Descente en rappel

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Pratiquante d'escalade descendant en rappel, avec un système de freinage (ATC-guide).
Militaires réalisant un rappel dit « en fil d'araignée », depuis un hélicoptère.

La descente en rappel est une technique de descente contrôlée d'un dénivelé vertical (paroi rocheuse, vide), à l'aide d'une corde.

Utilisée principalement en alpinisme, escalade, spéléologie et canyoning, il s'agit aussi d'une technique utilisée dans d'autres contextes pour atteindre depuis le haut des zones difficiles d'accès (secours, maintenance industrielle, construction, inspection...).

Généralités[modifier | modifier le code]

Un panorama en « time-lapse » d'un grimpeur en rappel sur une paroi

La descente en rappel se pratique le long d'une corde, le plus souvent avec un système de freinage.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'invention de la technique de descente en rappel est attribuée à Jean Charlet-Straton, un guide chamoniard qui utilisa cette technique pour descendre du Petit Dru après une tentative d'ascension le [1]. Il décrit ainsi son invention dans le récit de la première ascension réussie l'année suivante :

« Voici comment je procédais : si une saillie du rocher me permettait d'y passer ma corde double, je lançais à mes deux compagnons les deux bouts, qu'ils devaient avoir en main avant que je commençasse à descendre ; puis, quand j'étais averti qu'ils avaient en mains ces deux bouts, je me laissais glisser doucement le long du rocher, tenant solidement la corde des deux mains, et j'étais reçu à la fin de cette descente par mes deux compagnons, qui devaient m'avertir que j'étais arrivé à eux, car il ne m'était pas toujours possible de voir au-dessous de moi. Descendant à reculons, pour ainsi dire, je ne pouvais m'occuper que de serrer solidement ma corde des deux mains, sans voir où j'allais aborder. Arrivé près de mes deux compagnons, je tirais vivement par un de ses bouts la corde qui, on se le rappelle, était double, et je la ramenais ainsi à moi. À deux reprises différentes, nous avons dû renoncer à l'arracher, arrêtée qu'elle était par des fentes de rocher dans lesquelles elle avait pénétré trop profondément. Je puis, je crois, estimer à 23 mètres ce que nous avons laissé de cordes dans ces deux endroits. J'ajoute, pour être sincère jusqu'au bout, que, à défaut de saillie de rocher à laquelle je pusse fixer ma corde, je cherchais une fissure pour y introduire, à l'aide d'un marteau, en l'assujettissant aussi solidement que possible, une forte pointe d'acier de 20 centimètres de long environ, et c'est à cette pointe que j'accrochais la corde, ainsi que je l'ai expliqué ci-dessus. Cet exercice se renouvela treize fois jusqu'à l'endroit où nous avions passé notre dernière veillée, après y avoir laissé, on ne l'a pas oublié, nos couvertures, nos chapeaux et le gros de nos provisions[2]. »

Techniques[modifier | modifier le code]

Rappels sans descendeur[modifier | modifier le code]

Grimpeur descendant une paroi en utilisant la technique du rappel en S.

Historiquement, les premières techniques de rappel consistaient à descendre la corde sans usage ni d'un baudrier, ni d'un descendeur (système de frein). Le freinage est réalisé par la friction de la corde sur les mains ou autour du corps du grimpeur ; celle-ci peut entrainer de vives douleurs (brûlures) et des déchirures des vêtements. Ces techniques anciennes ne sont plus employés aujourd'hui, excepté de manière exceptionnelle (dépannage, descente très courte), car jugées moins sûres et confortables que l'usage d'un descendeur.

La technique la plus basique, décrite par Jean Charlet-Straton, consiste simplement à descendre en glissant les mains le long de la corde, en marchant à reculons, dos à la pente. Pour des descentes dans le vide, les pieds peuvent être entortillés autour de la corde, à la manière d'une montée de corde.

Le « rappel en S » aussi dénommé « rappel à la Dülfer », consiste à assurer le freinage par la frottement de la corde autour du corps du grimpeur. La corde est disposée en « S » autour du torse du grimpeur ; face à la corde, le grimpeur fait passer celle-ci dans un premier temps entre les jambes, la fait revenir sur la poitrine pour rejoindre l’épaule opposée et fini son trajet dans le dos. Pour la descente, il suffit donc de tenir correctement le brin supérieur et le brin inférieur pour garder l’équilibre et contrôler la vitesse de descente.

Le « rappel suisse » est généralement utilisé pour les pentes de faible inclinaison. La corde est enroulée autour d'un bras, passe le long des épaules puis est enroulée autour de l'autre bas[3].

Le « rappel sud-africain » est une variante récente du rappel en S ; avec les deux brins répartis de manière symétrique autour du corps. Il est proposé comme système de fortune pour les secours (Afrique), plus sûr et confortable que le rappel en S.

