Denis Dodart

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Denis Dodart
Denis Dodart 1634-1707.jpg

Denis Dodart dessiné par Louise-Magdeleine Cochin,
gravé par Ambroise Tardieu

Fonctions
Pensionnaire-botaniste
à l'Académie royale des sciences

Médecin officiel
de l'Abbaye de Port-Royal de Paris
Biographie
Naissance
Décès
Formation
Activité

médecin et botaniste

abrévation taxonomie Dod.
Famille
Dodart
Enfant
Blason de la Famille Dodart.svg

D'azur au sautoir d'argent cantonné de quatre besants d'or.

Œuvres réputées

Denis Dodart est un médecin et un botaniste français, né en 1634 à Paris et mort le dans cette même ville. Il dirige de 1670 à 1694 les études de l'Académie royale des Sciences sur l'Histoire des plantes, premier projet d'une encyclopédie botanique universelle, rencensant, nommant, et illustrant toutes les plantes connues. Il publie en 1676 son cadre directeur sous le tire de Mémoires pour servir à l'histoire des plantes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et éducation éclairée[modifier | modifier le code]

Famille bourgeoise de Paris[modifier | modifier le code]

Denis Dodart nait en 1634 dans une famille bourgeoise de Paris. Il est le fils de Jean Dodart, notaire public passionné de littérature, et de Marie Dubois, fille d'avocat au Parlement de Paris[1]. Fontenelle mentionne dans son Éloge de Monsieur Dodart le « Cabinet de Livre » de la famille. Intéressé dès son jeune âge par les arts et les sciences, on l'initie au dessin, à la musique, au grec et au latin[2].

Études de médecine[modifier | modifier le code]

Entrée de la Faculté de Médecine
Denis Dodart, docteur en médecine et pharmacie - Ancienne Faculté de Médecine, gravure de Auguste Corlieu, 1896

Il est reçu bachelier le 1er avril 1658 et docteur-régent de la Faculté de Médecine de Paris le 13 octobre 1660. Denis Dodart est remarqué pour son érudition, son élocution, son bon esprit. Tant que Guy Patin, doyen directeur de la Faculté, pourtant habituellement avare en éloge, le décrit dans une lettre privée à un ami en ces termes : « Ce jourd'hui 5 Juillet (1660) nous avons fait la licence de nos vieux bacheliers, ils sont 7 en nombre, dont celui qui est le plus fécond, nommé Dodart, âgé de 25 ans, est un des plus sage & des plus fçavans hommes homme de ce siècle. Ce jeune homme est un prodige de sagesse & de science, monstrum sin vitio, comme disait Adr. Turnebus de Josepho Scaligero. » Dans une autre lettre, Guy Patin ajoute « Notre licentié qui est si fçavant, s'appelle Dodart. il est le fils d'un bourgeois de Paris, fort honnête homme. C'est un grand garçon, fort sage, fort modeste, qui sait Hipocrate, Galien, Aristote, Ciceron, Sénèque, & Fernel par cœur. C'est un garçon incomparable, qui n'a pas 26 ans, car la Faculté lui fit grâce au premier examen de quelques mois qui lui manquait pour son âge, sur la bonne opinion qu'on avait de lui dés auparavant. »[3] En 1666 il est docteur en pharmacie de la Faculté.

Carrière de médecin[modifier | modifier le code]

Son aisance en latin est remarquée, et le Secrétaire d'État pour les affaires étrangères, le comte Hubert de Brienne de Conflans lui propose un poste de Premier commis. Mais, fidèle à sa vocation, il préfère se consacrer à la médecine et aux lettres. Il obtient en 1666 un poste de professeur à la Faculté de Pharmacie de Paris.

