Démondialisation

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La démondialisation est un concept prônant une nouvelle organisation de l’économie mondiale. Elle prend en compte l’augmentation des interdépendances humaines dans le monde mais s’efforce de les soustraire à la domination de la mondialisation financière et du libre-échange.

Elle vise à rendre plus juste, sociale et écologique l’organisation économique mondiale grâce à de nouvelles règles endiguant les effets néfastes du libre-échange et du néolibéralisme. Elle a aussi pour objectif de mieux articuler la décision prise dans le cadre civique à l’action au niveau international.

La démondialisation se base principalement sur la mise en place de taxes douanières, modulées selon le coût écologique et social des marchandises, et la reterritorialisation de la production.

Origine et développements[modifier | modifier le code]

Paternité[modifier | modifier le code]

La paternité du terme est attribuée au célèbre penseur philippin Walden Bello qui développe ce concept dans son ouvrage : Deglobalization, ideas for a New World Economy[1]. Selon lui, la mondialisation néolibérale née dans les années 80 porte préjudice aux économies des pays du sud qui se basent sur les seules exportations sans développer leur marché intérieur. Globalement, la démondialisation s’inscrit dans un courant de pensée hostile à une interdépendance trop forte des économies, déjà critiquée par Keynes[2].

Définition[modifier | modifier le code]

Pour Walden Bello, la démondialisation n’est pas un retrait de la communauté mondiale mais un modèle alternatif à celui de l’OMC, « Il s’agit de réorienter les économies, de la priorité à la production pour l’exportation, à celle pour la production destinée aux marchés locaux ». Mais, toujours selon l’auteur, la démondialisation serait également favorable aux pays du nord, en proie au Dumping social. La dérèglementation des échanges et de la finance conduisant à une mise en concurrence des salariés au niveau mondial, les pays industrialisés subiraient une pression à la baisse sur les salaires et un phénomène de délocalisation vers les pays émergents où la main d’œuvre est à bas coût. La démondialisation se construit donc sur une critique ferme du libre échange et de la dérèglementation financière, coupable selon ses détracteurs de porter atteinte aux droits sociaux et à l’environnement. Elle s’attache à dénoncer le mythe d’une mondialisation « heureuse », qui aurait permis le développement des pays du sud.

Causes[modifier | modifier le code]

Parmi les causes de la démondialisation du temps présent, on peut citer la crise financière de 2008 a donné lieu à un fort regain de la remise en cause du capitalisme financier. Elle serait la preuve de l’échec de la mondialisation économique néolibérale. Dans ce contexte, le concept de démondialisation a pris de l’importance dans les pays du nord où de nombreux penseurs tentent d’imaginer un/des modèle(s) alternatif(s). À son stade de développement historique, le modèle de démondialisation n'est pas univoque et ne peut pas valablement être considéré comme "réactionnaire". La démondialisation pourrait prendre dans le futur la forme d'une rupture quasi révolutionnaire par rapport au système actuel. La démondialisation fait aujourd’hui partie du débat politique.

1971 : fin de la convertibilité du dollar américain en or[modifier | modifier le code]

Au premier rang des causes de la mondialisation, nous trouvons la décision en 1971 du Président américain Richard Nixon de supprimer la libre convertibilité du dollar américain en or. Cette mondialisation a débuté, suivant cet acte politique, il y a 40 ans. Cette démonétisation de l’or a ouvert la boite de Pandore de la privatisation de la monnaie-étalon au niveau mondial que constitue le dollar américain.

Dans ce contexte, une refonte du système monétaire américain dans le sens d'une transformation de la Federal Reserve Bank américaine en une institution de droit public contrôlée par l'État pourrait créer une condition de déclenchement d'un processus de démondialisation à partir des États-Unis. Le système monétaire pourrait évoluer également dans le sens de l'abandon du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale. En effet, les échanges aujourd'hui libellés en dollar américain pourraient être comptabilisés dans une nouvelle devise composée d'un panier de monnaies représentatives de la réalité des échanges mondiaux et des forces politiques et économiques en présence. L'enjeu serait d'introduire, par l'ensemble des acteurs mondiaux, un contrôle, du processus de création monétaire accompagnant le commerce mondial.

