Demain les chiens

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Demain les chiens
Auteur Clifford D. Simak
Genre Recueil de nouvelles
Science-fiction
Version originale
Langue Anglais américain
Titre City
Éditeur Gnome Press
Lieu de parution New York
Pays d'origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Date de parution 1952
Version française
Traducteur Jean Rosenthal
Éditeur Club français du livre
Date de parution 1952
Lieu de parution Paris
Type de média Livre papier
Nombre de pages 262

Demain les chiens (titre original : City) est un recueil de nouvelles de science-fiction, écrites par Clifford D. Simak, qui forment une œuvre romanesque cohérente. Le recueil est présenté comme une suite de contes que se racontent les chiens. Ces contes sont classés chronologiquement et commentés par des exégètes — eux-mêmes chiens — qui émettent des hypothèses philologiques sur leur véracité. Le recueil a été publié en 1952 aux États-Unis et immédiatement traduit en français par Jean Rosenthal pour le Club français du livre. Une nouvelle traduction française par Pierre-Paul Durastanti est parue en 2013 aux éditions J'ai lu.

Composition[modifier | modifier le code]

Demain les chiens est composé de huit nouvelles qui ont été publiées dans le magazine américain Astounding Science Fiction entre 1944 et 1951.

Les nouvelles qui composent le volume sont :

  1. La Cité, 1952 ((en) City, 1944)
  2. La Tanière, 1952 ((en) Huddling Place, 1944)
  3. Le Recensement, 1952 ((en) Census, 1944)
  4. Les Déserteurs, 1952 ((en) Desertion, 1944)
  5. Le Paradis, 1952 ((en) Paradise, 1946)
  6. Les Passe-temps, 1952 ((en) Hobbies, 1946)
  7. Ésope, 1952 ((en) Aesop, 1947)
  8. Un moyen bien simple, 1952 ((en) The Trouble with Ants, 1951)

En 1973, l'auteur écrit une neuvième nouvelle qui est incluse à partir de 1980 dans certaines éditions du recueil. Elle a été traduite en français en 1981 dans le recueil Des souris et des robots, publié aux éditions Lattès dans la collection « Titres/SF ».

  1. Épilogue, 1981 ((en) Epilog, 1973)

Résumé[modifier | modifier le code]

Sur plusieurs milliers d'années, l'auteur brosse un tableau troublant et poétique de l'avenir de l'humanité. Les Hommes perdent petit à petit leur instinct grégaire après une série de conflits guerriers et font un retour dans les campagnes, puis laissent la place aux Chiens, qu'ils ont réussi à doter de la parole.

Résumés des nouvelles[modifier | modifier le code]

La Cité[modifier | modifier le code]

La première nouvelle prend place en 1990 et dépeint la fin de la « cité » comme élément fondamental de la société humaine à la fin des années 1980. Le monde est géré par un Comité mondial, successeur des Nations Unies, sans trace de pouvoir national. Le monde est déjà robotisé, mais sans androïdes et les humains ont acquis la capacité de se déplacer très loin et très vite en hélicoptères privés, ce qui rend obsolète le besoin de regroupement en communautés urbaines. Les deux progrès techniques essentiels qui ont permis cette transformation sont la domestication de l'énergie nucléaire fournissant de l'électricité en abondance, et le développement des cultures hydroponiques, efficaces et compactes. Comme la terre a perdu sa fonction nourricière, chacun peut dès lors posséder une maison isolée, éloignée de toute civilisation et réaliser un rêve jusqu'ici réservé aux plus aisés. Les agglomérations urbaines encore debout sont habitées par des vieillards nostalgiques, des squatters désargentés ou quelques rares politiciens encore accrochés à une forme déclinante de pouvoir.

Le héros de ce premier conte, John Webster, secrétaire de la chambre de commerce locale, dont la famille portera l'avenir de l'humanité dans le recueil, sera le premier à dire la vérité au Maire et à son Conseil municipal qui s'agrippent à leurs fonctions inutiles. Il terminera sa carrière au Service de réadaptation qui essaie d'éduquer les gens à ce nouveau mode de vie, en gérant une cité devenue un musée vivant à destination des gens ayant quitté les villes, à la recherche d'un témoignage de leur passé.