Auprès de la duchesse de Longueville et des Conti[modifier | modifier le code]

Il devient peu de temps après, médecin de la princesse Anne-Geneviève de Bourbon-Condé, duchesse de Longueville et de la veuve du prince de Conti, Anne-Marie Martinozzi, à la mort de celle-ci en 1672, il demeure attaché aux enfants, prince de Conti et de la Roche-sur-Yon. Il est l'auteur de plusieurs épitaphes imprimées dans la nécrologie de Port-Royal[4], dont celle d'Anne-Marie Martinozzi[5]. À la mort du prince de Conti, il reste attaché à la veuve et au frère cadet.

Médecin de Port-Royal[modifier | modifier le code]

Abbaye de Port-Royal, à Paris en 1739 sur plan de Turgot
Denis Dodart, médecin à Abbaye de Port-Royal, gravure de Louis Bretez et Claude Lucas, 1739

C'est par la duchesse de Longueville qu'il est amené à côtoyer le cénacle de Port-Royal. Il séjourne dès lors régulièrement à l'abbaye de Port-Royal-des-Champs, où Madame de Longueville s'est fait construire en 1671 un hôtel particulier près de la clôture monastique, et où il a sa chambre personnelle à côté des appartements de la duchesse. Il devient par la suite le médecin de plusieurs religieuses, Solitaires et amis de Port-Royal. On le retrouve notamment au chevet de l'abbesse Angélique de Saint-Jean Arnauld d'Andilly en 1684, de Pierre Nicole en 1695, de Louis-Sébastien Le Nain de Tillemont en 1698, ou encore de son homologue Jean Hamon en 1687, et dont il laissa un Récit de sa dernière maladie[6].

Jean Racine est son ami proche, qui le mentionne plusieurs fois en 1687 dans sa correspondance avec un Boileau convalescent, notamment le 24 mai (il lui recommande du sirop d'abricot)[7] et le 8 août[8], ainsi qu'à sa femme le jour de l'Ascension 1693[9]. Denis Dodart est également aux côtés de Racine le 21 avril 1699, qui lui confie son manuscrit de l'Abrégé de l'Histoire de Port-Royal sur son lit de mort[10].

Comme Racine, Denis Dodart s'est trouvé partagé sur la fin de sa vie entre Versailles et Port-Royal, au plus fort de l'affaire du jansénisme, alors que son prestige personnel et ses responsabilités grandissaient à la cour du Roi[11].

Pensionnaire botaniste de l'Académie royale des sciences[modifier | modifier le code]

Le Prince de Conti, Colbert et Mme de Maintenon le soutiennent auprès de Louis XIV. En 1672 il devient conseiller-médecin du Roi[12]. En 1673, il devient membre de l'Académie des sciences, comme botaniste[13]. Grâce à la future reine de France il devient médecin à la suite de la cour en 1698, avec 1 000 écus de pension, et est nommé médecin de la Maison d'éducation de Saint-Cyr.

Mémoires pour servir à l'histoire des plantes[modifier | modifier le code]

Première page du Mémoires pour l'histoire des plantes

Les frères Perrault le jugent capable de diriger l'ambitieuse Histoire des plantes, un projet envisagé par l'Académie des sciences depuis sa fondation. Il s'agit de répertorier, classer et nommer en français toutes les plantes connues, dans une monographie botanique illustrée rigoureusement par Nicolas Robert afin de permettre l'identification.

En 1676, Denis Dodart fait paraître Mémoires pour servir à l'histoire des plantes, ou il expose d'abord le cadre directeur du projet et comme exemple une seconde partie 40 plantes nouvelles. Duclos, Pierre Borel, Claude Perrault, Calois, Edme Mariotte, Claude Bourdelin fils (1667-1711) et Nicolas (?-1678) et Jean Marchant (1650-1738) y participent.

Bernard Le Bouyer de Fontenelle dira de ces Mémoires : On peut prendre la préface que nous venons de citer pour un modèle d'une théorie embrassée dans toute son étendue, suivie jusque dans ses moindres dépendances, très-finement discutée, est assaisonnée de la plus aimable modestie[14]. Elle a un grand succès. Dodart envoie des copies de l'édition à Morison, Gew et Locke[15],[1].

