Déclenchement préventif d'avalanches

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Le déclenchement préventif d'avalanches est une technique permettant de déclencher des avalanches volontairement à un instant souhaité, pour sécuriser des domaines skiables, des réseaux routiers ou de chemin de fer, des exploitations minièresetc.[1]. Il s'agit de provoquer une onde de choc pour déstabiliser et mettre en mouvement la récente accumulation de neige dans la zone de départ, pour limiter fortement la possibilité du déclenchement naturel d'une grande avalanche destructrice.

Pour mettre en mouvement la neige, on utilise soit une charge explosive, soit une explosion gazeuse.

Avantages - Inconvénients[modifier | modifier le code]

Le déclenchement artificiel préventif présente plusieurs avantages :

  • les avalanches provoquées sont moins volumineuses que les avalanches naturelles : le manteau neigeux étant purgé régulièrement (dès que les conditions le permettent, par exemple autour de 30 cm de neige récente), l'accumulation de neige au départ est normalement beaucoup moins conséquente ;
  • des mesures préventives de sécurité sont prises pour les sites menacés, avant le déclenchement, durant le temps des opérations : interdiction au public, fermeture de routes / de pistes, évacuation de bâtiments ;
  • la sécurisation vis-à-vis des avalanches est :
    • bonne pour les infrastructures sus-citées : leurs gestionnaires assurent ainsi leur ouverture plus sûre et plus rapide ;
    • efficace et économique à court et moyen terme : le coût relativement peu élevé par déclenchement, mais il est répétitif chaque hiver.

Cette action présente aussi des inconvénients :

  • risque d'extension exceptionnelle : avalanche anormalement « grande » (en longueur, en largeur, en volume) ou avec un parcours peu habituel ;
  • engagement juridique (responsabilité) : de l'organisateur de la technique, de l'artificier ;
  • engagement technique : de l'artificier et de son binôme ; Lors de l'approche des zones de départ (ex : parcours parfois sur site très escarpé, hélicoptère avec mauvais temps), avec le risque d'être atteint par l'explosion ou par l'avalanche déclenchée, lors de la mise en œuvre d'explosifs ;
  • vérification indispensable préalable de l'absence de toute vie humaine dans l'emprise prévisible de l'avalanche déclenchée ;
  • gestion d'un déclenchement infructueux : quelle est la conduite tenir alors que le danger d'avalanche n'est pas écarté ?

C'est pourquoi, la petite taille de l'avalanche que l'on cherche à déclencher n'étant jamais garantie, il faut éviter d'utiliser cette technique lorsque :

  • des habitations sont potentiellement menacées ;
  • la situation nivo-météorologique est devenue « exceptionnelle ».

Par charge explosive[modifier | modifier le code]

Le déclenchement manuel[modifier | modifier le code]

Il s'agit de se rendre à proximité de la zone de départ, puis d'y préparer une charge explosive, par exemple de la dynamite, ou une émulsion, et de la faire exploser à l'endroit opportun soit en la lançant à la main, soit en la faisant glisser, souvent sur une luge.

Le câble transporteur d'explosif[modifier | modifier le code]

Câbles transporteurs d'explosifs afin de prévenir les avalanches à Serre-Chevalier.

Un Catex (abréviation de CAble Transporteur d'EXplosif) est un câble tournant auquel on attache des explosifs. Le matériel est assez semblable à un téléski simplifié mais comportant de nombreux angles : le câble est supporté par des pylônes équipés de poulies. Le câble mis en rotation par une station motrice permet d'acheminer au-dessus des zones de départ les charges d'explosifs nécessaires au déclenchement, au cours de chaque épisode neigeux significatif.

Le bon positionnement des charges peut être automatisé, lors du transport par le câble et/ou pour la descente à proximité du manteau neigeux. L'ordre de tir peut être donné par l'artificier neige depuis la gare de départ.

L'avalancheur[modifier | modifier le code]

C'est un propulseur pneumatique capable de lancer des flèches explosives à plusieurs centaines de mètres[2],[3] de distance et de dénivelée. Il ressemble à un petit « canon » mais c'est la détente d'un gaz inerte, l'azote, qui propulse la flèche.

Le tube lance-roquettes ou lance-mines[modifier | modifier le code]

En Suisse, aux USA, ces techniques militaires peuvent être employées : tube roquette[4] ainsi que le lance-mine[5].

Par explosion gazeuse[modifier | modifier le code]

Le mélange quasi stœchiométrique d'un gaz combustible (ex : propane, hydrogène) et d'un gaz comburant (ex : oxygène) dans une enceinte relativement confinée et une étincelle peuvent produire une forte détonation. L'onde de choc (surpression suivie d'une dépression) ainsi produite par ce mélange binaire explosif est orientée au-dessus du manteau neigeux : ceci peut le mettre en mouvement pour déclencher une avalanche. Cette technique permet d'éviter des réglementations nationales contraignantes vis-à-vis des explosifs et est souvent commandée à distance.

Les systèmes de déclenchement préventif d'avalanches à gaz sont aujourd'hui au nombre de trois : Gazex/Gazflex, DaisyBell et O'bellx.

