Daphne Caruana Galizia

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Daphne Caruana Galizia
Porträt of Daphne Caruana Galizia (cropped).jpg
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 53 ans)
Bidnija (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Daphne Anne Vella
Nationalité
Domicile
Bidnija (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Formation
Activités
Autres informations
A travaillé pour
The Malta Independent (en), Times of Malta (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web
Œuvres principales

Daphne Caruana Galizia, née Daphne Vella le à Sliema (Malte) et morte assassinée le à Mosta, est une journaliste d'investigation et blogueuse maltaise.

Elle accède à la notoriété pour ses enquêtes et révélations d'informations sensibles, notamment sur la corruption.

Elle est assassinée le 16 octobre 2017 lors de l'explosion de sa voiture, qui avait été piégée[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et études[modifier | modifier le code]

Daphne Anne Vella naît à Sliema de Michael Alfred Vella et de Rose Marie Vella, née Mamo. Elle étudie au couvent St. Dorothy à Mdina et au collège St. Aloysius à Birkirkara. Elle fréquente l'université de Malte en tant qu'étudiante adulte et obtient un bachelor en archéologie en 1997.

Journaliste[modifier | modifier le code]

Journaliste depuis 1987, Daphne Caruana Galizia est chroniqueuse régulière au Times of Malta et rédactrice adjointe au Malta Independent, puis travaille pour le magazine Taste & Flair.

Blogueuse[modifier | modifier le code]

Daphne Caruana Galizia se lance ensuite dans la rédaction d'un blog controversé et très populaire à Malte, dans lequel elle attaque différentes personnalités maltaises. En 2013, elle est arrêtée pour ne pas avoir respecté le devoir de réserve la veille des élections générales, mais elle est relâchée peu après. En 2016, elle publie des informations sur l'implication de Konrad Mizzi et Keith Schembri dans le scandale des Panama Papers. Politico la décrit alors comme une « croisée contre le manque de transparence et la corruption à Malte »[2], la classe comme une des « 28 personnalités qui font bouger l’Europe », la décrivant comme « un WikiLeaks entier en une seule femme, en croisade contre le manque de transparence et la corruption à Malte »[2],[3]. Elle enquêtait et publiait également sur les Malta Files.

En 2017, elle prétend que l'entreprise maltaise Egrant, qui apparaît dans les Panama Papers, appartient à l'épouse du premier ministre Joseph Muscat. Elle avait notamment accusé l’épouse du Premier ministre, Michèle Muscat, d'avoir ouvert un compte au Panama pour y abriter des pots-de-vin versés par l'Azerbaïdjan, en échange de l'autorisation donnée à une banque azérie de travailler à Malte[4]. Ce scandale entraîne la tenue de nouvelles élections, qui ne causent cependant pas la chute du gouvernement.

Elle est l'objet de plusieurs menaces (tentative d’incendie, chien égorgé ou encore voiture brûlée)[5].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Mariée à un avocat, elle était mère de trois fils[5].

Assassinat[modifier | modifier le code]

Les faits[modifier | modifier le code]

Daphne Caruana Galizia est tuée dans l'explosion de son véhicule le 16 octobre 2017, près de son domicile à Bidjina, alors qu’elle avait rapporté deux semaines auparavant avoir reçu des menaces de mort[6]. Le meurtre a lieu une demi-heure après qu'elle a publié un article sur son blog dans lequel elle a écrit « Il y a désormais des escrocs partout où vous regardez. La situation est désespérée » et a nominalement accusé d'escroquerie Keith Schembri (en), chef de cabinet du ministre de l’énergie[3], Konrad Mizzi.

Réactions[modifier | modifier le code]

Mémorial improvisé avec fleurs, bougies et hommages divers laissés au pied du monument du Grand Siège, devant le palais de justice de La Valette.

Le soir de sa mort, plusieurs milliers de personnes se réunissent pour une veillée funèbre[7]. Le lendemain, un rassemblement de quelques dizaines de personnes a lieu devant le tribunal de La Valette pour réclamer justice[7].

Divers politiciens maltais, certains ayant été accusés dans son blog, dénoncent ce qu’ils appellent « une attaque barbare » (Joseph Muscat) et « un meurtre politique » (Adrian Delia, dirigeant du parti nationaliste)[6]. La Commission européenne se dit horrifiée et réclame que justice soit faite[7]'[8]. Le Parti populaire européen se dit préoccupé par la situation à Malte concernant la lutte contre la corruption, l'évasion fiscale et la liberté de presse[8]. Pour Reporters sans frontières, cet assassinat « fait plus penser à la Russie de [Vladimir] Poutine qu’à l’Union européenne », où les meurtres politiques ou mafieux de journalistes sont « rarissimes »[7].