Droits de douane[modifier | modifier le code]

L’autre décision, planifiée de longue date, a consisté en la réduction progressive et continue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale des droits de douane. Le plan Marshall a constitué le premier moment de l’internationalisation des firmes américaines, de leurs capitaux en dollar, de leur méthode de gestion et de leurs normes d’audit comptable. La réintroduction progressive et programmée des droits de douane sur les flux de marchandises, en fonction de leur zone de production, et la taxation concomitante des flux financiers spéculatifs agiraient comme un attracteur de démondialisation (cf: taxe Tobin). S'agissant de la régulation des flux de marchandises et de biens manufacturés, la démondialisation prendrait comme base l'application du principe de subsidiarité.

Interprétation économique[modifier | modifier le code]

Sur le plan économique, le processus de mondialisation serait fondé sur l’affirmation conceptuelle suivant laquelle les marchés sont efficients, ou tendent à l’efficience suivant le modèle dit « CAPM – Capital Asset Pricing Model » appelé en français le MEDAF - Modèle d'Evaluation des Actifs Financiers - pour lequel les auteurs américains H. Markowitz, W. Sharpe, et M. Miller reçurent le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel en 1990. Certains pensent aujourd'hui que les présupposés de la théorie de l'efficience des marchés de capitaux, qui fonderaient cette économie mondialisée sous sa forme actuelle, ne traduisent pas entièrement la réalité. Ils sont basés sur une règle statistique simplifiée, voire triviale, qui définit l'évolution des prix des actifs comme relevant d'une loi normale gaussienne. Cette loi possède un écart-type fini, et surtout autorise la réalisation de prévisions de marchés parce que tous les points de mesure seraient dérivables sur la totalité de la courbe de prix. Dans la réalité, les actifs financiers suivent des lois statistiques plus complexes, des stochastiques à écart-type infini, des fractales (cf: Mandelbrot) de sorte que la probabilité d'apparition d'un évènement rare - catastrophique -, un krach par exemple, ou l'éclatement d'une bulle financière est beaucoup plus élevé que dans le cas d'une distribution des prix relevant d'une loi normale. Ce serait en raison de ces simplifications que les spécialistes sont généralement dans l'incapacité de prévoir l'occurrence des crises et des krachs boursiers et économiques.

Cette mondialisation résulterait de la présence, et la circulation extraordinaire d'une monnaie numérique de nature fiduciaire. L’argent constituant la contrepartie abstraite des biens économiques sa circulation fiduciaire sans entrave et totalement libre de toute taxe serait la pierre angulaire du système.

La prise en compte des insuffisances de la théorie dite de l'efficience des marchés de capitaux et la relativisation subséquente de son application fonderaient conceptuellement la pratique de la démondialisation.

Le prix Nobel français de science économique Maurice Allais a théorisé le concept d'économie de marchés (marché accordé avec un "s") en soutenant que la notion selon lui abstraite de marché mondial nie les réalités très différenciées existant au niveau des structures de coûts, de production et de formation de prix des produits d'une région à l'autre du monde.

En politique[modifier | modifier le code]

Sur le plan politique, la mondialisation a connu un formidable développement à la suite de l’effondrement de l’Union soviétique dans les années 1990. L’Union soviétique représentait une alternative à l’application du principe général du marché libre et donc un frein à l’omniprésence des solutions libérales. Historiquement ce sont les anglo-américains, sous l'impulsion officielle du président des États-Unis d'Amérique Ronald Reagan et du Premier ministre britannique Margaret Thatcher, qui initièrent en premier la libéralisation de leurs systèmes économiques tirant ainsi les premiers les conclusions de la perte d'influence de l'Union soviétique et la fin de l'exigence de la redistribution sociale du modèle de l’État Providence.

En conséquence aujourd'hui, toutes les expériences, et les initiatives visant à développer des modèles alternatifs d'échanges de biens et de services tant au niveau micro que macro économique, au-delà même de la consolidation du modèle de l’État Providence, doivent être étudiées et encouragées de sorte de penser la démondialisation comme évènement politique de nature citoyenne.

