Développement d'un film noir et blanc
Le développement d'un film noir et blanc est une étape dans la chaîne de la création d'une photo argentique noir et blanc qui permet de rendre utilisable un film après la prise de vue, c'est-à-dire :
- Les images négatives sont visibles et non plus latentes
- Le film n'est plus sensible à la lumière
- Le support ne contient aucun produit chimique qui le détériorerait dans le temps.
Cette technique de développement est le procédé le plus ancien et le plus facile à mettre en œuvre. De lui découlent les deux autres procédés permettant d'obtenir une photo (Développement d'un film négatif couleur, Traitement E-6).
L'étape suivante (et finale) de la chaîne de création d'une photographie noir et blanc est le tirage photographique.
Étapes du développement d'un film
[modifier | modifier le code]La description ci-dessous concerne les films dits « classiques ». Il existe également des films noir et blanc qui se développent comme des films négatifs couleur (procédé C41) et qui sont dits « chromogéniques ».
Mise sur spire
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- La première étape pour un film en rouleau consiste à transférer la pellicule sur une spire métallique ou plastique. Cette étape doit se faire dans le noir total.
- Pour une cartouche 135 (film 24x36), il faut sortir le film de la cartouche, soit en ouvrant la cassette avec un décapsuleur à bouteilles, soit en utilisant un extracteur d'amorce qui permet de ressortir l'amorce de la cassette (certains appareils permettent de ne pas rentrer entièrement le film et il est possible de faire de même avec les appareils à rebobinage manuel). L'ouverture au décapsuleur doit se faire dans le noir alors qu'il est possible de couper l'extrémité de l'amorce voire d'en insérer le début dans la spire à la lumière du jour.
- Pour les films sur papier protecteur (120, 127) il faut, dans le noir dérouler le papier protecteur jusqu'à arriver au film. Une astuce consiste à enrouler le film jusqu'à arriver au scotch fixant le film au papier. On peut alors décoller ce scotch et le replier sur l'extrémité du film ce qui la rigidifie et facilite son insertion dans la spire.
- Dans tous les cas, le reste de la mise en spire doit se faire dans le noir.
- La spire chargée est placée dans la cuve qui est refermée. On peut alors rallumer dans le laboratoire.
Astuces pratiques :
- S'entraîner d'abord avec un film usagé et non développé car insérer une pellicule dans une spire les yeux fermés ou dans le noir n'est pas forcément évident. En conditions réelles, une fois le film sorti de sa cartouche, il sera impossible de rallumer la lumière, sous peine de le détériorer et de perdre définitivement ses prises de vue.
- En cas de problème lors de la mise en spire du film, on peut également placer le film enroulé entier dans la cuvette sans sa spire, puis refermer la cuvette, toujours dans le noir complet! On peut ensuite s'entraîner de nouveau et vérifier que la spire ne présente pas de problème tels que une bille bloquée, une spire pas parfaitement sèche. Enfin, recommencer la mise en spire dans le noir total.
- Si l'appareil le permet et une fois la pellicule exposée, en la rembobinant dans sa cartouche on peut en laisser dépasser l'amorce, ce qui permet de commencer (et seulement commencer !) à l'engager sur la spire jusqu'à la prise des billes d'entrainement de la spire sur minimum 3 trous d'entrainement du film, cela en plein jour. Puis a ce moment là, se placer dans le noir complet et procéder a la mise en spire finale de toute la pellicule.
- Dans un appareil photographique au moment du rembobinage du film dans sa cartouche, un moyen simple de s'arrêter un peu avant que l'amorce ne soit rentrée dans la cartouche est de "coller" son oreille au dos de l'appareil: vers la fin du décompte des vues sur le compteur de vue de l'appareil, en tournant doucement la manivelle on entendra un petit "clock" qui indiquera que l'amorce de la pellicule vient de se détacher du tambour d'entrainement et de frapper le dos du boitier.
