Denis Grozdanovitch

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Denis Grozdanovitch
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Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (75 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
GrozdanovitchVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
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Autres informations
Sports
Genre artistique
Essayiste
Œuvres principales
  • Petit Traité de désinvolture
  • De l'art de prendre la balle au bond
  • La Secrète Mélancolie des marionnettes
  • Le Génie de la bêtise
  • La Vie rêvée du joueur d'échecs

Denis Grozdanovitch est un écrivain français, né le à Paris.

Il est aussi grand amateur d'échecs et un sportif accompli, plusieurs fois champion de France de tennis, de squash et de courte paume.

Biographie[modifier | modifier le code]

Denis Grozdanovitch est issu d'une famille d'artistes et de sportifs. Son père graveur-dessinateur, était un joueur de tennis de bon niveau (seconde série) et sa mère, peintre-amateur, exerçait le métier de professeur de tennis.

Dès son plus jeune âge, il prend des notes sur ses petits carnets et s'entraîne quotidiennement au tennis dans le club voisin de son domicile, à Mesnil le Roi. Il est promu champion de France junior en 1963 puis intègre l'équipe de France, mais déçu par l'esprit d'hyper-compétition, il préfère demeurer amateur. Il s'orientera ensuite vers le squash, en deviendra le premier champion de France en 1975 et conservera son titre jusqu'en 1980. Un peu plus tard encore, il s'initie à la Courte Paume et restera le meilleur de la discipline pendant une dizaine d'années. Comme sa mère, il exercera ensuite le métier de moniteur de tennis dans un grand club parisien.

Parallèlement Denis Grozdanovitch poursuit ses études, d'abord à l'Institut d'Art et d'Archéologie de la rue Michelet, puis à l'université de Nanterre où il assiste au cours de sociologie d'Henri Lefebvre. Enfin, il intègre l'IDHEC et y cultive par l'entremise du grand écran, le sens de l'image, qui imprègnera son oeuvre littéraire - en partie dédiée à l'onirisme[1].

En 2002, tiré des notes de ses carnets, parait Petit traité de désinvolture, chez José Corti, grand succès critique aussi bien que public. L'anecdotier adepte des notes de lectures et des "choses vues" a séduit l'éditeur de Julien Gracq. Suivront régulièrement des ouvrages où il renoue avec un genre littéraire oublié, nommé "Mélanges", lequel fait alterner récits vécus, commentaires de lectures, réflexions philosophiques et chroniques du temps présent. En 2011 paraîtra - aux éditions de L'Olivier - son seul roman publié à ce jour, La Secrète Mélancolie des marionnettes sous forme d'une "autobiographie rêvée", truffée d'anecdotes et de références littéraires[2].

Fin observateur, il dresse en moraliste - au sens de La Bruyère, Vauvenargues ou Chamfort - des "portraits charmants et incongrus sous un regard ironique et tendre" [3].

Soucieux de transmettre sa conception de la littérature, il dispense un atelier d'écriture - Initiation à la forme courte - à Sciences-Po Paris.

Rédacteur régulier, on le retrouve dans le journal Libération, qui héberge son blogue intitulé Balles au bond. Il rédige des articles pour La Revue littéraire, L'Atelier du roman, Les Moments littéraires, Les Cahiers, puis les Dossiers de L'Herne.

Denis Grozdanovitch partage sa vie entre la Nièvre et Paris. Sa compagne Judith Coppel apparaît dans nombre de ses ouvrages.

Ses œuvres sont traduites en russe, italien, grec, allemand, néerlandais et polonais.

Particularités de son œuvre[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

En 2002, son premier livre, Petit traité de désinvolture, interpelle de nombreux journalistes littéraires. Ainsi Olivier Le Naire évoque son état d'esprit : « Sur sa mobylette ou à la Cinémathèque, dans les clubs d'échecs ou dans les salles de sport, les salons new-yorkais ou les rues parisiennes, cet incurable épicurien regarde passer la vie avec un regard amusé et acéré, chaleureux et impertinent »[4]. Frédéric Beigbeder parle d'un style qui "rend heureux, vous fait respirer plus fort et sourire en regardant le plafond"[5]. Un autre journaliste de l'Express le perçoit comme "collecteur maniaque de traces infimes, de brèves impressions, de minuscules témoignages et, surtout, de détails insipides à la vue des autres mais qui deviennent de merveilleux détails quand ils sont regardés différemment par quelques-uns"[6].