Dans l'organisationnel[modifier | modifier le code]

Sur le plan de l’organisation des firmes capitalistes, la mondialisation représente la volonté de continuer le « fordisme » en dehors de la sphère industrielle et de le porter dans le domaine des services puis de la finance. L’idée est ici de spécialiser les tâches dans la réalisation des produits, des services et des instruments financiers en autant de sous-domaines pouvant un à un être optimisés créant ainsi les conditions d'un appauvrissement de la qualification du travail réalisé, d’une fuite vers la sous-traitance (en anglais, outsourcing) entrainant de facto à terme l’effondrement des frontières des firmes entre elles. La dévalorisation de la force de travail entraine une hausse du taux de plus-value, cette dernière étant librement délocalisée dans des zones du monde faiblement fiscalisées assurant ainsi la reproduction concentrée du capital. La recherche du profit se déplace ainsi du périmètre des firmes au cœur même de ces dernières dans le processus de fabrication des produits, de prestation des services puis de conception des produits financiers à une échelle mondiale.

Cette recherche du profit peut désormais s'effectuer sans entrave, de manière abstraite, et dans une fuite en avant de plus en plus loin du réel, du concret, de la nature physique et vivante du monde. Ainsi les ingénieurs financiers vont développer des produits financiers dérivés, dérivés de dérivés, des fonds d'investissements, des fonds de fonds, des hedge funds, etc. Cette fragmentation du réel en produits financiers virtuels, abstraits, opaques et toxiques permettra aux banques d'affaires, grâce à la liberté des échanges financiers mondiaux, de les proposer aux investisseurs/spéculateurs du monde entier et de diffuser ainsi l'illusion de grosses possibilités de profits, niant les risques réels de nature systémique ignorés dans les modèles de valorisation d'actifs. La valeur de capitalisation des titres est une fiction. La fragmentation des actifs supposés en titres - la titrisation - dote le capital fictif d'un mouvement propre et d'une valeur obtenue par capitalisation du revenu rapporté ou escompté statistiquement sur le titre. C'est donc la mise en circulation du titre ou de son dérivé synthétique qui lui confère une valeur escomptée.

Le processus de démondialisation supposerait donc sur le plan législatif de créer des frottements, par exemple des impositions et des réglementations contraignantes, dans la circulation des titres, notamment des titres dérivés, pour neutraliser cette création artificielle de valeur qui est à l'origine de l'éclatement des bulles.

La méthode actuelle qui prévaut relève d'une approche réductionniste de l'analyse des firmes et du système économique. Or il est établi qu'en matière d'analyse des systèmes complexes - comme le système économique par exemple - l'approche réductionniste est parfaitement illusoire (voir René Thom). En effet, à une entrée d'information ou une unité d'énergie dans un système complexe peut correspondre une infinité de réponses possibles en sortie de ce dernier qui ne sont ni modélisables ni prédictives.

Il n'est pas possible de fonder, sur la base de tels errements et de manque d'outils d'analyses pertinents de véritables décisions politiques raisonnées et prises sous l'empire du logos. Les conséquences de la mondialisation, telle qu'elle se présente aujourd'hui, ne sont ni connaissables, ni maitrisables. L'histoire des effets de la mondialisation libérale n'est donc pas écrite, par suite logique la mise en place d'un système alternatif est possible à défaut d'être souhaitable voire nécessaire. Les effets de cette forme présente de mondialisation pourraient être la source future de perturbations et de déséquilibres de grande amplitude sur des plans divers et systémiques : empreinte écologique aggravée, désorganisation sociale (précarité, chômage, paupérisation des gens), éclatement de bulles financières et endettement. L'occurrence de ces désordres pouvant se combiner de manière explosive, et ce, sans que les décideurs aient une réelle possibilité d'action dans le cadre conceptuel et le paradigme actuels.

Le processus de démondialisation serait conforté par l'introduction et le développement de nouveaux modèles de management des firmes tendant à favoriser leur intégration verticale d'une part, et un nouvel élan donné à des efforts de relocalisation géographique aussi complète que possible de la fabrication des produits. Autant qu'il est possible, cette pratique qui consiste à éclater et à délocaliser la fabrication des artefacts en sous-produits, composants ou sous-process doit être remise en cause de sorte de valablement relocaliser la production et reterritorialiser la plus-value et les profits des firmes. Ceci contribuerait à accroître la capacité des États à :

  • lever l'impôt sur les profits des multinationales ;
  • lutter contre les fraudes sur les prix de transfert ;
  • identifier les flux spéculatifs de manière plus efficace ;
  • empêcher les firmes de localiser leurs plus-values dans des zones défiscalisées ;
  • priver de toute rationalité l'usage des paradis/refuges fiscaux.

