Dârâ Shikôh

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Dârâ Shikôh
Image dans Infobox.
Dara Shikoh
Titre de noblesse
Prince
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 44 ans)
DelhiVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Activités
Famille
Empire timouride, Baburides (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Père
Mère
Fratrie
Roshanara Begum (en)
Murâd Baksh
Shâh Shujâ
Gauhara Begum (en)
Jahanara
AurangzebVoir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Nadira Banu (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Sipihr Shikoh (en)
Suleyman Shikoh (en)
Jahanzeb Banu Begum (en)
Mumtaz Shikoh (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Religions
Maître
Sarmad Kashani (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Mohammad Dārā Shikōh (ou Dārā Shukōh ou Dārā Shokūh, persan داراشكوه) (20 mars 1615 - 10 septembre 1659) était le fils aîné de l’empereur moghol Shah Jahan et de Mumtaz Mahal, et le petit-fils de l'empereur Akbar. Son nom signifie « possesseur de la gloire ». Il était le favori à la succession de son père, mais il fut battu et défait par son jeune frère Aurangzeb au cours d’une lutte sans merci pour le trône des Moghols. Il était également très proche de sa sœur, Jahanara Begum,

Personnage tourné vers la spiritualité et désireux de jeter des ponts entre l'hindouisme et l'islam, il est l'auteur d'une œuvre importante, dans laquelle figurent au premier plan la traduction en persan de cinquante Upanishad, intitulée Sirr-e Akbar (« le plus grand mystère »), et le Majma' al-bahrayn, « Confluent des deux océans », ouvrage qui examine les convergences entre hindouisme et islam.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premier fils de l'empereur Shah Jahan et de Mumtaz Mahal (qui est ensevelie dans le célèbre Taj Mahal), Dara Shikoh reçut le surnom de « première rose de la roseraie royale ». Son précepteur, Mollâ 'Abdol Latîf-e Soltânpûri développa chez le jeune garçon l'intérêt pour la métaphysique[1].

Éducation[modifier | modifier le code]

L'éducation de Dara fut celle réservée aux princes moghols: étude du Coran et des Hadith. Cependant, très jeune, Dara fit preuve d'indépendance d'esprit, remettant en question les commentaires des écoles orthodoxes. Il s'initia à la calligraphie, qu'il maîtrisa bientôt parfaitement (A. Schimmel parle de ses « exquises » calligraphies[2]), ainsi qu'au maniement des armes. De langue maternelle persane, il maîtrisa aussi le hindi et l'arabe, et la qualité de sa traduction persane des Upanishad atteste d'une très bonne connaissance du sanskrit[3].

Vie privée et publique[modifier | modifier le code]

En 1632, Dara épouse sa cousine Nadira Banu Begum (en). Elle lui donne un enfant en 1634, mais celui-ci meurt après quelques mois. Ce sera un tel choc qu'il en tombe malade, et cet événement le poussera à rencontrer le maître soufi Miyan Mir[4].

En 1633, il entame sa carrière militaire et il fait prince héritier deux ans plus tard. Cependant les campagnes militaires qu'il mène se soldent par des échecs.

En 1657, la maladie de Shah Jahan déclenche une lutte de pouvoir entre ses quatre fils. Les frères de Dara (en particulier Aurangzeb, son principal rival) redoutent que celui-ci ne mette à profit cette maladie pour reprendre le pouvoir. Malgré un soutien important de Shah Jahan, qui s’était suffisamment rétabli pour rester un facteur de poids dans la lutte pour la suprématie, et des victoires sur Shah Shuja (qui s'était entre temps proclamé empereur), Dara est défait par Aurangzeb à la bataille de Samugarh (en), près d’Agra, le 8 juin 1658. Il tenta de trouver des soutiens après cette défaite, et trouva refuge chez Malik Jiwan, un chef baloutche, qu’il avait jadis sauvé de la colère de Shah Jahan. Mais Malik trahit Dara et le livre à Aurangzeb. Promené enchaîné dans les rues de la capitale, il est d’abord gardé prisonnier, puis cruellement assassiné par des hommes qui recherchaient la faveur d’Aurangzeb. On dit qu’Aurangzeb aurait décapité le cadavre de Dara Shikoh et fait envoyer sa tête à leur père. Apôtre de la tolérance et de la réconciliation, Dara meurt ainsi en martyr[5].

Formation spirituelle[modifier | modifier le code]

Très tôt, Dara fréquenta des sages tant hindous que musulmans. Il est attiré par le soufisme, mais au lieu de se tourner vers la grande confrérie Chishtiyya, il est séduit par la Qadiriyya, dont le grand représentant en Inde est alors Miyan Mir de Lahore. C'est Mollâ Shâh Badakhshâni (en) un disciple (et futur successeur) de Miyan Mir qui l'introduit auprès de ce dernier. Shâh Badakhshâni va devenir son mentor spirituel de ce jeune prince âgé[2]. Auprès de lui, il s'initie aux techniques du souffle et à l'invocation du nom de Dieu.

Toutefois, Dara Shikoh ne se limite pas à l'islam: il s'ouvre à l'étude des autres religions, et fait preuve d'un goût vif pour ce sujet. À côté de cela, il s'intéresse aussi à la philosophie comparée, comme son grand-père. Il affirme avoir étudié non seulement les traités du soufisme, mais aussi la Torah, les Évangiles et les Psaumes, car il a soif d'unité. C'est pourquoi il a souhaité étudier tous les livres divins, car c'est en eux que le verbe divin est « l'interprète de son propre mystère »[4].