- L'astuce précédente vous permet en plus, avec un peu de discipline et de précision, de pouvoir changer de type de film en cours de séance (couleur, N&B ou simplement changer de sensibilité ISO/ASA) , sans que celui-ci soit entièrement terminé. Il suffira ensuite pour recharger ce film de le réengager sur le tambour de l'appareil sur les mêmes perforations d'entrainement de pellicule qu'à son chargement initial. Il est donc conseillé de toujours le faire de façon identique pour chaque chargement de film. Ensuite, pour se retrouver en position de reprendre le film ou il en était, il suffit de déclencher autant de prises de vues, avec un bouchon d'objectif en place et en position vitesse manuelle (afin de ne pas avoir à attendre la fin d'une exposition longue a chaque déclenchement), cela jusqu'à se retrouver au nombre de vues sur le compteur qui était affiché au moment de l'échange de pellicule. Nombre a noter et retenir préalablement à l'échange.
- On peut également extraire l'amorce du film en utilisant une bande autocollante ou un extracteur d'amorce que l'on introduit dans la cassette par les lèvres. Cette méthode permet de rentrer le film dans sa cartouche en cas de souci de mise en spire.
Le révélateur
[modifier | modifier le code]- C'est le produit qui permet le développement.
- Le film est plongé dans une solution réductrice basique, dans le noir total, pendant une durée déterminée selon le film (sensibilité, marque et référence) et le type de révélateur utilisé (marque, concentration…) ainsi que la température (18 °C, 20 °C…) et l'agitation. Les films et révélateurs sont en général livrés avec des tables de paramètres de développement sous formes de tableaux ou graphiques ou courbes, a lire sur la notice jointe. Les sels d'argent (généralement du bromure d'argent AgBr) sont réduits par le révélateur et se transforment en argent métallique visible qui va former l'image négative. Le film est alors lavé à l'eau pour retirer les traces de révélateur (si aucun bain d'arrêt n'est utilisé).
Le bain d'arrêt
[modifier | modifier le code]- C'est la partie du traitement qui permet de stopper l'action du révélateur et de préserver le fixateur.
- Lorsqu'on traite le film en cuve, cette étape permet de stopper le développement mis en action par le révélateur. Le produit utilisé est généralement de l'eau additionnée d'acide acétique (ou du vinaigre blanc). Cette étape a généralement une durée de 30 secondes à la même température que le révélateur.
Il est recommandé d'utiliser un bain d'arrêt d'un pH de 3,5 à 5,5. Le contrôle peut se faire au moyen de papiers test ou d'un pH-mètre.
Dosage de la composition du bain d'arrêt :
- 1 à 2 cuillère(s) à soupe de vinaigre blanc pour environ 1 litre d'eau à 20 °C.
[correction à faire] il faut une solution à 2 % d'acide acétique donc 25cl de vinaigre à 8 % + 75cl d'eau.
Pour l'acide concentré (60 % par exemple), on dilue jusqu'à obtenir 2 %.
Si on met trop de vinaigre, celui-ci détruira le négatif. S'il n'y en a pas assez, le fixage sera mauvais. Pour remédier à ces inconvénients, on peut acheter de l'acide acétique en droguerie.
Le fixateur
[modifier | modifier le code]- C'est le bain qui permet de stabiliser l'image négative.
- Avant le lavage, le film est plongé dans un bain dont l'agent actif est un thiosulfate (ancien nom : hyposulfite) qui a pour rôle de dissoudre les sels d'argent non développés. Pour cette étape, le film a encore besoin de rester dans le noir. Le fixateur peut contenir des agents tannants (formol…) pour durcir la gélatine. Après le temps prévu pour le travail du fixateur, on peut sortir le film et commencer les étapes du lavage et séchage. Enfin, le film est prêt à être tiré.
Le produit de fixage utilisé ici est beaucoup plus concentré que celui qui est utilisé pour le tirage du papier. Il est fortement déconseillé d'utiliser la même préparation pour les deux usages.
Contrairement aux révélateurs, ce produit ne s'oxyde pas au contact de l'air et de la lumière, le fixateur se teste facilement avec un morceau de film (l'amorce, ou un reste de découpe avant la mise en spire), on mesure le temps mis au film pour devenir transparent et on le multiplie par deux. Le fixateur rend donc transparent un film qui n’a pas été révélé. Ne confondez surtout pas les bains révélateur et fixateur, sinon, vous perdrez vos photos. Le fixateur a une capacité variable de fixages selon sa dilution et le nombre d'émulsions traitées.
