Culture associée

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Piment (répulsif pour de nombreuses espèces) cultivé en association avec du café (dans le département de Cauca, dans le sud-ouest de la Colombie)

La culture associée est un système de culture consistant à cultiver plusieurs espèces végétales ou variétés sur la même parcelle en même temps (Andrews & Kassam 1976). C'est une des formes de lutte intégrée et lutte biologique.

On distingue plusieurs types de cultures associées, la plus simple consiste à cultiver en même temps deux cultivars d'une même espèce végétale en même temps : le semis et la récolte sont simultanés. Vient ensuite la culture de deux ou plusieurs espèces végétales semées en même temps ou en différé mais récoltées en même temps comme l'association d'une céréale et d'une légumineuse par exemple. On peut également distinguer des cultures annuelles associées à des cultures pérennes, c'est le cas de l'agroforesterie par exemple où des céréales sont cultivées entre des rangées d'arbres ou encore les cultures sous couvert végétal permanent. Enfin certaines associations comprennent une plante auxiliaire qui ne sera pas récoltée.

Ces techniques culturales ont été utilisées depuis l'aube de l'agriculture, et ont progressivement disparu au profit de systèmes de monoculture. L'agriculture biologique propose de les remettre en avant compte tenu de leurs intérêts en termes de fertilisation azotée et de lutte contre les maladies, ravageurs ou adventices (mauvaises herbes).

Histoire[modifier | modifier le code]

La technique des trois sœurs consistant à cultiver ensemble courge, maïs et haricot, était connue et utilisée par les Amérindiens avant l'arrivée des Européens en Amérique[1]. L'agriculture européenne, héritée du Proche-Orient ancien, se repose à l'inverse sur la culture d'une seule variété dans les champs[2].

L'association variétale[modifier | modifier le code]

Il est possible de cultiver plusieurs variétés d'une plante sur une même parcelle, le semis est souvent réalisé en mélange ou en rang alterné.

Le but étant de combiner les différentes résistances des variétés vis-à-vis des maladies. Un champignon comme Mycosphaerella graminicola provoquant la septoriose du blé a un développement plus ou moins rapide suivant la sensibilité de la variété utilisée. Les contaminations secondaires (de plante à plante) seront limitées par effet barrière des plants de variétés résistantes ou moins sensibles.

L'association d'espèces[modifier | modifier le code]

Exemple d'association bénéfique d'espèces de plantes : les œillets d'Inde protègent les carottes et les poireaux des attaques parasitaires.

Elle permet une certaine synergie entre deux ou plusieurs plantes, par exemple :

  • L'association « pois protéagineux - blé » ou « pois protéagineux - orge » (suivant s'il s'agit d'une culture de printemps ou d'hiver) permet au blé de bénéficier de l'apport d'azote du pois (légumineuse) vis-à-vis de la symbiose avec rhizobium tandis que le blé fournit un effet barrière au pois vis-à-vis des contaminations secondaires ;
  • L'association « haricot-maïs », comme dans la milpa, permet au haricot (légumineuse) de fournit de l'azote au maïs via sa relation symbiotique. Quant au maïs il sert de tuteur au haricot qui aura un rendement plus important ;
  • L'association dans la culture d'une plante « repoussante » et à proximité d'une plante « attirante» (sacrifiée, qui sert de piège, mais aussi de lieu de prolifération des prédateurs ou parasites de l'espèce indésirable), permet un système dit Push-pull[3] ;
  • Certaines courges ont une forte capacité à couvrir et ombrer le sol, et par là à réduire la pousse d'adventices (Voir la milpa) ;
  • La pousse d'adventices peut également être prévenue par l'effet allélopathique de certaines plantes qui émettent des substances biochimiques dans le milieu, empêchant ou limitant la pousse de certaines familles d'adventices (utilisation du Desmodium pour lutter contre le Striga ou « herbe des sorcières »).

Association avec des cultures pérennes[modifier | modifier le code]

Agroforesterie[modifier | modifier le code]

L'agroforesterie est un système de culture alliant les espèces de sylviculture ou d'arboriculture et la culture d'espèces annuelles, les premières espèces servant de protection ou de support aux secondes. Ce mode de culture permet d'utiliser la terre au maximum de ses possibilités. Les plantes étagées ou ayant des besoins nutritifs différents peuvent être placées l'une à côté de l'autre. De plus, il évite aux paysans d'être pénalisés par la défaillance accidentelle d'une des productions à la suite d'incidents climatiques ou d'attaques d'insectes ou de maladies attaquant les cultures.