À propos de La Puissance discrète du hasard, François Busnel, écrit : "En ces temps de démoralisation et de cynisme pragmatique, voici un livre roboratif qui invite chacun à bifurquer lorsque le moment s'y prête. Ce traité jubilatoire rendra plus fort quiconque s'y plongera. La littérature est, décidément, une arme redoutable" ajoute-t-il[7]. "Le style de Denis Grozdanovitch est aussi un défi à celui rapide et décoiffé des romans modernes. Ses personnages parlent comme lui écrit, c’est-à-dire avec élégance, subtilité, humour, à quoi il faut ajouter la richesse du vocabulaire et le respect de la syntaxe, plus tout le temps qu’il faut pour s’exprimer" souligne Bernard Pivot[8].

Carnets et influences[modifier | modifier le code]

Il compte aujourd'hui 200 "petits carnets" remplis méticuleusement depuis son adolescence[9]. Sa conception de la littérature est inspirée de celles de Maupassant et d'Isaac Babel, à savoir, comme il le précise au journal suisse Le Temps, «...faire passer d'âme en âme, au long du temps, la petite flamme-veilleuse de la conscience et dans un dessein somme toute mystérieux….»[10] . Il ajoute lors d'un autre entretien à propos du Génie de la bêtise, "Je suis le fruit de l'école d'Erasme, de Montaigne et de Rabelais, contre celle de Descartes, et je défends un humanisme non mathématique, mais intuitif et sensitif"[11].

Captivé par Gustave Flaubert et grand admirateur de Chateaubriand, il mentionne John Cowper Powys, Blaise Cendrars, Robert Musil, Marcel Proust ou Thomas Wolfe comme des auteurs qui le fascinent totalement : « La littérature, elle est là… ces auteurs, on peut les lire et les relire sans cesse avec le même bonheur». Jean-Paul Enthoven, évoquant ses références littéraires et spirituelles, écrit : "On y fréquente Oblomov et Restif de la Bretonne, le haïku et les tortues éléates, le cosmos et lepresquerien"[12]. Pour Julien Burri "Il est savoureux de lire et relire, grâce à lui, Pierre Mac Orlan, les bulles de Corto Maltese ou les poèmes de Pessoa, la philosophie de Wittgenstein, les mots provocants de Marcel Duchamp[13]. Denis Grozdanovitch définit la littérature comme "un fil d'âmes sensibles qui traverse le temps"[9]. Saint-Simon, Stendhal et Léopardi, rejoignent ainsi ses récits par petites touches anecdotiques ou philosophiques. Roland Jaccard précise : "Je connais peu de narrateurs dans la ligne de Proust, susceptibles de jouer avec les théories les plus saugrenues et de mettre en scène des personnages excentriques, réels ou imaginaires"[14]. Livres hebdo, ajoute "Parfois, se plaçant sous l'égide de Lewis Caroll, l'auteur nous fait divaguer pour conditionner nos états d'âme"[15]. Selon le philosophe Jean Lacoste, il incite le lecteur "à la révolte émancipatrice en référence à la Beat Generation, de Kerouac, et à d'autres admirateurs américains d’Emerson et de Thoreau" [16].

Philosophie[modifier | modifier le code]

Grozda, surnommé ainsi dans les milieux littéraires, préfère comme le dit Jérôme"Garcin : "...s'instruire en nous instruisant, au cours de sa promenade philosophico-littéraire, il a annoté les ouvrages les plus sérieux, de Darwin à Heidegger, et les plus merveilleux dont les Rêveries de Bachelard et l'Amour Fou de Breton[9]. Il a suivi au Collège de France, les cours d'anthropologie et de philosophie de la perception, d'où il est sorti incollable sur les paréidolies et les apophénies"[17]. Il est une espèce d'autodidacte pour lequel Nietzsche n'a aucun secret, d'où sa présence parmi les 100 philosophes de notre temps, dans l'émission de France culture, profession philosophe[18]. Il confie à Adèle Van Reeth se comporter en anthropologue, apprécier la philosophie, la littérature, tout ce qui a un rapport avec les arts, tout ce qui est spirituel, selon lui cette discipline prend le fait humain dans son ensemble et pas seulement des théories toutes faites. "Dans l’anthropologie, ce qui est intéressant c’est d’étudier d’où vient le philosophe, d’où il part… Je suis pour Sainte-Beuve, celui qui accordait de l’importance à la vie de l’écrivain, replacer la philosophie, la mettre en regard avec d’autres cultures qui ont une pensée différente…". On trouve un de ses articles sur Konrad Lorenz dans Philosophie Magazine [19]. Les journalistes de la revue s'intéressent à sa philosophie, récemment Nicolas Gastineau écrit à propos de La Vie rêvée du joueur d'échecs : "comment jouer sans risquer de s’y perdre ? Pour l’auteur, ce danger est d’ailleurs aussi celui du philosophe qui, à force de plonger dans l’abstraction, perd pied dans le réel"[20]. Un peu plus tôt, lors de la sortie du Génie de la bêtise, ce même magazine précise : « Denis Grozdanovitch est l’un des rares écrivains à pouvoir publier aujourd’hui un « essai » au sens de Montaigne, en mêlant l’anecdote quotidienne à la pensée »[21].

