Daniel Lefèvre

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Daniel Lefèvre
Description de l'image danielLefevre.jpg.
Naissance
Cherbourg
Décès (à 72 ans)
Caen
Nationalité Drapeau de la France France
Profession
Formation
Agrégé de Lettres

Daniel Lefèvre[1], né le 7 août 1937 à Cherbourg et mort le à Caen, est un poète français contemporain.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est le fils d'André Lefèvre, salarié de l'arsenal de Cherbourg, et d'Esther Morin.

Il est le frère de la psychanalyste Madeleine Natanson (1927-2013).

Il vit son enfance dans le quartier du Roule à Cherbourg. Il en évoque les murs de schiste dans plusieurs poèmes :

J'ai vécu pour garder mémoire
D'une enfance qui mérita
L'amitié du schiste et du lierre

— Daniel Lefèvre, Haute fidélité, 1972-1980

Dès l'enfance, Daniel Lefèvre écrit des poèmes. Un poème de 1946 (il a alors 9 ans) fête la victoire des Alliés en Normandie… Ensuite, on trouve des poèmes de facture très classique, des "Vieux Coppées" ; on sent les influences successives des poètes qu'il découvre avec boulimie ; on passe de poèmes dédiés à José-Maria de Heredia, à une période parnassienne… À cette période, Daniel Lefèvre publie régulièrement des vers rimés dans La Lyre normande et reçoit même un prix. À l'adolescence, il rompt avec cette poésie classique et adopte les vers libres[2].

Daniel Lefèvre fait des études littéraires à Caen et à Paris, au cours desquelles il rédige un mémoire sur Tristan Corbière. Agrégé de lettres classiques, il enseigne au lycée Malherbe de Caen et termine sa carrière comme professeur de lettres classiques en hypokhâgne dans ce lycée. Il y enseigne le latin et la littérature. L'originalité de son regard conduit à un enseignement de la poésie qui marque[3].

Il fait son service militaire dans la marine nationale à Hourtin puis à Paris, en 1962-1963, période qu'il évoque dans les poèmes assez noirs du Château pourrissant :

Trois cent corps
Pêle-mêle
Dans la fosse commune du sommeil
Trois cent corps
Pêle-mêle
Avec leurs secrets fragiles
Pendant que le ciel
Tourne très lentement au-dessus de ma tête
Pendant que la nuit
Fait rouler sur ma chair son torrent de chair noire
Jusqu'au jour

— Daniel Lefèvre, Le château pourrissant, 1963

Sa poésie est influencée par ses devanciers (Guillevic, Cadou, sûrement ; Frénaud peut-être…) mais l'on entend surtout une voix bien particulière, une vibration singulière des mots une fois le livre refermé, des mots traversés de fêlures qui disent le vertige de vivre. Il évoque aussi Pierre-Jean Jouve :

Pierre-Jean Jouve
Le pèlerin mal protégé
Dans la nuit pleine de dangers
Où l'étoile en tremblant vient boire l'eau des douves

— Daniel Lefèvre, Contrepoids, 1962-1965


Il est l'un des treize poètes de Poésie autour de Caen (Éditions Rougerie, 1978).

Ses courts poèmes sont pleins de fulgurances, des mille petits déchirements de l'instant.

Le fer est le fer
Et n'a que la rouille
Pour le dire

— Daniel Lefèvre, Rencontres, 2003

Ou bien, au contraire, il nous entraîne vers des monuments, des permanences, des évidences. Mais les architectures ne sont pas celles que l'on croit. Ce sont des éléments isolés du paysage, des pierres et des arbres, l'angle d'un toit ou une source, qui font frémir l'espace, qui l'emprisonnent ou l'accomplissent[4].

Son œuvre comprend de nombreux poèmes d'amour et des textes érotiques, mais sa poésie est traversée d'une angoisse. Il y établit des rapports subtils entre la quotidienneté, le temps et la mort.

Il a aussi écrit des poèmes accompagnant les dessins abstraits de Marie-Thérèse Lefèvre-Jacquet, son épouse : issus du « telephone art », ces dessins griffonés durant une conversation téléphonique sculptent l'espace et inspirent le poète.

