostrophe n’était pas banale et se calait sur un riff de basse[3] plongeant ses racines dans le meilleur du rock anglo-saxon. « Bonjour ignorance, je te donne le salut des secrets et des manques ». Les mots psalmodiés m’emmenaient là où j’avais envie d’aller, vers le contraire de l’évidence. « Bonjour ignorance ! Je te donne le salut des secrets et des manques, le salut d’une chanson qui parle ». Oui, la chanson peut parler sans être bavarde, se faire aphorisme pentatonique, lover la profondeur du monde au creux d’un vers. « Bonjour ignorance ! Je te donne le salut des secrets et des manques, le salut d’une chanson qui parle, et le salut des choses sans importance qui toutes ensemble font l’étoffe de l’au-delà des apparences, des mers immenses du monde ». Non la chanson n’est pas condamnée à être « à texte » ou à être inepte. Elle peut être le plus merveilleux véhicule de l’étrangeté du monde, de son irréductibilité au raisonnement cartésien. Cette interpellation sans compromis mais sans brutalité - je le comprendrais par la suite - est la plus belle manière d’exprimer son engagement contre la bêtise à front de taureau qui se caparaçonne dans l’identité nationale[4] aussi bien que celle qui, ceinte des lauriers des meilleures écoles du conformisme, exalte l’esprit de conquête dans ses tracts électoraux puis crache son mépris pour les plus humbles d’ici et d’ailleurs... « Bonjour ignorance », J’ai découvert les sœurs Nadia et Yamina Nid el Mourid dont les chants sont le yin du yang de Denis (et inversement). J’ai découvert Richard Bourreau à la kora - je ne mesurerais son apport à l’art du violon contemporain que plus tard. « Bonjour ignorance. Je te donne le salut d’une planète foraine avec ses marchés d’ombre, d’un maçon poète, d’une confidence faite à la terre ». Je fus magnétisé par ces phrases, par cet art brut, par le sample aérien et les percussions telluriques[5]. Je savais que cet univers m’attendait et que je ne le lâcherais plus. « Bonjour ignorance ! Je te donne le salut de la façon des arbres, du chemin des animaux, le salut des certitudes qui s’effilochent ce matin ». Je découvris  le syncrétisme bienveillant et l’animisme généreux de Lo’Jo, loin des sécheresses matérialistes et des arnaques new age. « Bonjour ignorance ». « Bonjour ignorance ». « Bonjour ignorance ». « Bonjour ignorance »

J’ai acheté l’album Bazar savant, les promesses furent tenues au centuple. Dans un éblouissement sonore, je trouvais confirmation que « les beautés si fragiles et secrètes ont  leur façon de se taire », que « la vérité se cache sous n’importe quelle latitude », que « l’on ne peut ferrer le cheval magique » mais que l’on peut « danser le feu et les haillons de l’histoire » ; que « tout était simple hier : la vérité était ici et l’erreur ailleurs mais que ce temps est révolu » ; que « les mangeuses des démons des hommes logent rue Saint-Denis ou à l’hôtel Octobre, amantes cinq minutes du rêve d’un envol » ; que nos « paniers sont remplis du nombre des heures d’où l’on extrait la science, nos nombres d’or » ; qu’une maman peut être la meilleure interprète d’une petite chanson ; qu’une chanson est un « grand voyage dans le son de la pluie » ; que Lo’Jo habite « à côté du paradis un palais imparfait qui donne sur la guerre ».

Ce jour de 2007 j’ai ouvert une faille dans mon continuum spatiotemporel où se sont glissés tous les albums de Lo’Jo, toute la « caffila d’azhingans[6] », de musiciens, plasticiens, circassiens, esprits libres et utopistes de terrain dont la trajectoire a pu entrer en orbite de la « comète algébrique » d’Angers[7]. J’ai découvert des instruments, des mots, une vie, une éthique, un être vivant qui métabolise le monde en paroles et en musiques, au gré de ses voyages sur tous les continents, du Sahara au Caucase, des plaines amérindiennes à la Pologne, de la Réunion à l’Extrême-Orient. J’ai vu une aura qui agrège les bonnes âmes au banquet des vivants. J’ai fait l’archéologie musicale d’un univers aussi cohérent que composite - irréductible à toute étiquette - qui emprunte autant à Robert Wyatt qu’à Leonard Cohen, à Archie Shepp qu’à Erik Satie. J’ai arpenté les 4 lettres de Lo’Jo pour vérifier la pertinence de mes clés divinatoires.

J’ai dit bonjour à mon ignorance et me suis plongé dans cette mer de sapience.

Alain GABET


[1]  Sur l’album Bazar savant, cf. discographie.

[2] [2]  Internet fourmille d’archives mais je n’ai malheureusement pas retrouvé trace de cet enregistrement.

[3] [3]  Qu’il me soit donné l’occasion de saluer le travail magnifique de Nicolas « Kham » Meslien qui fut à la basse un des éléments majeurs du son du groupe de Mojo radio à Cinéma el Mundo.

[4] [4]  Cf. « La marseillaise en créole » sur l’album Cinéma el Mundo.

[5] [5]  Franck Vaillant,  musicien inspiré,  officiait alors à la batterie.

[6]  Expression ancienne comme les affectionne Denis Péan,  qui désigne une procession de tziganes (cf. « Slam » sur l’album Cosmophono, un opus mal-aimé à redécouvrir).

[7] J’ai tenté d’en faire un portulan dans l’Abécédaire Lo’Jo qui est en accès libre sur le site lojo.org.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Ouvrages publiés

Les passagers ordinaires du temps (éd. Deleatur, 1996)

Sommeil, sommeil (éd. Deleatur, 2000)

Musée la Parole (éd. Almarita, 2007)

La banlieue de vivre photos Gérard Teillay textes Denis Péan (éd Handi-Blues) 2013

Histoire papier - ouvrage collectif (éd. du Hanneton, 2014)

Oniric Théâtre (éd. Le Cadran Ligné, 2015)

Mes bottes de sept lieux - Objet Littéraire Postal (éd. Aé, 2016)

Angers par les interstices - photos : Jean-Michel Delage (éd. Le Petit Pavé, 2017)

J'apprends la pluie (éd. du Hanneton, sortie décembre 2017)

  • Discographie (Lo'jo)

Depuis très longtemps (K7 autoproduite, 1989)

The international Courabou (autoproduit réédité avec 310 lunes, 1991)

Siempre (single autoproduit, 1991)

Fils de Zamal (Lo’Jo - Fnac music - Night and day - Tapsit, 1993)

G7 of destruction & artisans of peace (Pratik - Fnac music - Lo’Jo, 1994)

Le disque dort (33 tours autoproduit inséré dans l’ouvrage 360° à l’ombre (J.-M. Verret, J. Tendret, J. Verret), 1996)

Sin Acabar (Emma prod - Warner Chapell - Lo’Jo, 1996)

Mo'jo Radio (Emma prod - Universal, 1998)

Bohème de cristal (Emma prod - Universal, 2000)

L'une des siens (Emma prod - Universal, 2002)

Ce soir là - live (Emma prod /Universal, 2004)

Bazar Savant (Emma prod - AZ, 2006)

Tu connais Lo’Jo ? (Emma Prod - AZ, 2007)

Cosmophono (Wagram, 2009)

Cinéma el Mundo (World Village, 2012)

310 lunes (World Village, 2014)

Fonetiq Flowers (PIAS - World Village, 2017)

  • Filmographie (sur Denis Péan)

Trésor de paix (réal. Philippe Gasnier, 2014)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]