Dans son dernier livre, La Vie rêvée du joueur d’échecs, l'auteur se référant à Olivier Rey avec qui il se sent en grande affinité, il dénonce le bluff des grands nombres qui nous incitent à une sorte de mysticisme numérique, menant tout droit à un totalitarisme larvé, insidieusement liberticide. Par contraste, il nous montre « ces fous inoffensifs que sont ces joueurs, vivant pour leur passion, épicuriens, loin du fracas du monde, désertant la hideuse bête qu’est devenue notre société »[22]. Il y prône "une vibrante défense de l'esprit ludique, à la fois philosophie de l'existence, porte ouverte à l'enfance et aux songes et remède à l'esprit de sérieux qui étouffe notre époque[23]. Au fil des pages, avec élégance et aussi cocasserie, l'auteur fait défiler Stefan Zweig, Milan Kundera ou encore Jorge Luis Borges. "En raison de son érudition, certains n'ont pas hésité à le comparer à un Pic de la Mirandole moderne, l'humaniste et théologien de la Renaissance italienne, qui était réputé savoir tout sur tout» [24].

Poésie, photographie[modifier | modifier le code]

Denis Grozdanovitch a aussi écrit un recueil de poèmes La faculté des choses[25]. Il glisse souvent des poèmes[26] dans ses essais, les siens comme ceux des poètes qu'il révère. Il évoque son rapport à l'écriture poétique dans Télérama en 2018 : « J’ai tout de suite aimé la discipline que requiert l’écriture sans rature à l’encre de chine. Comme beaucoup de monde, je manquais de confiance en moi, mais j’ai tout de même osé adresser une lettre à l’écrivain Claude Roy dont j’admirais la poésie »[27].

Son style narratif, est continuellement empreint de poésie, comme le montre l'extrait ci-dessous :  

« L'autre matin, tandis que les inlassables Zombies - ces morts revenus sur la terre pour y travailler sans relâche au service d'un maître insatisfait - perpétuaient leur ronde infernale sur les boulevards, m'étant arrangé une fois de plus pour me dégager de tout devoir et de tout tâche (pas vu, pas pris!), je flânais dans les jardins du Luxembourg en humant l'air de l'automne. L'atmosphère capiteuse, la vision des roux et des jaunes du feuillage, l'élasticité sous mes pieds du moelleux tapis des feuilles décomposées, me montaient à la tête comme un alcool.

Parvenu à la Fontaine Médicis qui offre au flâneur auparavant brutalisé par le boulevard son calme suranné et décadent, je me penchai à la balustrade de fer forgé et contemplai l'eau verdâtre où frémissait le reflet des hauts platanes. Or, tandis que, l'esprit heureusement vide et distrait, j'observais le frêle esquif d'une feuille posée à la surface, dérivant de-ci de-là au gré des minuscules courants du bassin, mon œil fut attiré par l'ondoiement des carpes grises qui - telles de nonchalantes ombres méditatives s'aventurant jusqu'à la frontière de leur domaine - affleuraient de loin en loin à la surface. Saisi soudain d'une puissante empathie, j'éprouvais en moi-même et jusque sur mon épiderme, le délice voluptueux d'être un lascif fantôme aquatique, bien enveloppé dans ma peau amphibie et libéré des soucieux impératifs de ce monde-ci. »Denis Grozdanovitch, Rêveurs et nageurs ou du plaisir parmi les difficultés, José Corti, , 304 p. (ISBN 9782714 3088 18), Apologie des fantômes (p.138)«  »

  • A côté de ses carnets manuscrits, Denis Grozdanovitch garde aussi des traces photographiques de son quotidien, il "bat la campagne ou arpente les horizons lointains. Son oeil sans cesse aux aguets a moissonné une multitude de clichés...d'une richesse inouïe, où se côtoient abstraction, natures mortes, portraits, et la belle indifférence la nature"[28].