Recherche en botanique[modifier | modifier le code]

Dodart au milieu de ses collègues académiciens - Colbert présentant à Louis XIV les membres de l'Académie des Sciences, Henri Testelin, 1667
Dodart au milieu de ses collègues académiciens - Colbert présentant à Louis XIV les membres de l'Académie des Sciences, Henri Testelin, 1667

Il étudie particulièrement la respiration des plantes notamment en reprenant les travaux de Santorio Santorio. Il s'oppose à Claude Perrault qui découvre les deux sens de la circulation de sève, ascendant et descendant, et qui tente d'établir une correspondance entre les cellules végétales et les cellules animales. Il affirme que la partie aérienne de la plante est constituée d'un être collectif d'un grand nombre de germes (plus ou moins comparables à notre notion actuelle de cellule).

Denis Dodart s’intéresse particulièrement à l’analyse chimique des plantes. Il prend part aux débats avec Duclos sur la méthode de la distillation, Peut-être est-il le premier à utiliser la combustion des végétaux à cette fin. Ses recommandations pour développer l'analyse phytochimique des plantes marquent une nouvelle aire en botanique[13].

Lorsque l'Académie des Science est réorganisée, Dodart est parmi le premier groupe de titulaires nommés directement par Louis XIV ; le 28 janvier 1699 il reçoit le titre de Pensionnaire-Botaniste de l'Académie[16]. Il conforte cette nomination par la publication, en 1700, d'une étude sur l'influence de la gravitation sur le développement des racines et des tiges, et sur la fertilisation et reproduction des plantes. Dodart soutient la théorie de « l'emboîtement des graines » et cherche sans relâche à appliquer à la botanique les idées de N. Andry et des autres préformationnistes sur l’embryologie. Il décrit plusieurs nouvelles espèces de plantes, et Tournefort nomme le genre Dodartia en son hommage. Exemple d'espèce : Ortie de Dodart, Statice de Dodart.

En 1678 il présente à l'Académie un mémoire important de La Salle, sur Certains détails de l'histoire naturelle de l'Amérique septentrionale, et particulièrement du pays des Iroquois. Les plantes rapportées de Nouvelle-France sont étudiées avec intérêt par l'Académie et sont notannement décrites dans la seconde partie du Mémoires pour l'histoire des plantes[14].

Expérimentations physiologiques et nutritions[modifier | modifier le code]

Dissection à l'Académie des sciences (France), gravure de Sébastien Le Clerc vers 1714, BNF, Paris

Dodart est, avec Claude Perrault, un des rares médecins français du XVIIe siècle à comprendre et apprécier proprement les expérimentations et théories des Iatroméchaniques italiens. Il reproduit sur lui-même l'expérimentation de S. Santorio, mesurant pendant 33 ans les changements de la masse de son corps et en particulier la quantité imperceptible de la transpiration. Il démontre qu'avec l'âge la transpiration diminue graduellement. Il note aussi à quel point un jeune de Carême strict, respectant les directives de l'Église, fait perdre rapidement du poids, et en combien de temps cette masse est retrouvée.

C'est ainsi qu'on sait que le premier jour de Carême 1667 (22 février) il pesait 116 livres et une once, soit environ 57 kg, et le samedi de Pâques (10 avril 1667[17]) 107 livres et 12 onces.Au bout de 4 jours il avait repris 4 livres et en une semaine son poids normal. Un sous-poids tout de même, et Racine et Saint-Simon mentionnent qu'il était à la fin de sa vie « extrêmement maigre »[7].

Il note qu'il faut 5 jours à un sujet sain pour recouvrer la quantité de sang perdu en une saignée de 16 onces.