Le lavage
[modifier | modifier le code]En plus d'un lavage énergique, peuvent s'ajouter l'aide lavage et l'agent mouillant. L'aide lavage permet de raccourcir le temps de lavage du film sous l'eau courante, réduisant ainsi le gaspillage de l'eau. L'agent mouillant permet d'éviter toute trace de résidus calcaires présents dans l'eau courante. Utiliser de l'eau distillée pour ces étapes intermédiaires est inutile, mais utile au tout dernier rinçage.
Le lavage est une étape importante souvent négligée qui conditionne la bonne tenue dans le temps du film. Les traces de fixateur restant dans le film continuent à agir et peuvent à terme détruire l'image sur le film.
Lorsque l'eau de distribution est dure (calcaire), il est recommandé de terminer par un rinçage à l'eau déminéralisée additionnée d'agent mouillant, qui peux être quelques gouttes de produit vaisselle ou du produit de rinçage utilisé dans les lave-vaisselle, de façon à éviter les traces de calcaire lors du séchage du film. De même, l'usage de l'eau déminéralisée est recommandé pour la préparation des bains d'arrêt et de fixage ainsi que pour le mouillage du film avant développement. Le révélateur peut être préparé avec de l'eau de distribution si on utilise une préparation à « bain perdu », c'est-à-dire une solution à utilisation unique a jeter après usage.
Exemple de développement d'un film en cuve
[modifier | modifier le code]Il s'agit d'un développement à 20 °C (68 °F). Pour un bon résultat, il faut que tous les éléments (eau, révélateur, fixateur) soient à la même température.
Après la mise du film en cuve dans le noir total, voici la procédure à suivre.
1/ Optionnel : le pré-mouillage
[modifier | modifier le code]Cette opération, souvent conseillée, a notamment pour effet de dissoudre la couche anti-halo du film, mais surtout de permettre par la suite une action plus uniforme du révélateur. Cela réduira le risque de zones de développement irrégulier lors d'une agitation insuffisante durant les opérations suivantes. Le film doit être à une température très proche de celle des produits de développement. Si l'écart de température est supérieur à 5 °C, il y a risque de choc thermique : la surface du film est alors irrémédiablement abîmée, avec un décollement partiel de l'émulsion et l'apparition de motifs irréguliers.
- Ajouter de l'eau dans la cuve
- Agitation
- Durée : 30 secondes
- Vider la cuve
2/ Développement
[modifier | modifier le code]La technique « à bain perdu » est recommandée. De cette façon, on utilise toujours un révélateur neuf, ayant les meilleures capacités de développement (voir la notice du fabricant pour la dissolution recommandée).
- Agitation les 30 premières secondes en continu et par la suite 5 secondes toutes les 30 secondes. Une agitation violente augmentera le contraste du négatif.
- Ne pas oublier de taper la cuve sur le plan de travail afin de décoller les petites bulles qui souvent se forment sur le film.
- La durée dépend du type de révélateur utilisé, du type de film et de sa sensibilité ISO ou ASA (cf. au site du fabricant ou sa fiche technique avec certaines précautions). Elle dépend également de la façon dont le photographe veut traiter le contraste sur ce film (un traitement plus long apporte plus de contraste mais aussi plus de « grain »).
- Vider la cuve
3/ Bain d'arrêt
[modifier | modifier le code]Eau + 15 à 30 ‰ d'acide acétique ou 30 % de vinaigre
- Agitation en continu pendant 30 secondes à 1 minute
- Vider la cuve
4/ Fixage
[modifier | modifier le code]- L'agitation est nécessaire
- Durée : voir notice du fabricant
Si on veut vraiment voir rapidement ce qu'il y a sur le film, il ne faut pas ouvrir la cuve avant les 2/3 du temps (déconseillé).
- Vider la cuve
5/ Lavage
[modifier | modifier le code]- Agitation en eau courante
- Durée : 20 à 30 minutes
Note : Ilford préconise une méthode de lavage rapide, réputée très efficace et économe en eau :
- On remplit la cuve avec de l'eau propre à bonne température. On retourne la cuve 5 fois.
- On vide l'eau et on remet de l'eau. On retourne la cuve 10 fois.
- On vide l'eau et on remet de l'eau. On retourne la cuve 20 fois. On vide et c'est propre. Mais cette méthode ne dispense pas d'utiliser un agent mouillant surtout en eau calcaire.