Funérailles[modifier | modifier le code]

Vue de près du mémorial improvisé.

Les restes de Caruana Galizia sont rendus à la famille le 27 octobre 2017 et des funérailles publiques ont lieu le 3 novembre 2017 à la rotonde Sainte-Marie-de-l'Assomption de Mosta avant un enterrement privé. La journée a été décrétée jour de deuil national à Malte[9]. Les funérailles ont été présidées par l'archevêque de Malte, Charles Scicluna, qui dans son homélie dit aux journalistes « de ne jamais se lasser de leur mission d'être les yeux, les oreilles et la bouche du peuple ».

La présidente Marie-Louise Coleiro Preca et le Premier ministre Joseph Muscat n'ont pas assisté aux funérailles car la famille de Caruana Galizia avait exprimé qu'ils n'étaient pas les bienvenus. Le chef de l'opposition, Adrian Delia, n'y assista pas non plus. Parmi les participants de l'enterrement, il y eut : Silvio Camilleri, juge en chef de Malte ; Antonio Tajani, président du Parlement européen ; Harlem Désir, représentant de l'OSCE pour la liberté des médias ; Eddie Fenech Adami, ancien président de Malte (2004-2009) ; Lawrence Gonzi, ancien Premier ministre de Malte (2004-2013) ; et Simon Busuttil, ancien dirigeant du Parti nationaliste (2013-2017).

Enquête officielle[modifier | modifier le code]

Le site de l'explosion se trouve au sommet de la route de Bidnija, aux limites de Mosta (coin supérieur droit).

Le soir du 16 octobre, le premier ministre Joseph Muscat ordonne aux forces de l'ordre maltaises de concentrer tous leurs moyens pour retrouver les assassins[7]. Il demande également l'aide du FBI, qui accepte d'envoyer des agents[7]. La famille de Daphne Caruana Galizia obtient que la magistrate qui aurait dû diriger l'enquête se récuse, car elle avait plusieurs fois été visée par les révélations de la blogueuse assassinée[4]. Le 21 octobre 2017, le gouvernement maltais promet une récompense d'un million d'euros à quiconque apporterait des informations permettant de résoudre le meurtre[10].

Le 4 décembre 2017, 10 personnes, toutes Maltaises, sont arrêtées par la police maltaise, après une enquête menée en collaboration avec le FBI, Europol et la police finlandaise[11]. Le 5 décembre, 3 d'entre-eux, Vincent Muscat et les frères George et Alfred Degiorgio, sont accusés d'avoir fabriqué la bombe, sont inculpés et maintenus en détention[12].

Les enquêteurs estiment qu’elle a été suivie. Une « petite voiture blanche » a été repérée à plusieurs reprises avant le meurtre sur un site d'observation du quartier de la famille Caruana Galizia, à Bidnija. Le jour de l’assassinat, cette voiture blanche a été vue mais sans occupant et n’a plus jamais été remarquée après. Des tests ADN ont permis d’identifier celui d’Alfred Degiorgio sur un mégot de cigarette trouvé sur les lieux. L’explosion a été déclenchée par un SMS envoyé d’un téléphone portable Nokia 105 à un autre appareil lié à la bombe. Les deux numéros des portables ont été créés en 2016. Ils n’ont échangé qu’en trois occasions depuis 2016. L’appareil émetteur du signal a été allumé le 16 octobre 2017. Il s’est déplacé autour de l’île toute la journée, suggérant une localisation sur un bateau longeant les côtes de Malte[13]. La police maltaise est convaincue que les trois inculpés ont été prévenus avant leur arrestation et ont jeté leurs téléphones portables à la mer[14].

Daphne Caruana Galizia ne s’est jamais préoccupée des deux frères Degiorgio, ni de Vincent Muscat, et n’avait jamais écrit sur eux.

Enquête Daphne du réseau Forbidden Stories[modifier | modifier le code]

Selon les enquêteurs du projet Daphne[15] (du réseau Forbidden Stories, un consortium international de journalistes), la journaliste assassinée avait dénoncé les liens de Christian Kälin et Joseph Muscat, premier ministre de Malte. Christian Kälin vend la nationalité maltaise à des personnes fortunées[16].

