David de Pury (négociant)

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David de Pury
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David de Pury peint par Thomas Hickey, Hôtel de ville de Neuchâtel.
Titre de noblesse
Baron
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Biographie
Naissance
Décès
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LisbonneVoir et modifier les données sur Wikidata
Activité

David de Pury est né le à Neuchâtel dans la Principauté de Neuchâtel et mort le à Lisbonne.

Famille[modifier | modifier le code]

Il est l'un des huit enfants de Lucrèce Chaillet et de Jean-Pierre Pury (1675-1736). Ce dernier est un explorateur et grand voyageur, il a, entre autres, fondé en 1734 la colonie éphémère de Purysburg en Caroline du Sud.

Son père étant souvent absent, David sera surtout élevé par sa mère et ses oncles Quinche, des demi-frères de celle-ci. Le frère aîné de David, Charles, succéda à son père en tant que commandant de la colonie de Purrysburg. Il y est mort en 1754, assassiné pendant une émeute d'esclaves.

Parmi les sept frères et sœurs de David, seulement trois ont atteint l'âge adulte, entre autres Charles, dont on vient de parler ci-dessus et Marie, avec qui David gardera une correspondance.

David de Pury a été fiancé pendant quelque temps à une dame anglaise, mais la relation n'a pas tenu. Il n'a jamais été marié.

Négociant[modifier | modifier le code]

En 1726, âgé de 17 ans, David part de sa maison et se rend à pied à Marseille où il se forme au commerce maritime chez le négociant Isaac Tarteiron.

Pendant 3 ans et demi, il apprendra la gestion d'une entreprise maritime au long cours, la tenue de livre de comptes, l'engagement de matelots, les produits de l'import-export, la correspondance, la compréhension du va-et-vient portuaire, la valeur des marins et des navires, ainsi que la circulation de l'argent, l'évaluation du crédit et l'établissement de la lettre de change.

Puis, il termine sa formation à Londres dans la maison Simon. En 1730, il est engagé comme secrétaire de langue française par la South Sea Company (SSC), l'une des grandes compagnies qui se partagent l'attribution des marchés mondiaux.

La SSC pratique le commerce d'esclaves (dit aussi commerce triangulaire quand il est lié à un système global d'échange Europe - Afrique - Amérique), mais la compagnie doit surtout son succès aux nombreuses opportunités commerciales que lui offrent les ports africains, américains et européens[1],[2].

David de Pury se forge une réputation d'employé travailleur, doué d'un sens aigu des affaires surtout en ce qui concerne l'évaluation du rapport entre le risque et le produit. Les talents commerciaux de David de Pury, le font entrer dans le cercle des riches marchands. Il se fait ainsi des relations chez les notables et sait se mettre sous leur protection. Il s'intègre si bien qu'il obtient même la citoyenneté britannique.

En 1736, on retrouve David à Lisbonne où il fonde la maison de banque Pury, Mellish & Devismes. Parmi ses associés, on trouve Joseph Mellish qui est le gendre de John Gore le directeur de la SSC, ainsi que d'autres de ses proches.

David de Pury est venu à Lisbonne dans le but d'établir un commerce d'extraction et de vente de diamants brésiliens. En effet, c'est en 1725 que des diamants sont découverts au Brésil. La couronne portugaise cache ce fait jusqu'en 1729 pour profiter de la richesse de la mine. Tout d'abord l'extraction s'est faite avec taxes et transport dus à la couronne, puis sous forme d'affermage et enfin de monopole d'État.

David de Pury connaît le diamant vu que c'est sur la place financière de Londres que s'échange la grande partie du commerce de pierres précieuses. Il arrive donc à Lisbonne en 1736, juste après la décision en 1735 de passer l'exploitation des mines de diamants brésiliennes au système de l'affermage.

David à des relations haut placées à Londres dont le baron Walpole Baron Walpole qui a pour beau-père Joshua van Neck qui va avec son frère Gérard Van Neck financer la première société de David de Purry à Lisbonne. Les frères Van Neck et un certain Braamcamp d'origine hollandaise vont se charger des relations avec les diamantaires d'Anvers et de Londres.

David de Pury arrive à s'arroger les faveurs du marquis de Pombal, ce qui lui permet de parvenir à acheter entre 1750 et 1752, la ferme de l'exploitation des diamants brésiliens à la maison royale du Portugal. Cette exclusivité sur l'exploitation des gisements de diamants brésiliens est une affaire exceptionnelle. Le montant payé à la couronne pour trois ans s'élevait à 729 contos reis (soit 4 950 000 francs or), dont 17 % versés en acompte[3].

Au vu du montant du fermage payé à la couronne portugaise, le bénéfice de l'exploitation de diamants devait être considérable.

