Demoiselles du téléphone

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Opérateur téléphonique
Telephone Exchange 1892.jpg

Demoiselles du téléphone

Codes
CITP

L'expression « Demoiselle du téléphone », caractéristique de la téléphonie française, remonte à une période où le réseau téléphonique commuté n'était pas automatisé.

En attendant l'installation de l'automatique sur l'ensemble du territoire français qui n'est effective qu'en 1978[1], les centraux téléphoniques hébergent un personnel nombreux et qualifié. Les plus célèbres figures de ce microcosme sont les « demoiselles du téléphone », ainsi appelées parce que cette catégorie de personnel était recrutée exclusivement parmi des jeunes filles célibataires, dont l'éducation et la morale sont irréprochables[2],[note 1]. Elles perdaient généralement leur emploi lorsqu'elles se mariaient[réf. nécessaire].

Profession[modifier | modifier le code]

Demoiselle du téléphone avec son micro et son casque, vers 1911.

Leur fonction est de prendre les demandes d'appel des abonnés, puis de les mettre en relation. Leur poste de travail est constitué d'un tableau à prises jack et de cordons appelés dicordes, servant à connecter les abonnés entre eux.

Dans son autobiographie, La Demoiselle du Téléphone, Madeleine Campana décrit le Central Gutenberg (l'actuelle « poste centrale du Louvre » de la rue du Louvre à Paris) à la fin des années 1920 : « Une salle immense comme la nef d'une cathédrale… Celle qui pénètre dans ce lieu saint ne voit que des dos sagement alignés, en arrière plantée sur un bureau surélevé, la surveillante trône. Les dos n'ont pas le droit de présenter leur figure sans autorisation… J’écoute, j’écoute, il faut parler plus fort que sa voisine pour se faire entendre. »

Les téléphonistes sont harnachées d'un casque, prise reliant au standard, micro style entonnoir, contrepoids[1]. Chaque téléphoniste gère une centaine d'abonnés, donc autant de prises (jacks). Les cadences sont souvent importantes.

Les téléphones ne disposent pas d'un cadran mais seulement d'une magnéto à manivelle pour appeler l'opératrice. L'abonné est alors mis en relation avec une opératrice à laquelle il donne le numéro demandé ainsi que le central dont il dépend (par exemple, « le 22 à Asnières »)[2]. Deux cas de figure peuvent alors se présenter :

  • soit le correspondant est sur le même central et l'opératrice connecte directement la ligne ;
  • soit le correspondant dépend d'un autre central et l'opératrice branche alors la ligne sur un autre central où une autre « demoiselle du téléphone » prend le relais.

Conditions de travail en France[modifier | modifier le code]

Le travail des demoiselles du téléphone était réputé éprouvant pour les nerfs, particulièrement en heure de pointe où malgré le faible nombre d'abonnés, les appels pouvaient être incessants. Cependant, dès les années 1900, elles disposaient de congés payés d'un mois, de tarifs réduits pour les billets de train et d'un médecin du travail. À Paris, en plus de leur salaire, elles recevaient une prime pour couvrir leurs frais de logement et une indemnité de repas[3].

La réputation des « demoiselles du téléphone » en France[modifier | modifier le code]

(nl) Transition et automatisation des demoiselles du téléphone.

Ces demoiselles sont aussi des cibles parfaites pour les clients mécontents du service. On leur reproche leur mauvaise humeur ainsi que la lenteur d'établissement des communications[2],[3]. Dans le contexte du début du XXe siècle, les abonnés sont surtout des gens fortunés qui ne supportent pas que le « petit personnel » ait autant d'influence sur leurs affaires. Pourtant, des concours d'efficacité sont organisés pour améliorer la qualité du service : on met en compétition des opératrices pour assurer le maximum de connexions à l'heure. Les records sont de l'ordre de 400 établissements de connexion à l'heure, qui correspond à une communication toutes les dix secondes.

La difficulté à établir les communications a inspiré Fernand Raynaud qui en a fait un sketch comique, Le 22 à Asnières[note 2].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. D'après la circulaire du 31 janvier 1924, les employées devaient avoir : « un système respiratoire en parfait état, système circulatoire normal, appareil digestif normal, bonne denture, nez, pharynx et larynx en parfait état, voix claire, bien timbrée, non nasillarde, aucune infirmité physique, apparente ou cachée, absence de difformité ou de cicatrice disgracieuse à la face, bonne constitution ». À Paris, les demoiselles du téléphone étaient logées dans un internat au 41 rue de Lille.
  2. Le 22 à Asnières-sur-Seine correspondait à un abonné réel, qui fut bien souvent dérangé par la suite.

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Madeleine Campana et Jacques Jaubert, La Demoiselle du téléphone, J.P. Delarge, (ISBN 9782711300211)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien interne[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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