La Tanière[modifier | modifier le code]

En 2117, Jérôme A. Webster représente la cinquième génération de la lignée depuis John, établi dans la demeure et la propriété rurale bâtie à l'époque du premier conte, devenue consubstantielle de la famille. Les humains ont maîtrisé les voyages interplanétaires et rencontré les Martiens, espèce amicale, plus avancée que les humains en philosophie et en logique, mais moins en techniques et en médecine. Jérôme Webster est un médecin renommé, spécialiste du cerveau, dont l'ouvrage sur la physiologie martienne fait référence. La famille est servie par des robots anthropomorphes dont le principal s'appelle Jenkins, sorte de majordome high-tech. Jérôme A. Webster est sujet à des angoisses lorsqu'il s'agit de sortir de chez lui, une agoraphobie extrême et apparemment héréditaire. Il se rend compte que ce mal frappe également tous ceux qui, comme sa famille, ont adopté cette forme particulère de retour à la terre pratiquée à la fin du vingtième siècle.

Un jour, son ami Juwain, le philosophe martien, subit une attaque cérébrale et seule une opération délicate du cerveau pourrait le sauver, lui et sa nouvelle philosophie qui permettrait aux êtres pensants d'enfin se comprendre. Tenaillé par son agoraphobie, Jérôme Webster, le seul à pouvoir intervenir, est incapable de partir pour Mars, et il découvre le piège qu'est devenue progressivement sa demeure si confortable.

Cette nouvelle introduit Jenkins et la demeure Webster, deux points de référence essentiels de la suite du recueil.

Le Recensement[modifier | modifier le code]

Deux générations de Webster plus tard, après la suppression des États, la Terre est gouvernée par un Comité mondial centralisé. Thomas Webster, petit-fils de Jérôme, fidèlement servi par Jenkins, est le chirurgien biologiste qui donne aux chiens un appareil phonatoire qui leur permet d'articuler des sons. Les descendants du premier chien parlant, Nathanaël, sont tous dotés du même appareil phonatoire : la race des chiens parlants naît ainsi.

Le fils de Thomas, Bruce Webster, est parti dans les étoiles, cherchant à dépasser les limites de l'espace exploré par l'humanité. Un personnage étrange, Joe, présent depuis le premier conte mais toujours fantomatique et sans épaisseur narrative, prend plus de consistance dans ce conte mutant télépathe. Joe comprend mieux que les humains tout ce qui se passe sur Terre et va tenter de sortir les fourmis du cycle de leur éternel recommencement après l'hiver. Il va apporter les rudiments et les conditions de la civilisation aux fourmis.

Les Déserteurs[modifier | modifier le code]

Quelques générations plus tard, le descendant des Webster est devenu président du Comité mondial et dirige de facto la Terre. Mais sur Jupiter, nouvellement conquise, se déroulent des événements étranges. Pour s'adapter à une éventuelle vie sur Jupiter, les humains sont obligés de se transformer physiquement en créatures joviennes, les dromeurs (loper en version originale). Malheureusement, les volontaires ne sont jamais revenus et on les croit morts.

Finalement, Kent Fowler, le chef du projet se fait transformer en Jovien, accompagné de son chien Towser, et comprend pourquoi aucun des testeurs n'est jamais revenu : dans le corps d'un dromeur, l'être humain voit ses facultés mentales, télépathiques et sensorielles décuplées : il accède à la pleine maîtrise de ses facultés et pense accéder ainsi au bonheur.

Note : dans la nouvelle traduction, loper est traduit en galopeur et non plus en dromeur, ce qui est plus conforme à l'original, et le nom du chien, Towser, est adapté en Sultan.

Le Paradis[modifier | modifier le code]

Quelques années plus tard, le chef du projet de Jupiter, Fowler, transformé en dromeur prend la courageuse décision d'annoncer la bonne nouvelle de l'Eden retrouvé à ses concitoyens terriens. Il se transforme à nouveau en humain et repart sur Terre comme le prophète d'un nouveau paradis planétaire. Mais le président du Comité Mondial, Webster, doute que ce soit une bonne nouvelle pour l'humanité, craignant une désertion en masse de la planète Terre ce qui reviendrait à la livrer aux chiens, aux robots et aux mutants. Webster imagine même de tuer Fowler pour éviter la catastrophe. Joe, le mutant, qui seul a compris la philosophie de Juwain le martien, l'utilise pour expliquer aux terriens le bonheur qui les attend sur Jupiter.