Il est aussi possible d'utiliser une aide de lavage, dans ce cas, le processus dure 12 minutes et se déroule comme suit :
1er lavage eau
[modifier | modifier le code]- Agitation continue
- Durée : 1 minute
- Vider la cuve
Aide de lavage
[modifier | modifier le code]- Agitation continue
- Durée : 1 minute
- Vider la cuve
- Retirer le film de la cuve
2e lavage eau
[modifier | modifier le code]- Agitation en eau courante
- Durée : 10 minutes
Une seconde méthode de lavage existe pour éviter de laisser couler le robinet 10 minutes afin de favoriser un renouvellement d'eau constant dans la cuve.
On peut alors procéder ainsi :
- 1er lavage : remplir la cuve, agiter 10 fois
- 2e lavage : remplir la cuve, agiter 20 fois
- 3e lavage : remplir la cuve, agiter 40 fois
Avec cette méthode on utilise, pour une cuve standard, moins de 3 litres d'eau.
6/ Optionnel : agent mouillant
[modifier | modifier le code]- quelques (2 ~ 3) gouttes de mouillant (kodak photo-flo, Ilford ou liquide vaisselle bio ou liquide de rinçage de lave-vaisselle)
- La cuve reste au repos: pas d'agitation qui ferait mousser le bain. On peux cependant faire tourner doucement la spire.
- Ne pas oublier de taper la cuve sur le plan de travail afin de décoller les petites bulles qui souvent se forment sur le film.
- Durée : 1 à 2 min pas plus
7/ Séchage
[modifier | modifier le code]- Accrocher le film à l'aide de pinces à linge aux deux extrémités (en veillant à éviter les courants d'air et à la poussière pouvant détériorer le travail en venant se coller dessus). Il est recommandé d'utiliser des pinces spéciales que l'on trouve dans le commerce, pinces qui s'adaptent à la perforation du film. Une normale pour le haut, une lestée pour le bas afin de tendre le film.
- Durée minimum de 30 minutes à l'air libre pour que la gélatine durcisse suffisamment pour ne pas se rayer dans l'agrandisseur. Si c'est possible le prolonger jusqu'à 2 heures. Dans le cas de l'utilisation d'une sécheuse de film, commencer par un réglage pas trop chaud puis, après 5 minutes, augmenter la température de l'air soufflé.
Respect de l'environnement
[modifier | modifier le code]Les révélateurs utilisent généralement de l'hydroquinone ou du para-aminophénol comme agent révélateur, qui sont toxiques et polluants. Certaines formules sont cependant plus respectueuses de l'environnement. Par exemple, le Kodak XTOL utilise de l'acide ascorbique et de la dimezone en faible quantité comme agents révélateurs.
Certaines solutions sont utilisables plusieurs fois à la suite. En effet, une fois utilisées, elles peuvent être reversées dans un récipient opaque à la lumière et bien fermé. Il existe des bouteilles en forme d'accordéon qui permettent de retirer un maximum d'air en les écrasant et en les fermant en position écrasée, l'oxygène étant nocif a la bonne conservation des bains de révélateurs. Les possibilités de ré-utilisation des solutions sont différentes pour chaque produit et indiquées sur les notices des fabricants. Les conditions de développement changent au fur et à mesure de la ré-utilisation du fait de l'usure des produits.
Dans tous les cas, afin de préserver l'environnement, les produits usagés ne devraient pas être évacués avec les eaux usées, mais récupérés et retraités.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Roger Kockaerts, Techniques d'archivages pour les émulsions argentiques N&B modernes, édition « pH7 », asbl pour l'étude, le développement et la promotion de la photoconservation, Bruxelles, 1985.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Tirage de photos N&B sur papier
- Traitement des images photographiques
- Développement d'un film négatif couleur
- Types d'émulsions argentiques
Liens externes
[modifier | modifier le code]- 35mm-compact.com - Films Noir et Blanc et labo photo
- The Massive Dev Chart - Site très complet permettant de trouver les temps à respecter suivant les films et les révélateurs
- Pirate-photo : tables de développement - Tables de développement de films noir et blanc, basées sur une compilation des notices des fabricants
- Au fil des images - - cours de photo