Dans la finance[modifier | modifier le code]

Sur le plan financier, cette fragmentation des firmes dans leurs capacités de plus en plus réduites à produire des artefacts dans leur totalité, vise à maintenir à tout prix les niveaux des taux de profits de ces dernières. De ce point de vue, la mondialisation est une lutte visant à contrecarrer la baisse générale du taux de profit des firmes qui accompagne généralement la croissance quantitative des volumes de marchés. L’urgence du maintien du taux de profit est rendu de plus en plus problématique alors que les spécialistes semble prendre conscience des conséquences liées au caractère fini de la planète en tant corps physique et biologique. Pour cette raison, les décisions des firmes mondialisées et de leurs « managers », dans leur volonté farouche de compresser les coûts (cost cuting) de sorte de rémunérer au mieux l’actionnaire anonyme, sont de plus en plus violentes sur le plan financier.

En finance de marchés, c'est le taux de rendement exigé par l'actionnaire qui est le facteur déterminant de la fixation des niveaux des prix et des risques pris sur les opérations financières. Il est étonnant que la fonction objective sous contrainte que les dirigeants cherchent à optimiser, soit le rendement du seul actionnaire alors qu'il n'est qu'une partie au contrat de société de la firme. La fonction à optimiser devrait inclure, en plus de l'actionnaire, évidemment l’État et/ou les collectivités territoriales qui représentent le corps social assurant la cohésion nationale ou régional du système et les salariés qui travaillent. Ces derniers appartiennent à la fois au corps social et sont également subordonnés à la firme. De ce point de vue, ils ont une légitimité égale voire supérieure à l'actionnaire notamment l'actionnaire étranger. Il est par ailleurs observé qu’au sein même de la dynamique libérale, dans le conflit qui oppose depuis toujours les capitalistes entrepreneurs et les capitalistes financiers, ce sont ces derniers qui ont pris le dessus dans leur capacité à capter une part croissante du profit et de la rente générée par le commerce. Cette tendance est conforme à une analyse de Karl Marx dans son œuvre maîtresse « le capital ».

La démondialisation suppose une taxation sérieuse des activités financières dite de "marché" de sorte d'assécher progressivement la sphère spéculative du domaine économique. Ce principe de taxation des transactions financières consacrerait la réapparition aujourd'hui disparue d'une frontière nette entre investissement et spéculation. La promotion de la démondialisation implique un accroissement des impositions mises à la charge de l'actionnaire suivant l'application d'un principe de nationalité et non plus de résidence fiscale de sorte de neutraliser les solutions trouvées par les exilés fiscaux qu'ils soient des personnes physiques et/ou des personnes morales. Ce qui précède soulève notamment les questions de la rémunération des élites des firmes multinationales et des financiers qui leur sont liées, de l'imposition des firmes au niveau mondial et de la présence des « refuges et paradis fiscaux ». Cette réaffirmation du fait national est fondamentale dans l'application pratique et locale du principe de démondialisation.

Structurellement[modifier | modifier le code]

Sur le plan de la structure de pouvoir, la mondialisation consacre certes une expansion en réseau des échanges marchands, qui facilite la défiscalisation des profits, mais surtout elle est patiemment organisée suivant un gradient d’autorité dont le point haut - le chef - décide de la création monétaire. Ce pouvoir est délibérément placé par les élites politiques entre des mains privées, qui promeuvent le développement de l’ « argent dette » mis à disposition des firmes au travers le système bancaire. Cette passation de pouvoirs à l'avantage des banquiers s'effectue sans contrôle démocratique et de manière parfaitement opaque. La mondialisation consacre de surcroit une confusion totale dans mode de recrutement des élites où des décideurs cooptés passent indifféremment de la haute finance, la haute industrie, la politique et inversement. Les exemples foisonnent. Par ce processus, le citoyen redescendu au rang de consommateur où qu'il se trouve dans le monde, se trouve exclu d'une décision politique fondamentale. Cette mondialisation libérale est par suite d'essence totalitaire. Elle consacre la dégradation d'un système démocratique en un système oligarchique. L'idée de la mondialisation semble avoir conquis le monde mais elle se heurte à des contradictions internes au rang desquelles se trouve posée la question de la baisse de la demande solvable face à l'occurrence somme toute classique d'un accroissement en rythme et en intensité des crises de surproduction que génère le système.

