De l'horrible danger de la lecture

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De l'horrible danger de la lecture
Image illustrative de l'article De l'horrible danger de la lecture

Auteur Voltaire
Pays France
Genre Pamphlet
Date de parution 1765

De l’horrible danger de la lecture est un pamphlet de Voltaire publié en 1765.

Il affecte la forme d’un édit de l’Empire ottoman. Dans le texte, Joussouf Chéribi, « mouphti du Saint-Empire ottoman », s’élève contre la lecture, qui « tend évidemment à dissiper l’ignorance, qui est la gardienne et la sauvegarde des États bien policés. »

Un pamphlet[modifier | modifier le code]

De l’horrible danger de la lecture est un texte argumentatif court qui critique non pas la religion en elle-même, mais ses représentants (car Voltaire n'était pas athée mais déiste). C’est donc un pamphlet.

Il propose la critique d’un système politico-religieux :

  • Voltaire se cache derrière des « masques » pour paraître authentique, par exemple : Joussouf Chéribi.
  • Il prend l'exemple de l’Orient mais critique en réalité le contexte contemporain de la France, d'où les allusions à la France : « un petit Etat nommé Frankrom » et le jeu sur la date : 1143 (calendrier musulman) + 622 (hégire) = 1765 (date de publication).
  • Le texte est présenté sous forme de lois visant à interdire l’imprimerie
  • La première loi montre bien que les deux pouvoirs maintiennent le peuple dans l’ignorance pour mieux les contrôler en leur interdisant de lire : « cette facilité de communiquer ses pensées tend évidemment à dissiper l’ignorance ».
  • Dans la deuxième loi, Voltaire énonce des arguments scientifiques dans le sens où les connaissances techniques mèneraient à la modernisation de l’agriculture.
  • Les dirigeants exercent aussi un contrôle sur la population grâce à un enseignement inexact de l’Histoire.

En conclusion, De l’horrible danger de la lecture est un pamphlet car il propose une critique du système politico-religieux qui maintient le peuple dans l’ignorance (=obscurantisme) en jouant sur la religion, la superstition et les lois qui sanctionnent. C’est aussi un système qui pousse à la délation.

Un éloge[modifier | modifier le code]

  • Dans l'article 4, Voltaire parle indirectement de l’Encyclopédie qui avait pour but de collecter toutes les connaissances humaines de l’époque. Il dit que les philosophes pouvaient « éclairer les hommes et les rendre meilleurs ». Il utilise encore l’ironie et se sert des arguments de ses adversaires pour les rendre ridicules : « misérables philosophes » qui enseignent « des vertus dangereuses ». Il expose ainsi ses propres idéaux et ceux des philosophes de son époque.
  • Voltaire utilise aussi l’ironie en disant le contraire de ce qu’il pense : les six articles sont à prendre dans le sens inverse ; c'est presque un “credo progressiste”. On note une exagération des adjectifs que Joussouf emploie pour qualifier les dangers de la lecture : « horrible », « pernicieux », « infernale invention », « tentation diabolique entraînant la damnation éternelle »… Il rend hommage aux philosophes et à la connaissance qui s’obtenait selon lui par la lecture.

Pour conclure, sous la forme d’un texte de lois, Voltaire critique une monarchie de droits divins où religion et politique sont trop étroitement liées. Mais il défend aussi avec ironie la liberté d’expression, les sciences, les arts et la philosophie. Ce texte a en réalité pour but de ridiculiser la censure et rend hommage aux philosophes des Lumières qui étaient engagés. Ce texte pose le problème de l’obscurantisme que Voltaire cherche à dénoncer.

Les caractéristiques du texte[modifier | modifier le code]

Ce pamphlet contient de nombreuses figures de styles. Notamment des champs lexicaux :

  • Champ lexical de l'Orient : "Saint-Empire ottoman", "Saïd Effendi", "cadis", "imans", "Stamboul", "fakirs", "Mahomet", "la Mecque", "Sublime-Porte", "Donné dans notre palais ... l'an 1143 de l'hégire."
  • Champ lexical de la religion (critique de la pratique et des représentants de la religion) : "grâce de Dieu", "fidèles", "bénédiction", "vénérables frères", "anathématiser", "Dieu", "élévation d'âme", "sainte doctrine", "merveilleux", "Dieu", "pèlerins", "salut des âmes", "Providence", "fidèles", "âmes", "damnation éternelle", "tentation diabolique", "vrais croyants".
  • Champ lexical de l’encyclopédie et des Lumières : "lumière des lumières", "imprimerie"(X2), "cette nouveauté", "facilité de communiquer ses pensées", "dissiper l'ignorance", "livres apportés d'Occident", "ouvrages", "philosophes", "éclairer", "les rendre meilleurs", "connaissance", "lire les auteurs", "lire aucun livre", "enseigner à lire", "clair et net".
  • Champ lexical intrinsèque (la punition) : "proscrire","anathématiser", "infernale", "punissable", "grand détriment du salut des âmes.", "attentat énorme", "damnation éternelle".
  • Champ lexical de l'appel à la révolution : "réveiller le génie", "exciter leur industrie", "augmenter leurs richesses", "inspirer un jour", "bien public", "opposés", "rendre justice", "l'équité", "amour de la patrie", "le peuple".
  • Champ lexical du pouvoir : "Nous", "ambassadeur", "nous", "condamner, proscrire", "Etats bien policés.", "nation", "justice", "bonnes et aux mauvaises actions", "droits de notre place.", "nous leur défendons", "nous défendons", "ordonnance", "dénoncer à notre officialité".
  • Une antiphrase filée : en effet tout le texte est écrit sur un ton ironique.
  • Gradation de l'absurdité des interdits : dernier paragraphe

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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