Dara Shikoh et son maître Miyan Mir

Il va également se rendre auprès de sages hindous, parmi lesquels Baba La'l Das (membre du mouvement des Kabir panthi), et les discussions qu'il a avec lui[Note 1] montrent son vif intérêt pour la question d'un langage mystique commun entre hindouisme et islam[2]. Un autre sage hindou, Jagannâth Mis'ra, qui était aussi à la cour de Shâh Jahân, lui aurait suggéré de procéder à un rapprochement entre l'hindouisme et l'islam[4].

Activité intellectuelle, spirituelle et artistique[modifier | modifier le code]

Dara Shikoh était un intellectuel soufi doux et pieux. Il favorisa la tolérance religieuse et la coexistence entre hindous et musulmans. Beaucoup d’historiens ont spéculé combien l’Inde aurait été différente s’il avait eu l’avantage sur son frère, le très rigoriste Aurangzeb.[réf. nécessaire]

Dara Shikoh était un donc un disciple du saint soufi qadiri de Lahore, Miyan Mir, et de son successeur Mollah Shah Badakhshi. Shikoh consacra donc beaucoup d’efforts à trouver un langage mystique commun entre islam et hindouisme. C'est à cette fin qu'il traduisit du sanskrit en persan cinquante Upaniṣad, afin que celles-ci soient accessibles aux lettrés musulmans. Sa traduction s'intitule Sirr-e Akbar, « le plus grand des mystères », ou encore « le secret d'Akbar » (du nom de son grand-père qui fut un empereur spirituellement syncrétiste). Dara Shikoh voyait dans les Upanishads le « Livre caché » mentionné dans le Coran[6]. Et comme le Coran parle de ce livre caché, il était nécessaire, aux yeux de Dara Shikoh, que les musulmans connaissent les Upanishads, car elles constituent « un trésor du monothéisme »[7]. C'est cet ouvrage de Dara Shikoh que l'indianiste Anquetil-Duperron utilisera pour ses Oupnek'hat, première traduction des Upanishad en langue européenne (le latin), publiée en 1801, révélant ainsi à l'Europe une des plus grandes œuvres de l'humanité qui fascinera nombre de penseurs[7],[8].

Le Majma' al-Bahrayn (Le confluent des deux océans), sans doute son œuvre la plus connue, est également consacrée aux points communs entre le soufisme et le monothéisme hindou.

Dara était également un mécène des beaux-arts, de la musique et de la danse, ce qui — pour des raisons de conformité à l'islam — déplaisait à Aurangzeb. En fait, beaucoup de ses peintures sont très détaillées et soutiennent la comparaison avec les artistes professionnels de son époque. L’album de Dara Shikoh est un recueil qui rassemble des peintures et des calligraphies produites entre les années 1630 et sa mort. Il fut offert à Nadira Banu, son épouse, et resta en sa possession jusqu’à la mort de celle-ci, après quoi l’album fut intégré à la bibliothèque royale tandis que les inscriptions qui le reliaient à Dara Shikoh étaient délibérément effacées. Tout ne fut cependant pas vandalisé et beaucoup de calligraphies et de peintures portent encore sa marque.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir dans la bibliographie, Huart et Massigon, Les Entretiens de Lahore.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Shayegan 1997, Kindle n° 236.
  2. a b et c (en) Annemarie Schimmel (35th anniversary ed. / with a new foreword by Carl W. Ernst), Mystical Dimensions of Islam, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, (1re éd. 1975), 542 p. (ISBN 978-0-80-789976-2), p. 360-362
  3. Shayegan 1997, Kindle 242.
  4. a b et c Shayegan 1997, Kindle n° 275.
  5. Shayegan 1997, Kindle n° 275-287.
  6. Arabe: كِتاب مَكْنُون (kitâb maknûn). Sourate 58, verset 76. Traduction Denise Masson.
  7. a et b (en) Annemarie Schimmel, Islam in the Indian Subcontinent, Leiden-Köln, E.J. Brill, , 9-004-06117-7 p., p. 96-100.
  8. Abraham Hyacinthe Anquetil Duperron, Voyage en Inde 1754-1762 : relation de voyage en préliminaire à la traduction du Zend-Avesta, Présentation, notes et bibliogr. par Jean Deloche, Manonmani Filliozat, Pierre-Sylvain Filliozat, Paris, École française d'Extrême-Orient / Maisonneuve et Larose, 1997 (ISBN 978-2-706-81278-1) p. 31.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Traductions en français[modifier | modifier le code]

  • Daryush Shayegan, Hindouisme et soufisme : Une lecture du "Confluent des deux océans", le "Majma' al-Bahrayn" de Dârâ Shokûh, Paris, Albin Michel, (1re éd. 1979), 288 p. (ISBN 978-2-226-08900-7)
  • Cl. Huart et L. Massignon, Les entretiens de Lahore [entre le Prince impérial Dara Shikoh et l'ascète hindou Baba La'l Das], Paris, Imprimerie Nationale (Extrait du Journal Asiatique, oct.-déc. 1926), , 27 p. (lire en ligne)

Études[modifier | modifier le code]

  • Daryush Shayegan, Hindouisme et soufisme : Une lecture du "Confluent des deux océans", le "Majma' al-Bahrayn" de Dârâ Shokûh, Paris, Albin Michel, (1re éd. 1979), 288 p. (ISBN 978-2-226-08900-7)
  • (en) Bikrama Jit Hasrat, Dārā Shikūh : life and works, New Delhi, Munshiram Manoharlal Publ., 1982 (2nd revised ed.) (1re éd. 1953), 312 p. (ISBN 978-8-121-50160-6)
  • (en) Signe Cohen, « Dara Shikoh and the first translation of the Upaniṣads », dans Signe Cohen (Ed.), The Upaniṣads : a complete guide, London, Routledge, , xii+439 p. (ISBN 978-0-367-26199-3), p. 231-237

Liens externes[modifier | modifier le code]