Décosaquisation

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La « décosaquisation » (russe : расказачивание (raskazachivaniye)) est un terme utilisé pour décrire la politique bolchevique d'élimination systématique des Cosaques du Don et du Kouban en tant que groupe social et ethnique. Certains historiens estiment que les mesures répressives imposées par les Soviétiques durant la « décosaquisation » sont de nature génocidaire. Les premières mesures de déportation des Cosaques ont été prises dès 1919, à l'initiative de Lénine[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Cosaques ont été un groupe militaire vivant dans le Sud de la Russie pré-révolutionnaire, du XVIIe jusqu'au début du XXe siècle. Éleveurs et fermiers exemptés de taxes mais devant garder les frontières russes ou polonaises avec les Tatars et l'Empire ottoman, ils vivaient dans la steppe pontique, en partie nomades comme leurs adversaires musulmans, entre autres dans les régions du Don et le Kouban, ainsi que dans la steppe eurasiatique, en Sibérie méridionale et Asie centrale, autour d'Orenbourg et de la Transbaïkalie. Leur nom avait la même étymologie que celui des Kazakhs et signifie « hommes libres ». En tant que groupe social, ils étaient semblables aux Streltsy (mousquetaires professionnels). En raison de leur tradition militaire et malgré leur indiscipline notoire, les cosaques ont joué un rôle important dans les guerres de la Russie des XVIIIe et XIXe siècles telles que la guerre de Crimée et la guerre russo-turque de 1877-1878. Vers la fin du XIXe et au début du XXe siècle, le régime tsariste a progressivement intégré les unités de cosaques dans l'armée régulière ou les forces de gendarmerie et de police, et, à ce titre, s'est appuyé sur elles pour effectuer des services de police et réprimer les émeutes et le mouvement révolutionnaire, en particulier en 1905-1907. La répression des émeutes donna aussi lieu à des bavures sanglantes telles que les pogroms d'Ukraine ou de Bessarabie et les cosaques acquirent ainsi une réputation de brutes sanguinaires.

Pendant la Révolution russe et la guerre civile russe, les cosaques servirent à la fois dans les armées « rouges » et « blanches ». Côté « rouge », les unités cosaques sous le commandement de P. V. Bakhtourov, M. F. Blinov, S. M. Boudienny, B. M. Doumenko, N. D. Kachirine ou F. K. Mironov prirent le parti des Bolcheviks (soit un cinquième de tous les cosaques) ; en revanche, l'élite cosaque (les gradés comme généraux Mamontov, Chkouro ou Oulagaï) prit le plus souvent le parti des blancs, d'autant que les projets de collectivisation allaient la priver de ses domaines et privilèges. D'autres unités restèrent neutres, se montrèrent hésitantes, changèrent de camp au gré des évènements, rejoignirent les forces anarchistes ou encore soutinrent les forces indépendantistes ukrainiennes[2].

Le concept de « décosaquisation » a été déjà discuté à l'époque impériale. Il avait été longtemps question d'éliminer les cosaques en tant qu'entité juridique, et de réduire les privilèges des Cosaques à ceux dont jouissent les autres citoyens, ce qui a constitué la première « décosaquisation ». Certains Cosaques ont soutenu ces plans : élimination des privilèges qui a également entraîné la suppression des charges judiciaires, y compris universelles, ainsi que la durée à vie du service militaire ou la nécessité de respecter les obligations d'équipement. Mais c'est le pouvoir soviétique qui, confronté à l'indiscipline, au style de vie et à la versatilité politique de la cosaquerie, finit par mettre en œuvre une deuxième « décosaquisation », même si des unités de « cosaques rouges » (qui n'avaient plus de cosaques que le nom, mais non le statut) ont perduré dans l'Armée rouge à des fins surtout de propagande, au même titre que les « chœurs de l'Armée rouge »[3]. Selon l'historien Peter Holquist, la deuxième « décosaquisation » fait partie de la politique du régime soviétique visant à « éliminer radicalement les groupes sociaux indésirables »[4], sans pour autant constituer un génocide puisque la cosaquerie a disparu, mais non les cosaques eux-mêmes, qui ont intégré l'Armée rouge régulière, ou bien ont été déportés ou fusillés comme ennemis ou insoumis politiques, mais non en tant que cosaques.

Lorsque l'Allemagne nazie envahit l'URSS, de nombreuses unités de l'Armée rouge, exaspérées par les purges staliniennes et ignorant la véritable nature du régime nazi et leur statut de « sous-hommes » (en tant que Slaves) aux yeux du Troisième Reich, se rendirent volontairement aux Allemands, demandant même à combattre contre Staline et son régime. Dans ce contexte, quelques unités de cosaques furent reconstituées en Ukraine où elles combattirent aux côtés de la Wehrmacht sous le commandement suprême du colonel allemand Helmuth von Pannwitz[5]. Leurs rescapés, capturés par les Alliés et livrés à l'URSS (à l'exception de quelques dizaines de familles réfugiées au Liechtenstein et de 300 mutinés fusillés par les Britanniques à Lienz en Autriche) finirent leur existence au Goulag : c'est la troisième et dernière « décosaquisation »[6].

Dans la Russie moderne, d'anciens militaires de l'Armée rouge ont reconstitué quelques écoles et unités appelées « de cosaques », dont ils entretiennent la mémoire.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Nicolas Werth, « Lénine (1870-1924) », Encyclopædia Universalis (lire en ligne) Consulté le 9 février 2013
  2. Michel Heller (trad. du russe par Anne Coldefy-Faucard), Histoire de la Russie et de son empire, Flammarion, coll. « Champs Histoire » 2009, 985 p., ISBN 2081235331.
  3. Michel Heller, La Machine et les rouages, Paris, 1985 et 70 ans qui ébranlèrent le monde, Paris, 1987.
  4. Sergueï Melgounov, La terreur rouge en Russie, 1918-1924, éd. des Syrtes 2004, ISBN 2-84545-100-8.
  5. Josef Charita François de Lannoy, Les Cosaques De Pannwitz, 1942 - 1945, éd. Heimdal, Bayeux 2000, 288 pages, ISBN 978-2-8404-8131-7.
  6. Alexandre Soljénitsyne, L'Archipel du Goulag tome 4, Fayard 1991 et [1] consulté le 21 février 201'.