Gazex / Gazflex[modifier | modifier le code]

Un abri (à gauche) et deux exploseurs Gazex

Le système est fixe. Les deux gaz utilisés sont l'oxygène et le propane. Ils sont stockés, gérés dans un abri spécifique, puis acheminés séparément par un double tuyau vers la zone de départ des avalanches où est positionné un solide tube en acier, coudé et ouvert vers l'aval au-dessus du manteau neigeux : le tube exploseur, appelé aussi « dragon ». Son diamètre peut varier, souvent autour de 40 centimètres, et sa longueur est de trois à quatre mètres. Début 2011, plus de 2 000 exploseurs Gazex sont utilisés dans le monde entier[réf. nécessaire].

Il en existe trois volumes et trois types.

Volume de l'exploseur Rayon autour de l'exploseur où la pression >25mbar
0,8 m3 30 mètres
1,5 m3 40 mètres
3,0 m3 50 mètres

Il est considéré que 25 millibars est la pression minimale retenue pour déclencher une avalanche[6].

  • Le Gazex standard est maintenu à l'avant par des barres d'ancrage fixées dans le sol. Elles permettent de contenir les efforts produits par l'explosion.
  • Le Gazex par inertie repose sur un contrepoids fixe ancré dans le sol à l'avant. Lors de l'explosion le tube se soulève, mais le contrepoids permet de retenir sa chute.
  • Le Gazflex : l'ensemble du tube repose ici sur un brancard, appelé « flex », qui se comporte de la même manière qu'un ressort. Les efforts sont amortis directement par le flex et transmis ensuite aux ancrages.

Les exploseurs sont reliés par deux canalisations (une pour chaque gaz) à un coffre ou un abri (la longueur des canalisations dépend du volume de l'exploseur). Ces centrales à gaz contiennent l'alimentation nécessaire en gaz, une station météo, un sismomètre qui permet de déterminer si une avalanche s'est déclenchée ou non, un système de commande, etc. Un abri est capable d'alimenter jusqu'à dix exploseurs. Un coffre peut en contenir deux ou un unique 3 m3.

La commande à distance peut s'effectuer par radio ou GSM via un logiciel, ou de manière filaire (seulement pour les abris). Depuis son ordinateur, l'opérateur peut commander l'ouverture des vannes qui vont libérer une quantité de gaz prédéterminée. Le responsable de tir est le seul habilité à utiliser cet appareil et le seul à connaître les codes d'accès. Le mélange se réalise à la base du tube, et le système de mise à feu induit ensuite automatiquement l'explosion. Une période de 15 minutes est nécessaire avant de pouvoir tirer de nouveau, cet intervalle de temps correspond au remplissage des cuves de propane. Les quantités de gaz sont évaluées avant le début de saison afin que les Gazex / Gazflex puissent être autonomes tout au long de la période hivernale.

DaisyBell[modifier | modifier le code]

Commercialisé depuis 2008, DaisyBell, est un système mobile de déclenchement préventif d'avalanches à gaz. Contrairement aux Gazex / Gazflex, le mélange explosif est celui de l'oxygène / hydrogène. Ce système en forme caractéristique de cloche nécessite l'utilisation d'un hélicoptère, sous lequel il est suspendu, et permet d'atteindre plusieurs zones dangereuses en un temps très court.

Les bouteilles d'oxygène et hydrogène sont installées sur le cône exploseur ainsi que le boitier de commande et la batterie qui permet une autonomie de quatre heures de vol. DaisyBell est également équipée d'un télémètre. Elle est radiocommandée à distance, depuis le cockpit, grâce à une télécommande manipulée par un opérateur. Cette dernière indique la pression de gaz encore disponible dans les bouteilles, l'état de la batterie, la distance entre DaisyBell et le sol, le nombre de tirs effectués, le décompte, etc. Une simple pression de deux boutons pendant cinq secondes va permettre l'explosion. Jusqu'à soixante tirs peuvent être effectués par DaisyBell avant de changer les bouteilles.

O'Bellx[modifier | modifier le code]

Né de l'expérience de Gazex/Gazflex et DaisyBell, O'Bellx est, en 2011, encore en état de prototype.

Deux modules composent ce système de déclenchement préventif d'avalanches à gaz : un fixe et un amovible. Le module amovible peut être assimilé à une DaisyBell entourée d'un carter protecteur sur lequel sont positionnés des panneaux solaires (afin d'augmenter l'autonomie électrique du système) ainsi qu'une antenne. Tout est déjà en place sur le cône : bouteilles, automate, etc. L'ensemble de ce module amovible peut être retiré de son support et stocké pendant la période estivale. Le module fixe est un mât sur lequel sera posé l'O'Bellx. Ce mât est fixé au sol grâce à quatre barres d'ancrage.

La commande de tir s'effectue à distance, de la même manière que pour un Gazex.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le DPA
  2. Formation au métier, avec photos
  3. Photo de canon avalancheur
  4. Cours de tir au tube roquette pour le déclenchement artificiel d’avalanches sur le site Remontées Mécaniques Suisses
  5. Cours de tir lance-mine pour le déclenchement artificiel d’avalanches sur le site Remontées Mécaniques Suisses
  6. Gubler Hansueli, Artificial release of avalanches, 2009, ALPUG, Davos, 32 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gubler Hansueli, Artificial release of avalanches, 2009, ALPUG, Davos, 32 p.
  • ANENA, Certificat de Préposé au Tir, Option tirs en montagne pour le déclenchement des avalanches, 2009, édition ANENA, 216 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]