Dapsone

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Dapsone
Image illustrative de l’article Dapsone
Identification
Nom UICPA 4,4'-sulfonyldianiline
No CAS 80-08-0
No ECHA 100.001.136
No EC 201-248-4
Code ATC J04BA02
DrugBank DB00250
PubChem 2955
SMILES
InChI
Apparence solide
Propriétés chimiques
Formule brute C12H12N2O2S  [Isomères]
Masse molaire[1] 248,301 ± 0,016 g/mol
C 58,05 %, H 4,87 %, N 11,28 %, O 12,89 %, S 12,91 %,
pKa 2.41
Propriétés physiques
fusion 175,5 °C
Solubilité 380 mg·L-1 eau à 37 °C.
Sol dans acide chlorhydrique dilué, alcool, méthanol, acétone.
Masse volumique 250 à 350 kg·m-3
Précautions
SGH[3]
SGH07 : Toxique, irritant, sensibilisant, narcotique
Attention
H302,
Classification du CIRC
Groupe 3 : Inclassable quant à sa cancérogénicité pour l'Homme[2]
Écotoxicologie
DL50 250 mg·kg-1 souris oral
225 mg·kg-1 souris i.v.
250 mg·kg-1 souris s.c.
313 mg·kg-1 souris i.p.

Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

La dapsone (DDS) est un médicament antibiotique de la famille des sulfones.

Histoire[modifier | modifier le code]

La dapsone, ou sulfone-mère, est synthétisée par E. Fromm et J. Witmann en 1908[4]. En 1937, Ernest Fourneau en France et G. Buttle au Royaume-Uni découvrent, indépendamment l’un de l’autre, l’action antibactérienne des sulfones[5] et deux ans plus tard, en 1939, Noël Rist démontre qu’elles sont efficaces, in vitro et in vivo, contre la tuberculose[6]. Mais les résultats sont peu satisfaisants sur l’homme. Les recherches se poursuivent donc, et c’est aux États-Unis, en 1943, que Guy Henry Faget, guidé par la parenté des bacilles de Koch et de Hansen, essaie les sulfones avec succès dans le traitement de la lèpre[7]. Une nouvelle étape est franchie en 1950, quand H. Floch et P. Destombes introduisent la dapsone à l'Institut Pasteur de Guyane[8]. Depuis lors, les sulfones sont devenus un des piliers du traitement de la lèpre[9].

Indications[modifier | modifier le code]

Les indications sont[10] :

Effets[modifier | modifier le code]

La dapsone est principalement connue pour son effet antilépreux (étant associée en trithérapie à la rifampicine et à la clofazimine) ainsi que antidermatique.

Elle possède une activité bactériostatique (c'est-à-dire qu'elle empêche les bactéries de se multiplier, sans pour autant les tuer directement) contre Mycobacterium leprae (ou « bacille de Hansen ») permettant de stopper la lèpre et de limiter ses effets invalidants après 3 ans de traitement en moyenne. Elle possède aussi une action contre Toxoplasma gondii, Mycobacterium avium et Pneumocystis jirovecii (dans ce cas, également en prophylaxie (en tant qu'indication thérapeutique secondaire associée à la triméthoprime) pour les personnes atteintes du SIDA).

Associée à la pyriméthamine, elle est aussi employée en prophylaxie contre le paludisme dans les zones ou Plasmodium falciparum est chloroquinorésistant. La molécule de pyriméthamine est utilisée pour ses propriétés pharmacologiques primaires certaines et la dapsone pour ses propriétés secondaires certaines.

La résistance à ce médicament est très rare (1 à 2 % des souches de Mycobacterium leprae), et n'apparaît que dans des cas de traitement mal suivis, à dose trop faible, et trop longtemps. Son mécanisme d'action dans le traitement de la dermatite herpétiforme reste inconnu.