Plutôt qu'orienter la recherche sur les plantes rares qui intriguaient tant Nicolas Marchand, il décide d'écrire le second volume encyclopédique sur les plantes nutritives de France : "la coriande, la laictue [sic], la Chicorée tant sauvage et Domestique, le Cresson, & c. [etc.]."[18] Dodart écrit entre août 1680 et mi-juin 1681 la seconde partie de L'Histoire Naturelle des plantes. Mais en 1681 il est victime d'une attaque de voleur de grand-chemin qui lui font perdre toutes ses recherches. Du Hammel dû l'expliquer à Colbert : "[...] tous ces traittez qui devoient composer un juste volume luy ayant esté volez en entrant a Paris, ou il les apportoit pour les faire mettre au net, et les donner a l'Imprimeur; et toutes les diligences qu'il a faites pour les recouvrer luy ayant esté inutiles, il a esté obligé de refaire les deux plus importants de ces traittez, et de recueillir dans ses memoires tout ce qu'il a pû retrouver pour retablir les autres ouvrages."[18] En conséquence, Dodart passa la fin de l'année à réécrire le traité. Mais l'argent manqua pour la publication, et en 1686 Louvois donna de nouvelles instructions à l'Académie, interdisant la recherche fondamentale et l'orientant vers la "recherche utile", enterrant le projet encyclopédique de Dodart.

Dodart est probablament un des premier à publier un article sur la connexion entre l'ergot et les maladies de la gangrène, et de nombreux académiciens poursuivent ses recherches tout au long du XVIIIe siècle.Il en appelle à la responsabilité du législateur, espérant que les officiels locaux empêcherait l'utilisation de l'ergot dans la nourriture.

Études sur la voix[modifier | modifier le code]

Denis Dodart est le premier depuis Aristote et Galien à présenter de nouvelles idées sur le mécanisme de la phonation. Il avait envisagé d'écrire une histoire de médecine, mais abandonna ce projet lorsque Daniel Leclrec le devança, et commença un mémoire sur l'histoire de la musique. Les études sur la voix humaine et la nature des tons devait servir d'introduction à cette histoire.

Il faut reconnaître à Dodart le mérite d'avoir souligné le rôle fondamental des cordes vocales. S'opposant à la théorie classique, qui considérait le larynx comme une type de flûte, il établit que "seul la glotte fait la voix et tous les tons [...] aucun instrument à vent ne peut expliquer son fonctionnement [...] tout l'effet de la glotte sur les tons dépend de la tension de ses lèvres et ses divers angles d'ouverture."[19],.

En substance, Dodart considérait :

  1. que, dans tous les instruments le son est produit par le mouvement de l'air
  2. que les tons sont produits par les degrés de vitesse, et
  3. que la quantité d'air donne l'intensité.

Cependant, il ne méconnait pas l'influence des vibrations des corps solides, et, sans les admettre complètement, il sait les invoquer dans l’occasion, Cette particularité explique pourquoi certains auteurs ont pu penser que Dodart avait comparé le mécanisme vocal à la formation du son dans les anches. Il y a du vrai dans cette opinion, car le châssis bruyant est une anche membraneuse ; mais Dodart ne s'en douta jamais[20].

Attention aux indigents[modifier | modifier le code]

La recherche médicale de l'Académie et la conscience de Dodart des discriminations sociales face à certaine maladies pourraient laisser croire que l'Académie se préoccupe des besoins des sujets de Louis XIV. Mais les Académiciens sont isolés du volgum pecus, de par leur extraction noble et leur parcours. Ils sont devenus Académiciens car connus personnellement ou de réputation des hautes sphères du pouvoir. Ils étudient la viande, les poissons, les végétaux et les fruits, des aliments qui représentent le régime de moins d'un quart des français. Pourtant se distingue Dodart, janséniste et sine nobilitate (mais pas snob) dans son attention aux plus indigents. Il étudie longuement la médecine pour les pauvres, et présente ses études sur les prétendus remèdes pour les pauvres lors de plusieurs assemblées générales[1].

Il traite les pauvres gratuitement, notamment à travers son emploi de médecin au monastère de Port Royal. Parfois au mépris de sa propre santé : décède des suites d'une maladie contracté auprès d'un de ses patients indigents[2].

