Dégradé de couleurs

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Exemples de dégradés linéaires respectivement avec 2 et 3 couleurs

En peinture et en arts graphiques, un dégradé consiste en une variation progressive de couleur, d'un ton vif à une couleur dégradée, lavée de blanc, plus pâle[1],[a].

Par extension, notamment en infographie, un dégradé de couleurs est une transition progressive d'une couleur vers une autre.

Arts graphiques[modifier | modifier le code]

Dans les arts graphiques, le dégradé est une transition progressive vers le blanc. Quand il s'agit d'autres couleurs, on parle de « passage fondu » ou de « fondu »[3].

La réalisation d'un dégradé dépend de la technique employée. En aquarelle, le dégradé s'opère principalement par dilution ; travaillant sur papier mouillé, on peut incliner le support pour faire descendre l'eau chargée de pigment, constituant de cette façon un dégradé[4]. Au crayon et au fusain, on le travaille à l'estompe.

En photographie, le procédé du contour dégradé, dans lequel un cache flou provoque un passage progressif des tons de l'image au blanc du papier, a été en vogue au début du XXe siècle[5].

Informatique[modifier | modifier le code]

En coloriage informatique, le dégradé (en anglais blend, littéralement « mélange ») a un sens général d'interpolation progressive entre des valeurs représentatives de couleurs. Le dégradé se définit par :

  • la couleur de départ, la couleur d'arrivée, et le type d'interpolation déterminant les couleurs intermédiaires ;
  • la répartition des couleurs dans la surface à couvrir.

Pour contrôler l'effet, on enchaîne des dégradés, l'arrivée de l'un constituant le départ de l'autre. Les logiciels présentent commodément cet enchainement en proposant des points de contrôle intermédiaires.

Couleurs intermédiaires[modifier | modifier le code]

D'une couleur à l'autre, on définit une règle de transition :

L'interpolation est en général proportionnelle à la position sur la ligne conductrice du dégradé. Quand la progression ne satisfait pas, on place des points intermédiaires, plutôt que de programmer une autre loi de progression (logarithmique, ou équation paramétrique).

Les résultats sont assez semblables quand les couleurs sont proches ; ils peuvent être très différents si elles sont éloignées sur le cercle chromatique.

Dégradés par interpolation linéaire
(1) de (r,v,b)
(2) de (t,s,l), t croissant
(3) de (t,s,l), t décroissant

Voici d'abord une première série de trois gammes de dégradés de 11 couleurs dont les deux couleurs extrêmes (les couleurs 1 et 11) ont été choisies comme identiques[b].

  • Le premier des trois dégradés correspond à une progression linéaire des trois composantes rouge, vert et bleu (par exemple le vert décroît de 14 unités en passant d'une couleur à la suivante).
  • Le second dégradé correspond à une progression linéaire des trois composantes teinte, saturation et luminosité (par exemple la teinte croît de 17 unités en passant d'une couleur à la suivante).
  • Enfin, le troisième dégradé correspond aussi à une progression linéaire des trois composantes teinte, saturation et luminosité en faisant décroître la teinte. Celle-ci étant par nature une grandeur cyclique, la valeur -1 est égale à la valeur maximale.

Ces trois dégradés présentent des qualités et des défauts différents : le premier est celui dont l'aspect est le plus « régulier », mais les couleurs centrales sont un peu trop désaturées ; le second est celui qui donne les couleurs les plus vives mais il paraît assez peu « régulier », les couleurs n° 4, 5 et 6 étant trop voisines, de même que les couleurs 9 et 10 ; enfin le troisième présente un aspect intermédiaire : moins régulier mais plus vif que le premier, il est moins irrégulier que le second mais les teintes successives n° 5 à 10 ne sont pas assez distinctes.

Dégradé entre couleurs complémentaires.

Voici une seconde série de trois gammes de dégradés de 11 couleurs aux deux couleurs extrêmes identiques. La couleur n° 1 est la même que précédemment, mais la dernière est sa couleur complémentaire[c].

Les qualités et défauts signalés ci-dessus se retrouvent sur cette nouvelle gamme de dégradés, mais les défauts se trouvent amplifiés : la couleur n° 6 du premier dégradé est complètement désaturée (c'est un gris parfait de luminance 128), les teintes n° 5 et 6 du second sont très proches, les teintes n° 3 à 5 du troisième sont très proches et l'ensemble manque nettement de régularité.

On voit donc que, si l'on veut obtenir des gammes de dégradés à la fois régulières, peu ambiguës et fortement saturées, il sera généralement nécessaire de procéder par ajustements successifs, par exemple en panachant les méthodes utilisées ci-dessus.

Répartition des teintes[modifier | modifier le code]

L'utilisateur doit indiquer la répartition des teintes sur la surface à couvrir. Il y a deux paramètres, un chemin, dont la longueur indique la progression dans le dégradé, et un front, qui est une ligne croisant ce chemin, sur lequel tous les points ont la même couleur.

Dégradé linéaire 
La progression des couleurs se fait selon une droite entre un point de départ et un point d'arrivée (le chemin). Le front est le plus souvent une droite perpendiculaire.
Dégradé radial 
La progression des couleurs se fait suivant l'éloignement du point ou du cercle de départ. Le chemin est une droite radiale, le front est un cercle.

On peut définir un dégradé à partir d'un chemin et d'un front arbitraires (par exemple Courbe de Bézier). Par exemple, un dégradé peut suivre un contour : le chemin est une droite perpendiculaire au contour, le front est la courbe de Bézier.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ségolène Bergeon-Langle et Pierre Curie, Peinture et dessin, Vocabulaire typologique et technique, Paris, Editions du patrimoine, (ISBN 978-2-7577-0065-5), p. 48.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cela n'empêche pas André Lhote, artiste-peintre et critique d'art, d'employer dégradé au sens large : « la partie éclairée, à dominance jaune-orangé, irait insensiblement rejoindre la partie sombre, brun-orangé, par un dégradé dont la zone moyenne serait froide[2] ».
  2. La couleur n° 1 correspond à la couleur choisie ci-dessus en exemple (rouge = 251, vert = 208, bleu = 151, teinte = 023, saturation = 220, luminance = 189), tandis que la couleur n° 11 est une couleur lilas sombre (rouge = 165, vert = 068, bleu = 185, teinte = 193, saturation = 110, luminance = 119).
  3. rouge = 255 - 251, vert = 255 - 208, bleu = 255 - 151.

  1. Bergeon-Langle et Curie 2009, p. 48 ; Jules Adeline, Lexique des termes d'art, nouvelle, (1re éd. 1884) (lire en ligne), p. 144.
  2. André Lhote, Traités du paysage et de la figure, Paris, Grasset, (1re éd. 1939, 1950), p. 18.
  3. Bergeon-Langle et Curie 2009, p. 53.
  4. Frédéric Auguste Antoine Goupil, Traité d'aquarelle et de lavis en six leçons : avec planche ornementale pour servir à l'intelligence de la théorie universelle des mélanges et des contrastes de la couleur, Paris, Desloges, (lire en ligne), p. 37.
  5. Adeline 1900.