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Curiosité (faculté)

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Boris Anrep, La Curiosité (incarnée par le physicien Ernest Rutherford), 1952, National Gallery.
Un enfant curieux.
Mais que peut-il donc y avoir à l'intérieur ?
Le 6 juin 1944, à Rome où sont entrés depuis peu les Alliés, au Colisée, une femme italienne examine avec curiosité les kilts de deux cornemuseurs-majors.
Le , à Rome où sont entrés depuis peu les Alliés, au Colisée, une femme italienne examine avec curiosité les kilts de deux cornemuseurs-majors.

La curiosité est une attitude de disponibilité et/ou d'intérêt à l'égard d'un sujet ou d'un phénomène donné. Elle peut correspondre à un désir intrinsèque de réduire une incertitude, ou d’obtenir de nouvelles informations, ou encore de comprendre quelque chose d’inconnu.

Elle peut être un trait de caractère et de personnalité ; toujours présent, ou se manifestant dans des circonstances particulières.

Elle est considérée comme liée à l'apprentissage, au savoir et à la créativité ; et comme positive par la science et sa recherche, en ce qu'elle aide à l'intelligibilité du monde et peut être jugée pathologique, malsaine ou morbide quand elle est excessive (quand elle vise par exemple à surprendre les secrets d’autrui, relevant alors d'avantage d'un plaisir émotionnel, plus que de la recherche de vérité)[1].

Un dicton français, La curiosité est un vilain défaut, rappelle qu'en société le désir de connaissance qui nourrit la curiosité peut parfois heurter les sensibilités ou les intérêts d'autrui et être ressenti comme gênant ou envahissant en fonction des codes sociaux :

  • en France, il est généralement mal vu de demander l'âge d'une femme ;
  • il est également mal vu de demander le montant de son salaire à quelqu'un qu'on ne connaît pas, ce qui n'est pas le cas, par exemple, en Chine.

Dans une certaine mesure, le mythe d'Icare, qui se noie dans la mer Égée pour s'être trop approché du soleil, illustre les dangers d'une curiosité extrême qui se traduit par une quête inconditionnée de la vérité.

Philosophie

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C'est l'un des thèmes de la philosophie dans l'antiquité[2].

Le mot curieux est parfois négativement connoté (il y aurait une bonne curiosité et une curiosité malsaine) : Saint-Augustin, dans le De utilitate credendi (9,22) distingue le curieux (curiosus) qui désirent savoir ce qui ne le regarde pas), du studieux (studiosus).

Thomas d'Aquin reprend ce thème et oppose la curiosité à la studiosité, la première étant considérée comme un vice, la seconde comme une vertu[3].

Descartes fait dire à Épistémon au début de la Recherche de la vérité par les lumières naturelles que « le désir de savoir, qui est commun à tous les hommes, est le mal qui ne se peut guérir, car la curiosité s’accroît avec la doctrine ».

Jean-Jacques Rousseau, dans Émile ou De l'éducation (livre V), semble considérer que le savoir attise la curiosité : « on n’est curieux qu’à proportion qu’on est instruit ».

La curiosité, moteur du savoir et de la Recherche scientifique

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Un grand nombre de découvertes scientifiques majeures, si ce n'est toutes, sont issues de la curiosité intellectuelle individuelle d'un chercheur, d'un groupe ou d'une collectivité.

Selon Jules Sageret (1908), toute activité humaine naît d’un désir et la science elle‑même procède d’un désir particulier : la curiosité. Mais il distingue plusieurs formes de curiosité, dont toutes ne mènent pas à la connaissance. Selon lui, « la curiosité se définit assez bien le désir de l'inconnu, l'inconnu comprenant le nouveau et même le rare, qui est en somme du peu connu. Cet inconnu, ce nouveau, ce rare, peuvent d'ailleurs être n'importe quoi : un son, une couleur, une forme, une idée ». La curiosité intellectuelle vise la compréhension, l’exploration rationnelle de l’inconnu, cherche à en saisir les causes, les lois, les structures. C'est l'une des formes de la curiosité scientifique qui pousse à interroger, analyser, vérifier, prouver, pour la connaissance pour elle-même ; selon Sageret, ces deux types de curiosité sont « gratuites » et « désintéressés » (pécunièrement parlant ; la curiosité du géologue n'est pas celle du chercheur d'or explique-t-il). La curiosité scientifique se dégage de la curiosité métaphysique qui est selon lui une « curiosité intellectuelle non objective »[1].

À titre d'exemples, les inventions relativement récentes telles que la PCR ou l’IRM sont sérendipitairement issues de travaux de recherche guidée par la curiosité, qui mènent parfois à des innovations jusqu'alors imprévisibles, et parfois majeures.

Durant les guerres ou les périodes de crises, de nombreux gouvernements cherchent à orienter le financement scientifique vers leurs priorités politiques. Des chercheurs conviennent que cela est normal et nécessaire dans une certaine mesure, mais qu'un interventionnisme trop fort risque aussi d’affaiblir la« recherche fondamentale guidée par la curiosité » qui est aussi à l’origine de nombreuses innovations majeures ; dans la revue Nature, alors que l'administration Trump, réduit et oriente fortement les budgets de la Recherche aux USA, alors que l'UE est tentée de concentrer une partie du programme Horizon a Chine renforce son soutien à la recherche fondamentale[4], des chercheurs rappellent l’importance de financer ce type de travaux sur le long terme, et appellent à préserver l’autonomie des chercheurs pour garantir des découvertes imprévisibles mais essentielles[5].

Ce que dit la science de la curiosité

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La recherche scientifique a montré que la curiosité est l'un de smoteurs fondamentaux de l’apprentissage, lié à des mécanismes cognitifs, émotionnels et neurobiologiques de mieux en mieux identifiés. On a ainsi montré que :

Notes et références

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Sur les autres projets Wikimedia :

  1. a et b Jules Sageret, « La Curiosité Scientifique », Revue Philosophique de la France et de l'Étranger, vol. 65,‎ , p. 622–638 (ISSN 0035-3833, lire en ligne, consulté le )
  2. Istasse N (2013) Pour une contribution à l'étude du lexique latin de la curiosité : la curiosité intellectuelle dans l'Antiquité. Université de Paris IV-Sorbonne |https://www.saprat.fr/wp-content/uploads/2023/04/camenae-15-2-istasse-versionfinale-2.pdf
  3. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, questions 166 et 167 (consultées le 25 septembre 2008).
  4. (en) Xiaoying You, « China seeks self-reliance in science in next five-year plan », Nature, vol. 647, no 8088,‎ , p. 11–12 (ISSN 1476-4687, DOI 10.1038/d41586-025-03491-w, lire en ligne, consulté le ).
  5. (en) « Don’t deprioritize curiosity-driven research », Nature, vol. 650, no 8102,‎ , p. 524–524 (ISSN 0028-0836 et 1476-4687, DOI 10.1038/d41586-026-00469-0).
  6. Un gène de la curiosité chez la mésange, Le Figaro

Bibliographie

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