Les Passe-temps[modifier | modifier le code]

Le pire est arrivé, pour le meilleur de l'humanité. Les Hommes ont quitté la Terre pour vivre sur Jupiter. Quelques-uns sont restés, oubliés ou volontaires, dont Jon Webster. Dans la ville de Genève désertée, les derniers représentants du genre humain sont emprisonnés dans une oisiveté délétère qui creuse le sens profond de leur vie[Quoi ?]. Aux alentours de la cité, les chiens se multiplient, apprennent, apprivoisent les autres animaux sauvages, les robots assistent les chiens et les mutants vivent en communautés cachées.

Les derniers humains décident de se mettre en hibernation prolongée et le dernier Webster décide de laisser les chiens à leur destinée, espérant qu'ils règneront sur Terre de manière moins violente que les Hommes. Il décide alors d'activer le système de défense de la dernière cité, un champ de force impénétrable, pour se couper du monde devenu canin. Seul Jenkins, le majordome électronique de la famille, reste avec les chiens pour leur transmettre les messages des anciens maîtres de la Terre. Les chiens dirigent le monde, surveillent les robots sauvages et les mutants.

Ésope[modifier | modifier le code]

Jon Webster a oublié que son fils jouait avec ses amis en dehors des limites de la cité au moment où il en a activé le champ de force. Ainsi, il reste quelques humains pour influer sur le cours de la culture canine. Jenkins hésite, mais lorsqu'il voit que les jeunes humains tuent des animaux sauvages, il décide de les envoyer avec lui dans un monde parallèle, grâce à une technique mentale acquise auprès d'un horla (cobbly en version originale), un habitant d'un monde parallèle passé sur terre, afin de laisser les chiens développer leur propre culture, loin de la violence et du meurtre caractéristiques des humains.

Un moyen bien simple[modifier | modifier le code]

Épilogue de ce recueil, le dernier conte est dénué de toute présence humaine. Ce sont en revanche les fourmis qui représentent le nouveau danger. Depuis que le mutant Joe leur a légué les rudiments de la culture, elles se sont mises à construire un énorme bloc, le « Building » qui semble ne jamais devoir s'arrêter de grandir. Certains robots, infectés par des fourmis électroniques, prêtent leur force mécanique aux fourmis pour accomplir leur grand œuvre. Inquiet, Jenkins va réveiller le dernier Webster de son sommeil cryogénique pour lui demander quelle solution aurait envisagé un Homme. Lorsque Jenkins entend la réponse de Webster, utiliser un insecticide, et qu'il la comprend inacceptable moralement, il s'en retourne et annonce aux chiens qu'il n'y a pas de solution.

Épilogue[modifier | modifier le code]

Commentaires[modifier | modifier le code]

Philologie canine[modifier | modifier le code]

Le recueil est présenté par Clifford D. Simak comme l'édition critique de contes canins transmis de génération en génération de manière orale, puis archivés. L'éditeur, anonyme, confronte les interprétations de divers philologues canins. Ces contes jouent le rôle d'une sorte de mythologie fondatrice de la culture canine, mais les chiens hésitent sur le sens et le crédit historique à leur donner.

Trois philologues canins émettent trois types d'hypothèses contradictoires :

  • Rover, qui comprend les contes de manière mythologique, leur déniant toute réalité historique autre que littéraire et symbolique ;
  • Tige, qui défend une approche purement historique de ces textes, leur conférant une réalité tangible, mais dans un passé lointain ;
  • Bounce, le fondamentaliste, qui refuse par principe l'idée d'une intelligence animale autre que celle des chiens, malgré les apories auxquelles cette posture le conduit.

Le débat entre historiens et philologues canins, tel qu'il apparaît dans le récit, est similaire aux débats philologiques humains qui ont entouré les grands mythes de l'antiquité (L'Iliade ou l'Odyssée, par exemple) ou les grands textes fondateurs des religions (comme la Bible). Mais il manque encore aux chiens du recueil une discipline scientifique telle que l'archéologie qui leur permettrait de confronter les thèses symbolistes à la réalité des vestiges ensevelis de la civilisation humaine.

Enfin, tout l'aspect pseudo-philologique du travail littéraire de Clifford D. Simak dans ce recueil conduit à placer son lecteur dans une situation ironique et cocasse. Le lecteur de Demain les chiens est confronté à une forme de divinisation de l'espèce humaine de la part de chiens qui a pour corollaire un doute profond sur l'existence historique de cette même espèce humaine.