Hormis les diamants, David de Pury a également fait le commerce de bois rare de la forêt amazonienne, tel que l'acajou, et le jacaranda.

Durant les 50 ans que David de Pury a passés à Lisbonne, il a fondé pas moins de 3 sociétés. La première en 1736, puis en 1740 et en 1749. Il semble que toutes ont été prospères.

En 1755, lorsqu'il était en déplacement à Londres, le tremblement de terre de Lisbonne fait perdre à Pury les trois-quarts de ses biens. Malgré ce revers, il va très vite reconstituer sa fortune. Après le tremblement de terre, sa fortune restante est estimée à 20 contos reis (7500 £ sterling), en 1763 elle aura déjà doublé, puis en 1766 c'est la somme de 190 contos reis (45700 £ sterling) qui sera dans les poches de David de Pury.

En 1762, David de Pury devient banquier du roi du Portugal en prêtant à ce dernier 2 années consécutives la somme de 320 écus d'or[4].

Esclavagisme[modifier | modifier le code]

Statue de David de Pury sur la place homonyme à Neuchâtel.

David de Pury était actionnaire de la compagnie portugaise Pernambuco e Paraiba, fondée en 1759, et dont une partie de l'activité reposait sur des plantations brésiliennes où travaillaient des esclaves.[5] Cette compagnie dont il était l'un des nombreux actionnaires, a envoyé plus de 42,000 esclaves d'Angola.[6]

Mais pour autant, il est impropre de tenir David de Pury pour un « esclavagiste ». Comme le rapporte Bouda Etemad, professeur honoraire de l'Université de Lausanne, coauteur en 2005 du livre La Suisse et l'esclavage des Noirs, « Il y avait deux types d'esclavagistes : les négriers, qui faisaient du trafic d’être humains en Afrique et en transportant les esclaves à travers l’océan Atlantique. Et il y avait les propriétaires terriens, en Amérique, qui faisaient travailler des esclaves. David de Pury n’était ni l’un, ni l’autre »[7].

En juillet 2020, un collectif rédige une pétition afin de déboulonner la statue de David de Pury sur la place éponyme[8]. Le collectif récolte 2500 signatures. La pétition est transmise aux autorités de la ville de Neuchâtel[9].

Baron[modifier | modifier le code]

En 1785, David de Pury est anobli par le Roi Frédéric II de Prusse.

Sa Majesté le Grand Roi de Prusse m’a fait la grâce du titre de Baron de Purry dans son Royaume et dans tous ses États, honneur que j’estime infiniment, et cependant je n’ai point changé ma signature, parce que les capitaux que je possède dans les fonds publics du gouvernement d’Angleterre et de France y sont inscrits sous le nom de David Purry.

David de Pury, Codicille de son testament, 22 mai 1786

Bienfaiteur de la ville de Neuchâtel[modifier | modifier le code]

David de Pury meurt en 1786 à Lisbonne où il est toujours enterré au cimetière des Anglais. Sa tombe oubliée pendant près d’un siècle fut restaurée par le consul de Suisse à Lisbonne pour marquer la reconnaissance de Neuchâtel à l’égard de son bienfaiteur[10]. Son buste est sculpté en 1795 par le sculpteur, architecte et archéologue français Aubert Parent.

Dans son testament du 30 janvier 1777, David de Pury écrit: je déclare être garçon libre, n’ayant jamais été marié et n’avoir point d’enfants ni d’héritiers forcés.

Sur une fortune qu'il estime à 475 000 crusades (1000 réis = 1 cruzeiro) non compris ce qu'il me reviendra de ma société actuelle, il lègue à des privés et à sa famille un total de 129 040 crusades. Puis, il lègue le reste à la ville de Neuchâtel: J'institue pour héritiers universels du reste de tous mes biens tant présents que futurs la Ville et la bourgeoisie de Neuchâtel en Suisse.

(D'après d'autres sources[4] La fortune estimée de David de Purry en 1776 est de 190 contos réis ce qui donne 380 000 écus de France ou encore 50 000 livres anglaises de l'époque.)

Il partage ses biens en deux parts. Il précise: La première portion devra être employée pour les œuvres pies et de charité, telles que la réparation et la réédification des temples de la ville de Neuchâtel, l'entretien des orgues des susdits temples, l'augmentation des revenus affectés aux pasteurs et ministres de St Evangile de la dite ville....

Le 22 mai 1786, Mes biens étant si fort augmenté, David de Pury écrit un codicille à son testament. Sa fortune a tellement augmenté qu'il ne sait pas exactement ce qu'il lègue à la ville de Neuchâtel, habitée, à l'époque par 2 000 habitants.