Poète chrétien, c'est aussi un poète du doute : dans ses derniers poèmes, il interpelle un « Dieu qui n'existes qu'en lambeaux / En faibles bouffées ineffables / Dieu qui n’existes qu’en reflets / Dans le miroir cruel du doute ».

Une poésie amère et lumineuse accompagne la maladie et l'affaiblissement dans Vers l'autre rive du silence.

Habiter pour toujours un pays sans échos
Habiter pour toujours un pays sans crépuscule et sans aurore
Habiter pour toujours un pays où ni le temps ni l'espace n'existeront plus
Habiter pour toujours un pays inhabitable
Habiter pour toujours un pays où je ne souviendrai plus de t'avoir aimée

— Daniel Lefèvre, Peindre le crépuscule, 2009

Il meurt d'un arrêt cardiaque en juillet 2010.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Recueils[modifier | modifier le code]

  • Encore la poésie, La Corde Raide, 1978.
  • En l'absence de toutes preuves, Laurence Olivier Four, 1982. (ISBN 9782728709564)
  • Chemins faisant, collection La Main à la pâte, éditions Le Pavé, sans date.
  • Transparents labyrinthes, La Main à la pâte, 1985
  • Rencontres, Collection Encres Blanches, Encres Vives, 2003. (ISSN 1625-8630)
  • Toute la vie posée sur le tranchant des mots, Œuvres poétiques complètes (1953-2010), DN éditeur, 2012. (ISBN 9782912337566)

Participation[modifier | modifier le code]

  • Époque 63, numéro anthologique présenté par Serge Wellens, revue bimestrielle, Paris, mai-juin 1963.
  • Poésie autour de Caen, avec douze autres poètes, revue Poésie présente, Limoges, Éditions Rougerie, 1978.
  • Quand s'enchaînent les vers libres…, Guy Cavaillon, janvier 1981.
  • Traveling light (Un léger bagage), Les Cahiers de l'Odon, 1982.
  • À Caen la poésie ?, La Foire à bras, printemps-été 1983. (ISSN 0248-4730)
  • Entre deux nuits défaites, anthologie réalisée par Michel Cosem, Encres vives, août 2004. (ISSN 0013-7103)
  • Richard Wilbur, Quintessence. Corpus poétique des années 1947 à 2004. Poèmes traduits de l’anglais (U.S.A.) par Jean Migrenne. Avant-propos de Daniel Lefèvre. Agneaux, Éditions du Frisson Esthétique, 2011. (ISBN 9782917440094)

Articles[modifier | modifier le code]

En analysant la pièce de Corneille L’illusion comique, on peut découvrir comment l’illusion théâtrale nous conduit à une vraie connaissance de soi et des autres et comment tragédie et comédie mêlées y contribuent.

En l’ancrant solidement dans le Saint Pétersbourg du XIXe siècle, Dostoïevski, à travers le personnage de Raskolnikov, pose le problème du mal, non en philosophe, mais en romancier. Pour lui le mal n’est pas d’abord une question qui appelle une réponse rationnelle, mais une donnée fondamentale de la condition humaine à laquelle on ne peut répondre que par une universelle pitié.

Montaigne et La Boétie, grandes figures de l’amitié, ne se sont connus que les quatre dernières années de la vie de La Boétie. La comparaison des textes que l’un et l’autre ont consacrés à l’amitié, fait apparaître des attentes différentes. Le Discours de la servitude volontaire présente une vision politique, tandis que l’essai De l’amitié, se rapprochant plus de l’amour, idéalise une expérience vécue.[5]

Articles disponibles sur le site du CAIRN : [1]

Sources et références[modifier | modifier le code]

  1. (notice BnF no FRBNF15030010) Notice d'autorité personnelle.
  2. Note technique sur l'établissement des œuvres complètes, Toute la vie posée sur le tranchant des mots, Œuvres complètes (1953-2010), 2012.
  3. Voir certains de ses commentaires de poèmes sur le site consacré à Daniel Lefèvre.
  4. Quatrième de couverture de Rencontres, Collection Encres Blanches, Encres Vives, 2003.
  5. D'après les résumés fournis par la revue Imaginaire et inconscient.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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