L'éloignement de cette difficulté de surproduction, pour les firmes transnationales, passe par le développement des marchés intérieurs des pays émergents, dont la Chine, pour leur consommation intérieure mais cette occurrence implique une croissance plus grande du pouvoir politique chinois ou autre. La réaffirmation du politique, dans les pays dits "émergents", en Chine par exemple, et sa nouvelle influence mondiale sont en parfaite contradiction avec l'idée initiale de la mondialisation libérale vue comme un système d'effondrement du politique au bénéfice de la privatisation du monde.

L'essentiel du processus économique de mondialisation est en réalité, le fait d'un commerce intra-firmes pour l'essentiel d'origine occidentale. Les statistiques le montrent. Une démarche étonnante de démondialisation pourrait alors voir le jour dans les années qui viennent du fait d'un changement brusque de stratégie de ces firmes transnationales d'origine occidentale opérant dans le monde si ces dernières étaient mises en demeure de rendre des comptes sur les conséquences sociales et politiques de leurs actions et/ou si une instance de décision politique apparaissait au sein même des conseils d'administration de ces firmes notamment pour des raisons géopolitiques bien comprises de conflits de puissances.

Le système n'est pas à l'équilibre. L'apparition des crises de toute nature le montre. En effet, les "instituts" bancaires ont épuisé leur quête de vente des produits titrisés fondés sur un vide conceptuel, les consommateurs, figures indépassables du libéralisme, ont épuisé leurs possibilités d"endettement, les entrepreneurs financiers sont eux en quête effrénée de liquidité, les firmes multinationales se phagocytent entre elles, les États devenus les sujets des agences américaines de notation et non plus des peuples, sont sommés d'accepter le transfert des dettes privées et de les socialiser sous le label de l'austérité.

La mondialisation sous sa forme triviale actuelle est privée de base conceptuelle solide, elle consacre la fusion de l'économie de la fraude et de l'économie réelle, elle a fui vers la titrisation abstraite du réel, elle dérive de manière autoritaire voire totalitaire, elle apparait comme un colosse aux pieds d'argile. Selon toute vraisemblance, elle ne passera pas le cap de l'histoire dans sa forme actuelle. Nous gardons à l’esprit que le mondialisme est plus généralement un phénomène de dégénérescence du capitalisme en libéralisme. Le second constitue la forme tardive et crépusculaire du premier.

L'irruption de l'influence politique chinoise au niveau mondial est un effet d'une cause essentielle - la mondialisation - qui lui a donnée naissance. Si un jour les politiques en Occident (i.e États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Japon et Israël) cherchent à contenir efficacement la croissance de la Chine - l'atelier du monde - en tant qu'instance politique, les mesures économiques de démondialisation pourraient être mise en œuvre. Les mesures prises de démondialisation ne consisteraient sans doute pas en un retour univoque à des hypothèses nationales mais vraisemblablement viseraient la constitution de grands blocs homogènes à l'image du projet d'alliance Euratlantique, prévu pour les alentours de 2015 selon les travaux de la Commission Européenne, concernant les États-Unis et l'Union Européenne. Mais ce qui pourrait apparaitre comme un processus visant à dé-mondialiser, dans le sens d'une fragmentation du système, en créant des blocs politiques et économiques homogènes par exemple, pourrait tout au contraire signifier la décision prise par les instances mondialistes d'un franchissement d'une étape supplémentaire dans le processus global de mondialisation libérale. Vue sous cet angle, la mondialisation serait le résultat d'une construction politique transnationale de formation d'un puzzle, d'où la difficulté de penser concrètement et d'agir dans le sens de la démondialisation.

