Déhydroépiandrostérone

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Déhydroépiandrostérone
Image illustrative de l’article Déhydroépiandrostérone
Déhydroépiandrostérone.
Identification
Nom UICPA 3ß-hydroxy-5-androsten-17-one
No CAS 53-43-0
No ECHA 100.000.160
No CE 200-175-5
SMILES
InChI
Propriétés chimiques
Formule C19H28O2  [Isomères]
Masse molaire[1] 288,4244 ± 0,0178 g/mol
C 79,12 %, H 9,79 %, O 11,09 %,
Propriétés physiques
fusion 146 à 151 °C

Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

La déhydroépiandrostérone (DHA ou DHEA) ou prastérone, est un androgène qui est réputé pour ses effets antivieillissement (d'où son surnom médiatique d'« hormone de jouvence »). Son efficacité est encore contestée, de nombreuses études n'ayant pas atteint de conclusion nette.

Elle est actuellement considérée comme un produit dopant par l'Agence mondiale antidopage.

Historique[modifier | modifier le code]

Le biochimiste allemand Adolf Butenandt, Prix Nobel de chimie, démontre sa présence dans les urines humaines en 1931, puis deux chercheurs, Migeon et Plager, l'isolent dans le sang en 1954. Quatre ans plus tard, le professeur Max Fernand Jayle parvient à doser précisément la décroissance quasi linéaire de la DHEA chez l'homme et la femme au fur et à mesure du vieillissement. En 1960, un de ses élèves, le docteur Étienne-Émile Baulieu découvre que la DHEA est synthétisée par la glande surrénale, sous forme de sulfate de DHEA (ou DHEAS).

Synthèse[modifier | modifier le code]

La DHEA est sécrétée par la zone réticulée et fasciculée du cortex de la glande surrénale grâce à la présence d'enzymes : la CytP450-scc (qui transforme le cholestérol en prégnénolone) et la CytP450-c17 (qui transforme la prégnénolone en 17-OH prégnénolone puis la 17-OH prégnénolone en DHEA). Ces deux cytochromes sont présentes dans la zone fasciculée et réticulée des surrénales. Elle circule dans le sang essentiellement sous la forme de sulfate de DHEA[2]. Elle est diminuée lors de l'insuffisance surrénale d'origine centrale.

Rôles[modifier | modifier le code]

Normalement présente dans l'organisme à partir de l'âge de 6 ans environ, son taux tend à décroître avec l'âge. Cet androgène, qui est produit également par les femmes, influence entre autres la pousse des poils et la maturation cérébrale. Il agit en se fixant sur des récepteurs spécifiques ou en se transformant en dérivés androgéniques et œstrogéniques.

Un taux bas de DHEA est corrélé avec la survenue d'un athérome (avec ses complications cardiovasculaires[3]), une ostéoporose, une dysfonction endothéliale ou de la libido[4]. Un taux élevé est corrélé avec un poids plus faible[5].

Efficacité alléguée en tant que médicament[modifier | modifier le code]

L'efficacité de la DHEA reste controversée. Elle a été établie le plus souvent grâce à des études animales ou effectuées par comparaison avec un placebo (notamment l'étude DHEAge).

L'action de la DHEA, rapportée en 2000 par l'étude DHEAge[6], a montré une amélioration des propriétés mécaniques de la peau et de la densité osseuse, uniquement chez les femmes âgées de 70 ans ou davantage. Une amélioration de la libido a été également constatée. Ses bénéfices ne sont pas confirmés par d'autres données, ne relevant aucune amélioration sur plusieurs paramètres, dont la qualité de vie[7].

La DHEA est commercialisée depuis les années 1990 dans des pays comme les États-Unis en tant que simple complément alimentaire. En France, la prastérone est disponible en pharmacie sous forme de préparation magistrale sous réserve d'avoir été prescrite par un médecin[8]. En tant que médicament (Intrarosa), elle a reçu une autorisation de mise sur le marché dans la prise en charge de l'atrophie vulvovaginale chez la femme ménopausée[9].