Contre-indications[modifier | modifier le code]

Utilisation pratique[modifier | modifier le code]

La dapsone se prend par voie orale, en une prise par jour. Il convient, avant de commencer le traitement, de faire un bilan biologique sanguin (la dapsone peut entraîner une anémie hémolytique, d'autant plus fréquente que la dose est élevée). Des prises de sang hebdomadaires doivent être faites, en particulier en début de traitement, pour dépister des effets secondaires et adapter la dose adéquate en conséquence.

Effets secondaires[modifier | modifier le code]

Autres informations[modifier | modifier le code]

En Belgique, la dapsone fait partie des substances soumises à une règlementation spéciale de l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé. Aucun médicament contenant de la dapsone n'est mis sur le marché pharmaceutique ; ils ne pourront être obtenus qu'en importation parallèle.

La dapsone fait partie de la liste des médicaments essentiels de l'Organisation mondiale de la santé (liste mise à jour en avril 2013)[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. IARC Working Group on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Humans, « Evaluations Globales de la Cancérogénicité pour l'Homme, Groupe 3 : Inclassables quant à leur cancérogénicité pour l'Homme », sur http://monographs.iarc.fr, CIRC, (consulté le 22 août 2009)
  3. Numéro index 612-084-00-1 dans le tableau 3.1 de l'annexe VI du règlement CE N° 1272/2008 (16 décembre 2008)
  4. E. Fromm and J. Wittmann, Berichte Deutsch Chem. Ges., vol. 41, 1908, p. 2266.
  5. Ernest Fourneau, Thérèse et Jacques Tréfouël, Federico Nitti, Daniel Bovet, « Action antistreptococcique des dérivés sulfurés organiques », C. R. Acad. Sci., vol. 204, 1937, p. 1763.
    G. Buttle, Y. Smith, G. Foster, « Treatment of streptococcal infections in mice with 4:4'diamino-dipheni-sulphone », Lancet, vol. 1, 1937, p. 133.
  6. N. Rist, F. Bloch et al., « Action du p.aminophénylsulfamide et de la p.diaminodiphénylsulfone sur les cultures des bacilles tuberculeux des mammifères et des oiseaux », C. R. Soc. Biol., 1939
  7. G. H. Faget, R. C. Pogge, F. A. Johansen et al., « The Promin Treatment of Leprosy : A Progress Report », Pub. Health Rep., novembre 1943.
  8. H. Floch, P. Destombes, Bull. Soc. Pathol. Exot. Filiales, janvier 1951, vol. 44, n° 3-4, pp. 151-156.
  9. E. Bergogne-Bérézin, P. Dellamonica, « Histoire des antibiotiques », dans Antibiothérapie en pratique clinique, 2e éd., Masson, 1999, p. 3.
  10. « Avis de la Commission de Transparence de la HAS - Disulone », (consulté le 3 mars 2017)
  11. CNRS - The Annals of pharmacotherapy ISSN 1060-0280 CODEN APHRER - 2003, vol. 37, no10, pp. 1438-1440 [3 page(s) (article)] (24 ref.)[(fr) lire en ligne]
  12. (en) Kosseifi SG, Guha B, Nassour DN, Chi DS, Krishnaswamy G., « The Dapsone hypersensitivity syndrome revisited: a potentially fatal multisystem disorder with prominent hepatopulmonary manifestations. », J Occup Med Toxicol., vol. 6, no 1 pages=9.,‎ (PMID 16756657, lire en ligne)
  13. Une défaillance polyviscérale est le dysfonctionnement combiné de plusieurs organes, tel les poumons, le foie ou les reins dû à un besoin tissulaire accru en dioxygène et à un emballement de la réponse inflammatoire.
  14. Lorenz M, Wozel G, Schmitt J, Hypersensitivity reactions to dapsone: a systematic review, Acta Derm Venereol, 2012;92:194-199
  15. Zhang FR, Liu H, Irwanto A et al. HLA-B*13:01 and the Dapsone hypersensitivity syndrome, N Engl J Med, 2013;369:1620-1628
  16. WHO Model List of Essential Medicines, 18th list, avril 2013

Liens externes[modifier | modifier le code]