Néanmoins il ne s'opposera pas à la pratique considérée comme normale à l'époque consistant à utiliser les prisonniers comme cobayes humains[1].

Vie privée et décès[modifier | modifier le code]

Famille Dodart[modifier | modifier le code]

Dodart
Armes de la famille.
Armes de la famille : Dodart

Blasonnement D'azur au sautoir d'argent cantonné de quatre besants d'or.
Période XVIIe siècle - XXIe siècle
Pays ou province d’origine Blason paris 75.svg Paris
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France

Denis Dodart épouse en 1662 Marie-Lucienne Le Picard. Elle apporte une dot de 12 000 livres, tandis que la mère de Denis Dodart donne 13 000 livres. Sans doute que Jean Dodart, son père, est déjà décédé[21].

Denis et Marie Dodart donnent naissance à un fils deux ans plus tard, Claude-Jean-Baptiste Dodart, anobli en mai 1720 et Premier Médecin du roi Louis XV[22],[23]. Ils ont aussi une fille en 1667, qu'ils nomment du nom fleuri de Marguerite-Angélique. L'année précédente en effet, Denis Dodart écrit un rapport à l'Académie des Sciences, Observation le miel que les abeille retirent des plantes et décrit pour la première fois l'Angélique d'Acadie, à fleur jaune[24][25]. Sa mère décède quand elle a trois ans, elle devient pensionnaire à Port-Royal. Marguerite-Angélique se marie un an après la mort de son père avec chimiste hollandais Guillaume Homberg, membre lui aussi de l'Académie des Science et Premier Médecin du duc d'Orléans.

Peut-être s'est-il remarié au décès de son épouse Marie-Lucienne, fin 1669 : il a alors 35 ans. En tout cas, il n'eut pas d'autres enfants[26].D'autres biographes affirment qu'il reste veuf 37 ans, tout dévoué à ses études[21].

Ses petits-fils sont, en 1689, Denis dit le Jeune, de Claude-Jean-Baptiste. Il devient conseiller au Parlement de Paris le 30 janvier 1722. Le Conseil d'État le nomme maître des requêtes de l'Hôtel du Roi le 25 avril de la même année[27], pour « Procéder à la Vérification, Réduction & Liquidation des Effets présenté au Vifa [sic] ». Cet arrêt s'inscrit dans la lutte de la Couronne pour réduire la dette de l'État[28]. Il sera ensuite lui-même conseiller d'État. Il maintient une correspondance épistolaire avec Montesquieu[29]. De 1728 à 1767 il est intendant de la généralité de Bourges (Cher)[30]. Denis Dodart le Jeune décède le 1er octobre 1775.

Jean Dodart, dit le Joyeux, fils de Claude-Jean-Baptiste Dodart, qui s'établit en 1725 au logis des Planches, à Saint-Médard de Barbezieux, Charente[31].Le fief avait appartenu à la famille de Élie Vinet (1509-1587), humaniste scientifique et historien de Bordeaux à la Renaissance, qui y était né[32]. Jean Dodart l'achète en 1720, année d'anoblissement de Claude Dodart, pour 650 livres au marquis de Barbezieux. François VIII de la Rochefoucault, marquis de Barbezieux, est l'arrière grand-père maternel du Louis Alexandre de la Rochefoucault de la Révolution. La seigneurie de Barbezieu appartient au temps de Denis Dodart au cardinal de Richelieu, puis au ministre Louvois[33].

Domiciles en Île-de-France[modifier | modifier le code]

Blason des Dodart indiquant la localisation de la maison sur le plan Turgot publié en 1739
Localisation et voisinage de la maison des Dodart, 16 Rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, dans le Le Marais, en 1739.

À Paris, la famille Dodart réside d'abord quai Malaquais[21]. Ou sans doute plutôt à l'hôtel de Conti, aujourd'hui hôtel de Monnaie de Paris, 16 quai de Conti.