Décisionnel[modifier | modifier le code]

Sur le plan de la décision politique, les décideurs occidentaux d'abord puis ceux appartenant aux pays tiers ensuite, favorables au système, choisis, formés et cooptés comme tels, ont progressivement abandonné leurs prérogatives d’hommes d’État au profit de l’adoption dans leur pratique politique d’un concept faible dit de « gouvernance mondiale » placé entre les mains de firmes privées, de groupes transnationaux, d'organisations diverses et de think tanks. Cet effacement spectaculaire de ces élus politiques s’est traduit dans la pratique par le développement de phénomènes de privatisations, de dérégulations et de déréglementations étatiques au profit de l'adoption de règles internes émanant des firmes elles-mêmes. C'est l'adoption du mythe de l'auto-régulation. Dans le système actuel, les décideurs se certifient eux-mêmes. Ces phénomènes ont entrainé par suite une expansion croissante, potentiellement infinie, de la sphère marchande dans la réalité concrète des gens (i.e. privatisation des établissements financiers, de la distribution de l’énergie, de l’eau, du transport, des prisons, des forces de sécurité, etc). Il semble que cette tendance, n’admette pas de limite conceptuelle suivant les tenants du libéralisme mondialisé. Il s’agit d’une réduction matérialiste planifiée des échanges en échanges de biens marchands ou marchandisés optimisés sur des principes de court terme. La mondialisation impose en effet comme condition préalable la levée de la contrainte étatique. Le libéralisme apparaît donc comme une négation du droit, l'adoption du mythe du droit sans l’État et consacre l'avènement d'une hyper-classe oligarchique privée de base légale et de légitimité démocratique. Le caractère flottant du mondialisme libéral est en réalité son talon d'Achille majeur. Par suite, si, sur la pression des gens, ou la réaffirmation du désir de puissance des États, le politique réapparait soudainement, la démondialisation se développera inconsciemment, naturellement et automatiquement.

Ressources humaines[modifier | modifier le code]

Sur le plan des ressources humaines, la mondialisation est rendue possible par la mise à disposition illimitée, à l’avantage des firmes multinationales et des marchés, d’une force de travail constituée d’humains corvéables à merci. Cette mise à disposition aux forces de marchés est le fait des décideurs au sein des États des pays du Nord et des pays tiers du Sud. Le niveau de développement de ces derniers étant généralement inférieur à celui atteint en Occident. Ce phénomène crée une tendance lourde d’une mise en concurrence généralisée – à l’échelle planétaire – des forces de travail sans distinction apparente des conditions locales pour i) les gens liées au niveau d’emploi, de protection sociale, de formation et de rémunération des employés et ii) d'autres conditions locales que sont la géopolitique, l'environnement et le biologique. La « ressource » humaine devient dès lors pour la firme, au plan comptable, une charge variable d’ajustement du compte d’exploitation, et non plus une ressource au passif du bilan financier. La réduction de cette « charge » humaine constitue un élément essentiel de la captation du taux de profit et de la rente à l’avantage de l’actionnaire apatride au détriment de l'acteur salarié. De ce point de vue comptable, parler de « ressource humaine » dans le système libéral du management des firmes est un oxymore.

Technoscience[modifier | modifier le code]

Sur le plan de la technoscience la mondialisation est rendue possible, à l’échelle d’un nombre croissant de produits, de services et de concepts financiers dérivés abstraits, du fait de la croissance exponentielle, voire doublement exponentielle, de la puissance et de la rapidité des systèmes d’information comme outil de gouvernance des firmes et de réalisation des productions d'artefacts. Plus généralement les applications de la technoscience est en passe de dépasser les humains dans tous les compartiments du savoir et de la connaissance à l'horizon des prochaines décennies. D'un point de vue financier, cette technoscience se traduit par l’idée de pousser toujours plus loin la substitution du capital au travail et la disponibilité numérique de l’intelligence pour réaliser le rêve des libéraux d’un effacement irréversible du facteur humain dans l’économie et à terme dans le social ! À long terme, ce rêve libéral pourrait se heurter à la présence d'une quantité de groupes humains vivant sur la planète de facto considérés comme surnuméraires. L'affirmation du processus de démondialisation ne pourra pas s'affranchir de cette réalité de l'intelligence artificielle. Ce processus de fusion du numérique et du biologique devra faire sans doute l'objet d'un contrôle politique au risque pour la démondialisation ne pas produire les effets escomptés à savoir le retour à l'équilibre du système.

