Aile de dérive

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Dérive latérale)
Un aile de dérive sur le Frise De Dicke Door amarré dans le bassin Lapérouse du port de Rochefort.
Aile de dérive sur un aak néerlandais.

Une aile de dérive est une forme de quille pivotante disposée latéralement sur un voilier, par paire, utilisées comme dérive pour stabiliser et réduire la dérive latérale[1],[2]. Cette conception se rencontre sur certains bateaux fluviaux à fond plat, ou mixte fluviaux et marin leur permettant d'évoluer dans des eaux peu-profondes (zone de marée, fleuves) ainsi que dans des eaux agités ou par fort vent ou courant latéral.

Ce type de conception est apparu en Chine, au VIIIe siècle avant de se diffuser dans la flotte néerlandaise et portugaise à partir du XVIe siècle[3],[4],[5]. Très répandue dans les gréement traditionnel, ce type de dérive est tombé en désuétude sur les bateaux modernes.

Sémantique[modifier | modifier le code]

Le terme français fait allusion à l'analogie avec une aile d'oiseau. On utilise aussi les termes : dérive latérale[6], semelle de dérive (à cause de sa forme)[7], aileron[1] ou dérive hollandaise[1]. Pour les chaloupes basques, le terme abortza est utilisé[8].

La traduction anglaise d'une aile de dérive est leeboard[9] qui signifie également "sous le vent", faisant référence à la position sous le vent de l'aile active au maintien du bateau.

Historique[modifier | modifier le code]

Apparus en Chine à partir du huitième siècle au moins, sur des navires de guerre qui "tenaient les navires, de sorte que même lorsque le vent et les vagues se soulevaient avec fureur, ils ne sont ni conduits de côté, ni se retournent"[10]. Les ailes des dérive utilisées pour stabiliser les jonques et améliorer sa capacité à naviguer au vent, sont documentées dans un livre de Li Chuan.

Des innovations ont été transmise aux navires portugais et néerlandais vers 1570[3],[4],[5] : "Les Portugais ont essayé de calfeutrer leurs navires à la chinoise et les Néerlandais ont probablement ajouté à leur embarcation des ailes de dérives copiées à partir de modèles chinois"[11]. Les ailes de dérive sont donc utilisées depuis 1570, par les voiliers côtiers et fluviaux utilisés pour le transport, tels que les scutes hollandais, des barges de la Tamise et des gundalows américains.

Les ailes de dérive sont tombés en désuétude sur les voiliers modernes, outre l'aspect inesthétique subjectif, c'est la difficulté des manœuvres sur les voiliers équipés d'ailes de dérive (virement de bord), qui limite un plus vaste usage moderne.

Un jonque de la dynastie Song au XIIIe siècle laissant voir la présence d'ailes de dérives.

Description[modifier | modifier le code]

Géométrie et fonctionnement[modifier | modifier le code]

Généralement montés par paires de chaque côté de la coque, les ailes de dérive, en bois ou métal, fonctionnent comme une dérive, ce qui permet aux embarcations à faible tirant d'eau de manœuvrer dans des eaux plus agité ou par fort vent ou courant latéral, la ou une quille fixe serait nécéssaire. Une seule aile est utile à la fois, celle sous le vent, qui lorsque le navire est incliné est largement immergée (au deux-tiers du tirant d'eau)[2]. Elle permet d'opposer une résistante latérale aux fluide et limite à dérive[2]. L'aile au vent, sur le bord opposé, partiellement immergée est relevée afin de réduire la traînée. Contrairement aux dérives classiques, symétriques par rapport à l'axe du bateau, les planches sont souvent asymétriques, ce qui leur permet de lever plus efficacement dans une direction. Les ailes de dérive simplifient la construction de la coque, car ils sont fixés à l'extérieur et ne nécessitent pas de trous dans la coque (pour la dérive), qui pourrait provoquer des fuites.

Avantages[modifier | modifier le code]

Les bateaux qui sont munies d'ailes de dérive, ont l'avantage de pouvoir disposer d'un faible tirant d'eau. Ils peuvent naviguer en eaux peu profonde (zone de marée, de récifs, de haut fond marins ou fluviaux)[2] et en eaux plus agités comme dans des estuaires ou le long des côtes maritimes. Les ailes de dérives limitent la dérive latérale et stabilisent le navire.

Ils ont notamment permis aux gundalows de transporter les cargaisons difficiles à charger et à décharger dans des zones de marées, ainsi que de procéder facilement à l’entretien de leurs coques. Les ailes de dérives étaient également plus faciles à construire qu’une grande dérive.

Inconvénients[modifier | modifier le code]

Un des inconvénients de ce type de dérive est la nécessité de lester les navires, même à minima, limitant la capacité de l'embarcation en masse. Toutefois l'utilisation d'ailes de dérive, permet de laisser le plancher du bateau dégagé et d'en améliorer la capacité volumique : Comme les dérives sont rétractables, elles nécessitent un grand coffre étanche pour les maintenir en place une fois rétractées, ce qui occupe un espace autrement utile sur le fond de cale, la cabine ou le cockpit du bateau.

Un autre inconvénient, qui a certainement emmené la diminution de son usage, est la complexité du processus de virement de bord pour les voiliers équipés d'ailes de dérive.

Développement moderne[modifier | modifier le code]

Les développements modernes permettent à ce type de conception d'agir comme une foil améliorant la vitesse. Certains bateau rapides utilisent des ailes similaires qui sont montés entre l'axe de la coque et les côtés, afin qu'ils puissent utiliser une paire de foils asymétriques pour une portance maximale et une traînée minimale.

Type de navires à ailes de dérive[modifier | modifier le code]

Bateaux fluviaux[modifier | modifier le code]

Bateaux mixtes fluviaux / maritimes[modifier | modifier le code]

Galerie d'images[modifier | modifier le code]


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Dictionnaire de la Mer (Jean MERRIEN, Edition Omnibus, 2001), Page 12
  2. a b c et d Dictionnaire de la marine à voiles (PÂRIS et De BONNEFOUX, réédition de 1999), page 21
  3. a et b Donald F. Lach (1977). Asia in the making of Europe. Volume II, A Century of Wonder. p. 403
  4. a et b Robert Temple, The Genius of China, Simon & Schuster,
  5. a et b Charlotte Harris Rees, Secret Maps of the Ancient World, Authorhouse, (ISBN 978-1434392787), p. 102
  6. Dictionnaire de la Mer (Jean MERRIEN, Edition Omnibus, 2001), Page 754
  7. Dictionnaire de la marine à voiles (PÂRIS et De BONNEFOUX, réédition de 1999), page 588
  8. Guide des termes de marine (Chasse Marée, 1997), page 70
  9. (en) « Dictionary reverso.net / leeboard »
  10. Li Ch'üan, Manual of the White and Gloomy Planet,
  11. Donald F. Lach (1977). Asia in the making of Europe. Volume II, A Century of Wonder. p. 403

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Merrien, Dictionnaire de la mer : Savoir-faire, traditions, vocabulaire, techniques, Omnibus, réédition 2001 (réimpr. 2014), 861 p. (ISBN 9782258113275)
  • Edmond Parïs et Pierre de Bonnefoux, Dictionnaire de marine à voiles (Détail des éditions), Editions du Layeur (réimpr. 1999) (1re éd. 1859), 720 p. (ISBN 291146821X)
  • Collectif, Guide des termes de marine : Petit dictionnaire thématique de marine, Le Chasse Marée - Armen, , 136 p. (ISBN 290370872X)