Démétrios II Nicator

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Démétrios II Nicator
Pièce de Démétrios II datée de l'an 184 de l'ère séleucide (-129/-128)
Pièce de Démétrios II datée de l'an 184 de l'ère séleucide (-129/-128)
Titre
Roi Séleucide
Prédécesseur Antiochos VI (1er règne)
Successeur Antiochos VII et Tryphon (1er règne)
Séleucos V
Prédécesseur Antiochos VII (2e règne)
Successeur Alexandre II (2e règne)
Biographie
Dynastie Séleucides
Date de décès av. J.-C.
Père Démétrios Ier Sôter
Conjoint Cléopâtre Théa
Enfants Séleucos V
Antiochos VIII
Deuxième conjoint Rhodogune

Démétrios II Nicator - "Le Victorieux" (Δημήτριος Νικάτωρ) est un roi de Syrie (de -146/145 à -140/139 et de -129 à -126/125) ; il est rattaché par son père à la dynastie des Séleucides, dont le royaume est alors en pleine décomposition, devant affronter à la fois les ingérences romaines, les attaques des Parthes et les querelles dynastiques.

Sources[modifier | modifier le code]

Le règne de Démétrios nous est connu par le récit qui en est fait dans le premieret livre des Maccabées et par les livres 5 et 16 des Histoires d'Athénée de Naucratis[1].

Son Anabase, peu connue, est diversement interprétée par les auteurs grecs et romains qui en rendent compte : Trogue-Pompée l'analyse comme un moyen de distraire le mécontentement populaire, Flavius Josephe la perçoit comme la perpétuation du voyage du roi séleucide en Babylonie et dans les hautes satrapies, coeur de l'empire durant le règne d'Antiochos Ier[2].

Premières années[modifier | modifier le code]

Famille et déscendance[modifier | modifier le code]

Fils aîné de Démétrios Ier Sôter et probablement de Laodicé V, il naît sans doute aux environs de -161/160.

Marié à Cléopâtre Théa, le couple royal donne naissance à trois enfants au moins : une fille, Laodicé, future reine parthe et deux fils : les futurs Séleucos V et Antiochos VIII.

Mission à Rome[modifier | modifier le code]

Tout jeune encore, il est envoyé par son père plaider sa cause auprès du Sénat romain.

Mais cette ambassade est un échec et ne peut éviter la défaite et la mort de Démétrios Ier face à l'usurpateur Alexandre Ier Balas (v. -151/150). Envoyé en sécurité à Rhodes par son père, le futur Démétrios II échappe au sort tragique de ses parents.

Luttes pour le trône d'Antioche[modifier | modifier le code]

Vers -147, il tente de récupérer le trône. À la tête d'une troupe de mercenaires crétois, il débarque en Cilicie et, de là, passe en Syrie. Il n'a alors qu'une quinzaine d'années. Démétrios II obtient le soutien de Ptolémée VI qui le reconnaît comme roi et lui accorde la main de sa fille Cléopâtre Théa, précédemment mariée à Balas (v. -146). En échange, Démétrios II s'engage à céder à l'Égypte la Cœlé-Syrie[N 1].

Démétrios II semble avoir hérité de la dureté de son père qu'il entend venger. Cette tradition est rapportée par Diodore de Sicile, mais entre en contradiction avec les descriptions de Justin qui le présentent comme un roi peu énergique et apathique durant son premier règne[3] Les habitants d'Antioche le rejettent donc et acclament comme roi Ptolémée VI. Pour ne pas heurter les Romains, le roi d'Égypte refuse et les convainc de garder Démétrios II. La défaite et la mort de Balas, suivie du décès de Ptolémée VI délivre Démétrios de deux compétiteurs et lui permet de garder la Cœlé-Syrie (v. -145).

Roi Séleucide[modifier | modifier le code]

Premier règne[modifier | modifier le code]

Il affronte rapidement de très graves difficultés. En effet, le roi a décidé de dissoudre une grande partie de l'armée régulière du royaume et de réduire sa rémunération d'un montant important. Démétrios s'appuie dès lors sur ses mercenaires grecs, surtout crétois, conduisant à la « tyrannie crétoise»[S 1]. Pour mater la révolte d'Antioche, il appelle à l'aide le grand prêtre d'Israël Jonathan et ses troupes, ce qui accentue la haine que lui portent ses sujets. Le stratège Diodote, commandant de la place d'Apamée, met la main sur le petit Antiochos VI Dionysos, le fils de Balas. Il le proclame roi et chasse Démétrios II d'Antioche (v. -144). Vers -143/142, Diodote se débarrasse d'Antiochos VI et usurpe le trône sous le nom de Tryphon (« Le Magnifique »). De son côté, Démétrios II conserve quelques places littorales, la Cilicie et la Mésopotamie.

En Cœlé-Syrie, les Juifs et les cités exploitent les déchirements séleucides : en 143/142, ils fondent l'Etat et la dynastie hasmonéens, puis se brouillent avec Tryphon qui est ainsi affaibli. Dans ce contexte, ils se voient par exemple confirmé le contrôle de terres royales situés au Nord de leur territoire[4] ; en 139, la ville de Tyr est reconnue « inviolable et sacrée » par Démétrios[5].