Historique et analyse[modifier | modifier le code]

La mondialisation libérale moderne actuelle est un processus politique qui a débuté historiquement aux États-Unis et qui agit comme une réponse de ses derniers visant à proroger, leur puissance hégémonique au-delà de son domaine de validité historique au travers notamment de l’outil de la création monétaire privée pilotée par la Réserve Fédérale Américaine, sécurisée par la présence de sa « main visible » militaire répartit dans le monde, sa volonté de contrôler stratégiquement les flux énergétiques et pétroliers et les civilisations, au rang desquelles apparait l'islam, récalcitrantes à ses valeurs et d'empêcher l'apparition de toute puissance pouvant remettre en question sa domination mondiale.

Ainsi donc le concept de démondialisation vise à introduire tout frottement utile et nécessaire au niveau des variables citées plus avant de sorte de courber l’évolution du système dans le sens de la relocalisation des processus de création de richesse, fixer les populations dans leur espace d'origine, et réduire l'empreinte écologique par une réduction optimale quantitative des flux de matière et d'énergie. Ce dernier aspect est fondamental en ce sens qu'il pourrait pour partie réorienter la nouvelle industrialisation des États au Nord comme au Sud.

La mondialisation est un évènement de nature philosophique et politique. Pour ce faire, s'impose la nécessité historique pour les politiques de reprendre des mains du privé en première instance le contrôle du processus de création monétaire, de maitrise politique des flux de personnes, d’énergie, de matières et de services, rendant ainsi possible la réémergence partout dans le monde du sujet citoyen politique par delà de son rang aliéné de consommateur.

Les différentes acceptions de la démondialisation[modifier | modifier le code]

Concept aux contours encore flous, la démondialisation recouvre en réalité plusieurs acceptions, allant toutes dans le sens d’un modèle alternatif à celui d’une organisation dérégulée du libre échange et de la finance au niveau mondial. Ces acceptions sont cependant liées entre elles et ne sont pas destinées à être pensées séparément[3].

  • Les protections commerciales ou protectionnisme : Afin de lutter contre les effets néfastes de la mise en concurrence au niveau mondial, les défenseurs de la démondialisation sont favorables à une meilleure protection des économies nationales. Ceci se traduit par la mise en place de barrières douanières. Ces dernières sont cependant modulées selon différents critères sociaux et écologiques. C’est ce que défend notamment l’économiste Jacques Sapir[4].

Ainsi, le protectionnisme vert, qui vise à taxer les produits dont le coût écologique est élevé, fait partie intégrante de la démondialisation.

On retrouve également l’idée d’un protectionnisme différencié défendu par Pierre-Noël Giraud, professeur à l'École des mines de Paris, qui viserait à favoriser les pays les moins avancés par rapport aux actuels pays émergents afin de donner plus d’équilibre au développement. Enfin, les protections ne doivent pas forcément se situer au niveau national, pour le démographe Emmanuel Todd par exemple, il s’agirait de mettre en place un protectionnisme européen[5].

  • La régulation de la finance mondiale : la démondialisation tend également à re-réguler le système financier mondial, responsable, selon les défenseurs du concept, de la crise de 2008 et de l’effondrement de l’économie. Selon eux, la démondialisation doit conduire à l’instauration de règles précises allant contre le laissez-faire afin d’éviter les dérives produites par le capitalisme financier.
  • La relocalisation et l’écologie : allant de pair avec le protectionnisme, la démondialisation revendique aussi une relocalisation de la production sur le territoire. Celle-ci a un caractère écologique car elle est souvent présentée comme un moyen de lutter contre une circulation abusive des marchandises qui font parfois des milliers de kilomètres avant d’être consommés, alors qu’elles pourraient être produites sur place. C’est ce que défend notamment Edgar Morin.

L’idée de réindustrialisation verte est également avancée, elle vise à soumettre les entreprises qui se réinstalleraient sur les territoires nationaux à des critères écologiques forts ou à les orienter vers l’économie verte.

  • La question de la monnaie européenne : il s’agit sans doute de la question la plus controversée parmi les défenseurs de la démondialisation. Pour certains d’entre eux comme Emmanuel Todd, il faut envisager une sortie de l’euro, qui asphyxie les pays latins. D’autres prônent un euro différencié à l’instar de Jacques Sapir qui propose « le recours à une monnaie, non plus «unique», mais «commune». C’est-à-dire que l’euro resterait en vigueur pour les échanges de la zone euro avec l’extérieur, mais l’on reviendrait aux monnaies nationales pour échanger à l’intérieur de cet espace. »[6].