Essais, récits et roman[modifier | modifier le code]

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

  • Prix SGDL pour Petit traité de désinvolture, paru en 2002, chez José Corti
  • Prix des Librairies Initiales pour Rêveurs et nageurs, éditions José Corti, 2005
  • Prix Alexandre-Vialatte pour Brefs aperçus sur l’éternel féminin, éditions Robert Laffont, 2006
  • Prix Saint-Simon pour Dandys et excentriques, Grasset, 2019

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La revue littéraire, éditions Léo Scheer, 2006, p. 238
  2. Sebastien Lapaque, « Champagne pour tout le monde », Le figaro littéraire,‎
  3. Monique Petillon, « Bref aperçu sur l'éternel féminin », Le monde,‎ (lire en ligne)
  4. Olivier Le Naire, « Un incurable épicurien », l'express,‎
  5. Frederic Beigbeder, « La désinvolture est une utopie », Voici,‎ , p. 70
  6. « Petit traité de désinvolture », sur LExpress.fr, (consulté le 8 février 2021)
  7. françois busnel, « Denis Grozdanovitch s'en remet au hasard », L'express,‎ (lire en ligne)
  8. Bernard Pivot, « Denis Grozdanovitch, à contre courant », Journal du Dimanche,‎ (lire en ligne)
  9. a b et c Centre France, « Littérature - Denis Grozdanovitch reçoit son prix Saint-Simon à La Ferté-Vidame », sur www.lechorepublicain.fr, (consulté le 11 février 2021)
  10. « Denis Grozdanovitch: Petit Traité de désinvolture », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le 8 février 2021)
  11. Baptiste Liger, « Le troublant génie de la bêtise disséqué par Denis Grozdanovitch », l'Express,‎ (lire en ligne)
  12. Jean-Paul Enthoven, « Tuer le temps? », Le Point,‎ , p. 131
  13. Julien Burri, « L’excentrique, ce résistant, selon Denis Grozdanovitch », Le Temps,‎ (lire en ligne)
  14. Roland Jaccard, « J'aime les livres qui sont comme des coups de fouet », causeur,‎ (lire en ligne)
  15. J.-C.P., « Le ralenti », LivresHebdo,‎
  16. Jean Lacoste, « Eloge de la bêtise », En attendant Nadeau,‎ (lire en ligne)
  17. Jérome Garcin, « L'homme du hasard », Nouvel Observateur,‎ , p. 86
  18. « Denis Grozdanovitch, philosophe autodidacte - Ép. 33/100 - Profession philosophe », sur France Culture (consulté le 11 février 2021)
  19. denis grozdanovitch, « Konrad Lorenz, le père de l’éthologie », Philisophie Magazine,‎ (https:/ag.com/philosophes/denis-grozd/www.philomanovitch)
  20. nicolas gastineau, « “La Vie rêvée du joueur d’échecs”, de Denis Grozdanovitch », philosophie magazine,‎ (lire en ligne)
  21. « Le génie de la bêtise », Philosophie Magazine,‎ (lire en ligne)
  22. Vincent Jaury, « Édito général Amis francs-tireurs, bienvenue à Transfuge », Tranfuge,‎ (lire en ligne)
  23. « Si vous avez aimé Le jeu de la Dame, vous allez adorer ce livre - Elle », sur elle.fr, (consulté le 11 février 2021)
  24. Serge Bressan, « Denis Grozdanovitch, pour le plaisir de jouer », Le Quotidien, indépendant luxembourgeois,‎ 6/7 février 2021, p. 27
  25. « La faculté des choses », sur Le Castor Astral (consulté le 12 février 2021)
  26. « QUATRE POÈMES », sur Revue Des Deux Mondes (consulté le 12 février 2021)
  27. Jean-Baptiste Duchêne, « De Roland-Garros à la poésie », Télérama,‎ (lire en ligne)
  28. Nadine Doyen, « Les Clichés de Denis Grozdanovitch », Le nouvel observateur,‎

Liens externes[modifier | modifier le code]