Défloration

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Illustration d'Édouard-Henri Avril : « Charles pénètre la fleur vierge de Fanny », 1907.

L'expression défloration, signifiant « prendre la fleur », fait référence à l'idée que le premier homme à pénétrer une femme lui « enlève sa virginité ». Certaines cultures accordent une importance particulière à la défloration, qui peut être pratiquée de manière rituelle (parfois en dehors d'un rapport sexuel). La défloration lors de la nuit de noces est considéré comme importante dans un grand nombre de cultures et de religions qui insistent sur l'absence de relations sexuelles avant le mariage.

Définition[modifier | modifier le code]

La définition de la défloration, (du latin deflorare « prendre la fleur »)[1], est intimement liée à celle de la virginité. Elle relève souvent d'une perspective masculine : la femme est vue comme une fleur (renvoyant à la pureté et à l'innocence) dont l'homme doit s'emparer, symboliquement à travers la pénétration.

Culture[modifier | modifier le code]

La défloration a été considérée à travers les temps et les cultures comme un événement important et on identifie souvent cette entrée dans la vie sexuelle avec l'entrée dans la vie adulte, voire dans la vie conjugale ou concubine[2].

Avant la diffusion du christianisme, la défloration rituelle pratiquée par un tiers (une matrone, un étranger, souvent un prêtre de haut rang, un roi ou un notable) sacralise le mariage, peut-être pour éviter la brutalité d'un mari sur de très jeunes filles. Il n'est pas rare en effet que la nuit de noces puisse être un viol légal, surtout lors d'un mariage forcé[3].

Défloration et hymen[modifier | modifier le code]

La Perte du pucelage par Paul Gauguin.

Dans de nombreuses cultures, la virginité d'une femme se mesure par la présence de son hymen : lors de la première pénétration vaginale, l'hymen se déchirerait. En réalité, cette membrane se détend pour laisser passer le pénis. Les saignements qui peuvent avoir lieu sont dus à des microruptures de l'hymen qui cicatrisent rapidement[4]. En outre, l'hymen peut rompre dans d'autres circonstances : il suffit parfois d'un tampon hygiénique un peu épais, d'un mouvement brusque en faisant du sport. Il est également à remarquer que l'hymen présente parfois une plasticité, c'est-à-dire que certaines femmes gardent leur hymen après des rapports sexuels avec pénétration. Il arrive aussi que l'hymen se déchire en plusieurs fois ou encore que l'hymen se rompe ou se désagrège avec l'âge, en dehors de toute activité sexuelle[5]. Il y a aussi des femmes qui naissent sans hymen. Ainsi, l'hymen n'est pas un bon indicateur de la virginité d'une femme[4].

Dans la culture chrétienne et la culture musulmane[modifier | modifier le code]

La Cruche cassée par Greuze.

Le discours religieux, notamment chrétien et musulman, valorise la virginité de la jeune fille avant le mariage et associe le dépucelage à l'idée de fécondité. Lors de la nuit de noces, le drap sur lequel les époux ont eu leur premier rapport sexuel est taché du sang de la femme qui vient de perdre sa virginité ; exposé fièrement, ce drap taché marque le triomphe de la fille, démontre l'honneur de sa famille et symbolise le succès du mari[6]. Disparue en Occident, cette exposition se pratique encore dans les régions et familles traditionnelles d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient[7], et a eu cours dans de nombreuses sociétés à travers le monde (Viêt Nam, Kiribati, Tonga, Arménie…)[2].

Dans la société occidentale et chrétienne de l'Ancien Régime, les médecins sont régulièrement requis pour avaliser les signes de la défloration, socle de la famille bourgeoise, mais ces derniers reconnaissent leurs difficultés (l'hymen a parfois disparu malgré l'absence de tout rapport sexuel, certaines jeunes filles savent maquiller les signes d'une virginité disparue)[8]. Le discours médical « émaillé de considérations et de prescriptions morales » et dominé par la perspective de la soumission à l'homme, confirme l'institutionnalisation de ce rite de passage patriarcal mais commence, dès la première moitié du XIXe siècle, à dénoncer cette agression nocturne[9]. Ce siècle marque ainsi le passage de la « défloration », où un homme actif marque sa virilité en faisant d’une fille passive une femme, à la « première fois » qui « se prépare et se vit à deux[10] ».