Puis Denis Dodart hérite de son frère un maison rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, dans le Marais, "non loin de l’hôtel particulier d'un fermier général"[35],[1],[36]. La maison dépend de la paroisse des Billette, qui fait partie des signataire du testament Marie-Lucienne Dodart en 1669. Une vente aux enchères d'une fabuleuse bibliothèque en 1782 dans une maison "face à à la rue du BourgTibourg" peut laisser penser qu'il s'agit de l'actuelle 16 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie[37].

Dodart se partage entre ses appartements à Versailles, Fontainebleau et à l'hôtel particulier de la Princesse de Conti (rue des Poulies). Il loue pour cela des calèches[35].

Les Dodart emploient quatre ou cinq domestiques. Ils ont une belle bibliothèque, en partie héritée de la collection du père de Denis[2], avec des livres en français mais aussi latin et grec[21]. Un inventaire réalisé au décès de sa femme nous apprend qu'elle comporte plus de 426 volumes[34]. En plus des livres de médecine elle comporte des éditions d'auteurs classiques, Xénophon, Platon, Thucydide, Aristote, Homère, Hérodote, Cicéron et Pline, dont le doyen de la Faculté de Médecine de Paris avait déjà noté la connaissance par le jeune Dodart[3]. Il y a aussi des livres de théologie, dont jansénistes : les œuvres de Jansen lui-même, De la Fréquente Communion d'Antoine Arnault, la Vie des Saints de Robert Arnauld d'Andilly et d'autres ouvrages relatifs à Port-Royal. Dodart possède en outre des commentaires sur l'éthique et la théologie Jésuite, ainsi que plusieurs Bibles[21].

Il se rend toutes les semaines au siège de l'Académie, située dans la Bibliothèque Royale rue Vivienne (aujourd'hui Cabinet des Médailles), métro Palais Royal-Musée du Louvre.

Décomposition du revenu[modifier | modifier le code]

Dodart est plus connu comme pieux janséniste, bienfaiteur des pauvres que comme investisseur, mais son testament rédigé par Dodart quelques mois avant sa mort nous révèle son capital. Il gagne un salaire auprès des Jansénistes de Port-Royal, comme médecin du Roi (de 1000 livres) et de la princesse douairière de Conti[35]. Il reçoit une pension de l'Académie Royale. Pour compléter ses revenus, Dodart perçoit des annuités auprès de trois investissements.

gravure de L'Hôtel de ville de Paris, en 1672 par Jouvin de Rochefort
L'Hôtel de ville de Paris au temps de Denis Dodart, gravure de Jouvin de Rochefort, 1672

D'abord, deux contrats de rente sur l'Hôtel de Ville de Paris. Sur un principal de 14 000 livres et reçoit 7 000 livres ; de l'autre contrat, un investissement de 2 000 livres, il reçoit 1 000 livres. Ce type d'investissement est de plus en plus commun dans la classe bourgeoise émergeant au XVIIe siècle. Un retour sur investissement de 5% est élevé pour la période, et ces "rentes constituées" sont un meilleur investissement que les rentes basées sur la terre[38].Toutefois, l'origine de cet investissement ne vient pas d'un désir d'un retour sur investissement mais d'un emprunt obligatoire imposé par la couronne[35].

Les autres investissements de Dodart semblent plutôt motivés par des raisons sociales. Il achète des parts dans la compagnie créée par le duc de Roannez,"La nouvelle navigation de la Seine", et sur les droits des créditeurs du Duc. En effet, Dodart fait partie du cercle des Jansénistes et intellectuels associés au Duc, est son ami et son médecin[39],[40].

Dodart a aussi une dette de 17 000 livres, contractée sans intérêts auprès de son ami Louis Morin, Académicien, pieux anatomiste et médecin, qui vit dans le monastère de Saint-Victor à Paris[8].