Pour un peu plus de 1 million d’euros, l’île de Malte vend la nationalité maltaise, et la citoyenneté à l'Union européenne, ce qui permet d’échapper aux sanctions internationales et de profiter d’une fiscalité très favorable. Daphne Caruana Galizia a dénoncé la mise en place en 2013 par le gouvernement travailliste maltais d’un programme de vente de passeports calqué sur le modèle caraïbe à Saint-Kitts-et-Nevis ou à Antigua-et-Barbuda[17].

Les passeports maltais ont rapporté au cabinet Henley & Partners, qui emploie environ 300 personnes, près de 20 millions d’euros en quatre ans selon des données issues de rapports publics.

Avant l’assassinat de la journaliste, des échanges de mails entre Christian Kälin et Joseph Muscat, publiés par Daphne Caruana Galizia, ont montré que les deux hommes s’étaient entendus pour que le cabinet d'avocats Henley & Partners menace la journaliste de poursuites au Royaume-Uni si elle continuait d’écrire sur la compagnie[16].

Christian Kälin est aussi soupçonné d’être intervenu au cours d'élections aux Caraïbes pour faire élire des personnes favorables à ses affaires. Des courriels montrent qu’il a soutenu un candidat d’opposition à Saint-Vincent-et-les-Grenadines en lui promettant « des investissements » en cas de victoire aux élections de 2010[16].

Deux témoins anonymes ont affirmé aux journalistes du « Projet Daphne » que le ministre de l’économie maltais, Chris Cardona, avait été vu dans le bar Ferdinand’s, à Siggiewi au centre de l’île de Malte avec l’un des assassins supposés, quelques semaines après le meurtre[18].

Livre[modifier | modifier le code]

Un livre, intitulé Invicta: The Life and Work of Daphne Caruana Galizia a été publiée par The Pertinent Press (Oxford)[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Baptiste Chastand, « À Malte, une blogueuse renommée assassinée dans l'explosion de sa voiture », sur lemonde.fr, (consulté le 16 octobre 2017).
  2. a et b « Daphne Caruana Galizia - Politico », (consulté le 17 octobre 2017).
  3. a et b « Journaliste assassinée à Malte : “C’est une guerre contre l’État et le crime organisé”, écrit son fils », sur lemonde.fr, (consulté le 18 octobre 2017).
  4. a et b « Malte sous le choc après l’assassinat d’une journaliste d’investigation », sur rfi.fr, (consulté le 18 octobre 2017).
  5. a et b François de Labarre, « L'ombre de la mafia plane sur Malte », Paris Match, semaine du 26 octobre au 1er novembre 2017, pages 56-61.
  6. a et b (en-GB) Juliette Garside, « Malta car bomb kills Panama Papers journalist », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne).
  7. a, b, c, d, e et f « Malte réclame justice après l’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia », sur ledevoir.com, (consulté le 18 octobre 2017).
  8. a et b « Après l'assassinat d'une journaliste à Malte, l'UE est sous le choc », sur rfi.fr, (consulté le 18 octobre 2017).
  9. « A Malte, des proches et des anonymes se pressent à l’enterrement de Daphne Caruana Galizia », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  10. « Assassinat de Daphne Caruana Galizia : le gouvernement maltais promet une récompense », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  11. « Malte : 10 arrestations dans l'enquête sur l'assassinat d'une journaliste », sur liberation.fr, (consulté le 4 décembre 2017)
  12. « Malte: 3 inculpations dans l'enquête sur l'assassinat d'une journaliste », sur lepoint.fr, (consulté le 6 décembre 2017)
  13. Où en est l’enquête sur l’assassinat de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia ?, Libération, 18 avril 2018
  14. « Projet Daphne » : la piste politique inexplorée dans le meurtre de la journaliste maltaise, Le Monde, 17 avril 2018
  15. Réseau de 18 médias internationaux créé pour enquêter sur les affaires de corruption liés à l'assassinat de Daphne Caruana Galizia
  16. a, b et c « “Projet Daphne” : profession, vendeur de passeports » sur lemonde.fr.
  17. « “Projet Daphne” : Malte, l’île des passeports en or », Le Monde, 18 avril 2018.
  18. « Scandale à Malte après les premières révélations du “Projet Daphne” », Le Monde, 18 avril 2018.
  19. https://www.thepertinentpress.co.uk/invicta.html

Liens externes[modifier | modifier le code]