La ville et bourgeoisie de Neuchâtel reçoit comme héritage la somme de 2 250 000 livres tournois[4]. (Pour se faire une idée, les historiens donnent une valeur moyenne de 8 euros à la livre tournois, on peut donc imaginer que David de Pury a laissé environ 30 millions de CHF en héritage à sa ville natale. Mais d'après une autre estimation, si l'on se base sur le salaire annuel d'un instituteur neuchâtelois de l'époque qui était entre 24 et 30 livres par année. La fortune laissée par David de Purry est plutôt de l'ordre des 600 millions de CHF actuels)

La fortune de David de Pury a permis à la ville de Neuchâtel de construire plusieurs bâtiments imposants:

  • 1781 ou 1783 : de son vivant déjà, David de Pury finance discrètement l'ancien hôpital qui était plutôt un hospice.
  • 1788 : la première bibliothèque publique de suisse.
  • 1790 : l'Hôtel de ville.
  • 1836-1843 : le détournement du Seyon
  • 1835 : le collège latin.
  • 1853 : le collège des filles, qui est actuellement le musée d'histoire naturelle.
  • la route du Plan.

À tout cela on peut encore ajouter une participation importante aux réalisations ferroviaires du Jura et du Val-de-Travers.

En l'honneur du bienfaiteur David de Pury, la ville de Neuchâtel, a donné son nom à la place principale de la ville: la Place Pury, aussi connue sous le nom de PP. Au centre de cette place trône la statue de David de Pury. Cette statue en bronze posée sur un socle a été réalisée en 1848 par le sculpteur David d'Angers et coulée par le fondeur parisien Quesnel. Elle a été inaugurée le 6 juillet 1855. En juillet 2020, une pétition de citoyens réclame, au nom de la lutte contre l'esclavagisme, l'enlèvement de cette œuvre.

Grâce à sa statue, le nom de David de Pury est connu des Neuchâtelois, bien que cet homme n'ait que peu vécu à Neuchâtel. Il y est né et y a vécu jusqu'à l'âge de 17 ans, puis il n'y est revenu brièvement qu'une seule fois en 1755.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le 9 mars 2003, lors du culte radiodiffusé à la collégiale de Neuchâtel, le pasteur Théo Buss, a lancé la polémique en évoquant le passé esclavagiste des grandes familles locales tels les De Meuron, les DuPeyrou et David de Pury. Le 25 avril 2003, par l'intermédiaire d'une question au conseil d’État, le député popiste - membre du Parti ouvrier et populaire - Marcelo Droguett a demandé si le gouvernement neuchâtelois est disposé à étudier une participation neuchâteloise aux travaux de recherche effectués par des historiens sur le thème de la traite des esclaves. Il demande aussi si le Conseil d’État souhaite participer à une collaboration avec des organisations africaines et européennes pour mettre au point une réparation, ou pour participer à un acte symbolique, si les recherches confirment une participation suisse et neuchâteloise dans la traite des esclaves.
  2. Article suivant la prédication de Théo Buss.
  3. Biographies Neuchâteloises tome 1, Ed. Gilles Attinger, Hauterive suisse, 1996, p233
  4. a b et c Biographies Neuchâteloises tome 1, Ed. Gilles Attinger, Hauterive suisse, 1996, p234
  5. Valérie Lange-Eyre, Mémoire et droits humains: enjeux et perspectives pour les peuples d'Afrique et les Amériques : actes du colloque organisé par Action de Carême en collaboration avec Aide Fédération et l'IUED les 23 et 24 novembre 2006 au Palais des Nations Unies (Genève), Editions d'en bas, (ISBN 978-2-8290-0361-5, lire en ligne)
  6. David, Thomas, 19.- et Schaufelbuehl, Janick Marina, 19.-, La Suisse et l'esclavage des Noirs, Société d'histoire de la Suisse romande, (ISBN 2-940146-52-7 et 978-2-940146-52-9, OCLC 420491272, lire en ligne)
  7. « David de Pury esclavagiste? Le débat fait rage », Le Matin Bleu,‎ (lire en ligne, consulté le 26 juillet 2020).
  8. « Pétition pour déboulonner la statue de David de Pury », 20 minutes,‎ (lire en ligne, consulté le 26 juillet 2020).
  9. ATS/NXP, « Neuchâtel – Pétition déposée pour déboulonner la statue de David de Pury », La Tribune de Genève,‎ (lire en ligne, consulté le 26 juillet 2020).
  10. Emmanuel Gehrig, « David de Pury, l’embarrassant bienfaiteur », Passé simple, mensuel romand d’histoire et d’archélogie, n° 29,‎ , p. 19-21 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis-Edouard Roulet, David de Pury, Hauterive,
  • Biographies Neuchâteloises tome 1, Hauterive, Ed. Gilles Attinger,

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]