Au niveau européen, il y a également la droite radicale européenne qui est en faveur de la démondialisation au profit d'une conception pour un développement euro-centré du Continent Européen. Le concept de la démondialisation actualise une vision autarcique grand-continentale de l'Europe, et d'une manière plus générale une vision du développement ordonné de la planète basée sur la prise en compte de grands espaces auto-centrés, correspondant d'ailleurs à des régions de civilisations et de géo-politiques endogènes.

La démondialisation dans le débat politique en France[modifier | modifier le code]

À la veille de l'élection présidentielle française de 2012, la démondialisation s’est faite une place dans le débat politique français. Arnaud Montebourg, candidat à la primaire socialiste, en a fait un chapitre entier[7] dans son livre programme Des idées et des rêves, et a publié le 25 mai 2011 un ouvrage totalement consacré à la question et préfacé par Emmanuel Todd : votez pour la démondialisation[8]. Globalement, il se dit en faveur d’un protectionnisme européen assumé, modulé selon des critères sociaux et environnementaux et d’une mise sous tutelle du système bancaire. En revanche, il est contre la sortie de l’Euro. Arnaud Montebourg précise également que la mise en place de ce protectionnisme passe par une négociation « amicale et ferme » avec l’Allemagne, qui selon lui profite du libre-échange et de l’euro en diminuant le coût du travail et en exportant au sein de l’Union européenne, ce qui pénaliserait ses partenaires européens.

À gauche, Jean-Luc Mélenchon du Parti de gauche et Jean-Pierre Chevènement, du Mouvement Républicain et Citoyen, se sont montrés en accord sur les réflexions autour de la démondialisation[9].

Un livre récent, Démondialiser ?, coordonné par Louis Weber pour Espaces Marx et paru aux éditions du Croquant, rend compte de façon à peu près exhaustive de ce débat au sein de la gauche depuis le printemps 2011[10].

À droite, le Front National de Marine Le Pen reprend l'idée de la démondialisation en l'intégrant dans sa doctrine anti-immigration. Le Front National propose en effet de restreindre la liberté de circulation aussi bien des personnes, des marchandises que des capitaux. Le Front National considère que ces trois libertés constituent le corps de doctrine fondamental du libéralisme mondialisé, qui lié à la pratique de la création monétaire privatisée par les banques, sont au cœur de la négation des intérêts économiques, sociaux et civilisationnels des peuples. Le parti gaulliste, Debout la République, de Nicolas Dupont-Aignan remet également en cause le concept de mondialisation[11].

Les tests d'opinions[modifier | modifier le code]

Près de 65 % des Français, Italiens, Espagnols, Allemands sont favorables à la démondialisation (relèvement des taxes douanières vers les pays à bas salaires) selon des sondages IFOP de 2011[12]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Walden Bello, Deglobalization, ideas for a New World Economy, Londres et New-York, 2002
  2. John Maynard Keynes, De l’autosuffisance nationale in Le Yale Review, 1993 : « je sympathise (…) avec ceux qui souhaiteraient réduire au minimum l’interdépendance entre les pays plutôt qu’avec ceux qui souhaiteraient la porter à son maximum. Les idées, la connaissance, l’art, l’hospitalité, les voyages : ce sont là des choses qui, par nature, doivent être internationales. Mais produisons les marchandises chez nous à chaque fois que c’est raisonnablement et pratiquement possible : et surtout, faisons en sorte que la finance soit en priorité nationale ».
  3. Ludovic Lamant, Démondialisation : le mode d’emploi d’un concept flou mais à succès, Médiapart, lundi 09 mai 2011
  4. Jacques Sapir,La démondialisation, Seuil, 2010
  5. Emmanuel Todd, Après la démocratie, Gallimard, 2008
  6. Jacques Sapir,La démondialisation, Seuil, 2010
  7. http://www.desideesetdesreves.fr/libre-echange-et-demondialisation
  8. Arnaud Montebourg, préface d’Emmanuel Todd, Votez pour la démondialisation ! , Flammarion, 2011
  9. 2012 - Un accord Mélenchon - Montebourg dès le premier tour est possible
  10. [1]
  11. [2]
  12. http://manifestepourundebatsurlelibreechange.eu

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]