Samoa (Polynésie)[modifier | modifier le code]

Aux Samoa, avant l'arrivée des missionnaires, le mari — ou un personnage de haut rang — déflorait publiquement la fiancée avec ses doigts pendant la cérémonie du mariage traditionnel. Au besoin, la jeune fille était maintenue de force[Note 1]. Le sang coulant de l'hymen déchiré était recueilli sur une étoffe blanche montrée à toute l'assistance, et les femmes présentes se l'appliquaient sur le corps, donnant lieu à des manifestations de joie. Ce sang devait constituer une preuve de la virginité de l'épouse, mais il symbolisait surtout le pouvoir de donner la vie[11],[Note 2]. Si la jeune femme avait eu un rapport sexuel avant cette cérémonie, les Samoans considéraient qu'elle avait « perdu » ce sang de la défloration et qu'elle était devenue « asséchée », risquant de devenir stérile. Le rite de la défloration publique s'est maintenu jusqu'aux années 1950[12].

Défloration et droit spécifique au viol[modifier | modifier le code]

Dans le domaine du droit concernant spécifiquement le viol, il n'existe pas de différence de signification qu'il y ait ou non une défloration, ceci en France depuis 1980[13] et en Tunisie depuis 1996[14]. Cette différence existe cependant au Maroc, dont le code pénal considère explicitement la défloration comme une circonstance aggravante[15] en suivant les règles de la religion islamique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La femme était souvent en pleurs durant cette cérémonie (Tcherkézoff, 2003).
  2. Pour les Samoans, le sang virginal est associé au sang menstruel : dans leur conception du monde, la procréation résulte de la rencontre entre le sperme masculin et le sang féminin. (Tcherkézoff, 2003).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « défloration » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  2. a et b (en) « The historic tradition of wedding night-virginity testing », sur Topics (consulté le 7 janvier 2020).
  3. Nicole Boëls-Janssen, La vie religieuse des matrones dans la Rome archaïque, École française de Rome, , p. 38.
  4. a et b (en) Anna Knöfel Magnusson RFSU (trad. du suédois par Exacta översättningar AB, ill. Lottis Karlsson, Eva Fallström), Vaginal Corona : Myths surrounding virginity – your questions answered, rfsu.se, (ISBN 978-91-85188-43-7, lire en ligne).
  5. Détente de l'hymen (en anglais).
  6. Danielle Jonckers, Renée Carré et Marie-Claude Dupré, Femmes plurielles. Les représentations des femmes : discours, normes et conduites, Les Éditions de la MSH, , p. 93.
  7. Zine-Eddine Zemmour, « Jeune fille, famille et virginité », Confluences Méditerranée, vol. no 41, no 2,‎ , p. 65 (ISSN 1148-2664 et 2102-5991, DOI 10.3917/come.041.0065, lire en ligne, consulté le 7 janvier 2020).
  8. Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello, Histoire du corps. De la Révolution à la Grande Guerre, Seuil, , p. 64.
  9. Pauline Mortas, Une rose épineuse. La défloration au XIXe siècle en France, Presses universitaires de Rennes, , p. 130.
  10. Pauline Mortas, op. cit., p. 415.
  11. Serge Tcherkézoff, Faa-Samoa, une identité polynésienne (économie, politique, sexualité) : L'anthropologie comme dialogue interculturel, Paris/Budapest/Torino, L'Harmattan, , 545 p. (ISBN 2-7475-5219-5, lire en ligne), p. 315-373.
  12. Serge Tcherkézoff, « La valeur immatérielle des nattes fines de Samoa : une monnaie au sens maussien », Journal de la Société des Océanistes, nos 136-137,‎ , p. 43–62 (ISSN 0300-953x, DOI 10.4000/jso.6905, lire en ligne, consulté le 9 janvier 2020).
  13. Loi no 80-1041 du 23 décembre 1980 relative à la répression du viol et de certains attentats aux mœurs
  14. Arrêt de la cour de cassation tunisienne no 50370 du 6 juin 1996 Faculté de médecine de Sfax - Agression sexuelle - Définition
  15. Article 488 du Code pénal marocain

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]