Actuellement[Quand ?], plusieurs milliers de personnes prennent de la DHEA-sulfate, en majorité par prescription médicale. La médecine anti-âge la conseille quand deux critères sont présents : niveau sanguin faible (inférieur à 150 µg/dl) et signes cliniques indicateurs de faible taux sanguin de DHEA-S (asthénie, dépression, diminution de la libido, perte de force musculaire, stress, baisse de mémoire, diabète, cholestérol élevé, maladies cardiovasculaires, surcharge pondérale, ménopause, maladies auto-immunes)[10].

Effets secondaires[modifier | modifier le code]

La molécule est, en règle générale, bien tolérée[4] dans les limites d'une prise quotidienne de 50 mg/j pendant au minimum six mois, que ce soit pour une femme ou un homme[10], accompagnée d'une activité physique régulière.

Lutte anti dopage[modifier | modifier le code]

L'Agence mondiale antidopage intègre la déhydroépiandrostérone ou prastérone dans son tableau des substances interdites en permanence pour les sportifs professionnels[11]. Parmi les sportifs contrôlés positifs et suspendus figurent l'athlète américain LaShawn Merritt en 2010 et la nageuse russe Yulia Efimova en 2014.

Autres voies de recherche[modifier | modifier le code]

Une équipe de recherche de l'université de Bar-Ilan travaille sur la corrélation entre la consommation de DHEA et la désacoutumance à certaines drogues, comme la cocaïne[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. Zhai G, Teumer A, Stolk L et al. Eight common genetic variants associated with serum DHEAS levels suggest a key role in ageing mechanisms, PLoS Genet, 2001;7:e1002025.
  3. Tivesten A, Vandenput L, Carlzon D et al. Dehydroepiandrosterone and its sulfate predict the 5-year risk of coronary heart disease events in elderly men, J Am Coll Cardiol, 2014;64:1801–1810.
  4. a et b Traish AM, Kang HP, Saad F et al. Dehydroepiandrosterone (DHEA)–a precursor steroid or an active hormone in human physiology, J Sex Med, 2011;8:2960–2982.
  5. Tchernof A, Labrie F, [www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15248817 Dehydroepiandrosterone, obesity and cardiovascular disease risk: a review of human studies], Eur J Endocrinol, 2004;151:1–14.
  6. (en) Dehydroepiandrosterone (DHEA), DHEA sulfate, and aging: Contribution of the DHEAge Study to a sociobiomedical issue, E Baulieu, G Thomas, S Legrain, N Lahloue, M Roger, B Debuire, V Faucounau, L Girard, Ma Hervy, F Latour, MC Leaud, A Mokranel, H Pitti-Ferrandim, C Trivallef, O de Lacharrièren, S Nouveaun, B Rakoto-Arisono, JC Souberbiellep, J Raison, Y Le Bouc, A Raynaud, X Girerd, F Forette, PNAS, 2000;97;4279-4284.
  7. (en) DHEA in Elderly Women and DHEA or Testosterone in Elderly Men, K Nair, R Rizza, P O'Brien, K Dhatariya, K Short, A Nehra, J Vittone, G Klee, A Basu, R Basu, C Cobelli, G Toffolo, C Dalla Man, D Tindall, J Melton, G Smith, S Khosla, M Jensen, N Engl J Med 2006;355:1647-59.
  8. Doctissimo, « DHEA : entre trafic et vente libre », sur Doctissimo (consulté le 27 octobre 2020).
  9. « INTRAROSA ovule (prastérone) : nouveau médicament dans la prise en charge de l'atrophie vulvovaginale chez la femme ménopausée », sur VIDAL (consulté le 27 octobre 2020).
  10. a et b Dr Christophe de Jaeger, 'DHEA Mythes et réalités', mars 2005, (ISBN 2-226-15117-6), Albin Michel.
  11. Substances et méthodes interdites en permanence AMA, Mise à jour décembre 2010.
  12. « http://www1.biu.ac.il/indexE.php?id=7974&pt=30&pid=7703&level=2&cPath=7702,7703,7974 »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]