Au total, la pension d'Académicien recouvre moins d'un tiers de ses revenus. La pension est en réalité assez maigre, et les collègues de Dodart cumulent eux-aussi les emplois, par exemple enseignent à la Faculté et au Collège de France. De plus la couronne rechigne à verser les salaires, systématiquement pendant les années 1690, avec le désintérêt de Louvois pour l'Académie. Certains académiciens reçoivent leurs pensions de 1691 en 1693[35].

Décès et postérité[modifier | modifier le code]

Saint-Simon rapporte dans ses Mémoires une anecdote révélatrice à propos de Denis Dodart « N'étant pas encore connu de vue de la comtesse de Gramont, élevée et grande amie de Port-Royal, Denis Dodart se trouvait près d'elle à la chapelle, après la fin du salut, la tête dans un pilier. Il avait quatre méchants cheveux verts sur une tête chauve, un mauvais habit gris tout usé, avec de gros linge uni ; une physionomie hâve, maigre, exténuée, gercée comme un homme qui meurt de faim et de froid. La comtesse, le prenant pour un pauvre honteux, le tire par la manche et lui présente doucement un écu. Dodart s'incline et se retourne. La comtesse le tire encore toujours avec son écu et le presse de le prendre. Dodart sourit et dit qu'il n'en n'a pas besoin, et que ce serait donc pour le donner à un autre. Tenez, tenez, bonhomme, ne faites point tant de façons, insista la comtesse ; on ne nous voit point, et je vous le donne de bon cœur. - Madame - lui répondit enfin humblement Dodart - je suis Dodart ; j'ai l'honneur d'être le médecin de Madame la princesse de Conti ; je ne vous suis pas moins obligé de votre bonne volonté. À ces mots, la comtesse fut confondue ; ils se connurent depuis et furent amis. »[41].

Denis Dodart s'éteint à Paris le 7 novembre 1707, à 73 ans, d'une fluxion de poitrine qu'il avait lui-même diagnostiquée. Fontenelle écrit alors un Éloge de M. Dodart[42]. Il est inhumé dans l'église de Saint-Germain l'Auxerrois, face au Palais du Louvre, non loin de son maître Guy Patin[43].

Sa place de de Botaniste-Pensionnaire à l'Académie est remplie à sa suite par M. Burlet, son élève de 1699 et l'époux de sa petite-fille Marie Agathe. Mais étant déjà le Premier Médecin du Roi d'Espagne, sa place est déclarée vacante en janvier 1708. M. Morin de Saint-Victor, Médecin de l'Hôtel-Dieu et associé botaniste de Denis Dodart lui succède en février[24].

Liste partielle des publications[modifier | modifier le code]

Articles scientifiques[modifier | modifier le code]

  • Est-ne motus pulmonum naturalis et insitus ? (Praes. Isaaco Renaudot. Cand. Dionysio Dodart.), Lutetiae, 1658
  • Est-ne-in hydrope mittendus sanguis ? (Praes. Joanne. Baptista De Reveillois. Cand. Dionysio Dodart.), Lutetiae, 1660
  • An febribus balneum. (Praes. Joanne Maurin Cand. Dionysio Dodart.),  Lutetiae, 1660
  • "Lettre… contenant des choses fort remarquables touchant quelques grains." JdS (1676): 69–71; Mémoires, 10: 561–66
  • Médecine des pauvres (1692).
  • Ergo febribus acutis e carnibus juscula (1700).
  • An omnis morbus a coagulatione (1703).
  • Medicina statica Gallica . In P. Noguez, ed., Sanctorii Sanctorii de statica medicina, vol. 2. Paris: Natale Pissot, 1725.