Rappels avec descendeur[modifier | modifier le code]

Différents systèmes de type « tube » utilisés en escalade pour l'assurage et la descente en rappel.

Les techniques modernes de rappel utilisent toutes un descendeur, c'est à dire un élément mécanique permettant de freiner la corde, relié au baudrier de la personne.

La technique la plus basique et la plus ancienne utilise un simple mousqueton comme descendeur, relié au baudrier, la corde frottant sur le mousqueton par l'intermédiaire d'un nœud de demi-cabestan. D'autres types de descendeurs mécaniques sont aujourd'hui privilégiés selon les disciplines : les descendeurs de type « huit », « tube » ou « plaquette », jusqu'à des descendeurs dits « auto-bloquants » munis de systèmes de freinage assisté.

Pour améliorer la sécurité, le dispositif peut être complété par un système d'auto-assurage, généralement un nœud auto-bloquant (machard, prusik) qui stoppera la descente si la personne lâche les mains.

Le rappel australien[modifier | modifier le code]

Descente en falaise à l'aide de la technique du rappel australien.

Le rappel australien est une technique de rappel avec le corps faisant face à la pente et au sol, dérivé d'une technique utilisée par l'Armée australienne dans les années 1960. Cette technique est principalement utilisée pour les assauts armés (police, militaires) sur des édifices urbains (immeubles) : elle facilite la surveillance et le tir vers le sol (appui feu extérieur) ainsi qu'un meilleur passage des fenêtres (protection, acquisition et tir, effraction). Typiquement, la corde coulisse dans un descendeur fixé sur une boucle à l'arrière du harnais. Des systèmes mécaniques auto-bloquants permettent de freiner ou arrêter plus facilement la descente, et libérer les mains pour une action de tir.

De manière plus rare, cette technique est utilisée en Australie à partir de 1989 pour une pratique de loisir de « saut encordé » depuis des ponts ou des immeubles[4].

Différents usages[modifier | modifier le code]

En escalade[modifier | modifier le code]

La corde est passée dans un mousqueton de sécurité (ou tout autre dispositif disposant d'au moins 2 points d'ancrages reliés entre eux) et dans le système de freinage assurant le contrôle de la descente (huit, plaquette, gri-gri, Reverso, bug) attaché au baudrier par un mousqueton à vis (pour la sécurité).

La longueur de corde utile est réduite de moitié. Généralement les deux brins de la corde sont utilisés pour la descente. Lorsque ce n'est pas le cas, l'autre brin possède un nœud pour empêcher la corde de partir du point d'ancrage; la corde peut être ainsi rappelée après la descente en tirant sur le bon brin.

En spéléologie[modifier | modifier le code]

En spéléologie, la descente se fait souvent sans donner la possibilité de rappeler la corde (on appelle quand même cela une descente en rappel). La corde est laissée sur place pour pouvoir remonter par le même chemin. Une extrémité de la corde est fixée à la roche par au moins deux points d'ancrage (spits et plaquettes, anneaux de sangle autour d'un bloc, etc.), et l'autre extrémité, munie d'un nœud de sécurité, pend dans le vide. Les pratiquants descendent donc sur corde simple en utilisant un descendeur. Contrairement au rappel en escalade, les règles de sécurité interdisent tout frottement de la corde sur la roche. Il peut donc être nécessaire de fractionner la descente par des amarrages intermédiaires. Le passage de fractionnements nécessite, tant à la descente qu'à la montée, un apprentissage préalable.

Cas du rappel de corde[modifier | modifier le code]

En spéléologie, lorsqu'il y a nécessité de rappeler la corde, le même système peut être utilisé que celui utilisé en escalade. Le rappel peut également se faire avec une cordelette, ce qui permet, avec un montage approprié, de laisser une cordelette en place pour pouvoir remettre une corde afin de remonter. Il s'agit d'une technique de pointe permettant d'alléger les sacs, mais qui ne doit être utilisée que par des personnes très expérimentées.

En canyonisme[modifier | modifier le code]

En canyonisme, la descente s'effectue sur un seul brin de corde mais avec la possibilité de rappeler la corde après la descente du dernier. La corde est amarrée à l'aide d'un système éjectable, souvent réalisé à l'aide de deux descendeurs en huit, qui permet de rappeler la corde depuis le bas. La partie "en double" est stockée dans un sac au niveau de l'amarrage ; le dernier le descend avec lui en déroulant ainsi la corde de rappel qui permettra d'éjecter le système de verrouillage.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Roger Frison-Roche et Sylvain Jouty, Histoire de l'alpinisme, Paris, France, Flammarion, 2003 (ISBN 978-2700395853), page 302.
  2. Jean-Esteril Charlet, « Première ascension de l'Aiguille du Dru, pointe occidentale, Annuaire du Club Alpin français, 1879, sixième année, p. 127-128 [1]
  3. Memento EMHM
  4. Rap jumping - Forward abseiling

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]