Durant son premier règne, Démétrios tente de refondre le modèle satrapique hérité de ses aïeux. En effet, il procède à une réforme territoriale, aboutissant à la refonte de la satrapie de Coelé-Syrie, dorénavant placée sous l'autorité d'un gouverneur choisi parmi ses proches[4].

Démétrios II réoriente sa politique contre les Parthes qui ont achevé la conquête de la Médie et de la Babylonie [N 2]. Appelé à l'aide par les populations hellénisées ou non, selon Flavius Josephe[6], il est également appelé par des dynastes babyloniens ou iraniens plus ou moins émancipés de la tutelle séleucide[7] ; cette demande de soutien de dynastes locaux ne doit cependant pas masquer la décomposition du pouvoir séleucide en Babylonie et en Elimaïde, d'où proviennent les principaux appels à l'aide[8]. il entame alors la reconquête de la Babylonie[9]. Cette tentative de reconquête doit aussi être interprétée comme la conquête d'une base territoriale destinée à lui donner les moyens de s'opposer à un usurpateur, Diodote Tryphon, alors maître d'une partie de la Syrie[9].

Victorieux dans un premier temps, il est capturé par le roi des Parthes, Mithridate Ier en 140/139[6].

Captivité[modifier | modifier le code]

Traité honorablement, il est assigné à résidence en Hyrcanie, et se voit accorder la main de Rhodogune de Parthie, une des filles de son vainqueur. Il est possible que celle-ci lui ait donné des enfants. Pendant dix ans, Démétrios est l'hôte des Parthes. Les interprétations divergent sur ce mariage : Trogue-Pompée affirme qu'il n'a pas épousé l'une des fils de Mthridate, mais de Phraate, son successeur[10]. En dépit de cette divergence, tous les auteurs affirment que le monarque séleucide est traité royalement, vivant dans l'aisance, entouré de certains de ses proches qui l'ont rejoint[11] ; Trogue-Pompée rapporte son ennui en Hyrcanie, ainsi que les deux tentatives d'évasion, vouées l'une comme l'autre à l'échec[12].

En son absence, son frère Antiochos VII monte sur le trône et épouse à son tour Cléopâtre Théa. Antiochos VII se débarrasse de Tryphon et tente à son tour de reconquérir les satrapies supérieures. D'abord victorieux, il exige du roi des Parthes, Phraatès II, la remise de son frère, sans doute pour le tuer. Phraatès II libère alors Démétrios qui regagne précipitamment la Syrie, tandis que son frère est battu et tué en 129.

Second règne[modifier | modifier le code]

Libre en dépit des tentatives de Phraatès II pour le capturer à nouveau[13], Démétrios II est restauré à Antioche dont les habitants n'ont pas oublié sa dureté. Ses dix ans de captivité n'ont pas adouci son caractère : il a pris les manières des Parthes (il porte maintenant la barbe), se rendant ainsi encore plus odieux. Sa belle-mère Cléopâtre II, en lutte avec Ptolémée VIII, l'appelle à l'aide et lui propose la couronne d'Égypte. Imprudemment, Démétrios II accepte : à peine a-t-il quitté Antioche que la capitale se soulève. Son armée se mutine et Cléopâtre II doit fuir Alexandrie.

Ptolémée VIII riposte en suscitant un compétiteur à Démétrios : c'est l'usurpateur Zabinas (littéralement : « Le Vendu ») qui se fait passer pour un fils d'Alexandre Ier Balas, adopté par Antiochos VII. Zabinas prend le nom d'Alexandre II et s'établit à Antioche (v.-127).[réf. nécessaire] Battu près de Damas (v. -126/125), Démétrios II s'enfuit à Ptolémaïs-Akkè dont sa femme lui refuse l'entrée. Abandonné de tous, il gagne Tyr, pour se réfugier dans l'asile inviolable du temple de Melkart. Mais il est tué à l'instant où il débarque. Selon certaines sources, il aurait été torturé à mort.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens internet[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  1. IMacc., II, 38.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La Cœlé-Syrie recouvre le territoires actuels du Liban, d'Israël et de la Palestine.
  2. Les Parthes ont conquis Babylone en 141

Références[modifier | modifier le code]

  1. Lerouge-Cohen 2005, p. 222.
  2. Lerouge-Cohen 2005, p. 228.
  3. Lerouge-Cohen 2005, p. 230.
  4. a et b Capdetrey 2007, p. 141, note 46.
  5. Capdetrey 2007, p. 221, note 175.
  6. a et b Lerouge-Cohen 2005, p. 227.
  7. Lerouge-Cohen 2005, p. 234.
  8. Capdetrey 2007, p. 108.
  9. a et b Lerouge-Cohen 2005, p. 229.
  10. Lerouge-Cohen 2005, p. 243.
  11. Lerouge-Cohen 2005, p. 244.
  12. Lerouge-Cohen 2005, p. 245.
  13. Lerouge-Cohen 2005, p. 248.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Laurent Capdetrey, Le pouvoir séleucide : Territoire, administration et finances d'un royaume hellénistique (312-129), Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 536 p. (ISBN 978-2-75353004-1). .
  • Charlotte Lerouge-Cohen, « Les guerres parthiques de Démétrios II et Antiochos VII dans les sources gréco-romaines, de Posidonios à Trogue/Justin », Journal des savants,‎ , p. 217-252 (DOI 10.3406/jds.2005.1694, lire en ligne). .
  • Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique 323-30 av. J.-C., Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », (ISBN 202060387X)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]