Postérité littéraire[modifier | modifier le code]

Dans le genre de la science-fiction de type post-apocalyptique, Clifford D. Simak propose des solutions beaucoup plus optimistes que la plupart de ses successeurs. Chez l'auteur américain Walter M. Miller, par exemple, la tendance humaine à reproduire les mêmes erreurs passées (en particulier le problème crucial pour l'époque de l'autodestruction nucléaire) est reprise dans Un cantique pour Leibowitz en (1959) avec un pessimisme consommé qui n'est contrebalancé que par l'idée que seule la foi religieuse peut sauver l'humanité.

Le thème secondaire de la culture animale qui remplace dans un futur éloigné la culture humaine fait immanquablement penser au roman de l'auteur français Pierre Boulle intitulé La Planète des singes (1963). La différence importante avec le recueil de nouvelles de Clifford D. Simak réside surtout dans le fait que les singes sont devenus la race dominante, alors que les hommes ont régressé à l'état animal. La question de l'existence de l'Homme ne se pose donc pas. Cependant, les tenants du pouvoir politique de la culture simiesque savent fort bien que la culture humaine a été dominante dans un passé lointain, mais le cachent à leurs semblables.

Le legs de la terre à une espèce animale modifiée se retrouve également dans le cycle du nouveau printemps de Robert Silverberg. Peut-être encore plus que chez Simak le point de vue adopté est celui de ces héritiers (des singes). Ils se nomment eux-mêmes « le Peuple » et les humains sont des mythes lointains dont l'existence même est contestée. La filiation entre les eux œuvres est suggérée indirectement par la préface rédigée par Silverberg pour l'édition de 1995 de Demain les chiens par Easton Press edition.

Autres thèmes abordés[modifier | modifier le code]

Les thèmes abordés dans ce recueil sont nombreux et jouent des rôles divers dans l'économie de la narration. On peut ainsi citer les grands thèmes suivants :

  • la robotisation des tâches pénibles et répétitives ;
  • la dislocation du politique avec la fin de la cité comme entité d'organisation sociale ;
  • la redistribution des terres et l'éclatement social ;
  • la vitesse très élevée des déplacements individuels ;
  • la conquête de l'espace et la découverte de nouvelles formes de vie extra-terrestre ;
  • la mutation génétique des humains en êtres doués de télépathie ;
  • les progrès de la médecine et de la chirurgie avec les greffes humaines sur les chiens ;
  • création d'une antonomase avec le « webster » qui devient chez les chiens la dénomination générique de l'Homme ;
  • la fin de la criminalité généralisée ;
  • la transmission du flambeau de la culture aux animaux (chiens et fourmis) ;
  • la découverte de dimensions spatio-temporelles parallèles.

Clins d'œil littéraires[modifier | modifier le code]

Clifford D. Simak semble se référer à la Bible lorsque le dernier fils Webster, armé de son arc et de ses flèches, commet l'irréparable en suivant les conseils d'un loup malveillant proche du serpent de l'Eden dans l'Ancien Testament.

La traduction française cite explicitement Guy de Maupassant, faisant ainsi une incursion dans la littérature fantastique, avec une allusion aux « horlas » qui sont, dans le recueil de Simak, les habitants fantomatiques des dimensions parallèles. Le texte original les nomme "cobbly".

Prix littéraires[modifier | modifier le code]

Demain les chiens de Clifford D. Simak a reçu l' International Fantasy Award en 1953.

Classique de la science-fiction[modifier | modifier le code]

Ce recueil est considéré comme un grand classique de la science-fiction dans les ouvrages de références suivants :

Critiques spécialisées[modifier | modifier le code]

  • Jacques Sadoul, Histoire de la science-fiction moderne. 1911-1984, Robert Laffont, Coll. « Ailleurs et Demain / Essais », p. 151 : « City est un des rares chefs-d'œuvre de la science-fiction. ». Jacques Sadoul signale également qu'en 1984, l'édition J'ai lu de Demain les chiens avait été tirée à 270.000 exemplaires[1].
  • Lorris Murail, La Science-fiction, Larousse, coll. « Guide Totem », 1999, p. 302 : « Émouvant et gentiment poético-philosophique. L'un des grands classiques de l'âge d'or [...]. »
  • Jacques Goimard, OPTA, coll. « Fiction  », no 160, 1967.
  • Jacques Mondoloni, Waterloo, coll. « SF & Quotidien », no 7, 1981.

Éditions françaises[modifier | modifier le code]

Demain, les chiens de Clifford D. Simak, traduit de l'américain par Jean Rosenthal, a connu différentes éditions françaises :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir Jacques Sadoul, op. cit., p. 151.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]