Exemples : hautain, ray grass entre rangs de pommiers (système élevage) ou encore hêtre et blé.

Semis sous couvert végétal[modifier | modifier le code]

Un couvert végétal permanent (souvent replanté tous les 3 à 5 ans) permet de piéger les nitrates et de limiter la pousse des adventices. On sème en direct sur ce couvert, puis on récolte la plante (souvent une céréale) en laissant le couvert végétal pour la culture suivante.

Association avec une plante auxiliaire[modifier | modifier le code]

On sème parfois des rangs d'une culture qui ne sera pas récoltée mais qui a un intérêt pour la culture dite principale. Des rangs d'une plante à fleurs peuvent constituer de réservoirs de biodiversité, en effet, des parasitoïdes ou prédateurs des ravageurs des cultures peuvent y nicher et donc réduire la pression des ravageurs sur la culture principale (Altieri 1994). D'autres plantes attirent davantage les ravageurs que la culture principale et donc ces ravageurs ont une incidence et une virulence moindre sur la culture principale.

Plante relais[modifier | modifier le code]

Par exemple, la ré-introduction de l'Inule visqueuse ainsi que d'autres plantes de la garrigue dans les oliveraies pour favoriser les hyménoptères parasitoïdes de la Mouche de l'olive [4]. Ces plantes et leurs galles jouent un rôle important comme relais pour la survie hivernale du parasitoïde.

Expérimentation actuelles[modifier | modifier le code]

L'association terres Innovia met 100 000 hectares en culture de colza associé à des légumineuses[5], avec à terme l'objectif de passer à 600 000 hectares.

Limites[modifier | modifier le code]

L'association des cultures permet de réduire les dégâts liés aux insectes nuisible à petite échelle, mais échoue souvent à être transposé à des grandes parcelles pour un usage commercial[6]. De plus, augmenter la diversité des plants n'augmente pas nécessairement la présence des prédateurs des insectes nuisibles aux récoltes. Dans une étude de 2008, seuls 53 % des cas montraient une augmentation du nombre de prédateurs des insectes, pour un rendement augmenté dans seulement 32 % des cas[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Paul H. Carlson, Deep Time and the Texas High Plains: History and Geology, Texas Tech University Press, 141 p. (ISBN 9780896725539), p. 71
  2. « Les cultures associées, clef du rendement », sur changeons d'agriculture, (consulté le 18 mai 2017)
  3. FarmRadio.org http://www.farmradio.org/francais/radio-scripts/72-10script_fr.asp Illustration du principe Push-pull (associant à une plante cultivée une plante qui repousse le « nuisible » et une autre qui l'attire)
  4. voir travaux du GRAB Recherches du GRAB-Avignon
  5. Florence Mélix, « Un potentiel de 100 000 à 600 000 ha pour le colza associé aux légumineuses », sur la france agricole, (consulté le 18 mai 2017)
  6. (en) Matthew H. Holden, Stephen P. Ellner, Doo-Hyung Lee, Jan P. Nyrop et John P. Sanderson, « Designing an effective trap cropping strategy: the effects of attraction, retention and plant spatial distribution », Journal of Applied Ecology, vol. 49, no 3,‎ , p. 715–722 (ISSN 1365-2664, DOI 10.1111/j.1365-2664.2012.02137.x, lire en ligne)
  7. Katja Poveda, María Isabel Gómez et Eliana Martínez, « Diversification practices: their effect on pest regulation and production », Revista Colombiana de Entomología, vol. 34, no 2,‎ , p. 131–144 (ISSN 0120-0488, lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Malezieux, E. et al. Mixing plants species in cropping systems : concepts, tools and models. A review. 2009 dans Agronomy for Sustainable Development, 29, 43-62.
  • Altieri, M.A. 1991. Traditional farming in Latin America. The Ecologist 21: 93-96.
  • Altieri, M.A. 1994. Biodiversity and Pest Management in Agroecosystems. Food Products Press, New York.
  • Andrews, D.J., A.H. Kassam. 1976. The importance of multiple cropping in increasing world food supplies. p. 1-10 in R.I. Papendick, A. Sanchez, G.B. Triplett (Eds.), Multiple Cropping. ASA Special Publication 27. American Society of Agronomy, Madison, WI.
  • Trenbath, B.R. 1976. Plant interactions in mixed cropping communities. p. 129-169 in R.I. Papendick, A. Sanchez, G.B. Triplett (Eds.), Multiple Cropping. ASA Special Publication 27. American Society of Agronomy, Madison, WI.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]