Mémoires de l'Académie royale des sciences[modifier | modifier le code]

  • “Lettre sur le seigle ergoté”, Mémoires de l’Académie royale des sciences, 562, 1676
  • “Sur l’affectation de la perpendiculaire, remarquable dans toutes les tiges”, Mémoires de l’Académie royale des sciences, 47, 1700
  • “Mémoire sur les causes de la voix de l’homme, et de ses différens tons”, 238–287, Mémoires de l’Académie royale des sciences, 47, 1700
  • “Sur la multiplication des corps vivants considérée dans la fécondité des plantes”, Mémoires de l’Académie royale des sciences, 136–160, 1700
  • “Second mémoire sur la fécondité des plantes”, Mémoires de l’Académie royale des sciences, 241–257, 1701
  • “Supplément au mémoire sur la voix et sur les tons”, Mémoires de l’Académie royale des sciences, 136–148, 388–410; 66–81, 1707
  • DODART, dans Table générale des matières contenues dans l'"Histoire" et dans les "Mémoires de l'Académie royale des sciences", par La Compagnie des libraires, Paris, 1729, tome 2, Années 16699-1710, p. 207-209 (lire en ligne)

Dod. est l’abréviation botanique standard de Denis Dodart.

Consulter la liste des abréviations d'auteur ou la liste des plantes assignées à cet auteur par l'IPNI

Mémoires[modifier | modifier le code]

  • Mémoires pour servir à l'histoire des plantes, Paris : Imprimerie royale, 1676[14],[44],[45]
  • Mémoire de quelques particularitez de l'histoire naturelle de l'Amérique septenrionale et particulièrement du pays des Iroquois et des pays nouvellement découvert par M. de La Salle, 1678 Puech-Milhau, M. L. "An Interview on Canada with La Salle in 1678." Canadian Historical Review 18 (1937): 163–77.
  • Mémoire sur les causes de la voix de l'homme et de ses différents tons, (S. l.), 1703
    • Note(s) : Lu dans l'Assemblée publique de l'Académie royale des sciences et des arts, le 13 novembre 1700, et extrait de ses "Mémoires"[46]
  • Mémoire d'un remède contre la peste, (A Paris, chez Charles Huguier, ruë Saint Jacques, à la Sagesse. Et André Cailleau, libraire, place de Sorbonne, au coin de la ruë des Maçons, à Saint André. [1721])

Archives contemporaines de Denis Dodart[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e (en) Alice Stroup, A Company of Scientists Botany, Patronage, and Community at the Seventeenth-Century Parisian Royal Academy of Sciences, Berkeley, University of California Press, (lire en ligne)
  2. a, b et c Bernard Le Bovier de Fontenelle, Éloge de Monsieur Dodart, in Œuvres, tome 5, Paris, au Palais, B. Brunet, Imprimeur-Libraire de l'Académie Française, , 570 p. (lire en ligne), p. 190-209
  3. a, b et c Guy Patin, Lettres choisies de feu Mr Guy Patin,... dans lesquelles sont contenuës plusieurs particularités historiques sur la vie et la mort des sçavans de ce siècle, sur leurs écrits,... augmentées de plus de 300 lettres dans cette dernière édition..., Paris, J. Petit, (lire en ligne)
  4. M Louis Moreri, Supplément au grand dictionnaire historique, historique et généalogique, t. 1, Paris, Jacques Vincent, , p. 365
  5. MM Hurtaut et Magny, Dictionnaire Historique de Paris et de ses environs, Paris, Moutard, libraire-imprimeur de la Reine, , 792 p. (lire en ligne), p. 48
  6. Récit autographe
  7. a, b et c Jean Racine, Lettres de racine et de Boileau, Œuvres tome 5, Paris, P. Didot l'aîné, an vii du calendrier républicain (lire en ligne), p. 168
  8. a, b et c Jean Racine, "Lettre de Racine à Boileau, à Paris, ce 8 août," in Œuvres, Tome 5, Paris, P. Didot l'aîné, an vii du calendrier républicain, 317 p. (lire en ligne), p. 142
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Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fontenelle, Éloge de M. Dodart, dans Histoire de l'Académie royale des sciences. Année 1707, chez Gabriel Martin, Paris, 1730, p. 182-192 (lire en ligne)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]